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Asie

Bagdad, la grande évasion !, Saad Z. Hossain

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 07 Juillet 2017. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Agullo Editions

Bagdad, la grande évasion !, avril 2017, trad. anglais (Bangladesh) Jean-François Le Ruyet, 384 pages, 22 € . Ecrivain(s): Saad Z. Hossain Edition: Agullo Editions

 

Bagdad, année 2004, la ville est occupée par les troupes américaines, découpée en enclaves fortifiées, gérées pour les unes par les forces gouvernementales irakiennes, et pour les autres par les milices et les différentes communautés religieuses et/ou ethniques. Les rues sont le théâtre quotidien de la violence : attentats à la voiture piégée ou par kamikazes, balles de kalachnikov ou de sniper, tirs au mortier, lancers de grenades, personne n’est épargné. Il n’y a d’impunité ni pour les êtres ni pour les lieux.

En cette ville où l’horreur et l’indicible ont établi leur cantonnement avec, pour compagnons de route, l’alcool et la drogue, deux hommes, Dagr, ancien professeur d’économie à la reconversion professionnelle réussie, et Kinza, trafiquant d’armes notoire recherché par les soldats américains, tous deux

Sous les lunes de Jupiter, Anuradha Roy

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 19 Avril 2017. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, En Vitrine

Sous les lunes de Jupiter, février 2017, trad. anglais (Inde) Myriam Bellehigue, 315 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Anuradha Roy Edition: Actes Sud

Livre écrit en Europe du Nord – écriture descriptive retenue et pointue – pour l’Inde, et par l’Inde, donc envahi des couleurs, odeurs, bruits, mélanges et foules, Histoire, bien sûr, si particuliers à ce pays unique. Le froid, les solitudes, les silences du grand nord, et les rues indiennes… alliage rare, précieux comme un parfum. Parfaitement réussi.

Croisement, tel un tressage, d’un même destin écartelé ; une jeune femme trempant ses racines dans le sang d’une guerre qu’on suppose civile, au bord du golfe du Bengale – le Bangladesh, peut-être celui qu’a chanté Georges Harrison, palpite juste derrière – et ayant poussé ses branches au cœur de forêts de bouleaux, et de lacs sous la lumière des soleils de minuit de ces contrées-là.

Il y a eu une enfance trucidée par la fin violente de tous les siens : « Quand on tuait les cochons ils poussaient des cris stridents à vous briser les tympans. C’est ce même cri que j’ai entendu, vite après que ma mère a coupé le pamplemousse et que les hommes ont fait irruption avec leurs haches. Leurs visages étaient voilés ». Il y a eu la fuite dans les marais – qui nous ramènent à ceux du Rwanda fuyant les machettes, ou à ce petit Aharon Appelfeld se cachant des Nazis. La fille du livre, et c’en est toute la force, porte en effet des ribambelles d’autres enfants martyrs. Partout sur la planète.

Le venin du papillon, Anna Moï

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 05 Avril 2017. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le venin du papillon, février 2017, 296 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Anna Moï Edition: Gallimard

 

Dans la société post-coloniale du Vietnam du sud, alors que les armées françaises ont quitté le terrain et que s’affrontent les communistes du nord d’une part et les forces américaines installées au sud du 17e parallèle d’autre part, le destin chaotique de deux familles de la région de Saïgon est un microcosme symptomatique des bouleversements incohérents que connaît alors cette partie du monde.

D’un côté, la jeune Xuan, fille de Mae et de Ba, officier de l’armée vietnamienne.

De l’autre, la jeune Odile et son frère Julien qui vivent, livrés à eux-mêmes, leur mère ayant refait sa vie en Europe, dans la grande maison coloniale d’un père français régulièrement absent.

Les vies des trois adolescents vont se croiser dans les turbulences d’un pays en état de guerre.

Sous les lunes de Jupiter, Anuradha Roy

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Sous les lunes de Jupiter, février 2017, trad. anglais (Inde) Myriam Bellehigue, 320 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Anuradha Roy Edition: Actes Sud

 

Une très particulière ambiance dans ce roman, nimbé par une sorte de douceur, sans doute due à l’ambiance de bord d’océan dans le golfe du Bengale, dans la petite ville sainte de Jarmuli ; mais une douceur, une langueur même, qui contraste avec une vraie violence. Notamment celle d’un passé que Nomi, personnage central du roman, retourne chercher en Inde. Née là-bas, elle avait passé les dernières années de son enfance enfermées dans un ashram, alors que tous les siens avaient été avalés par la guerre.

Nomi est une jeune femme qui vit en Norvège où elle a été adoptée et c’est la première fois qu’elle retourne en Inde, officiellement pour y faire des repérages pour un documentaire. Sur place, elle est accompagnée par un assistant, Suraj, un homme un peu perdu qui fuit dans l’alcool. Dans le train pour Jarmuli, Nomi partage la cabine de trois femmes assez âgées, qui se font pour la première fois de leur vie une virée entre copines. L’une d’elle Gouri, commence à perdre la tête. Ces trois femmes, Nomi, Suraj et d’autres personnes encore, chacune aux prises avec ses espoirs, ses tourments ou un passé douloureux, vont pendant quelques jours se croiser et se recroiser à Jarmuli, leurs histoires individuelles tissant peu à peu une toile qui les relie.

Monsieur Han, Hwang Sok-Yong

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 27 Mars 2017. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Monsieur Han, octobre 2016, trad. coréen Choi Mikyung, Jean-Noël Juttet, 133 pages, 8,95 € . Ecrivain(s): Hwang Sok-Yong Edition: Zulma

Roman du déchirement d’un pays, la Corée, et de la déchirure pour la plupart des Coréens, exprimés par le cours de l’histoire chaotique d’un homme que le tsunami de l’Histoire du monde emporte dans ses lames dévastatrices.

Le roman commence par le portrait d’un vieil homme solitaire, Monsieur Han, pauvre et peu communicatif, employé comme croque-mort subalterne dans une petite entreprise de pompes funèbres, locataire d’une chambre misérable dans un immeuble délabré d’un quartier défavorisé d’une ville de Corée du Sud au début des années soixante-dix, soit près de vingt ans après la signature de l’armistice de Panmunjeom en 1953.

Atmosphère sombre de roman réaliste (on pense irrésistiblement à la maison Vauquer et au Père Goriot), voisins d’immeuble tantôt méprisants, tantôt hostiles, tantôt charitables, tous à l’affût de la vacance prévisible et souhaitée de la chambre sordide occupée par Monsieur Han et ardemment convoitée par les résidents obligés, en conséquence de la crise du logement qui a suivi la signature de l’armistice entre les deux Corées et l’afflux de réfugiés du Nord vers le Sud, de vivre entassés les uns sur les autres dans une promiscuité difficile à supporter.