En ces derniers jours de 2012, le viol collectif de Delhi fait une sinistre Une ; la jeune étudiante à qui la police avait proposé d’épouser un de ses agresseurs, « pour éviter la honte », s’est suicidée, et l’Inde a annulé les festivités du Nouvel An… L’immense pays-continent, la plus grande démocratie du monde continue de présenter alternativement sa facette ultra moderne, mais, plus encore, ses archaïsmes venus du fond des âges. Un Janus qui, souvent, a l’image de la femme…
C’est ainsi que le livre de Mahasweta Devi prend, dans cet étrange hiver, une couleur si particulière.
Auteur parmi les plus lus, en Inde, cette vieille dame de plus de quatre-vingts ans ne cesse, comme la roue du char de Jagannath de la mythologie, de mettre en scène la femme indienne, d’hier, et surtout d’aujourd’hui ; la vie, la famille, les hommes, le travail et tous les enfants de ce pays unique et dérangeant. Les luttes – est-il besoin de le dire ! sont au cœur de ses livres, comme autant de drapeaux et d’actes militants. Dans celui-ci, écrit avant le drame de Delhi, c’est à l’évidence le nom de l’étudiante qu’on aurait pu trouver en exergue du recueil de nouvelles, à moins qu’une histoire de plus n’en ait fait sa triste héroïne…