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Israël

Douleur, Zeruya Shalev

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 23 Mai 2017. , dans Israël, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Douleur, février 2017, trad. hébreu Laurence Sendrowicz, 401 pages, 21 € . Ecrivain(s): Zeruya Shalev Edition: Gallimard

 

 

La douleur emplit ce magnifique roman sur le prix à payer, se propage, montre toutes ses facettes, jusqu’à s’incarner dans l’amour retrouvé d’Iris, trente ans après la séparation. Douleur du corps meurtri, douleur de la brèche, de l’impossible remise en situation, du temps qui passe, d’une partition qui refuse de se laisser jouer…

Douleur, c’est le nom qu’Iris donne à Ethan, son amour de jeunesse retrouvé, et pas seulement parce qu’il est médecin chef d’un centre antidouleur : « Elle repense à la robe rayée que portait la jeune joueuse d’échecs, de nouveau des éléments fortuits s’assemblent en une image provocatrice et menaçante, étrange comme des vies parallèles se heurtent soudain alors qu’elles n’auraient jamais dû se croiser, mais doit-elle vraiment y lire une menace ? » (p.119-120).

Maurice Barrès et le nationalisme français, Zeev Sternhell

Ecrit par Vincent Robin , le Mardi, 21 Mars 2017. , dans Israël, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, Histoire

Maurice Barrès et le nationalisme français, Arthème Fayard Pluriel, 2016, 432 pages, 12 € . Ecrivain(s): Zeev Sternhell Edition: Fayard

 

Ce volumineux contenu est en réalité une réédition de l’étude menée à bien il y a déjà plusieurs décennies par l’historien Zeev Sternhell pour sa thèse de doctorat. Son travail universitaire avait ainsi été publié une première fois en 1972. C’est alors, grâce à une sorte de dédicace auto-élogieuse dans l’avant-propos de cette reparution que, restituant la parole à son ancien superviseur et conseiller (Jean Touchard) à la Fondation nationale des sciences politiques, l’historien de l’Université hébraïque de Jérusalem relate le gratifiant retour récolté à chaud par lui et son docte ouvrage : « Sternhell, vous m’avez convaincu, je vous soutiendrai ! ». Dans ce contexte et au cœur de cette épaisse réalisation effectivement, le recours au scanner millimétrique, irradiant à la fois le spectre du « nationalisme » de la IIIe République française et celui de Maurice Barrès mis en surimpression, renvoyait indubitablement à quelque pâleur ou à l’imperfection de nombreux traitements jusqu’alors appliqués à ces deux évocations souvent arrimées dans un rapide mécanisme fusionnel. Aussi bien alors, tout comme le démontre habilement Sternhell à travers le résultat de ses recherches, parce que les mots « Barrès » et « nationalisme » ne se seront jamais fondus dans l’équation absolue que suggérait leur approche coutumière, un tel ouvrage éclairant et démystificateur mérite-t-il que l’on redécouvre maintenant (surtout au temps politique actuel) son propos savamment nuancé et instructeur.

Une nuit, Markovitch, Ayelet Gundar-Goshen

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 02 Février 2017. , dans Israël, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Presses de la Cité

Une nuit, Markovitch, août 2016, trad. hébreu Ziva Avran, Arlette Pierrot, Laurence Sendrowicz, 476 pages, 23 € . Ecrivain(s): Ayelet Gundar-Goshen Edition: Presses de la Cité

 

Yaacov Markovitch, le transparent, celui qu’on ne voit pas, qu’on ne remarque pas, sur qui les regards glissent, n’a qu’un ami, Zeev Feinberg, son opposé : Si Yaacov est mince, fluet, insipide, pâle aux yeux pâles et se fond dans le paysage, Zeev est un colosse à moustache luxuriante, grand amateur de femmes :

« Yaacov Markovitch, pour vous servir !

(…) Bref, son intervention tomba comme un cheveu sur la soupe. Le lieutenant-commandant le toisa d’un regard identique à celui du médecin de campagne qui examine un prélèvement de selles, puis reprit le fil de sa conversation » (p.36).

Le premier est prêt à tout pour son seul ami, le seul qui l’ait remarqué et pour qui il donnerait sa vie. Après avoir été surpris par le mari de Rachel, boucher grand égorgeur de moutons, Feinberg et Yaacov qui a tenté de détourner l’attention du mari sont expédiés de toute urgence en Europe par le lieutenant-commandant ami de Feinberg. Nous sommes au temps de la montée du nazisme, des Juifs célibataires sont envoyés en Europe pour y épouser – en mariage blanc – et ramener en Palestine de jeunes femmes Juives européennes.

Judas, Amos Oz

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 13 Décembre 2016. , dans Israël, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Gallimard

Judas, août 2016, trad. hébreu Sylvie Cohen, 352 pages, 21 € . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Gallimard

« Les rêves ne mentent pas…

Le monde est vide.

Les dernières lueurs du soir caressent le sommet des collines.

Cette lumière n’est rien différente de celle que nous avons vue hier et avant-hier.

De même que la brise venue de la mer est exactement semblable à celle qui soufflait la veille au soir.

Le monde entier est vide…

Et il faut toujours laisser les morts ensevelir leurs morts »

 

Le Judas d’Amos Oz est comme rempli d’une nostalgie profonde, entre la frontière des soirs, liberté trempée jusqu’à l’os par la pluie et des no man’s land, reflets du couchant, envoûtant comme un parfum au sommet des collines arides.

Les doutes d’Avraham, Dror Mishani

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 20 Octobre 2016. , dans Israël, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Les doutes d’Avraham, octobre 2016, 274 pages, 20 € . Ecrivain(s): Dror Mishani Edition: Seuil

 

 

Dror Mishani nous a concocté des retrouvailles attachantes avec l’inspecteur Avraham*, promu chef de la section des homicides de Holon, dans la banlieue sud de Tel-Aviv. Cette promotion n’est d’ailleurs pas le seul changement dans la vie du policier. Son amie Marianka, rencontrée lors de sa précédente enquête en Belgique, l’a rejoint en Israël et vit avec lui. Deux bouleversements qu’Avraham éprouve bien du mal à digérer.

Tout d’abord sa promotion. Voici qu’un meurtre survient – une veuve sexagénaire étranglée dans son appartement. Du classique pour Avraham sauf que, cette fois, il est responsable statutairement de l’enquête et que cela le jette dans une anxiété profonde. Sera-t-il à la hauteur ? Surtout, saura-t-il manager ses subordonné(e)s ? L’ombre de sa supérieure, Ilana Liss – absente pour soigner un cancer – l’obsède et la tentation de l’appeler pour lui demander conseil sera constante.