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Coucher de soleil et autres croquis de la Nouvelle-Orléans, William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 06 Juin 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard), Cette semaine

Coucher de soleil et autres croquis de la Nouvelle-Orléans (New Orleans Sketches), trad. américain Michel Gresset, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Folio (Gallimard)

Juste neuf nouvelles, très brèves, extraites du recueil « Croquis de la Nouvelle-Orléans » (Gallimard, Du Monde Entier) et cela suffit à être éclaboussé par le génie littéraire absolu du Maître du Mississippi. Il n’en faut pas plus pour plonger dans les rues de la Cité du Jazz, des pauvres Blancs et des Noirs, plus pauvres encore si c’est possible. L’art du portrait chez Faulkner confine au surgissement des êtres hors du temps et de la page. Un court paragraphe suffit à camper une figure du Sud à jamais.

« “Bas les pattes !” hurla-t-il. La façon dont il se tenait debout sur sa seule jambe en faisant tournoyer sa béquille autour de lui comme une hélice d’avion tenait du miracle. “M’arrêter chez moi dans ma chambre ! M’arrêter ! Où sont donc les lois et la justice ? Est-ce que je ne fais pas partie de la plus grande république de la Terre ? Est-ce que chaque travailleur n’a pas le droit d’être chez lui, et est-ce que je n’y suis pas ici ? Fiche-moi le camp, maudit Républicain ! Parce qu’il a un boulot fédéral, il se croit tout permis”, déclara-t-il aux badauds d’une voix rauque et roublarde. D’un grand geste, il ramena sa béquille sous son aisselle et prit une attitude avantageuse » (Miroirs de la rue de Chartres).

L’été où tout a fondu, Tiffany McDaniel (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

L’été où tout a fondu (The Summer that Melted Everything), traduit de l'américain par Christophe Mercier mai 2019, 416 pages, 23 € . Ecrivain(s): Tiffany McDaniel Edition: Joelle Losfeld

 

« Hell is empty and all the devils are here »

The Tempest (La Tempête), William Shakespeare, Acte I Scène 2

 

La citation en exergue du grand Will pourrait à elle seule rendre compte de ce superbe roman. Le Diable se promène dans la Grand’Rue de Breathed (Sud de l’Ohio, au pied des Appalaches) sous les traits d’un jeune garçon noir de 13 ans au cours d’un été 84 caniculaire. Il répond à l’invitation par voie de presse du juge Bliss qui veut en découdre enfin avec lui devant un tribunal. Fielding Bliss, jeune fils du juge, se lie d’amitié avec ce doux « Satan » aux yeux verts, au point de l’accueillir au sein de sa famille, comme un deuxième frère. De cette trame narrative, Tiffany McDaniel fait un espace d’exploration du mal dans le village, transformant Breathed en métonymie d’Amérique.

La Route de nuit, Laird Hunt (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La Route de nuit (The Evening Road, 2017), avril 2019, trad. américain Anne-Laure Tissut, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): Laird Hunt Edition: Actes Sud

 

Une époque se reconnaît-elle à ses spectacles ? Les événements qui rassemblent les foules en révèlent-ils autant sur une société qu’une analyse sociologique ? Chez les Romains, il y avait les combats de gladiateurs. Aujourd’hui des rencontres sportives rassemblent des millions de téléspectateurs à travers le monde. La série Game of Thrones devient une grand’messe internationale abondamment commentée sur les réseaux sociaux. En 1930, une foule nombreuse rejoignait la petite ville de Marvel, dans l’Indiana, pour un spectacle qui promettait beaucoup : le lynchage de trois jeunes noirs. Le roman de Laird Hunt, La Route de nuit, est une fiction, mais est tirée d’événements réels. Ils se sont déroulés le 7 août 1930. Petite ironie de l’histoire, le lynchage a eu lieu dans une ville dont le nom est, aujourd’hui, devenu l’un des emblèmes de la société-spectacle hollywoodiennes et de ses super-héros…

Le Diable et Sherlock Holmes, David Grann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Le Diable et Sherlock Holmes, Editions du Sous-Sol, mars 2019, nouvelles traduites de l’américain, 452 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Grann

 

Autant le dire d’emblée, ce volume de novellas de David Grann n’a que très peu de rapports avec le pensionnaire du 221b Baker Street à Londres. Certes, la première histoire – qui nous place au cœur des descendants et des fanatiques du détective – raconte la quête aventureuse des documents précieux de Sir Arthur Conan-Doyle. On peut aussi dire qu’une autre nouvelle, Un crime parfait, évoque de loin les énigmes que Sherlock avait à résoudre et ses méthodes d’enquête. Mais pour tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le lien avec Sherlock Holmes nous a échappé. Par contre, nous avons du pur David Grann, et c’est déjà formidable.

Grann est un cas très particulier dans ce qu’il faut bien appeler la littérature. C’est qu’il n’en fait pas. Si l’on estime que l’acte littéraire est création, fiction, alors les histoires qui sont racontées ici – et plus généralement dans tous les livres de David Grann – ne sont pas littérature car elles sont vraies et rapportées telles qu’elles ont eu lieu, jusqu’au moindre détail. Aucune part à la fiction, rien à voir avec l’exofiction par exemple qui prend des faits réels pour les romancer, les remodeler au gré de l’auteur.

Mrs Caliban, Rachel Ingalls (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Mrs Caliban, mars 2019, trad. Céline Leroy, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Rachel Ingalls Edition: Belfond

 

 

Fantasy

Mrs Caliban est un roman condensé qui commence sous l’égide du temps chiffré : « trois oublis », « quelques minutes », « un parapluie », « sa voiture », une énumération d’objets appartenant à deux personnes, Fred et Dorothy (de Dorothée, doron et theos : cadeau et Dieu). Or Dorothy, sainte ou psychotique, entend des voix. De la trivialité d’une existence frustrée, nous passons à l’affabulation mentale, ce qui masque pour l’épouse le choquant de la désunion maritale de son mariage. Dès le début de Mrs Caliban, le lecteur est informé de la face cachée du couple, de ses mœurs, de sa dérive interne – une existence coincée entre le théâtre social et les obligations contingentes ; ce que Rachel Ingalls nomme « leur pauvre vie ».