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"Old M. Flood, Un récit", Joseph Mitchell et "Arrêtez de me casser les oreilles", Un recueil des récits, Joseph Mitchell - Editions du Sous-Sol (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 15 Avril 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Old M. Flood, Un récit, Joseph Mitchell, Editions du sous-sol, février 2020, trad. Lazare Bitoun, 127 pages, 16 €

« Dès qu’il arrive dans Fulton Street, le spectacle de ce pandémonium le revigore. Il rejette les épaules en arrière, renifle l’air salé et se frotte les mains. La puanteur de ces commerces de poisson n’a rien de désagréable. “Je vais vous révéler un secret très précieux, m’a-t-il dit un jour. L’odeur du marché aux poissons de Fulton Street vous guérira d’un rhume en vingt minutes. Aucun de ceux qui travaillent dans le marché n’attrape jamais de rhume. Ils ne savent tout simplement pas ce que c’est” » (Old M. Flood).

Joseph Mitchell n’est pas un chroniqueur comme un autre, il a une manière unique de saisir et de se saisir de situations, de dessiner des portraits d’hommes et de femmes croisés, dans la rue, les restaurants, les bars, les marchés (aux poissons), et de les transformer en personnages de roman par l’art du style. Joseph Mitchell saisit sur le vif ce qu’il voit, et le transforme en épopée urbaine foisonnante, entre 1944 et 1946. Old M. Flood possède cette puissance évocatrice, cette haute valeur littéraire qui rend ce récit étourdissant.

Les Sœurs de Blackwater, Alyson Hagy (par Catherine Blanche)

Ecrit par Catherine Blanche , le Lundi, 30 Mars 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Les Sœurs de Blackwater, Alyson Hagy, janvier 2020, trad. anglais (USA) David Fauquemberg, 226 pages, 21,80 € Edition: Zulma

Une atmosphère lourde aux effluves narcotiques, cruels et sensuels, baigne cette histoire, en plein cœur des Blue Ridge Mountains de l’Est américain.

Nous voilà plongés dans un monde violent balayé par des hordes de mercenaires et de vagabonds.

Un pays à genoux après une guerre civile suivie d’épidémies et de fièvres ayant décimé les plus fragiles, entre autres les tout petits « que nul ne pouvait soigner ».

« Les villes s’étaient mises à pourrir de l’intérieur. Les hommes avaient commencé à s’emparer de tout ce qu’ils voulaient, ce qui leur faisait envie, et ils appelaient cela la loi ».

Hantée par le spectre de sa sœur défunte, l’héroïne du récit (son nom n’est jamais prononcé) vit seule sur les terres qui l’ont vu grandir. Elle rend service aux autres en usant de son don d’écriture et maintient grâce à ça un certain équilibre autour d’elle.

Elle passe aussi pour détenir des pouvoirs : « Elle pourrait médiciner ma peau pour la faire détacher de mes os. On dit qu’elle connaît les potions pour ça ».

Le canard siffleur mexicain, James Crumley (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 27 Février 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister

Le canard siffleur mexicain – James Crumley – traduction de Jacques Mailhos- dessins de Pascal Rabaté – 368 p. 23,40 €. VL : 3 Edition: Gallmeister

 

Dans la ville de Meriwether au Montana alors que le train de marchandises de 3h12 s’approche du débit de boissons tenu par Chauncey Wayne Sughrue, (C.W. pour les intimes), ce dernier fait glisser le juke-box de son établissement sur les rails : la coupe est pleine pour le barman du Hell Roaring Liquor Store and Lounge, les coups durs se sont accumulés, il est assailli de procès et pour couronner le tout, les employés chargés des machines à sous décident de virer du juke-box les disques de Haw Snow sous prétexte que les chanteurs de country ont des voix de fille. C.W. va donc suicider la machine à disques, mettre la clé sous la porte, et suivre Solomon Rainbolt dit Solly, avocat défenseur des bikers, avec qui il partage ses souvenirs de la guerre au Vietnam et la métamphétamine. Solly va envoyer C.W. chez les frères Dahlgren, spécialistes du poisson tropical et de l’animal de compagnie. Parce que Joe et Frank Dahlgren ont besoin d’un enquêteur pour récupérer des spécimens rares de poisson que le chef d’un gang de bikers, les Snowdrifters, appelé Norman l’Anormal Hazelbrook a volé en les gobant.

Le diamant gros comme le Ritz, Francis Scott Fitzgerald (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 12 Février 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard)

Le diamant gros comme le Ritz, traduit de l’anglais (États-Unis) par Véronique Béghain, janvier 2020, 96 pages, 2,00 euros Edition: Folio (Gallimard)

Cette novella, écrite en 1922 par F. Scott Fitzgerald pendant qu’il séjournait avec sa femme Zelda à l’Eden-Roc sur la riviera française, fait partie de toutes ces nouvelles (on en dénombre environ 160) qui permirent à l’auteur de se faire connaître comme écrivain en Amérique et en Europe et surtout de gagner sa vie, car si l’on excepte son premier roman L’Envers du Paradis qui connut dès sa publication en 1920 un franc succès, ses écrits aujourd’hui incontournables comme Tendre est la nuit, ou Gatsby le magnifique, mirent un certain temps à trouver leur public et à lui rapporter de substantiels droits d’auteur.

Déjà traduite en français et publiée dans le recueil les Contes de l’âge du jazz, cette réédition dans la collection Folio 2 euros met la lumière sur une nouvelle de Fitzgerald riche en thèmes favoris et récurrents dans l’œuvre de l’écrivain, largement fournie en allégories religieuses et en références mythologiques. Autre spécificité, il s’agit d’un texte que l’on peut classer, ce qui n’est pas si courant chez l’auteur, dans le genre fantastique, au même titre que L’étrange histoire de Benjamin Button, adapté au cinéma en 2008 par David Fincher.

September September, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Février 2020. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

September September, Février 2020, traduit de l’américain par Jane Fillion, traduction révisée par Marie-Caroline Aubert. 431 p. 21 € . Ecrivain(s): Shelby Foote Edition: Gallimard

 

Ce roman du grand Shelby Foote, son dernier roman en date de 1978, a été publié pour la première fois en français sous le titre de « Septembre en noir et blanc », traduit par Jane Fillion pour les éditions 10/18 en 1985. Il est réjouissant de voir ce bijou réédité par Gallimard/La Noire, avec la traduction de Jane Fillion toujours, revue et corrigée par Marie-Caroline Aubert.

 

Décidément, Shelby Foote ne fait rien comme aucun autre écrivain. Dans ce roman, il s’attaque au genre « polar » mais aucun des codes connus de ce genre ne sont ici appliqués. Si bien que, si ce livre est un polar, alors tous les polars n’en sont pas. A travers l’intrigue qui tient September, September Foote va décliner toutes ses obsessions : le Sud bien sûr, son histoire, ses démons, les rapports entre blancs et noirs, la dérive des petits blancs pauvres vers le crime, les rapports sulfureux entre hommes et femmes et, toujours, en fond de tableau, l’Histoire des USA, la monographie du Delta, la mythologie sudiste.