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Asie

La première et la dernière liberté, Krishnamurti

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 02 Avril 2013. , dans Asie, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Le Livre de Poche

La première et dernière liberté, trad. Carlos Suares, préface d’Aldous Huxley, 317 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Krishnamurti Edition: Le Livre de Poche

Né en Inde, Krishnamurti passa une partie de son adolescence en étude dans une société théosophique. Repéré par l’un de ses membres, Charles Webster Leadbeater, et adopté par une autre, Annie Besant, la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient.

À l’été 1922, il semble que Krishnamurti vécut une expérience « transformatrice » qualifiée par lui-même d’éveil spirituel.

En août 1929, Krishnamurti décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemins, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte ».

Ayant rompu avec sa destinée, Krishnamurti se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées. De conférences en conférences, il passionna par sa pensée les foules d’auditeurs. Bien qu’il ne se considérait ni comme un philosophe, ni comme un guide, sa parole était vénérée et rarement contestée. Une contradiction pour celui qui s’opposait virulemment contre les sectes et les religions. Celui qui se moque des penseurs et de ceux qui les écoutent.

Sept méandres pour une île, Yi In-Seong

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Mars 2013. , dans Asie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Sept méandres pour une île, traduit du coréen par Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël, Decrescenzo éditeurs, février 2013, 315 p., 21,50 € . Ecrivain(s): Yi In-Seong

 

Dynamique maison récemment apparue dans le paysage éditorial, Decrescenzo éditeurs avait attiré l'attention sur la qualité de la littérature contemporaine coréenne en commençant par publier les recueils de micro-fictions de deux jeunes écrivains au talent original. Elle nous propose maintenant la traduction d'un livre capital de Yi In-séong, le chef de file des "nouvelles écritures" en son pays, déjà connu en France pour ses deux précédents romans, Saisons d'exil et Interdit de folie. Sept méandres pour une île bouleverse en effet la forme romanesque de manière fascinante, l'écrivain coréen y faisant exploser la structure narrative dans une écriture hallucinée. Une riche expérience de lecture, à condition d'accepter de plonger dans l'incertain et de s'abandonner à ce tourbillon vertigineux.

Ce roman protéiforme éclaté en sept récits dotés de leur propre climat, et dans lesquels l'auteur renouvelle à chaque fois son écriture, ne raconte pas véritablement une histoire même si on y discerne des étapes de la vie d'un écrivain.

Le char de Jagannath et autres nouvelles, Mahasweta Devi

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans Asie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Actes Sud

Le Char de Jagannath et autres nouvelles, traduit du bengali par Claude Basu, novembre 2012, 233 p. 22 € . Ecrivain(s): Mahasweta Devi Edition: Actes Sud

 

En ces derniers jours de 2012, le viol collectif de Delhi fait une sinistre Une ; la jeune étudiante à qui la police avait proposé d’épouser un de ses agresseurs, « pour éviter la honte », s’est suicidée, et l’Inde a annulé les festivités du Nouvel An… L’immense pays-continent, la plus grande démocratie du monde continue de présenter alternativement sa facette ultra moderne, mais, plus encore, ses archaïsmes venus du fond des âges. Un Janus qui, souvent, a l’image de la femme…

C’est ainsi que le livre de Mahasweta Devi prend, dans cet étrange hiver, une couleur si particulière.

Auteur parmi les plus lus, en Inde, cette vieille dame de plus de quatre-vingts ans ne cesse, comme la roue du char de Jagannath de la mythologie, de mettre en scène la femme indienne, d’hier, et surtout d’aujourd’hui ; la vie, la famille, les hommes, le travail et tous les enfants de ce pays unique et dérangeant. Les luttes – est-il besoin de le dire ! sont au cœur de ses livres, comme autant de drapeaux et d’actes militants. Dans celui-ci, écrit avant le drame de Delhi, c’est à l’évidence le nom de l’étudiante qu’on aurait pu trouver en exergue du recueil de nouvelles, à moins qu’une histoire de plus n’en ait fait sa triste héroïne…

Li Chin, Shin Kyung-Sook

Ecrit par Emily Vaquié , le Jeudi, 06 Décembre 2012. , dans Asie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions Philippe Picquier

Li Chin, Picquier poche, 2012, trad. Coréen Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, 573 p. 11,70€ . Ecrivain(s): Shin Kyung-Sook Edition: Editions Philippe Picquier

 

A la base de ce roman, il y avait quatre pages de mémoires évoquant le nom de Li Chin, une ancienne danseuse de la cour de Corée, dont on savait fort peu de choses, si ce n’est qu’elle avait séduit un diplomate français qui l’avait emmenée en France. Première coréenne à quitter son pays pour l’Europe, Li Chin a eu une histoire véritablement romanesque.

Shin Kyung-Sook aurait voulu écrire une véritable biographie de cette femme unique qui, à la fin du XIXème siècle, quitte la Corée pour la France : mais l’auteur se heurte très rapidement à un manque d’information. Alors, la biographie se mue en roman : nous découvrons l’histoire incroyable de Li Chin, une jeune orpheline devenue la meilleure danseuse de Corée. Attachée à la cour royale de Corée, elle aurait dû passer sa vie dans les murs du palais, à distraire le roi et la reine dans un contexte politique instable. Mais à la fin du XIXème siècle, le royaume de Corée s’ouvre au monde après avoir longtemps vécu totalement refermé sur lui-même, dans l’ombre de ses puissants voisins, la Chine et le Japon.

Le veau, suivi de Le coureur de fond, Mo Yan

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 19 Novembre 2012. , dans Asie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Seuil

Le veau, suivi de Le coureur de fond, octobre 2012, 18,50 € . Ecrivain(s): Mo Yan Edition: Seuil

 

Mo Yan, prix Nobel de littérature 2012, présente ici deux nouvelles dans lesquelles il se fait le témoin de son temps, nouvelles intitulées Le veau et Le coureur de fond. Le temps qu’il met en scène est celui de son enfance, vécue dans un village de la Chine de Mao. L’auteur sait parfaitement utiliser les faits les plus anodins, ou qui paraissaient tels dans ces lieux, pour nous plonger dans une époque qui faisait de l’absurde un paramètre ordinaire de la vie quotidienne et pour croquer des portraits savoureux de naïveté.

Le monde rural que dépeint Mo Yan est un monde difficile, où survivre suppose des astuces et un savoir que les paysans chinois de l’époque s’étaient transmis de génération en génération. Ainsi, comme on avait toujours châtré les veaux sans se soucier ni de la douleur que les animaux pouvaient ressentir ni des suites qu’une hygiène défaillante remettait au hasard ou aux dieux, l’enfant qu’était l’auteur assiste à la castration de trois veaux, dont un pour qui les choses tourneront mal.