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L’ours est un écrivain comme les autres, William Kotzwinkle (2ème article)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 24 Janvier 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’ours est un écrivain comme les autres (The Bear Went Over the Mountain), éd. Cambourakis, octobre 2014, traduit de l’anglais (USA) par Nathalie Bru, 304 pages, 22 € . Ecrivain(s): William Kotzwinkle

 

L’ours est un écrivain, et réciproquement…

Avec ce roman, William Kotzwinkle nous offre un de ces gueuletons littéraires dont la littérature américaine a peut-être le secret, même si elle n’en a pas l’exclusivité. Un roman foisonnant, drôle et « déjanté » – comme l’on dit aujourd’hui – qui tient à la fois de la farce, de la tragédie, de la critique sociale, de l’absurde élevé au rang de logique implacable et – sans doute avant tout cela – du bonheur de l’écriture qui éveille irrésistiblement le bonheur de la lecture.

Arthur Bramhall est un universitaire pas trop brillant qui se rêve écrivain et, à l’image de son créateur, il s’est isolé dans un coin reculé du Maine pour « se réaliser » dans l’écriture. Pas vraiment inspiré il commence par plagier un best-seller, mais – peut-être heureusement pour sa réputation – le manuscrit partira en fumée dans l’incendie de sa cabane du Maine. Le coup est dur et la seule solution est de s’y remettre, de ré-écrire un nouveau roman…

L’Isle lettrée, Mark Dunn

Ecrit par AK Afferez , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Isle lettrée, Elya Editions, mai 2013, traduit de l'américain par Marie-Claude Plourde, 221 pages, 20€ . Ecrivain(s): Mark Dunn

 

Traduire une œuvre littéraire n’est jamais chose aisée. Alors comment pensez-vous traduire un roman oulipien basé sur un lipogramme qui progressivement réduit le nombre de lettres pouvant être utilisées ? C’est le défi qu’a relevé Marie-Claire Plourde en traduisant Ella Minnow Pea de Mark Dunn.

Au départ, Ella Minnow Pea est un roman épistolaire doublé d’une satire politique sur la liberté d’expression et d’un tour de force linguistique. La protagoniste éponyme est une jeune fille vivant sur l’île fictive de Nollop, au large des côtes de la Caroline du Sud. L’île est nommée d’après Nevin Nollop, lettré et auteur du fameux pangramme anglais « The quick brown fox jumps over the lazy dog » (pour rappel, un pangramme est une phrase oulipienne, la plus courte possible, qui contient toutes les lettres de l’alphabet). Cette phrase lui vaut une adulation éternelle auprès des habitants qui l’ont inscrite au fronton d’une statue érigée en l’honneur de Nollop. Lorsque certaines lettres, mal fixées, commencent à tomber, le Haut Conseil qui dirige l’île y voit un message d’outre-tombe de Nollop et décide de les bannir de toute communication, orale ou écrite, sous peine de lourdes sanctions (réprimande publique, flagellation ou pilori, exil forcé).

Sexe, Mort et Pêche à la mouche, John Gierach

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallmeister

Sexe, Mort et Pêche à la mouche (Sex, Death and Fly Fishing) traduction de l’américain Jacques Mailhos novembre 2014. 306 p. 23,80 € . Ecrivain(s): John Gierach Edition: Gallmeister

 

Qu’on ne s’y trompe pas : la pêche à la mouche oui. Le sexe et la mort point. Ou plutôt, là, il ne s’agit que de la reproduction et de la mort des espèces vivant dans ou au bord des rivières et des lacs. Si vous n’êtes pas trop décus par cette nouvelle, alors lisez ce délicieux recueil de récits !

Que les Américains soient friands de storytelling, tout le monde lettré le sait. Mais Gierach s’inscrit dans une tradition de raconteurs moins connue et pourtant fournie aux USA : les « fishing stories ». La pêche, au pays des chantres de la mère Nature, est une activité qui n’a que peu à voir avec la pêche en notre vieille France. C’est un sport à part entière, une passion dévorante, une sorte de religion pour certains. Rappelons-nous l’incipit inoubliable de « au milieu coule une rivière » de Norman McLean : « Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche à la mouche».

Le Fils, Philipp Meyer

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 10 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Le Fils (The Son), septembre 2014, traduit de l’anglais (USA) par Sarah Gurcel, 673 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Philipp Meyer Edition: Albin Michel

 

Le mythe du Grand Roman Américain fait depuis longtemps courir les apprentis écrivains (américains, cela va de soi) et peut-être plus encore les critiques, prompts à dégainer l’expression pour la transformer en un superlatif censé montrer à quel point le romancier a su peindre l’âme américaine. Le fils, de Philipp Meyer, n’y échappe pas. C’est d’ailleurs écrit sur la couverture de l’édition française sous la plume d’un chroniqueur du Washington Post qui a toutefois la prudence d’utiliser un article indéfini. « Un grand roman américain » lit-on donc. Sans doute en l’occurrence ce journaliste a-t-il vu juste, d’ailleurs. Car si Le fils n’est certainement pas Le Grand Roman Américain, il est bel et bien un grand roman sur l’Amérique. Mais pas sur n’importe quelle Amérique. Sur celle des vainqueurs, les perdants étant destinés aux oubliettes de l’Histoire.

Alaska, Melinda Moustakis

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 06 Décembre 2014. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallmeister

Alaska (Bear Down Bear North), octobre 2014, traduit de l’américain par Laura Derajinski, 216 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Melinda Moustakis Edition: Gallmeister

 

L’Alaska est pour nous une terre bien lointaine, un pays méconnu, surtout habité par la neige et quelques ours. Nous imaginons aussi qu’il y traîne quelques prospecteurs. Le pays que nous fait découvrir Melinda Moustakis avec ce recueil de nouvelles est bien un pays où les choses peuvent devenir des expériences limites, extrêmes. Entre les jours et les nuits interminables, le froid et les rivières puissantes comme les saumons qui les peuplent, les forêts immenses où vivent et meurent les élans et où se perdent les chiens, les humains doivent batailler pour vivre, survivre et tout simplement trouver leur place.

L’Alaska dans laquelle l’auteur nous entraîne n’est pas vraiment celle que l’on propose aux touristes, pas plus que celle de ceux qui viennent y travailler pour en repartir dès que possible. Hors de la grande ville, Anchorage, nous côtoyons ceux qui toujours ont vécu là, qui toujours continueront d’y vivre. Ici, la vie se réduit souvent à l’essentiel et on n’y a rarement le temps d’y faire de la littérature, même si entre cuites et bagarres, entre pêche et poisse, il y a aussi place aux récits que l’on ressasse au fur et à mesure que s’égrènent les vies.