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Sexe, Mort et Pêche à la mouche, John Gierach

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallmeister, En Vitrine

Sexe, Mort et Pêche à la mouche (Sex, Death and Fly Fishing) traduction de l’américain Jacques Mailhos novembre 2014. 306 p. 23,80 € . Ecrivain(s): John Gierach Edition: Gallmeister

 

Qu’on ne s’y trompe pas : la pêche à la mouche oui. Le sexe et la mort point. Ou plutôt, là, il ne s’agit que de la reproduction et de la mort des espèces vivant dans ou au bord des rivières et des lacs. Si vous n’êtes pas trop décus par cette nouvelle, alors lisez ce délicieux recueil de récits !

Que les Américains soient friands de storytelling, tout le monde lettré le sait. Mais Gierach s’inscrit dans une tradition de raconteurs moins connue et pourtant fournie aux USA : les « fishing stories ». La pêche, au pays des chantres de la mère Nature, est une activité qui n’a que peu à voir avec la pêche en notre vieille France. C’est un sport à part entière, une passion dévorante, une sorte de religion pour certains. Rappelons-nous l’incipit inoubliable de « au milieu coule une rivière » de Norman McLean : « Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche à la mouche».

Le Fils, Philipp Meyer

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 10 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel, En Vitrine

Le Fils (The Son), septembre 2014, traduit de l’anglais (USA) par Sarah Gurcel, 673 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Philipp Meyer Edition: Albin Michel

 

Le mythe du Grand Roman Américain fait depuis longtemps courir les apprentis écrivains (américains, cela va de soi) et peut-être plus encore les critiques, prompts à dégainer l’expression pour la transformer en un superlatif censé montrer à quel point le romancier a su peindre l’âme américaine. Le fils, de Philipp Meyer, n’y échappe pas. C’est d’ailleurs écrit sur la couverture de l’édition française sous la plume d’un chroniqueur du Washington Post qui a toutefois la prudence d’utiliser un article indéfini. « Un grand roman américain » lit-on donc. Sans doute en l’occurrence ce journaliste a-t-il vu juste, d’ailleurs. Car si Le fils n’est certainement pas Le Grand Roman Américain, il est bel et bien un grand roman sur l’Amérique. Mais pas sur n’importe quelle Amérique. Sur celle des vainqueurs, les perdants étant destinés aux oubliettes de l’Histoire.

Alaska, Melinda Moustakis

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 06 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallmeister

Alaska (Bear Down Bear North), octobre 2014, traduit de l’américain par Laura Derajinski, 216 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Melinda Moustakis Edition: Gallmeister

 

L’Alaska est pour nous une terre bien lointaine, un pays méconnu, surtout habité par la neige et quelques ours. Nous imaginons aussi qu’il y traîne quelques prospecteurs. Le pays que nous fait découvrir Melinda Moustakis avec ce recueil de nouvelles est bien un pays où les choses peuvent devenir des expériences limites, extrêmes. Entre les jours et les nuits interminables, le froid et les rivières puissantes comme les saumons qui les peuplent, les forêts immenses où vivent et meurent les élans et où se perdent les chiens, les humains doivent batailler pour vivre, survivre et tout simplement trouver leur place.

L’Alaska dans laquelle l’auteur nous entraîne n’est pas vraiment celle que l’on propose aux touristes, pas plus que celle de ceux qui viennent y travailler pour en repartir dès que possible. Hors de la grande ville, Anchorage, nous côtoyons ceux qui toujours ont vécu là, qui toujours continueront d’y vivre. Ici, la vie se réduit souvent à l’essentiel et on n’y a rarement le temps d’y faire de la littérature, même si entre cuites et bagarres, entre pêche et poisse, il y a aussi place aux récits que l’on ressasse au fur et à mesure que s’égrènent les vies.

Le pouvoir du chien, Thomas Savage

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 01 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Le pouvoir du chien, Belfond Vintage, traduit de l’américain par Pierre Furlan, postface d’Annie Proulx, novembre 2014, 384 pages, 19,00 € . Ecrivain(s): Thomas Savage Edition: Belfond

 

Le Montana est un Etat de l’ouest des États-Unis bordé à l’est par les Grandes Plaines et à l’ouest par les Montagnes Rocheuses. Le climat est extrêmement rude particulièrement en hiver, l’isolement quasi total et les paysages si démesurés que c’est au Montana que survit encore à l’heure actuelle le mythe de l’Ouest américain. La nature omniprésente et grandiose, l’histoire de cet Etat aussi grand que la France où la découverte de gisements d’or dans les années 1850 déclencha la fameuse ruée de prospecteurs, le souvenir de la victoire des Sioux face au général Custer à la bataille de Little Big Horn, l’arrivée massive de colons, agriculteurs ou éleveurs de bétail en réponse au Homestead Act (loi de propriété fermière) de 1916, et le développement d’immenses ranchs sont autant d’éléments qui excitèrent l’imagination de nombreux écrivains aujourd’hui regroupés, à tort ou à raison selon les spécialistes, sous l’appellation de « l’école du Montana ». Une mouvance où l’on trouvera, à titre d’exemple, des auteurs comme Rick Bass (Le Ciel, les étoiles, le monde sauvage, aux éditions Christian Bourgois), Norman Maclean (La rivière du sixième jour, aux éditions Rivages poche), Jim Harrison (Légendes d’automne aux éditions 10-18) et bien entendu Thomas Savage dont le roman Le pouvoir du chien publié en 1967 est devenu avec les années une référence littéraire.

L’ours est un écrivain comme les autres, William Kotzwinkle

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 22 Novembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’ours est un écrivain comme les autres (The Bear Went Over The Mountain) Éd. Cambourakis, octobre 2014, traduit de l’anglais (USA) par Nathalie Bru, 304 p. 22 € . Ecrivain(s): William Kotzwinkle

Écrivain prolixe et éclectique, William Kotzwinkle a tout fait. De la novellisation (E.T. mais aussi Superman III !), de la littérature de jeunesse, du roman noir (Le jeu de Trente), du complètement barré (l’indispensable Midnight Examiner), de l’inclassable (Book of Love, Fata Morgana…). Si tout n’est pas toujours génial chez cet auteur, on peut au moins lui reconnaître une réelle capacité à surprendre. Et c’est encore le cas avec le conte moral qu’est L’ours est un écrivain comme les autres.

Arthur Bramhall, professeur de littérature à l’Université du Maine, rêve de devenir le nouvel Hemingway. En tant que tel, il ne se voit d’ailleurs pas écrire autrement qu’à la machine. Aussi n’a-t-il aucune sauvegarde lorsque son manuscrit part en fumée dans l’incendie de sa maison. Mais Arthur Bramhall est opiniâtre et a tôt fait de réécrire son grand roman sur la libido des femmes de la campagne qui sentent l’essence et ne se rasent pas les jambes.

L’ouvrage achevé, afin d’éviter une nouvelle déconvenue, il décide de placer le manuscrit dans une mallette et de la dissimuler au pied d’un arbre en lisière de la forêt en attendant d’aller le présenter à un éditeur. Mais, dissimulé dans les bois, un ours observe le manège. Croyant à la possibilité que la mallette renferme, sait-on jamais !, une tarte, il la déterre. Et là… laissons la parole à l’auteur :