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Le chardonneret, Donna Tartt (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Septembre 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman, Cette semaine

Le chardonneret/donna tartt/traduction edith soonckindt/pocket/2015/1104 pages


Aurais-je agi autrement si j’avais eu une personnalité différente ou quelle personnalité aurais-je eu, si ma mère n était pas morte ce jour-là.

J’ai lu Le Chardonneret en version originale (je ne parlerai donc pas de la forme et du style) en trois semaines et ces deux questions sans point d’interrogation sont en français quelque part dans ma tête. Comme un rêve qui s’accroche aux membranes de l’hippocampe parce qu’il a eu le temps de s’en souvenir. L’ambiance spectrale des rues de New-York. À l’intérieur, les personnages et un tableau, Le Chardonneret. Theo dans l’atelier de Hobie, en sous-sol, entre la boutique d’un artisan et le laboratoire d’un alchimiste. Le sanctuaire d’odeurs, la chaleur du poêle au centre et la lumière en pigments. La cuisine glaciale, chez le père, à Las Vegas. La géométrie du vide et de l’absence. Les dates d’entrée associées aux dates de sorties. Le tableau existe.

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Cette semaine

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Héros-Limite, août 2025, 90 pages, 18 euros. . Ecrivain(s): Jim Harrison


La couverture blanche de l’ouvrage, nuages et chevaux à l’encre violette dont les yeux, les naseaux, les crins sont nettement tracés, évoque autant le milieu dans lequel se déroule l’intrigue que le caractère de son héros, Owen, insaisissable par tout autre qu’une personne assez proche pour le rassurer, assez humble pour le laisser déployer librement ses passions.

Tel est Wendell. Admirant son cousin, orphelin à cinq ans et élevé avec lui, dresser une pouliche, Wendell avoue un indéfectible sentiment : « J’ai senti une violente bouffée d’affection et je me suis encore demandé pourquoi cet homme courageux, charmant et amoureux de la vie cravachait aussi dur vers le précipice de la folie. »

La plupart des entreprises d’Owen semblent pourtant réussir, à commencer, dès l’adolescence, auprès des femmes. Wendell, sage et renommé juriste, fidèle à l’ennuyeuse Patricia, en est un peu étourdi : « Cette nature sexuelle des femmes est toujours une énigme pour moi, et j’ai découvert en grandissant qu’Owen la comprenait très bien. »

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke. Traduit de l’américain par Céline Leroy. Gallimard du Monde entier. Août 2026. 314 p. 23 € Edition: Gallimard

 

Laura Kasischke est diabolique. On le sait depuis nombre de ses ouvrages – En un monde parfait et Esprit d’hiver en particulier – et ce dernier roman le confirme. Kasischke est la maîtresse du malaise, de l’inquiétude, d’une sorte d’horreur douce, sinueuse, qui pénètre par tous les pores de la peau et place le lecteur dans un inconfort délicieux.

Richie est un petit garçon de 5 ans et il se noie dans la piscine municipale de sa banlieue cossue, sous les yeux des usagers et de la maître-nageuse.

La Constellation du Chien, Peter Heller (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud), Cette semaine

La Constellation du Chien, Peter Heller, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, Actes Sud/Babel, juin 2015, 416 pages, 10,20 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

Juste avant la sortie de son adaptation cinématographique, envie de relire La Constellation du chien, le premier roman de Peter Heller, histoire de faire son propre cinéma, d’exercer sa propre imagination face aux mots de ce roman intense racontant la vie « dans le sillage d’un désastre ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans cette histoire d’après l’Apocalypse (au réchauffement climatique se sont successivement adjointes une grippe létale, puis une « maladie du sang » à mi-chemin entre le Sida et ebola, pour ce que l’auteur en écrit), de la vie, avant tout de la vie, comment elle persiste, obstinée, neuf ans après « la fin de toute chose », pour citer le narrateur. Certes, les truites ont disparu de cours d’eau devenus trop chauds pour elle ; certes, en ce Colorado, lorsqu’il est survolé dans un Cessna millésimé 1955, on voit surtout une forêt « brune […] tuée par les coléoptères, achevée par la sécheresse » - mais « il y a des parcelles d’arbres verts [;] ces parcelles verdoyantes s’étendent d’année en année. La vie est tenace si on lui montre ne serait-ce qu’un peu de soutien. » C’est le plus curieux dans ce roman que d’aucuns ont, avec un rien de paresse, comparé à La Route de Cormac McCarthy : il est violent au possible, la Mort semble la seule avec qui on puisse envisager de danser une dernière fois, surtout lorsqu’on en a été réduit à mettre fin aux souffrances de sa femme, et pourtant, il est aussi une ode à la Vie, avec des scènes incroyables de fusion avec la nature.

La Route de Roswell, Connie Willis (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 25 Août 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, En Vitrine, Cette semaine

La Route de Roswell, Connie Willis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Simon, Actes Sud, juin 2026, 432 pages, 23,50 € Edition: Actes Sud

 

Connie Willis est entre autres l’autrice d’une série de romans mettant en scène des historiens de l’illustre Oxford voyageant dans le temps, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, tant sur leurs esprits que sur le monde, avec tout le risque d’uchronie que cela comporte. Avec un humour pince-sans-rire qui pourrait la faire passer pour anglaise (quiconque n’a pas ri aux éclats en lisant Sans parler du chien doit impérativement procéder à un bilan neurologique), Willis montre des historiens dont les études peuvent mener à de graves dangers – étudier Pearl Harbor, c’est s’y rendre… Cette série lui a valu d’être primée par la sainte trinité des amateurs de SF : le Nebula, le Hugo et le Locus. C’est dire si son œuvre est de qualité, et si on attend chaque nouveau roman avec délectation