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Le passager d’Istanbul, Joseph Kanon

Ecrit par Pauline Fouillet , le Vendredi, 24 Octobre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Seuil

Le passager d’Istanbul, septembre 2014, traduction (USA) de Lazare Bitoun, 484 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Joseph Kanon Edition: Seuil

 

Voici un polar bien atypique. Si d’habitude, nous suivons dans ce genre littéraire la quête d’un meurtrier, dans ce roman, c’est avant tout à la conservation d’un assassin que nous veillons. D’autre part, s’agissant de l’enquête du meurtre perpétré ab-initio, il s’avère que c’est au meurtrier lui-même que l’on donne cette tâche.

Joseph Kanon situe son action en Turquie juste après le Seconde Guerre Mondiale. Ce pays neutre avait dû faire face à la préservation d’un équilibre précaire entre les alliés occidentaux et la Russie communiste. Bien que la guerre soit terminée, Istanbul et Ankara se trouvent néanmoins toujours dans cette situation inconfortable de balancier.

Ainsi, quand les Forces Secrètes Américaines font venir à Istanbul un ancien nazi roumain à des fins d’obtention d’informations secrètes russes, et que le responsable de l’opération est tué, le « coursier » en charge du transfert se retrouve bien en peine. Il doit en effet trouver une solution pour évacuer ce monstre recherché par les russes et haï par tellement de gens qu’il risque la mort à chaque instant.

Nos disparus, Tim Gautreaux

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 14 Octobre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Nos disparus (The Missing), août 2014, traduit de l’anglais (USA) par Marc Amfreville, 541 p. 23 € . Ecrivain(s): Tim Gautreaux Edition: Seuil

Tim Gautreaux était une des belles découvertes de l’année 2013 avec son Dernier arbre. Il confirme avec Nos disparus tout le bien que l’on pouvait penser de lui.

Comme dans son premier roman, nous sommes en Louisiane après la Première Guerre mondiale. Débarqué à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918, Sam Simoneaux n’a pas connu les combats mais est resté plusieurs mois pour mener une tâche absurde : tenter de déminer les champs de bataille en récoltant obus, bombes, mines et grenades non explosés pour les faire sauter définitivement. Un travail éprouvant et, à l’image de toute la guerre, traumatisant.

C’est ce jeune cajun intelligent mais un peu timide, pétri d’une éducation catholique, que Tim Gautreaux nous propose de suivre à son retour. Devenu chef d’étage d’un grand magasin de la Nouvelle-Orléans, Sam va être incapable de retrouver une petite fille de trois ans qui a échappé à la surveillance de ses parents et dont il apparaît vite qu’elle a été enlevée. Pointé du doigt par les parents de la fillette, par son patron et même, dans une certaine mesure, par sa propre épouse, pour n’avoir pas pu empêcher le drame, il décide de se lancer seul à la recherche des kidnappeurs. Une enquête qu’il va mener le long du Mississipi à bord de l’Ambassador, bateau d’excursion à aubes qui remonte et descend le fleuve le temps d’une saison avec un orchestre de jazz et sur lequel travaillent les Weller, parents de la petite disparue.

Le double portrait, George Pelecanos

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 07 Octobre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Calmann-Lévy

Le double portrait (The Double, 2013), mars 2014, traduit de l’anglais (USA) par Mireille Vignol, 267 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): George Pelecanos Edition: Calmann-Lévy

 

 

Un peu plus d’un an après Une balade dans la nuit voici donc de retour Spero Lucas, nouveau héros récurrent de George Pelecanos. Le vétéran de la guerre d’Irak reconverti dans l’enquête privée à Washington se lance ici à la recherche d’un homme qui, après avoir séduit une femme a fini par l’abuser et disparaître avec une toile, le double portrait du titre, de valeur.

On avait cru discerner dans le roman précédent quelque chose de prometteur après un passage à vide de Pelecanos le temps de quelques romans. Le double portrait vient, sur le plan de l’intrigue, même réduite à sa portion congrue mais propice à d’intéressants portraits de personnages, confirmer cette impression sans pour autant retrouver le souffle de la production plus ancienne de l’auteur. Mais cela se complique clairement lorsqu’il aborde d’autres thèmes qu’il maîtrise de toute évidence beaucoup moins.

Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Une constellation de phénomènes vitaux (A constellation of vital phenomena). Traduction de l'américain Dominique Defert Août 2014. 444 p. 22 € . Ecrivain(s): Anthony Marra Edition: Jean-Claude Lattès

 

Dans le fatras de rentrée, d’une qualité très inégale, il y a des trésors inattendus. Ce livre en est assurément un des plus beaux. Roman au grand souffle, qui rappelle les sagas célèbres, « Une constellation de phénomènes vitaux » captive et fascine, bien après sa lecture encore. La vie, l’amitié, la mort, la lâcheté, l’ignominie, l’amour en temps de guerre. On a connu aux USA, en Russie, en Espagne à travers la littérature. La Tchétchénie manquait et ce livre élève une ode à ce pays martyr – ne finissant jamais le cercle infernal d’une guerre à l’autre.

Quelle virtuosité dans ce roman ! L’histoire des quelques personnages se passe sur un jeu en abymes de temporalité. La narration première s’étend sur 5 journées d’Akhmed, Sonja, Havaa, et quelques autres – perdus dans les couloirs de l’hôpital N°6, sorte de navire fantôme abandonné de la plupart de ses occupants (il reste 3 membres du personnel sur plusieurs centaines !), sauf les blessés qui affluent en permanence, estropiés, explosés, déchiquetés. Sonja est la seule médecin compétente dans ce radeau de la Méduse, amputant, cousant, courant. L’hôpital N°6 comme métaphore d’un pays, d’un monde qui disparaît, s’efface, ne subsiste plus que par le souvenir de ses habitants.

Deep Winter, Samuel W. Gailey

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 26 Septembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Deep Winter, traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski, août 2014, 316 p. 23,40 € . Ecrivain(s): Samuel W. Gailey Edition: Gallmeister

 

Wyalusing est une petite ville perdue de Pennsylvanie. C’est là que vit Danny, attardé depuis un tragique accident qui a vu ses parents mourir alors qu’il était encore enfant. Dans cette petite communauté rurale, Danny est l’idiot du village, brave colosse désarmant de gentillesse mais moqué par la plupart des habitants. Une des seules personnes à le traiter correctement est Mindy, la serveuse du dinner qui partage avec lui sa date d’anniversaire. Justement, c’est le jour de son anniversaire que Danny décide de rejoindre Mindy pour lui offrir un cadeau. Et c’est là qu’il va tomber sur Sokowski, l’adjoint du shérif, veule et cruel, qui vient de tuer Mindy et qui voit en Danny un parfait coupable. En cette nuit d’hiver, entraîné dans un engrenage de violence, Danny va tenter d’échapper à ceux qui voudraient le voir mort, et de prouver son innocence.

Deep Winter, c’est incontestable, est un roman mené avec efficacité. Du genre que l’on peine à lâcher tant on désire voir quelle tournure vont prendre les événements et si le héros va réussir, malgré ses moyens limités, à s’en sortir alors qu’il est devenu pour une grande partie de la communauté l’homme à abattre. C’est avec un sens consommé du cliffhanger de fin de chapitre et une écriture que l’on qualifiera d’efficace – faute d’être remarquable – que Samuel Gailey, qui a fait ses armes au cinéma et à la télévision, fait avancer son intrigue.