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Asie

Deux brûle-parfums, Eileen Chang

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 29 Mai 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Zulma

Deux brûle-parfums, avril 2015, trad. du Chinois par Emmanuelle Péchenart, 224 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Eileen Chang Edition: Zulma

 

La vie des papillons

Deux brûle-parfums est un ouvrage regroupant deux récits distincts que nous pourrons intituler Brûle-parfum-1 et Brûle-parfum-2. Les deux histoires se déroulent à Hongkong au temps où cette région était occupée par les Anglais.

Dans le premier récit, il s’agit du destin de la jeune Wei-lung. Cette dernière refuse de suivre sa famille à Shanghai et décide de convaincre la sœur de son père, Madame Liang, de l’héberger afin de pouvoir rester à Hongkong. Rompue à l’expérience mondaine, Madame Liang voit là une opportunité d’attirer du monde et des hommes dans sa demeure. En effet, l’extrême jeunesse de sa nièce et sa beauté vont l’aider à revenir sur les devants de la scène. Ainsi, Madame Liang va organiser la « vente » de sa jeune parente avec ruse et habileté… Wei-lung aura-t-elle son mot à dire ? Est-elle aussi naïve qu’elle semble en avoir l’air ?

De haute lutte, Ambai

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Zulma

De haute lutte, février 2015, traduit du tamoul par Dominique Vitalyos et Krishna Nagarathinam, 215 pages, 18 € . Ecrivain(s): Ambai Edition: Zulma

 

Ce recueil incisif rassemble quatre nouvelles, qu’on pourrait presque qualifier de romans par leur longueur, par le nombre des fragments constitutifs de leur déroulement narratif, par l’amplitude spatio-temporelle de l’intrigue et par la richesse contextuelle de l’histoire individuelle de leur personnage principal.

Le manuscrit : Chentamarai baigne depuis l’enfance dans un milieu d’artistes où sa mère, Tirumakal, une universitaire férue de littérature, de poésie, de chansons et musiques classiques indiennes qui tient salon tous les vendredis, ayant quitté son mari, fait figure de femme libre au sein d’une société dominée par les hommes. Chentamarai découvre un jour un manuscrit dans lequel sa mère raconte les difficultés et humiliations qu’elle a connues dans sa vie conjugale, dans sa relation avec son époux.

Mais dites-moi, qu’y a-t-il de révolutionnaire à dire qu’une veuve ne peut espérer retrouver l’accès à une vie digne de ce nom qu’en se remariant ? […] Quand vous affirmez qu’il est nécessaire de lui associer un homme pour lui offrir une nouvelle vie, c’est comme si vous disiez qu’elle doit toujours rester sous le contrôle d’un représentant du genre masculin…

Nous l’appelions Em, Jerry Pinto

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Nous l’appelions Em, février 2015, traduit de l’anglais (Inde) par Myriam Bellehigue, 260 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jerry Pinto Edition: Actes Sud

 

Et l’enfer s’appela bipolarité…

« Je grandis en entendant dire que ma mère avait un problème de nerfs. Plus tard, on m’expliqua qu’il s’agissait d’une dépression nerveuse… on nous dit qu’elle était schizophrène… finalement, tout le monde s’accorda à dire qu’elle était maniaco-dépressive. Tout au long, elle n’utilisa pour elle-même qu’un seul mot : folle ».

Alors, adulte, il en fit un livre : sa mère, sa sœur, lui et son père, plus quelques autres, parents, amis, psychiatres, face à ce qu’on nomme maladie chronique bipolaire, et qu’on devrait plutôt nommer : monstre ou fauve, qui épuise, et terrorise, revient en boucle, et s’accroche. Un de ses proches mentalement atteint ; un drôle de voyage. Parce qu’il y a sa mère malade, et puis, eux tous, et encore le reste du monde qui regarde et juge. Une douleur fragmentée. Infinie, mâtinée pour autant ça et là de l’émotionnel « normal » et banal de toute vie. Et au bout, ce livre, magnifique, écrit de main de fils, avec la pudeur, l’humanité, le juste, que pas un documentaire ne parvient à rendre (tout en en étant pourtant un, et des meilleurs).

Ce que l’on voit en s’arrêtant, Haemin

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 19 Février 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Decrescenzo Editeurs

Ce que l’on voit en s’arrêtant, décembre 2014, traduit du coréen par Lee Hyonhee et Julien Paolucci, 217 pages, 12 € . Ecrivain(s): Haemin Edition: Decrescenzo Editeurs

 

Haemin est un moine coréen, bouddhiste, diplômé des plus grandes universités américaines. Habitué à dialoguer pour dispenser enseignement et sagesse, il se prend un jour au jeu des réseaux sociaux, immense réservoir humain comme on sait, et va dialoguer avec plus de 850.000 correspondants.

« Haemin,

n’essaie pas de devenir un grand moine

mais essaie de devenir un moine humaniste », lui avait dit un de ses maitres, le moine Hyegwang.

Sans l’avoir réellement décidé mais pris par sa « passion » (dont il nous expliquera comment elle peut aussi être un piège si on n’apprend pas à la maîtriser), passion de transmettre, il va réaliser au fil de ces tweets remplis de sagesse et d’amour l’un des livres qui sera le plus lu en Corée et vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires.

Le septième jour, Yu Hua

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le septième jour, octobre 2014, traduit du chinois par Isabelle Rabut et Angel Pino, 272 pages, 22 € . Ecrivain(s): Yu Hua Edition: Actes Sud

 

Le septième jour est un récit étrange, envoûtant, d’un humour délicat qui joue avec l’absurde et d’une grande tristesse, qui fait le va et vient entre les souvenirs d’une vie dans l’ici-bas et la douceur et la fantaisie poétique d’un au-delà. Sous cette apparence inoffensive, c’est surtout une façon de pointer les inégalités et les problématiques de la société chinoise contemporaine. Un récit découpé en sept chapitres, du premier au septième jour après la mort du narrateur, ce qui rappelle forcément les sept étapes de la création du monde dans le mythe biblique, mais s’inspire aussi de croyances traditionnelles chinoises à propos des sept jours pendant lesquels, après sa mort, l’âme du défunt erre autour de sa maison avant de rejoindre sa sépulture.

Yang Fei, le narrateur, meurt à la suite d’une explosion accidentelle dans un restaurant. C’est alors que la morgue l’appelle pour lui dire qu’il est en retard pour son incinération et qu’il doit se dépêcher d’arriver. Ainsi débute son errance dans cette nouvelle dimension, de l’autre côté de la très fine membrane qui sépare le monde des morts de celui des vivants.