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Chuchotements dans la nuit, Howard Phillips Lovecraft (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Vendredi, 22 Janvier 2021. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points

Chuchotements dans la nuit, Howard Phillips Lovecraft, octobre 2020, trad. anglais, François Bon, 144 pages, 6,50 € Edition: Points

 

Ce qui s’impose d’emblée dans ce récit de Lovecraft, comme dans d’autres de ses récits et nouvelles d’ailleurs, c’est l’installation d’un mystère insoutenable et une préparation immédiate à la peur : « Si seulement je pouvais sérieusement croire, à la toute fin, n’avoir vu aucune de ces horreurs » (p.15).

Rapidement aussi, on se laisse happer par la littérarité qui traverse le texte, comme si la finesse assumée du style participait des subtilités de l’énigme qui est au cœur du récit. En cela, il faut saluer la brillante traduction de François Bon, qui précise lui-même, dans son introduction, que cette qualité de prose, associée aux thèmes de la science-fiction et de l’horreur, trop étonnante pour l’époque, a été rédhibitoire pour de nombreux magazines et maisons d’édition du vivant de Lovecraft.

Dans les brumes du matin, Tom Bouman (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 07 Janvier 2021. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Dans les brumes du matin, Tom Bouman, septembre 2020, trad. USA Yannis Urano, 357 pages, 23 € Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

L’officier de police Henry Farrell, le flic d’une bourgade de l’arrière-pays de Pennsylvanie, Wild Thyme, aux limites nord-est de cet État, à la frontière avec l’État de New-York, est chargé d’enquêter sur la disparition de Penny Pellings. Elle était la compagne de Kevin O’Keeffe et ils vivaient dans une caravane sur le terrain d’Andy Swales, le plus grand propriétaire de la région. En échange, ils devaient s’occuper du domaine de Swales. Suite à « une engueulade entre hippies qui avait un peu dégénéré », on leur avait retiré la garde de leur fille Eolande. Le jeune couple de junkies avait promis de s’amender et de décrocher de la drogue, ce qui n’empêchait pas parfois les « coups de gueule » avec les propriétaires des cottages autour du lac et une certaine partie de la population locale qui jouait de la musique un peu tard et pêchait les truites dans le lac. Cependant cela convenait à Swales qui comptait bien laisser une compagnie gazière s’installer sur son terrain.

La Classe ouvrière blanche, Surmonter l’incompréhension de classe aux États-Unis, Joan C. Williams (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 14 Décembre 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La Classe ouvrière blanche, Surmonter l’incompréhension de classe aux États-Unis, Joan C. Williams, Editions Unes, octobre 2020, trad. anglais, Carole Roudot-Gonin, 152 pages, 20 €

 

« Nègres blancs » d’Amérique

Joan C. Williams a étudié à l’université de Yale et au MIT avant d’obtenir son doctorat à la Faculté de Droit de Harvard. Ses travaux sur le statut des femmes et les enjeux familiaux au travail, sur la classe ouvrière américaine, lui ont valu une large reconnaissance et de nombreux prix aux États-Unis.

Ce nouveau livre restera un texte essentiel à qui veut comprendre la politique « sociale » de Trump. À travers une série de questions sociétales sur le travail, l’éducation et les valeurs, elle restitue les modes de vie et le parcours d’une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et en partie abandonnée par le Parti Démocrate.

Le Cœur révélateur (Contes), Edgar Poe (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 25 Novembre 2020. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Flammarion, Contes, En Vitrine, Cette semaine

Le Cœur révélateur (Contes), Edgar Poe, Flammarion, Coll. bilingue Aubier, 1966, 375 pages

 

L’artiste défie le moraliste, une parodie de Platon

Poète maudit, auteur de célèbres contes fantastiques et policiers, critique littéraire implacable, très apprécié en France depuis les traductions de Baudelaire et de Mallarmé mais écrivain mal-aimé dans son pays natal, l’Amérique puritaine, où il déplaît pour sa vie dissolue (ivresses, mariage avec une cousine de 13 ans, dettes de jeu, mort d’éthylisme dans le caniveau de Baltimore), sa critique de la démocratie américaine et son esthétique aux antipodes de la pensée positive. Fasciné par la folie, le crime et le mal sous toutes ses formes, il appartient à un genre littéraire équivoque, le romantisme noir, et met en scène des monstres pervers aux passions sombres et destructrices dans des atmosphères lugubres et angoissantes.

Le Cœur révélateur, publié en 1843, illustre bien la formule de Mallarmé : « Poe, c’est le cas littéraire absolu » : entre maîtrise artistique et folie, jeux ambigus du réel et de l’imaginaire, polysémie et ironie, symbolisme subtil, l’histoire du cœur révélateur voile et dévoile. Défenseur de l’art pour l’art dans ses Principes Poétiques, Poe réfute le didactisme de convention et, avant Nietzsche, réhabilite le poète chassé de la cité par Platon.

Le bruit et la fureur (The Sound And The Fury, 1929), William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Novembre 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Le bruit et la fureur (The Sound And The Fury, 1929), trad. américain, Maurice-Edgar Coindreau . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Folio (Gallimard)

L’histoire d’une décadence a plus d’une fois fasciné Faulkner. Au point de justifier que l’on se demande si – en basse continue – ce n’est pas éternellement l’histoire du Sud qu’il raconte encore et encore. C’est l’arc de Absalon ! Absalon !, de la trilogie des Snopes et, ici, la grandeur et la décadence de la famille Compson. Le Sud au fond, comme trame romanesque, le Sud et son basculement de la gloire à la défaite, au délitement de son mode de vie, de son modèle économique fondé sur l’esclavage, de sa fierté triomphante.

On a beaucoup dit que lire Le bruit et la fureur est une épreuve redoutable. La structure achrone du roman déconcerte, au moins pendant la première partie, la narration de Benjy. De tous les romans de Faulkner, c’est assurément le plus « difficile », essentiellement en raison de l’absence à peu près totale de chronologie. Faulkner mêle présent et passé dans la tresse serrée d’un récit dont le moteur est le flux de conscience avec ce qu’il implique d’aléatoire et d’inattendu. Et plus encore qu’inattendu, d’imperceptible. C’est là la clé de l’opacité de ce roman : le lecteur ne se rend pas compte de tout. On en a une preuve évidente quand on en est à la deuxième lecture de l’œuvre – c’est le cas ici avant d’écrire cet article – : la première lecture ne nous avait pas fait apparaître les mêmes reliefs, les mêmes sens.