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Deep Winter, Samuel W. Gailey

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 26 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Deep Winter, traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski, août 2014, 316 p. 23,40 € . Ecrivain(s): Samuel W. Gailey Edition: Gallmeister

 

Wyalusing est une petite ville perdue de Pennsylvanie. C’est là que vit Danny, attardé depuis un tragique accident qui a vu ses parents mourir alors qu’il était encore enfant. Dans cette petite communauté rurale, Danny est l’idiot du village, brave colosse désarmant de gentillesse mais moqué par la plupart des habitants. Une des seules personnes à le traiter correctement est Mindy, la serveuse du dinner qui partage avec lui sa date d’anniversaire. Justement, c’est le jour de son anniversaire que Danny décide de rejoindre Mindy pour lui offrir un cadeau. Et c’est là qu’il va tomber sur Sokowski, l’adjoint du shérif, veule et cruel, qui vient de tuer Mindy et qui voit en Danny un parfait coupable. En cette nuit d’hiver, entraîné dans un engrenage de violence, Danny va tenter d’échapper à ceux qui voudraient le voir mort, et de prouver son innocence.

Deep Winter, c’est incontestable, est un roman mené avec efficacité. Du genre que l’on peine à lâcher tant on désire voir quelle tournure vont prendre les événements et si le héros va réussir, malgré ses moyens limités, à s’en sortir alors qu’il est devenu pour une grande partie de la communauté l’homme à abattre. C’est avec un sens consommé du cliffhanger de fin de chapitre et une écriture que l’on qualifiera d’efficace – faute d’être remarquable – que Samuel Gailey, qui a fait ses armes au cinéma et à la télévision, fait avancer son intrigue.

Trouver une victime, Ross Macdonald

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Trouver une victime (Find a Victim) traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos, juin 2014, 288 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Ross McDonald Edition: Gallmeister

 

Le travail continue pour les éditions Gallmeister et le traducteur Jacques Mailhos embarqués dans la nouvelle édition des dix-huit enquêtes de Lew Archer.

Cinquième roman de la série, Trouver une victime propulse le détective privé dans une bourgade de Californie du Sud, Las Cruces, où, alors qu’il ne fait que passer, Archer trouve sur le bord de la route un homme blessé par balle qui ne tarde pas à passer l’arme à gauche. Coincé là pour les besoins de l’enquête, Lew Archer découvre que la victime, Tony Aquista, était chauffeur de camion pour Meyer, un notable local, et qu’il s’est fait dérober un chargement d’alcool. C’est donc naturellement que le détective propose à Meyer ses services pour retrouver la cargaison et, accessoirement, la fille de l’entrepreneur qui semble s’être volatilisée au même moment.

Comme de coutume, Archer se trouve donc obligé de mettre son nez dans une affaire qui, si elle tient du crime crapuleux, est aussi une affaire de famille. Et, comme toujours, il va peu à peu mettre au jour quelques secrets enfouis et des situations extrêmement ambigües dont le titre du roman se fait l’écho. Car chaque avancée de Lew Archer dans son enquête le mène à découvrir un nouveau coupable putatif en même temps que des victimes possibles.

Toute la Terre qui nous possède, Rick Bass

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois, La rentrée littéraire

Toute la Terre qui nous possède (All the Land to hold us). Traduction de l’américain Aurélie Tronchet. août 2014, 441 p. 22 € . Ecrivain(s): Rick Bass Edition: Christian Bourgois


Toute la puissance de Rick Bass est concentrée en cette grande œuvre. Et il ne s’agit pas seulement de style – ou de l’écriture particulière du grand Rick. Il s’agit de la puissance qui coule au long des pages de ce roman et dont la source est la littérature américaine même, à laquelle Rick Bass se nourrit, se baigne, s’immerge tout entier. Des premiers écrits, ceux de la littérature coloniale du XVIIIème siècle déjà, les américains sont happés par l’espace, les espaces, ceux de la conquête jamais achevée, ceux des premiers colons, ceux des grandes plaines, des chaînes montagneuses, des fleuves immenses, des gorges vertigineuses. Happés par la Terre qui sera le ferment premier d’une littérature prodigieuse de force, de poésie, d’aventures.

Happés par la Terre renvoie au titre de ce roman, dont la version originale est « All the Land to hold us ». Aurélie Tronchet – l’excellente traductrice de ce livre – et probablement l’éditeur, ont choisi la traduction qui dit cela clairement : Toute la terre qui nous possède (nous tient, nous happe, nous capte). Une autre piste était possible et la lecture du roman la rend aussi séduisante : Toute la terre qui nous tient debout (droit, sur nos jambes).

Open City, Teju Cole

Ecrit par Héloïse Thomas-Cambonie , le Mercredi, 17 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

Open City, traduction de Guillaume-Jean Milan, 348 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Teju Cole Edition: Denoël

 

Si vous vous attendez à trouver un autre livre avec en personnage principal le magnifique palimpseste urbain qu’est New York, ville donnant corps au labyrinthe psychologique du narrateur, qui pourrait bien être (ou pas) un avatar de l’auteur – eh bien non, Open City défiera toutes vos attentes : ce roman, véritable tour de force, n’a jamais recours aux raccourcis faciles (c’est le cas de le dire).

Julius, protagoniste et narrateur, interne en psychiatrie, arpente les rues de New York. Il se remet difficilement d’une rupture amoureuse et trouve dans la marche une échappatoire au carcan mental de son travail. Le bandeau de l’édition Denoël dit : « Si Baudelaire était un jeune Africain errant dans les rues de New York aujourd’hui, c’est certainement le livre qu’il écrirait ». Ceci n’est qu’à moitié vrai : certes, Julius ne se promène pas, il est loin d’avoir le pas touristique, mais il n’est pas non plus exactement un avatar du flâneur baudelairien. Même s’il dresse un portrait sans complaisance de New York, son esthétique est bien plus complexe, presque fuyante et profondément hantée.

La chute des princes, Robert Goolrick

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions Anne Carrière

La chute des princes, Robert Goolrick, Ed. Anne Carrière, traduit de l’anglais (USA) par Marie de Prémonville, août 2014, 231 p. 20 € . Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Editions Anne Carrière

 

Splendeurs et misères des courtisans modernes

Lorsque le roman commence, la chute est déjà consommée. Les premières lignes qui ouvrent le roman sont sans appel :

« Quand vous craquez une allumette, la première nanoseconde elle s’enflamme avec une puissance qu’elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L’incandescence originelle ».

Et puis, c’est fini. La flamme devient forte et vivace. Elle monte dans l’air et illumine les espaces sombres. Mais elle a déjà perdu de sa splendeur. Insérée dès le début du texte, voici une métaphore qui en dit long sur le parcours de notre personnage. Elle sonne comme le glas.

En effet, le narrateur, revenu de ses années folles, se pose pour nous conter son histoire. Il a tout perdu et il est ruiné. Son récit, rédigé à la première personne, est sans pathos. Il ne cherche pas à s’amender : « Je ne le dis pas avec fierté. Je ne présente pas d’excuses. Je décris des faits irréfutables ».