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Hermann

Aujourd’hui présidées par Arthur Cohen et dirigées par Philippe Fauvernier, les éditions Hermann ont retrouvé leur siège d’origine, rue de la Sorbonne. Arthur Cohen dirige la politique éditoriale dans la droite tradition de la maison, tout en ouvrant la ligne des publications.

Le prestige de la maison continue d’attirer à elle de nombreux grands intellectuels d’aujourd’hui, parmi lesquels Michel SerresAndré Comte-SponvilleRoger-Pol DroitPhilippe SollersJacqueline RissetMarcelin PleynetPaul Badura-Skoda ou Bernard Diu.

En 2006, les éditions Hermann renouent avec l’épistémologie avec la création de la collection Visions des sciences.

En 2005, à la rentrée littéraire, Hermann crée un département de littérature générale, Hermann Littérature, inauguré par Philippe Sollers avec, à la rentrée 2007, la publication du premier roman de toute son histoire : Giovanni Pico deGuillaume de Sardes.


Mémoires du serpent, Michel Host

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans Hermann, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Mémoires du serpent, 2010, 170 pages, 22 € . Ecrivain(s): Michel Host Edition: Hermann


Dans ces Mémoires du Serpent, on y entre et on y plonge même, avec un plaisir quasi enfantin, et il s’agit bien de cela, d’une fable fantaisiste et ludique, mais néanmoins pleine de fond et de sens. Ces Mémoires du Serpent ne sont rien de moins que la véritable histoire de la Genèse, narrée par celui qui en fut le maître d’œuvre, connu sous le nom de Satan et bien d’autres noms encore plus ou moins désobligeants, et à côté de laquelle la version de la Bible fait figure de mauvaise et lugubre plaisanterie.

« Pourquoi ne m’ont-ils pas reconnu, moi leur créateur, si visible, à leurs pieds parmi les herbes, dans les trous de la terre, ou sous leurs yeux dans les branches des arbres ? Mon nom est Heywa. Je suis l’envers et l’endroit, je suis la vie riante et belle, la vie sombre et laide, je suis le commencement et la fin, le serpent coloré qui aime à dérouler ses anneaux dans les ténèbres et dans la lumière ».

Au regard des visages, Marie-Annick Gervais-Zaninger

Ecrit par Olivier Verdun , le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans Hermann, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Au regard des visages. Essai sur la littérature française du XXe siècle, 2011. 404 p. 34 € . Ecrivain(s): Marie-Annick Gervais-Zaninger Edition: Hermann

On sait, depuis Emmanuel Levinas, que le visage n'est pas tant une forme sensible que la résistance opposée par autrui à sa propre manifestation : rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme. Cette énigme de la rencontre intersubjective, la littérature n'a cessé de la traquer au XXe siècle, en un vaste panorama que Marie-Annick Gervais-Zaninger tente, avec beaucoup d'érudition, dans une langue parfois pâteuse mais toujours précise, de restituer. Son ambition, quelque peu titanesque, est d'entrecroiser discours savants et œuvres artistiques afin de mettre au jour, de Narcisse à Lacan, de Levinas à Yves Bonnefoy, ce que le visage a pu produire de trames conceptuelles.

L'auteur commence par décliner, comme il se doit, les différentes acceptions du visage, depuis sa triple dimension physique (« cette surface nue offerte aux regards des autres »), psychique (« la représentation que le sujet se construit de lui-même, son image intérieure ») et sociale (« ce qui résulte de l'interaction entre les autres et lui »), jusqu'à la tête qu'un Francis Bacon tente, à la façon d'un écorché, de faire surgir de l'intériorité organique, en passant par l'étymologie (visage se dit en grec ancien prosôpon, ce qui signifie littéralement « devant les yeux d'autrui ») et les notions de peau, de chair, de face, de regard, de figure.

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Hermann, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).

Arguments d'un désespoir contemporain, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Hermann, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Arguments d’un désespoir contemporain, 156 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Hermann

C’est un livre à l’image de ces eaux noires, vivantes par en-dessous, mais presqu’immobiles à l’œil ; mystérieuses, attirantes ; celles qui essaiment sur le grand plateau de Millet : Millevaches - Millesources. On les regarde, partagés entre fascination et crainte ; elles font partie d’un autre nous, lointain ; elles murmurent les origines ; elles n’invitent pas à la baignade…
Un essai, ce petit livre dense ? C’est à la fois plus vivant et plus personnel – l’homme, l’écrivain habitent chaque page, en une genèse pudique et un peu austère – on imagine qu’on aurait pu l’intituler : « souffles », « cri », ou simplement « dires ».
C’est âpre, rugueux comme le granite, bousculant comme le « Jean d’Auvergne » qui sature le Limousin en hiver ; en même temps, le son a la pureté d’un cristal. On retrouve, là, dans cet « arguments… » l’itinéraire et l’œuvre de cet auteur, définitivement haut perché, à part, dans la grande littérature.
Livre d’amour de la littérature et de la langue, qu’il faut mériter, et, pour moi, le chemin a été dur, car il faut en passer par deux ou trois choses qui sont en Millet, qui le façonnent, qu’on sait de lui, qu’on n’aime pas vraiment ! « la foule… relents de produits de chez Mac Donald… diverses sortes de métis… créolisation générale… vacarme ».