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Sur l’écriture, Charles Bukowski

Ecrit par Chloë Fage , le Mardi, 17 Octobre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Au Diable Vauvert

Sur l’écriture, septembre 2017, trad. anglais (USA) Romain Monnery, 338 pages, 20 € . Ecrivain(s): Charles Bukowski Edition: Au Diable Vauvert

 

Sur les différents ouvrages écrits par le graveleux Bukowski, du criard Journal d’un vieux dégueulasse à la prose bouleversante de L’amour est un chien de l’enfer, l’acte d’écriture n’est jamais mis en scène. Au cœur de ces récits urbains tout droit sortis des tripes et du foie cirrhosé de l’auteur, la question du processus d’écriture et du statut d’écrivain semble toujours mal à propos.

Et pourtant, l’ouvrage Sur l’écriture publié aux éditions Au Diable Vauvert réussit à concentrer toute la pensée et les réflexions de Bukowski sur son statut d’écrivain et surtout sur sa nécessité d’écrire, lui qui possédait un « ruban de machine à écrire (…) emmêlé avec [son] cordon ombilical ». Une anthologie de lettres envoyées par l’auteur américain aux divers éditeurs, directeurs de revues, écrivains, qui lui permettent de dézinguer Burroughs, Ginsberg et Miller, de même que toute injonction littéraire : « Il n’y a aucune excuse pour une création mutilée par les directives de l’académisme qui dit : la forme, la forme, la forme !! Autant foutre les mots en cage ! Autorisons-nous l’espace et l’erreur, l’hystérie et la peine ».

Parmi les loups et les bandits, Atticus Lish (2ème critique)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 10 Octobre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Buchet-Chastel

Parmi les loups et les bandits, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 558 pages, 24 € . Ecrivain(s): Atticus Lish Edition: Buchet-Chastel

 

Cinq cents pages d’histoire portée par une écriture ; toute la littérature est là.

Très peu de livres, si peu, vous happent et vous font vivre – longtemps après, définitivement souvent, dans cet entre-deux de surprises, d’émotion abyssale, de suffocation, au point que s’endormir avec le bouquin tient à la fois de l’addiction et de l’épreuve. Ce sont des œuvres qu’on peut classer « uniques », destinées à vous poursuivre. On pourrait chacun en citer un, de ces livres particuliers ; prenez Les bienveillantes de Jonathan Littell. Dans ce cas, comme dans  ce livre-ci, l’auteur est peu ou carrément inconnu, débarqué avec son histoire dont on suppose, avant même de lire, qu’elle pèsera son poids dans l’importance qu’on accordera à l’œuvre. Ainsi d’Atticus Lish, ancien ouvrier, saisonnier, déménageur, connaisseur de bas-fonds, ça va de soi, et ancien Marine, qui plus est. Un auteur qui en soi est un roman ; un roman qui en soi est une vie. Premier roman, que Parmi les loups et les bandits qui reçut le prestigieux prix Pen/Faulkner Award. Une écriture – essentiel atout – qui sans doute peut fabriquer autant de contempteurs que d’adorateurs. Façon Lish qui prend aux tripes ; respiration saccadée, amplifiée par les bruits d’une ville de roman d’anticipation, comme des images de David Lynch :

Le donjon, Jennifer Egan

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 03 Octobre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points

Le donjon, trad. anglais (USA) Sylvie Schneiter, 299 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Jennifer Egan Edition: Points

 

Monde réel et monde virtuel, jeux de pouvoir et de rôles, rivalités et complicités, liberté et enfermement s’affrontent, s’opposent et se conjuguent dans cet étonnant roman. Et, insidieusement, on s’y laisse prendre, on se laisse envoûter par les changements de rythme, d’époque, de situation des personnages :

« Ils étaient parvenus à un mur constitué de cyprès. Grand et solide, sans doute lisse autrefois, il ressemblait désormais à un énorme coussin d’où s’échappait le rembourrage. Danny se faufila derrière Howard dans une brèche visiblement creusée depuis peu et, une fois de l’autre côté, le soleil lui chauffa le visage. Il se tenait dans une clairière dallée d’un marbre maculé de taches (…) Danny ne sentit pas aussitôt la puanteur, puis elle l’assaillit : l’odeur de quelque chose enfoui sous terre, émergeant à l’air libre, chargée de métal, de protéines et de sang » (p.58).

Zero K., Don DeLillo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Septembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Zero K., septembre 2017, trad. américain Francis Kerline, 298 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

 

Don DeLillo nous a toujours habitués à ses univers glacés, déshumanisés, saturés de technologie et de machines. Avec Zéro K, le vieil écrivain new-yorkais met une pierre de plus à l’édifice construit par sa vision noire du monde. Et quoi de plus noir que la mort ? La mort, vue par DeLillo, c’est l’assurance d’un roman âpre, terrible, désespérant. Et on n’est pas déçu.

Reprenant le thème connu de la SF du retardement du décès par cryogénisation, ce roman raconte la fin (« provisoire ») de gens qui ont choisi de mourir pour renaître un jour, quand les progrès de la médecine permettront de soigner les maladies mortelles aujourd’hui, de garantir une vie beaucoup plus longue. C’est la décision de Ross Lockhart qui, ne supportant pas la maladie létale de la jeune femme qu’il aime, décide, avec son accord, de la livrer à l’expérimentation.

Le narrateur est le fils unique de Ross. Il a perdu sa mère depuis longtemps. Son père l’a élevé dans le luxe matériel et un grand dénuement affectif et spirituel. Ross est un grand homme d’affaire, qui brasse décisions, pouvoir et argent. Il n’a guère de temps pour les effusions ou les élévations de l’âme.

L’envers du temps, Wallace Stegner

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 25 Septembre 2017. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

L’envers du temps, septembre 2017, trad. américain Éric Chédaille, 368 pages, 23,20 € . Ecrivain(s): Wallace Stegner Edition: Gallmeister

 

Comme l’indique le titre, L’envers du temps (Recapitulation en américain), de Wallace Stegner, ce roman commence par un voyage à rebours, imprévu, vers Salt Lake City. Les premières pages dressent le portrait d’une ville et de son peuplement et tournent comme « les bobines non montées du film embrouillé de sa vie ». Le tâtonnement de la mémoire autour de lieux jadis familiers provoque un télescopage entre les visions idéalisées et les transformations parfois inutilement coûteuses des bâtiments, les changements survenus – sorte d’embaumement artificiel de la ville. Ainsi, les cadavres en bière ont remplacé la « belle bande de puritains bohèmes » et « la jeune Holly au portrait doré ». Une nostalgie un peu caustique fait dire à l’écrivain que les événements les plus fous, comme les plus banals, se résument en fait après-coup par récapitulation. « Embellissement et rénovation du centre » de Salt Lake City remplacent les magasins vieillots et les activités de la jeunesse du protagoniste, à la façon du thanatopracteur McBride qui rend « pimpants les défunts ».