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La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, Rivages/noir

La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabienne Duvigneau, Rivages/Noir, mars 2019, 256 pages, 18 €

 

Parfois il est bon, peut-être en hommage à feu Maurice Dantec, cet homme qui sut déchirer le réel d’une plume majestueusement folle, de plonger loin, au plus profond, aux racines du mal. Étouffer quasi peut-être, craindre les paliers de décompression, mais y survivre afin de lire un texte fondateur. Ce choix correspond à celui de lire La Loterie de Shirley Jackson, cette nouvelle qui, publiée par le New Yorker le 26 juin 1948, valut à ce vénérable magazine non seulement un courrier des lecteurs assassin mais en sus une vague de désabonnements. C’est dire le choc que représenta cette brève nouvelle (environ trois mille trois cents mots, longueur Hemingway aurait-on envie de dire) qui débute pourtant sur des mots d’une banalité transcendante : « Le matin du 27 juin était clair et radieux, annonçant la chaleur d’une journée de plein été ; les fleurs s’épanouissaient à profusion et l’herbe était d’un vert luxuriant. »

Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu, Anne Sexton (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu, Anne Sexton, trad. Sabine Huynh, avant-propos Linda Gray Sexton, éd. des femmes Antoinette Fouque, 224 p., mai 2026, 22€

Mon sentiment de lecteur du dernier recueil d’Anne Sexton, traduit en français en ce début d’année par Sabine Huynh pour les éditions des femmes, relève d’une double appréciation. D’une part le livre est hanté par l’univers matériel, moral, affectif et physique de la poétesse, et d’autre part, par une expression poétique, esthétique, une vision du monde, en considérant que ce livre autotélique est pénétré d’une certaine contemporanéité, celle des années 60. Entre ces deux facteurs il y a porosité. En tout cas, l’on ne se défait jamais de la personnalité de l’autrice, ni de sa condition de femme américaine des « trente glorieuses ». Il est facile de pister la sociologie de la poétesse. Bien sûr cela n’est pas un témoignage mais une prière, pas une étude scientifique mais une œuvre, pas un bilan psychiatrique mais une écriture, pas une psychanalyse mais un cri. Tout repose d’ailleurs sur un savant équilibre entre la maladie, la mort et la pulsion de vie, le génie poétique. L’on devine quand même une école (le Confessionnalisme) mais sans aucune rigidité dans le style. Tout est double ou poreux, imbibé et liquide et en même temps plein de chair, de choses osseuses, consistantes. Lymphatiques, substances nutritives, et échos fermes et durs d’une réalité somme toute suicidaire.

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong, trad. Marguerite Capelle et Marc Charron, éd. Poésie/Gallimard, n°599, 2026, 240 p., 8,40€


Barroco

Afin de trouver un mot susceptible de rassembler la grande diversité des propos de la poésie d’Ocean Vuong, je dirais Barroco, du portugais « la perle irrégulière ». Or, qu’y a-t-il derrière le poète ? Un jeune homme perdu dans un monde trop vaste pour lui, et qui image sa tragédie par des poèmes touchant aux rêves, à la langue, avec une expression pleine de scories mesurées et décidées, d’altérations recherchées, de quête dans un espace baroque (une sorte d’opéra néo-moderne), de scènes vivantes dans une Amérique défaite dans le sexe et la drogue.

De ces mouvements de perles irrégulières, s’ajoutent le tâtonnement et la reconnaissance d’une identité queer, d’un passé de fils d’émigrés, d’un présent d’amours nobles et douloureuses. Donc, une poésie du délaissement et qui transcende la condition absurde et difficile d’une jeune personne tiraillée entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être.

American Spirits, Russell Banks (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

American Spirits, Russell Banks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, février 2026, 256 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il est désagréable de parler de Russell Banks au passé, même si on n’a pas lu son œuvre dans son intégralité : entre autres, il est et restera le président du regretté Parlement des Écrivains, et ce titre lui va comme un gant. A-t-on envie de disserter sur l’œuvre de Russell Banks ? Non. Juste dire qu’au moins trois de ses romans persistent dans l’esprit du lecteur amateur de ces histoires de l’Amérique au niveau des histoires de Springsteen – et c’est un fameux compliment. Allez, pour le plaisir : La Relation de mon emprisonnement, De Beaux lendemains et American Darling. Et on feint d’en oublier quatre ou cinq du même tonneau.

Mais il n’y en aura plus d’autres, donc, et Americain Spirits, recueil de trois nouvelles, est la dernière fois que le nom de Russell Banks apparaît dans le fil de l’actualité littéraire – mais quelle belle queue de comète ! En effet, c’est un peu comme pour l’œuvre de certains auteurs que la Faucheuse n’a pas pris par surprise : l’impression que Banks a ramassé en trois brefs récits aussi puissants qu’un poing volant à toute allure tout ce qui est constitutif de son œuvre, avec au premier plan cette question lancinante que semble poser à l’Amérique une bonne partie de l’œuvre de Banks :

Liberté sous condition, Jim Thompson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Rivages/noir

Liberté sous condition, Jim Thompson, trad. Danièle et Pierre Bondil, préf. François Guérif, couv. Myles Himan, 224 p., mars 2026, éd. Rivages/noir, 8,50€ . Ecrivain(s): Jim Thompson


Le livre intitulé Liberté sous condition de Jim Thompson (1909-1977, auteur d’une trentaine d’ouvrages, l’une des voix majeures du roman noir américain), commence comme un film hollywoodien, au scénario efficace, précis. Le style est net, incisif. Le propre du roman policier est celui de sa capacité à intégrer les éléments du réel d’un moment historique. En effet, le texte de Liberté sous condition est écrit dans l’après-guerre, en 1953, et l’on perçoit les indices disséminés ici et là de cette époque, dont la mode vestimentaire par exemple. L’on fume dans les bureaux et les lieux publics, la cigarette fait signe, tout comme le vêtement - costumes, chapeaux, « vendeurs en redingote », parures de femmes : « Elle mesurait à peu près un mètre cinquante, chignon de cheveux roux décolorés compris, et était vêtue d’un chemisier blanc à col montant, de bottines à lacets et d’une jupe qui ressemblait à un dessous de selle ». La façon dont l’auteur parle des femmes est aussi un indicateur de temps.