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Editions du Moteur

Fondées en janvier 2010, les Éditions du moteur sont nées du désir de créer un pont entre la littérature et le cinéma, en proposant à des auteurs de talent d’écrire des histoires courtes potentiellement adaptables.

Ces histoires sont avant tout des objets littéraires que vous trouverez sur les tables de vos libraires, sur vos tablettes

Mariage blanc, Valérie Zenatti

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 06 Juillet 2012. , dans Editions du Moteur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Mariage blanc, Editions du Moteur, mai 2012, 88 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: Editions du Moteur

Rachida aime Antoine. Antoine aime Rachida. Trois ans que cela dure, et sans un seul nuage. Un amour basé sur l’indépendance, les appartements séparés pour mieux entretenir le désir, le partage de convictions et d’avis tranchés. Notamment sur le mariage : ils n’en veulent pas, ni l’un ni l’autre, pas plus qu’ils ne désirent d’enfant. Quant à leurs convictions, dont certaines sont politiques, la nécessité d’aider son prochain y tient une bonne place. Aussi, quand David raconte à son ami Antoine que Tatiana, une architecte russe qui vit à Paris depuis des années, est menacée d’expulsion car son visa arrive à expiration, situation dont seul un mariage blanc pourrait la sortir, Antoine n’hésite pas un instant.

Au nom des mêmes convictions, Rachida trouve l’idée formidable. Et pas dérangeante le moins du monde, puisque cela est « faux » : un faux mariage, une fausse cérémonie franco-russe, une fausse vie sous le même toit pour mieux rassurer les autorités. Mais un mariage, une cérémonie et une vie commune quand même.

La date du grand jour approche. Si Rachida continue à sourire, au nom des valeurs qu’elle prône – reconnaître qu’elle commence à douter, pour son propre couple, à douter du bien-fondé de cet acte généreux reviendrait à la mettre en contradiction avec les valeurs en question, et elle s’y refuse – elle n’en pense pas moins.

Un homme jetable, Aude Walker

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 13 Janvier 2012. , dans Editions du Moteur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Un homme jetable, Editions du Moteur, 5 janvier 2012, 96 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Aude Walker Edition: Editions du Moteur

Jules a vingt ans, le diable au corps et une envie pressante de quitter le nid où sa mère change d’homme comme de robe. Il veut trouver un boulot, n’importe quoi qui l’emmène loin et lui fasse gagner un peu d’argent à envoyer à sa petite sœur – n’importe quoi, quitte à se brûler les ailes ; n’importe quoi, et c’est encore mieux si cela lui brûle les ailes. Jules est en quête d’adrénaline, et c’est en se faisant embaucher en intérim dans les centrales nucléaires qu’il va en trouver, en approchant du plus près qu’il peut « la radioactivité, ce mal invisible, inodore, inconnu » (page 49).

C’est un univers que découvre Jules, et le lecteur avec lui : les centrales réparties dans l’Hexagone, les hommes qui font ce que d’autres ne se risquent pas à tenter, les amitiés qui naissent entre ces gens qui se retrouvent d’un site à l’autre, les différences entre les agents EDF et les intérimaires – ces différences, il finira par en faire un combat quand l’injustice frappera à la porte de la caravane.

« Cette matière humaine qui avance comme un seul homme vers la centrale, ça m’impressionne. Je me rends compte que je n’ai lu que des choses sur la configuration technique de la centrale et sur les légendes noires du nucléaire : les bombes H et A, Tchernobyl, les incendies, les accidents, les explosions, mais j’ai oublié les hommes. Sur les hommes, je ne sais rien » (page 18).

Bol d'air, Serge Joncour

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans Editions du Moteur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Bol d’air, Editions du Moteur, octobre 2011, 98 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Editions du Moteur

« Au bout du chemin il y avait une ferme, la cour était sans fond, une sorte de lac épais d’où deux petits bâtiments émergeaient, […] des arbres tout autour, et au-dessus un ciel noir fait de la même boue. Ici le silence venait de loin » (page 23).

C’est dans un décor sinistre que Philippe vient prendre son bol d’air. Un décor sinistre dans lequel vivent ses parents, tout contents de la visite de leur fils qui fait une brillante carrière dans les ordinateurs, à la ville.

D’emblée, Serge Joncour dépeint les lieux, les gens et les scènes de la vie rurale avec la lenteur d’un après-midi d’automne à la campagne par temps pluvieux.

« A chaque fois qu’il retrouvait son père il ressentait ça, d’abord une affection, d’abord il le trouvait cocasse, presque amusant, puis très vite, au bout d’une heure ou deux, d’un coup ça se gâtait et il ne pouvait plus l’encadrer » (page 29).

Si Philippe s’agace très vite du comportement de ses parents, il prend cependant sur lui, car ça n’est pas véritablement l’envie de passer du temps avec eux qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé : il est en situation de faillite personnelle, il n’a plus d’emploi et même son portable ne fonctionne plus.

Deux enfants, Pierre Vavasseur

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 30 Septembre 2011. , dans Editions du Moteur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

Deux enfants, Editions du Moteur, septembre 2011, 42 pages, 9,50 euros . Ecrivain(s): Pierre Vavasseur Edition: Editions du Moteur

On ne met pas longtemps à comprendre qui sont les deux enfants. François et son papa forment un tandem improbable, tendre et extrêmement touchant, lorsque la mère qui gérait le foyer avec autorité s’en va retrouver un autre homme. A moins que, finalement, il ne s’agisse des deux parents, bien moins adultes que leur fils ?

Car le petit François prend la situation en main, avec l’instinct qui pousse l’être humain, même jeune, à combler le manque lorsqu’il prend conscience de celui-ci.

« Nous avons repris le cap. La gare est au bout de la rue. Le restaurant sur la droite. Il s’appelle Le Terminus. La dernière fois qu’il a mangé ailleurs, c’était pour son mariage. Quant à moi, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas comment on fait pour manger au restaurant. J’ai que dix ans » (p.16).

L’écriture de Pierre Vavasseur, simple et émouvante, regorge d’images. En quelques lignes, on est propulsé plusieurs décennies en arrière, dans une époque, un décor, un mode de vie dépeints avec une grande justesse. Les dialogues sont une merveille, comme si l’économie de mots aussi était nécessaire lorsqu’on est dans le besoin.