Qui n’a jamais réfléchi au sens du mot « Rien », chez lui au fond de son lit, ou, plus vraisemblablement assis, somnolent près de la fenêtre d’une salle de classe ? Qui n’a jamais cru, face à l’incompréhension des autres ou la sienne propre, que la vie n’avait aucun sens et qu’il n’était donc d’aucune utilité d’agir en quoi que ce soit ? Mais qui a eu, à l’instar de Pierre Anthon, élève en 4e, le courage de grimper dans un prunier et d’y élire domicile ad vitam aeternam, parce que de toute façon « tout commence pour finir » ?
Rien, de Janne Teller, est un OVNI dans le paysage de la littérature jeunesse. Pas simplement parce qu’il propose au lecteur une réflexion philosophique, voire métaphysique, sur le destin de l’humanité et son absurdité ; pas seulement parce qu’il offre une vision désabusée des événements historiques de notre siècle, mais surtout parce qu’il est loin de l’image enchanteresse d’une jeunesse optimiste et pleine d’aspirations. Pierre Anthon, perché dans son arbre comme d’aucuns prêchaient du fond d’un tonneau, lance des imprécations, prédit la chute de tout, crie l’absence de vérité et dresse le tableau d’adolescents perdus dans un maelstrom qui les dépasse.