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Le Diable et Sherlock Holmes, David Grann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Le Diable et Sherlock Holmes, Editions du Sous-Sol, mars 2019, nouvelles traduites de l’américain, 452 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Grann

 

Autant le dire d’emblée, ce volume de novellas de David Grann n’a que très peu de rapports avec le pensionnaire du 221b Baker Street à Londres. Certes, la première histoire – qui nous place au cœur des descendants et des fanatiques du détective – raconte la quête aventureuse des documents précieux de Sir Arthur Conan-Doyle. On peut aussi dire qu’une autre nouvelle, Un crime parfait, évoque de loin les énigmes que Sherlock avait à résoudre et ses méthodes d’enquête. Mais pour tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le lien avec Sherlock Holmes nous a échappé. Par contre, nous avons du pur David Grann, et c’est déjà formidable.

Grann est un cas très particulier dans ce qu’il faut bien appeler la littérature. C’est qu’il n’en fait pas. Si l’on estime que l’acte littéraire est création, fiction, alors les histoires qui sont racontées ici – et plus généralement dans tous les livres de David Grann – ne sont pas littérature car elles sont vraies et rapportées telles qu’elles ont eu lieu, jusqu’au moindre détail. Aucune part à la fiction, rien à voir avec l’exofiction par exemple qui prend des faits réels pour les romancer, les remodeler au gré de l’auteur.

Mrs Caliban, Rachel Ingalls (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Mrs Caliban, mars 2019, trad. Céline Leroy, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Rachel Ingalls Edition: Belfond

 

 

Fantasy

Mrs Caliban est un roman condensé qui commence sous l’égide du temps chiffré : « trois oublis », « quelques minutes », « un parapluie », « sa voiture », une énumération d’objets appartenant à deux personnes, Fred et Dorothy (de Dorothée, doron et theos : cadeau et Dieu). Or Dorothy, sainte ou psychotique, entend des voix. De la trivialité d’une existence frustrée, nous passons à l’affabulation mentale, ce qui masque pour l’épouse le choquant de la désunion maritale de son mariage. Dès le début de Mrs Caliban, le lecteur est informé de la face cachée du couple, de ses mœurs, de sa dérive interne – une existence coincée entre le théâtre social et les obligations contingentes ; ce que Rachel Ingalls nomme « leur pauvre vie ».

La Saga de Jeanne d’Arc, Mark Twain (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 21 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Wombat

La Saga de Jeanne d’Arc, avril 2019, trad. anglais (USA) Patrice Ghirardi, 576 pages, 25 € . Ecrivain(s): Mark Twain Edition: Wombat

 

Double surprise au programme de cette recension. Parcourant les collections humoristiques et satiriques des éditions Wombat, à la recherche d’un prochain livre hilarant et caustique, surgit un titre consacré à Jeanne d’Arc ; les Wombats seraient-ils tombés sur la tête… et dans un bénitier ? Étrange. La curiosité s’installe. Là, deuxième rebondissement : l’auteur de cette saga est Mark Twain. Tom Sawyer au milieu des batailles de la Guerre de Cent Ans. Voilà bien un objet littéraire non identifié à découvrir.

Avec une certaine méfiance et attendant la chute, inévitable, dans un autre registre, la lecture débute. Mais nulle trace d’humour, pas la moindre ironie, le célèbre conteur se consacre bel et bien à retracer l’épopée de cette jeune fille au destin extraordinaire. D’un bout à l’autre de son épais roman, un chant d’amour se fait entendre et finit par emporter le lecteur par ses poignants effets.

Quand le ciel se déchire, Thomas McGuane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 16 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Christian Bourgois

Quand le ciel se déchire (Cloudbursts), février 2019, 667 pages, 25 € . Ecrivain(s): Thomas McGuane Edition: Christian Bourgois

 

Thomas McGuane, on le savait grand romancier. On le savait rattaché au courant dit du Montana et, par conséquent, proche souvent du « Nature Writing » (The Longest Silence (Le long silence, Bourgois), An Outside Chance (Outsider, Bourgois). Le volume qui nous intéresse ici est tout en contraste avec nos certitudes concernant McGuane : des nouvelles, fort éloignées de la tonalité montanienne. Des nouvelles, d’une finesse, d’une puissance, d’une pénétration psychologique de chaque instant.

Le lecteur avisé reconnaîtra évidemment les grands thèmes des romans de McGuane : l’absurdité des hommes, de leur vie et de leur destin. La cocasserie des relations interpersonnelles. Un goût immodéré du surgissement de l’inattendu, de l’invraisemblable, de l’outrance souvent. Et, bien sûr, le tout traversé par un regard ironique, distancié. L’humour de Thomas McGuane tient lieu de passeur littéraire. Il permet à des moments et des tableaux pitoyables et tristes de faire triompher, malgré tout, l’intelligence humaine. Les pitres, les salauds, les pleutres restent, sous la plume de McGuane des êtres intéressants, presque toujours pardonnables. Et les malheurs accentuent encore cette empathie. « Des chasseurs de canards » (un des thèmes récurrents de ce recueil) ouvre, de façon terrible, la galerie des humains trop humains de ce livre.

Le postier, Charles Bukowski (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 15 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Le postier, trad. Philippe Garnier, 208 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Charles Bukowski Edition: Grasset

 

Les temps modernes d’un vieux dégueulasse

« Ça a commencé par erreur ». Difficile en effet de se représenter Charles Bukowski (1920-1994) en petit fonctionnaire rangé. Pourtant, dans son existence grêlée d’infortune, Bukowski ne s’est pas contenté de tiger, picoler, forniquer, poétiser ou décalaminer les émissions de salon de Bernard Pivot. Il a bossé également. Ou plutôt trimé. Sans modération. À la poste fédérale américaine, resplendissant fleuron de l’American way of life. Quand il ne distribuait pas le courrier dans les conditions les plus hostiles, il restait le cul posé des heures durant sur un tabouret à trier des lettres ou des prospectus vantant la camelote de puissantes firmes pourvoyeuses de chimère et dévoreuses d’hommes. Avec Le postier, roman autobiographique publié en 1971, Bukowski fait d’une expérience quotidienne, banale et pénible, un hymne littéraire percutant et écorché, la chronique drolatique d’une aliénation partagée par des millions d’êtres humains.