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Voyager, Russell Banks

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 30 Août 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Actes Sud, Voyages

Voyager, mai 2017, trad. américain Pierre Furlan, 320 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il s’agit dans ce livre, à mi-chemin entre un récit de voyage et un essai, d’un voyage géographique et mémoriel, dans plusieurs endroits du globe et aussi dans le souvenir des quatre femmes successives de l’auteur, trois passées et une présente et à venir.

Russell Banks aime les îles, les Caraïbes et les îles Vierges, qu’il visite avec Chase la bien-aimée lors d’un périple de deux mois, tous frais payés par un magazine de tourisme de luxe ; les îles Vierges comme Saint-Thomas, Sint Maarten, les Caraïbes comme Grande Terre, Basse Terre, Marie-Galante… mais aussi Cuba et la baie des Cochons, ou plus tardivement les Seychelles, que l’on découvre en détail et en profondeur.

Mais il s’agit aussi d’un voyage de femme en femme – Banks a été marié quatre fois : de Darlene à Christine, de Christine à Becky, enfin de Becky à Chase (de son premier nom Penelope), l’amoureuse à qui est dédié le livre. Eternel amoureux, Banks entreprend une fugue vers l’Athènes du Nord pour célébrer un 4e mariage pas très bien considéré par les familles respectives des deux époux : les quatre filles de Banks, qu’il a eues de ses deux premières unions, et les parents de Chase.

Karoo, Steve Tesich

Ecrit par Isabelle Siryani , le Mardi, 29 Août 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points

Karoo, trad. (USA) Anne Wicke, 608 pages, 22 € . Ecrivain(s): Steve Tesich Edition: Points

Souvent, et à tort, on ne connaît pas Karoo de Steve Tesich. Sorti en 1998, le roman de presque 600 pages avait tout pour devenir culte, grandiose, pour s’aligner sur ces chefs d’œuvres que comptent la littérature contemporaine américaine. Quand on le lit, on pense à Henry Miller, à Bret Easton Ellis, à Hunter S. Thompson, à Richard Yates. Autant de plumes scandaleuses, qui réussissent le pari de nous distraire, nous choquer et nous émouvoir en même temps avec leurs héros déglingués à l’absinthe, aux plaisirs faciles, et allergiques à toute forme d’intimité. Souvent les auteurs sont des inadaptés notoires qui s’assument, flirtent dangereusement avec l’autofiction, et soignent leurs névroses dans une écriture salvatrice.

Le personnage de Saul Karoo, « script-doctor » qui retouche les productions hollywoodiennes, alcoolique au cœur noir, a-t-il pris racine dans celui de l’auteur Steve Tesich, scénariste hollywoodien de seconde zone ? C’est fort probable. Mais la personnalité de l’auteur restera, elle, un mystère. Mort prématurément avant la sortie de son roman, il nous prive d’une plume qui avait tout pour s’inscrire dans la légende et de réponses aux questions que posent les deux romans magistraux qu’il nous laisse, tous deux publiés à titre posthume. Karoo, pour sa part, nous lâche essoufflés, transcendés, convaincus d’avoir effleuré l’âme d’un génie, et frustrés. On en aurait voulu beaucoup d’autres, des Karoo.

La solitude est un cercueil de verre, Ray Bradbury

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 05 Juillet 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

La solitude est un cercueil de verre, juin 2017, trad. anglais (USA) Emmanuel Jouanne, 384 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ray Bradbury Edition: Denoël

Dans une introduction rédigée pour une réédition des Chroniques martiennes, Ray Bradbury écrit : « Ne me dites pas ce que je fais, je ne veux pas le savoir ! Ces paroles ne sont pas de moi. Elles ont été prononcées par mon ami Federico Fellini, le fameux réalisateur italien […] cela dit, comment se fait-il que mes Chroniques martiennes soient considérées comme de la science-fiction ? Cette définition leur va mal ».

Ces phrases, il aurait pu les écrire à propos de La solitude est un cercueil de verre, en remplaçant le mot science-fiction par roman policier ou pour L’homme illustré en y substituant le terme fantastique.

Toujours en marge des définitions strictes d’un genre littéraire, laissant son instinct le guider, préférant musarder, dépeindre les sentiments parfois avec humour, le plus souvent avec mélancolie, il tord le cou aux codes du roman policier, introduit de la poésie dans un suspense où le whodunit n’est qu’un prétexte qui semble presque l’ennuyer. Pourtant, comme pour entretenir l’ambiguïté avec les lecteurs, le roman commence par une dédicace à la mémoire de Raymond Chandler, Dashiell Hammett, James M. Cain et Ross Macdonald. À la mémoire et non en hommage. Aucune volonté de rivaliser avec, de les singer ou d’écrire sous influence.

Le Blues de La Harpie, Joe Meno

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 21 Juin 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Agullo Editions

Le Blues de La Harpie, janvier 2017, trad. Morgane Saysana, 308 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Joe Meno Edition: Agullo Editions

La Harpie, petite bourgade imaginaire, perdue au fin fond de l’Illinois.

Luce Lemay, natif du lieu, sort de prison. Son forfait, celui d’un soir, commencé par le braquage du magasin de vins et de spiritueux de son patron, prolongé par sa fuite en voiture et terminé par l’homicide d’un bébé que sa mère promenait dans un landau.

« Il n’y avait pas le temps de freiner. Le volant s’est changé en pierre entre mes mains. Le landau que cette dame poussait a percuté la froide calandre gris acier, fusant droit vers le ciel nocturne et obscur, s’est égaré dans ce lointain attrayant et le scintillement des étoiles d’argent. […] Puis tout fut terminé. Puis tout fut comme plié d’avance. Je suis descendu de voiture tout chancelant et j’ai vomi partout sur mes chaussures noires et ternes, juste avant que la nuit ne transperçât mes yeux et ma bouche irritée, m’assommant, me traînant sur une route pétrie de désespoir, hors de mon corps, hors de ma propre vie sans joie et droit vers Pontiac, où je tirerais trois à cinq ans pour homicide involontaire et conduite dangereuse. […] Cette nuit-là se rejouait en boucle dans mes rêves chaque soir, telle une horrible rengaine échappée d’un jukebox. Chaque fois, je tâchais de tout réparer dans ma tête, de m’arrêter une trentaine de centimètres plus tôt […]. Tout ce qui s’ensuivrait découlerait de cette malheureuse petite seconde diluée dans l’immense cruauté de l’espace-temps […] ».

Canari, Duane Swierczynski

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 21 Juin 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Canari, avril 2017, trad. anglais Sophie Aslanides, 408 pages, 22 € . Ecrivain(s): Duane Swierczynski Edition: Rivages

 

 

Serafina Holland, dite Sarie, étudiante particulièrement brillante, admise à suivre le cursus des « honors students » à la faculté de lettres de Philadelphie, est aussi une belle jeune femme, longiligne et bronzée de type mexicain. Pour son père, Kevin, addictologue, elle est une enfant remarquable, sortant assez peu, ne buvant pas, ne fumant pas, ne se droguant pas, un modèle pour son jeune frère Marty et un soutien pour la famille. Sarie a perdu sa mère, Laura. Elle y pense souvent et a hérité de sa Civic au volant de laquelle elle se déplace dans Philadelphie. Au cours d’une soirée précédant la fête de Thanksgiving, elle va cependant commettre l’irréparable : boire une gorgée de bière et aspirer une bouffée de « joint ». Et, il n’en faudra pas plus à notre étudiante exemplaire pour transgresser ses codes et accepter nuitamment d’emmener « D. », pour qui cette jeune femme pratiquement sobre est une aubaine, à un mystérieux rendez-vous.