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Editions Lanskine

 

Les éditions Lanskine publient de la poésie française et étrangère, des textes littéraires, du théâtre... Elles organisent aussi lectures, rencontres et participent à l’organisation d’un festival en Loire Atlantique : les Rendez-vous du Bois Chevalier.

 

… commence une phrase, Michaël Glück (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 02 Mai 2019. , dans Editions Lanskine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

… commence une phrase, février 2019, 63 pages, 13 € . Ecrivain(s): Michaël Glück Edition: Editions Lanskine

Au commencement du Langage le souffle du silence rumine/malaxe la phrase, avant l’articulation du mot, avant toute énonciation. Ici le titre est ponctué de ce silence de la Langue, avant toute manifestation textuelle : …commence une phrase. L’ante-sémantique, l’ante-syntaxe vont puiser le souffle dans le corps enfoui de la lettre et de l’esprit, la chair du Dire sera extirpée/modelée par le regard entier respirant en soi et au-dehors de soi, par une totalité de l’être qui en émettra les bribes brassées d’un univers total intégré. Ainsi… commence la phrase : par sa propre articulation, par sa propre énonciation et les prismes de l’écriture diffusés dans la blancheur expérimentale, tels corps nus âmes mises à nu, de l’Écrire ausculté en abyme dans la danse poétique. Sur le rythme d’une « ritournelle » entonnée très doucement sur le bord des lèvres du murmure :

« Comme une simple ritournelle, une chanson douce, un manège

des jours, en un lieu, devant une fenêtre, une phrase commence

sur les lèvres et très vite je sais, qu’elle a commencé

depuis longtemps… et me tourne la tête ».

Poèmes Western, Estelle Fenzy (par France Burghelle Rey)

Ecrit par France Burghelle Rey , le Lundi, 17 Décembre 2018. , dans Editions Lanskine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Poèmes Western, novembre 2018, 64 pages, 14 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy Edition: Editions Lanskine

 

Le dernier recueil d’Estelle Fenzy s’ouvre sur une naissance. Naissance d’un monde, naissance à la vie et, par là, une espérance : « Ici le voyage commence ».

Alors de la nuit naît l’aube. Des antinomies subsistent puisque restent « des ombres oubliées »  et « Si l’on s’approche, quelles ténèbres à lire sur (le) visage »« d’une madone en prière ».

Cette fois-ci la poète a choisi comme rythme celui du verset qu’elle écrit court, alternant avec des pièces de plusieurs lignes. Un creuset qui privilégie à la fois le balancement et le heurt par le choc de phrases brèves.

Ce road-trip, dont le travail photographique de Bernard Plossu a été l’inspiration, emmène le lecteur dans une Amérique fantomatique. Le journal de bord ainsi conçu œuvre comme un film. Du gros plan au plan d’ensemble. Des confettis de « la maison de Peter » – on sait le regard de l’auteure sur l’enfance et son génie à en traduire la magie – de la camionnette, de Susannah Gun, la vieille au pistolet, jusqu’au brouillard « qui recroqueville la terre », jusqu’aux « champs de coton »et aux« sillons de bitume ».

Oiseau-moi, Edith Azam (par France Burghelle Rey)

Ecrit par France Burghelle Rey , le Lundi, 17 Septembre 2018. , dans Editions Lanskine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Oiseau-moi, avril 2018, 36 pages, 12 € . Ecrivain(s): Edith Azam Edition: Editions Lanskine

 

Le nouvel opus d’Edith Azam s’ouvre sur un vers performatif qui, en même temps que la parole, fait naître, dans son identité, celle ici d’un oiseau, celle qui semble bien le double de la narratrice, comme l’indique le titre formé de chaque côté du trait d’union des deux termes équivalents. Il convient également de rapprocher deux noms, celui d’Hannah, premier mot de l’incipit, et le patronyme Azam. Tous les deux sont d’origine hébraïque puisque l’un est issu de l’hébreu et signifie « grâce », mère du prophète Samuel ou de la Vierge Marie selon les testaments, et le second est une variante régionale du nomde baptême Adam.

Dans son recueil précédent publié en 2015 chez POL, Edith Azam a déjà donné à une autre un nom, éponyme du titre, Caméra, qui comme il l’indique scrute lucidement la vie et, du même coup, le néant. Trouvera-t-elle dans ce nouvel opus une raison à espérer ? Car, avant encore, elle a écrit à propos de l’autre : « Il contamine notre espace, veut nous réduire à petit feu ».

Dès les premiers poèmes, apparaissent des affirmations de solutions possibles : l’eau, l’air, les éléments qui peuvent sauver et, au milieu d’eux, le corps, évident, avec ses souffrances, qui entre en résonance avec les mots malgré leur chute.

Par là, Estelle Fenzy

Ecrit par France Burghelle Rey , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans Editions Lanskine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Par là, février 2018, 72 pages, 12 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy Edition: Editions Lanskine

 

Le titre du nouveau recueil d’Estelle Fenzy, comme ceux des précédents, interpelle le lecteur par sa brièveté et l’amène à suivre le chemin qu’il indique. Dès l’incipit la poète plante les premiers germes d’un conte cruel puisque « les ailes oublient leurs anges » et qu’une enfant peut se transformer en « monstre avide ». La nature, elle aussi, prend part au drame dans un vers éponyme du titre de la première partie : « Le vent sème des grains noirs » quand les saules alors « supplient à genoux la rivière ».

Le texte monte ensuite, tel un cauchemar, en crescendo jusqu’à l’expression oxymorique « les traces féroces de la joie ». Mais, par bonheur, L’enfant-sorcière « libère » aussi de la beauté car elle est poète : elle « écrit dans une langue impossible à comprendre ». Allégorie de toutes les formes de création, elle est en fusion avec la nature. Des parties descriptives et un récit au présent donnent à vivre ce phénomène au lecteur qui lit, le souffle coupé, et découvre que les êtres animés et inanimés se transforment « Par là » sous l’effet de ce miracle :

Entre, Philippe Jaffeux

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 20 Mars 2017. , dans Editions Lanskine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Entre, 2017, 12 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Lanskine

 

Philippe Jaffeux ou la poésie fracturée

Comme il reste difficile d’englober l’expression entière du dernier recueil de Philippe Jaffeux, on pourrait accéder cependant à cette œuvre poétique grâce à deux moyens : une étude horizontale et une étude verticale, car les deux lignes de lecture sont souhaitables. Et tout d’abord, au niveau horizontal, où l’on voit à l’œuvre une fracture du poème, des écrits discontinus par des dispositifs graphiques divers – qu’il s’agisse de triangles/mastabas, ou de carrés/formes suprématistes, ou encore de cercles/trous – on devine là une éruption formelle, un jaillissement graphique. De fait, nous sommes confrontés au hasard, à un certain hasard – comme un coup de dés – mais surtout confrontés à une rigueur méthodique qui a dû requérir une attention soutenue au travail éditorial du livre.

Horizontale encore, cette qualité de la prose qui s’organise comme autant de vers mis bout à bout, sans ponctuation, mais avec des espaces à la fin des phrases et des majuscules à la nouvelle phrase – un retour à la ligne comme pour un nouveau vers. On respire ainsi au souffle même de l’auteur qui, lui, scande sa langue sur un rythme personnel et avec suffisamment de méthode pour, à la fois, interroger la rhétorique et ne pas se livrer entièrement à l’application d’un système.