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Asie

Pierrot en mal de lune, Jung Young-Moon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Pierrot en mal de lune, traduit du coréen par Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël (Munhak dongme, 2004), Editions Decrescenzo, 252 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jung Young-Moon

 

 

Pierrot en mal de lune, publié en 2004 par l’écrivain coréen Jung Young-Moon, est le singulier récit d’un héros d’une soixantaine d’années apparemment ordinaire mais étonnamment hors du commun. Cet homme solitaire quoique doté d’une famille, indécis et même contradictoire, indolent et contemplatif, a le chic pour inventer des histoires et on pourrait le penser égoïste, indifférent et lunatique.

Mais il « souffre de graves insomnies » et semble dans un état  d’« intranquillité » qui n’est pas sans renvoyer à Bernardo Soares, le héros et double de Fernando Pessoa. « Les pensées qui se frottent sans arrêt dans [sa] tête » – introspection poussée et méditations infinies – ainsi que les souvenirs peu fiables, flous ou détaillés qui jaillissent soudain et se superposent, les visions fugitives, les images et les scènes sans cesse fabriquées par son esprit, ne lui laissent en effet aucun repos.

Kumudini, Rabindranath Tagore

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Kumudini (Yogayog), traduit du bengali (Inde) et présenté par France Bhattacharya, 380 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rabindranath Tagore Edition: Zulma

 

Ô Kumudini, longtemps tu brilleras, indubitablement, dans le souvenir des lecteurs de ce chef-d’œuvre !

Les premières pages de ce roman condensent à grands traits la saga séculaire de deux grandes familles rivales, les Ghoshal et les Chatterji, chacune faisant à tour de rôle sa fortune et sa puissance en provoquant la ruine et l’humiliation de l’autre.

Au moment où apparaît le personnage de Kumudini, qui appartient au clan des Chatterji, c’est le parti des Ghoshal qui prend le dessus. Le chef des Ghoshal, Madhusudan, ne se contente pas de savourer la ruine des Chatterji. Il attend, avec la patience d’un fauve à l’affût, l’occasion de venger, par une extrême humiliation, les affronts portés à sa famille à l’époque où les Chatterji dominaient la région.

Au faîte de sa fortune et du respect qu’on porte aux nouveaux riches, il dévoile son plan machiavélique :

Les collines d’eucalyptus, Duong Thu Huong

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 14 Juin 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

Les collines d’eucalyptus, traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran, 779 pages, 29 € . Ecrivain(s): Duong Thu Huong Edition: Sabine Wespieser

 

Les malheurs de Thanh


Les collines d’eucalyptus peut être lu à la suite de Sanctuaire du cœur publié en 2011 ou bien indépendamment de ce dernier. Le récit fleuve de 800 pages se veut être engagé et psychologisant. En effet, le roman illustre le combat de l’écrivaine contre le Parti communiste de son pays. Comme à son habitude, Duong Thu Huong ne mâche pas ses mots et dénonce les décisions absurdes qui ont ruiné le pays de l’intérieur comme par exemple la plantation massive des eucalyptus conduisant à l’appauvrissement des sols. Ainsi, la population des collines est privée des ressources naturelles qui l’ont nourrie depuis des millénaires :

« La forêt sauvage laissa place aux plantations de thé, de coton, de canarium, aux vergers de kakis, de jacquiers et de pamplemoussiers.

Le Vieux Journal, Lee Seung-U

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Serge Safran éditeur

Le Vieux Journal, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, octobre 2013, 235 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Lee Seung-U Edition: Serge Safran éditeur

Nous retrouvons dans ces nouvelles de Lee Seung-U, et tout particulièrement dans celle intitulée Chez l’autre, l’ambiance de son roman Ici comme ailleurs (voir http://www.lacauselitteraire.fr/ici-comme-ailleurs-lee-seung-u), à savoir une sorte d’atmosphère grise et glauque, à la limite de l’absurde, où les protagonistes principaux, parfois le narrateur lui-même, se voient peu à peu acculés au fond d’une impasse.

Tous les personnages de ces nouvelles sont un peu dans la même position, comme flottant dans un environnement des plus banals et cependant hostile, confrontés à l’absurdité et au tragique d’une vie qui les décentre continuellement, jusqu’à ce que tel un morceau d’argile voué à ne jamais devenir pot, ils volent hors du tour du potier, pour aller s’écraser contre les murs… Et cette image est d’autant plus parlante qu’elle évoque aussi le tournis, le vertige que leur procure soit leur propre incapacité à réagir et à agir par eux-mêmes, soit les obstacles parfois invraisemblables qui se dressent devant eux et où leur propre logique est sans cesse défiée par une « logique » extérieure, qui les absorbe ou les rejette, et sape tous les fondements de leur existence. Même la réussite, aussi brillante soit-elle, leur échappe, comme dans la première nouvelle qui a donné son titre à l’ensemble du recueil, et dans laquelle le narrateur est un écrivain.

Pour quelques milliards et une roupie, Vikas Swarup

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Pour quelques milliards et une roupie, traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi, avril 2014, 286 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Vikas Swarup Edition: Belfond

 

Un cocktail savamment ourdi. Ici le conte de fées se conjugue avec le manuel de management, la fable n’oublie jamais sa morale, le picaresque rivalise avec le roman d’apprentissage et l’aventure se décline en sept épreuves initiatiques.

On ne glosera pas sur le chiffre sept mais les symbolistes y trouveront sans doute ripailles.

De qui est-il question ? D’une jeune vendeuse dans la mouise. De quoi s’agit-il ? D’un deal qu’un milliardaire (on se demandera éternellement comment le milliardaire a trouvé cette jeune femme – la vérité romanesque est la fiancée du mensonge romantique) propose à la jeune femme : si vous traversez avec succès les sept épreuves que je vous impose, vous serez la patronne de mon empire industriel et financier…

Bon. La jeune femme, pleine de bon sens, n’en croit rien et elle a bien raison. Sauf que – très vite, roman oblige – l’héroïne, acculée par une série noire de déboires, n’ayant plus rien à perdre, a du coup (bien logique) tout à gagner. Et quand littérature et logique concluent un PACS, la philosophie surgit, diablesse improbable.