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Les grandes personnes

Cette nouvelle maison d’édition indépendante a vu le jour en novembre 2009 avec Antoine Gallimard. L'éditrice Brigitte Morel entend poursuivre le magnifique travail développé aux éditions Panama en renouant avec des grands albums illustrés, des pop up éblouissants, des livres-jeux créatifs, des coéditions tout en donnant une place accrue aux romans.

 


Rien, Janne Teller

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans Les grandes personnes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Jeunesse

Rien, juin 2012, 137 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Janne Teller Edition: Les grandes personnes

 

Qui n’a jamais réfléchi au sens du mot « Rien », chez lui au fond de son lit, ou, plus vraisemblablement assis, somnolent près de la fenêtre d’une salle de classe ? Qui n’a jamais cru, face à l’incompréhension des autres ou la sienne propre, que la vie n’avait aucun sens et qu’il n’était donc d’aucune utilité d’agir en quoi que ce soit ? Mais qui a eu, à l’instar de Pierre Anthon, élève en 4e, le courage de grimper dans un prunier et d’y élire domicile ad vitam aeternam, parce que de toute façon « tout commence pour finir » ?

Rien, de Janne Teller, est un OVNI dans le paysage de la littérature jeunesse. Pas simplement parce qu’il propose au lecteur une réflexion philosophique, voire métaphysique, sur le destin de l’humanité et son absurdité ; pas seulement parce qu’il offre une vision désabusée des événements historiques de notre siècle, mais surtout parce qu’il est loin de l’image enchanteresse d’une jeunesse optimiste et pleine d’aspirations. Pierre Anthon, perché dans son arbre comme d’aucuns prêchaient du fond d’un tonneau, lance des imprécations, prédit la chute de tout, crie l’absence de vérité et dresse le tableau d’adolescents perdus dans un maelstrom qui les dépasse.

Waterloo Necropolis, Mary Hooper

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 13 Avril 2012. , dans Les grandes personnes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Jeunesse

Waterloo Necropolis, trad. Fanny Ladd et Patricia Duez, Les grandes personnes, août 2011, 230 p. 17.50 € . Ecrivain(s): Mary Hooper Edition: Les grandes personnes


1861. Grace Parkes a 16 ans, un visage d’ange, une peau d’albâtre et des cheveux auburn. Sa démarche est naturellement gracieuse et raffinée, ses manières sont douces et modestes, comme il sied à une vraie jeune fille. Et pourtant Grace vit à Seven Dials, le quartier le plus misérable du West End londonien dans cette terrible fin de siècle victorienne. Avec courage, elle tente de survivre décemment, tout en s’occupant de sa sœur Lily, 17 ans. Une innocente. Un matin d’hiver, rien ne va plus : les deux sœurs sont jetées à la rue, sans le sou, sans rien à se mettre sur le dos, au désespoir. Suite à une succession de rencontres, elles entrent au service des Unwin, les plus gros entrepreneurs de Pompes Funèbres de la capitale : Grace en tant que pleureuse d’enterrement et Lily en tant que camériste de Charlotte Unwin, héritière futile et égocentrique. Rapidement les événements s’enchainent et les deux orphelines se retrouvent malgré elles au centre d’un complot qui vise à les déposséder d’un héritage fabuleux dont elles ignorent l’existence.

Mary Hooper dresse un portrait glaçant d’une ville noyée dans la misère, l’épidémie de choléra et le brouillard. D’une plume élégante, l’auteur nous donne à lire un texte extrêmement documenté évoquant avec réalisme l’atmosphère oppressante d’une nation écrasée par le deuil suite au décès du prince Albert.

Guerre - et si ça nous arrivait ? Janne Teller (illust. J-F. Martin)

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 29 Mars 2012. , dans Les grandes personnes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Contes, Jeunesse

Guerre, et si ça arrivait ? Trad. danois par Laurence W.O.Larsen. Éditions des Grandes Personnes. Mars 2012. 64 p. 7.90 € . Ecrivain(s): Janne Teller Edition: Les grandes personnes


« C'est ici-bas que les insensés trouvent leur Enfer » (Lucrèce, De la Nature, livre troisième)


Et si ça nous arrivait ? Et si ces histoires de guerre n'arrivaient pas qu'aux autres, qu'à ces hordes barbares venues des confins de l'axe du Mal ? Et si ça lui arrivait ?

Imaginez monsieur Guéant dans la peau d'un réfugié, ayant à ses trousses ses propres sbires, courant après une fantomatique identité nationale. Il a quatorze ans. Les murs de son appartement sont percés de trous. Il pleut à l'intérieur. Seule la cuisine est encore habitable. En Europe, la guerre fait rage. Français, Anglais et Scandinaves se tirent dessus. L'Union européenne s'est effondrée et a laissé la place à des régimes autocratiques. La France vit sous la férule de la Police de Redressement. Non, nous ne sommes pas en 2012. Il s'agit d'une fiction. Partout règne la désolation. La peur au ventre. La faim. La délation. Matin, midi et soir des tirs de roquettes embrasent les ciels fuligineux. Les villes sont en cendres. L'Occident, si imbu de sa supériorité, lorgne désormais vers ce Moyen-Orient qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde, fût-il à l'envers.

L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans Les grandes personnes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Jeunesse

L’Innocent de Palerme, trad. italien par Faustina Fiore, (Io dentro gli spari), septembre 2011, 269 p. 16 € . Ecrivain(s): Silvana Gandolfi Edition: Les grandes personnes

Santino est champion de course et aimerait faire de la voile. Santino a six ans. C’est encore petit mais bien assez grand pourtant pour observer et garder en mémoire les faits et gestes des adultes. Et à Palerme, entre la maison familiale et la ville fantôme, s’opèrent d’étranges aller-retour jusqu’au jour où les dettes doivent être payées par le sang. Lucio a onze ans, il vit à Livourne et porte à bout de bras sa mère impotente et sa pénible sœur de quatre ans. Sa seule bouffée d’oxygène réside dans ses stages de voile en été et dans les lettres qu’il écrit au Chasseur. Le jour où sa mère n’est plus à la maison, tout bascule.

Les histoires de ces deux garçons vont se rencontrer et finir par se conjoindre en un subtil jeu d’écriture. Au-dessus de leurs têtes pèse une main tentaculaire qu’on ne nomme pas, qu’on ne peut parvenir à oublier, à semer, à éviter. Invisible ou sous le masque d’un personnage trop parfumé, trop élégant, la Mafia rôde tel un monstre infernal. Elle hante les rêves et pourrit la réalité. Elle déforme le regard des enfants et les force à grandir, abruptement.