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La fête des corbeaux, Thomas McGuane

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 26 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Christian Bourgois

La fête des corbeaux, mai 2015, traduit de l’anglais (USA) par Éric Chédaille, 336 pages, 20 € . Ecrivain(s): Thomas McGuane Edition: Christian Bourgois

 

La fête des corbeaux, ce sont dix-sept nouvelles et autant de superbes pochades dans lesquelles Thomas McGuane déroule les fils emmêlés des rapports des liens du sang. Rapports dont la haute toxicité façonne des êtres qui subissent, se plient passivement aux désirs des figures parentales ou tentent de s’en échapper, le plus souvent en vain, par manque de confiance et surtout d’estime de soi. Une toxicité qui se transmet inéluctablement de génération en génération, empoisonne et emprisonne les couples, détruit les enfants, fait se dissoudre les rapports amicaux et conduit les anciens, faute de solidarité, vers l’asile ou la maison de retraite. Dix-sept tranches de vies déliquescentes.

La perversité à peine voilée des relations à l’intérieur des couples, l’absence de communication véritable, les jeux malsains de pouvoir au sein de ces binômes, s’exercent avec une saisissante acuité dans nombre de ces nouvelles. Prise à témoin ou plutôt comme otage, la descendance morfle et trouve des aménagements pour survivre. Ainsi dans la première histoire, Un problème de poids, le narrateur déclare : Je ne manque pas d’affection pour mes parents, mais ces deux-là sont enfermés dans quelque chose d’exclusif au point d’être hermétiquement clos à tous les autres, y compris moi-même (p.21).

Frank Sinatra dans un mixeur, Matthew McBride

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Frank Sinatra dans un mixeur (Frank Sinatra in a Blender), mai 2015, trad. de l’anglais (USA) par Laurent Bury, 246 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Matthew McBride Edition: Gallmeister

 

« Norman Russo avait bien choisi sa journée pour se tuer. Il faisait un temps de merde et il n’y avait rien à la télé ». Surtout, comme le constate bien Nick Valentine, on a un peu aidé Norman Russo à se suicider. Et cela a sans doute à voir avec les deux débiles qui ont attaqué une banque avec une camionnette de boulanger avant de se faire dessouder et que le butin disparaisse. Naviguant entre deux eaux, entre la police et les gangsters qui ont tous besoin de ses services, Valentine, ex-flic et détective privé alcoolique au dernier degré, se lance lui aussi à la recherche de l’argent volé en espérant bien pouvoir en profiter pour renflouer ses comptes et payer des tonnes de croquettes à Frank Sinatra, son bâtard de yorkshire et de terrier.

De ce postulat désormais classique des différents groupes recherchant la même chose et se doublant les uns les autres avec, au milieu, l’homme qui entend tirer son épingle du jeu, Matthew McBride tire un polar ultraviolent et hilarant mené à un train d’enfer.

L'Heure Verte, Frederic Tuten

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 13 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points Seuil

L’Heure Verte (The Green Hour). Traduit de l’américain par Hugues de Giorgis. 301 p. 7 € . Ecrivain(s): Frederic Tuten Edition: Points Seuil

 

« On s'est connu, on s'est reconnu, 
On s'est perdu de vue, on s'est r'perdu d'vue 
On s'est retrouvé, on s'est réchauffé, 
Puis on s'est séparé. 

Chacun pour soi est reparti. 
Dans l'tourbillon de la vie 
Je l'ai revue un soir, aïe, aïe, aïe, 
Ça fait déjà un fameux bail 
Ça fait déjà un fameux bail »

 

(Chanson de Serge Rezvani)

Il y a de fortes chances pour que cette chanson vous trotte dans la tête, obstinément, pendant la lecture de ce roman.

La Bête, Jon Ferguson

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 13 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La Bête (Beast), Olivier Morattel Editeur (édition Bilingue Français-Anglais, Tête-Bêche), avril 2015, 272 pages, 26 CHF . Ecrivain(s): Jon Ferguson

 

« Les hommes manquent de perspective mais ils sont rarement avares en surestime de leur importance dans l’Histoire ».

Jon Ferguson

 

L’animalité de l’Homme, à travers le regard de Jon Ferguson et son essai construit sous forme d’aphorismes, entraîne le lecteur dans une foule d’interrogations que pourrait ou devrait se poser l’être humain au cours de son existence. L’écrivain, anthropologue et philosophe, soulève moult questions que l’homme ne se poserait peut-être pas assez au cours de sa vie terrestre et vient ainsi ébranler les dogmes au milieu d’un discours fluide, insatiable, percutant et parfois très curieux. Que ses idées plaisent ou non, que le lecteur y adhère ou non, son plaidoyer sur l’existence humaine rappelle que le temps sur cette Terre est limité et qu’il serait opportun de profiter de ce que l’univers offre en vue de s’en émerveiller au quotidien, sans oublier de garder à l’esprit la notion du « libre-arbitre ».

Perfidia, James Ellroy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 05 Mai 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages/Thriller

Perfidia, traduit de l'américain par Jean-Paul Gratias mai 2015, 821 p. 24 € . Ecrivain(s): James Ellroy

 

 

Jimmy’s back ! Un peu différent, mais il est de retour, assurément. Une écriture plus narrative, plus linéaire que dans White Jazz, American Tabloid ou Underwold USA mais on ne peut s’en plaindre : c’est comme une sorte d’apaisement littéraire, une maîtrise acceptée de l’énonciation du glauque, du poisseux, du noir. Car il ne faut pas s’y tromper : l’écriture est moins haletante, moins oppressée, mais elle gagne en profondeur et l’univers est toujours aussi stupéfiant de noirceur.

Ellroy – à la manière un peu de George Lucas avec sa « Guerre des Etoiles » - entame une nouvelle saga angélienne, sa deuxième, mais il la situe avant la première. L’initiale (Le Dahlia Noir, Le grand nulle part, L.A. Confidential et White Jazz) commençait à l’assassinat d’Elizabeth Short en janvier 1947, le Dahlia noir, et s’achevait à White Jazz, dans les années 56/57. La nouvelle saga, inaugurée par ce roman, démarre en décembre 1941, le 7 décembre, jour de l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais.