Identification

Asie

Pour quelques milliards et une roupie, Vikas Swarup

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Pour quelques milliards et une roupie, traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi, avril 2014, 286 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Vikas Swarup Edition: Belfond

 

Un cocktail savamment ourdi. Ici le conte de fées se conjugue avec le manuel de management, la fable n’oublie jamais sa morale, le picaresque rivalise avec le roman d’apprentissage et l’aventure se décline en sept épreuves initiatiques.

On ne glosera pas sur le chiffre sept mais les symbolistes y trouveront sans doute ripailles.

De qui est-il question ? D’une jeune vendeuse dans la mouise. De quoi s’agit-il ? D’un deal qu’un milliardaire (on se demandera éternellement comment le milliardaire a trouvé cette jeune femme – la vérité romanesque est la fiancée du mensonge romantique) propose à la jeune femme : si vous traversez avec succès les sept épreuves que je vous impose, vous serez la patronne de mon empire industriel et financier…

Bon. La jeune femme, pleine de bon sens, n’en croit rien et elle a bien raison. Sauf que – très vite, roman oblige – l’héroïne, acculée par une série noire de déboires, n’ayant plus rien à perdre, a du coup (bien logique) tout à gagner. Et quand littérature et logique concluent un PACS, la philosophie surgit, diablesse improbable.

Putain de pupitres !, Park Bum-shin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Putain de pupitres !, Decrescenzo Editeurs, janvier 2014, traduit du coréen par Ko Kwang-dan et Eric Bidet, 240 p. 21 € . Ecrivain(s): Park Bum-shin

Putain de pupitres ! est le premier ouvrage traduit en français de Park Bum-shin, un auteur coréen très populaire dans son pays, et il est réjouissant de pouvoir ainsi accéder à ce merveilleux roman d’une grande qualité littéraire et d’une portée universelle.

Le titre évoque ces pupitres où on inculque aux « élèves modèles » une certaine lecture du monde mais aussi le bureau de l’écrivain qui cherche, lui, à écrire ce monde en entremêlant imagination et réalité. Mais ce n’est pas sur les bancs de l’école ou du lycée, ni même de l’université que se comprend l’essentiel du monde : « comprendre la vie et la mort, cela suffit pour recevoir les signes universels dans la sombre cellule de la conscience de soi ». Cette compréhension intuitive, émotionnelle, dont s’éloigne l’homme mûr encombré de sa logique, résulte surtout de l’« étincelle », de la combinaison d’images dont certaines gisent dans notre inconscient. Une compréhension que Park Bum-shin nous fait brillamment entrevoir par son écriture car, dans ce roman tout en échos et résonances qui souvent nous renvoie à ces images que font naître les voix des grands écrivains, il juxtapose ou enchaîne une multitude de courts tableaux dans un va-et-vient de flashes ou un déroulement de films, faisant miroiter une magnifique langue métaphorique, une langue concrète n’excluant pas une saine crudité, qui recourt à toute une palette symbolique.

Le monde futur, Wang Xiaobo

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 07 Février 2014. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le monde futur, traduit du chinois par Mei Mercier, octobre 2013, 190 Pages, 20 € . Ecrivain(s): Wang Xiaobo Edition: Actes Sud

 

La résistance d’un intellectuel


Le monde futur est un récit qui se scinde en deux temps. D’abord, le livre s’ouvre sur l’histoire de « L’oncle ». Cet homme, décédé au moment où commence l’intrigue, a été écrivain. Cependant ses œuvres n’ont jamais été publiées : « Mon oncle était écrivain, mais il n’a rien publié de son vivant ». Le narrateur, son neveu, est chargé d’écrire une biographie de cet oncle : « (…) ils sont venus me voir et m’ont demandé de consacrer à mon honorable oncle une biographie ». Et c’est l’occasion pour le narrateur de commenter l’histoire de vie de son oncle et particulièrement ses relations avec les femmes. C’est aussi une opportunité pour ce biographe de mettre en exergue ses propres émois sexuels face à sa tante pour qui il nourrit passion et fantasmes érotiques. Racontée sur le mode de la dérision et de l’humour, la biographie est immédiatement condamnée. Loin d’une narration classique, le livre choque par ses références sexuelles. Le narrateur est accusé de pornographie et devient à son tour un être nuisible à reconditionner.

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire, Tabish Khair

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Novembre 2013. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les éditions du Sonneur

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position de missionnaire. octobre 2013. Trad. De l’anglais par Antonia Breteuil. 288 p. 20 € . Ecrivain(s): Tabish Khair Edition: Les éditions du Sonneur

Tabish Khair est un formidable raconteur. Son aptitude à l’empathie avec ses personnages, son talent pour traquer au plus près les comportements, le discours de chacun, son humour par dessus tout qui permet un regard profondément humain sur les péripéties de son récit, font de ce livre un moment de chaleur, de sourire, de tolérance enfin. Sur ce sujet, et par les temps qui courent, c’est une sorte d’exploit.

L’Islam – et hélas par voie de conséquence l’islamisme – sont au cœur de ce roman. Mais la position du missionnaire n’est pas en reste ! Qu’on se rassure, on échappe à tout discours théorique et attendu sur la question, aucun des protagonistes de l’histoire ne le supporterait ! Et nous non plus, trop occupés que nous sommes à rire. Les trois héros incarnent – chacun à sa façon - trois situations face à la religion du Prophète : l’un est musulman pakistanais (le narrateur/auteur ?) parfaitement « laïcisé », l’autre, son ami Ravi, n’est pas musulman, mécréant bon teint issu de la grande bourgeoisie indienne, et enfin Karim, indien aussi, pratiquant sourcilleux qui voit d’un œil critique ses deux hôtes (ils occupent deux chambres chez lui).

Le tigre blanc, Aravind Adiga

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 16 Octobre 2013. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, 10/18

Le tigre blanc (The White Tiger), traduit de l’anglais par Annick le Goyat, 318 pages, 8,40 € . Ecrivain(s): Aravind Adiga Edition: 10/18

 

Balram, comme des millions de ses congénères, est né dans les Ténèbres, où règne la loi de la jungle, celle du plus fort.

Le plus fort, dans ces mondes obscurs, est le fils du plus fort, et son fils sera un jour, à son tour, le plus fort.

Parce que dans les Ténèbres, on est seigneur ou esclave, de naissance, de père en fils, depuis toujours, et pour toujours.

Balram est condamné, car telle est sa destinée, à vivre en esclave, à laver les pieds de ses maîtres, à accourir, l’échine courbée, à chacun de leurs impérieux appels, à ramper devant eux, et à les remercier d’avoir la bonté de les maltraiter…

Il peut arriver, exception confirmant la règle, que dans cet appareil fatal, dans ce broyeur infernal, s’introduise un humble grain de sable qui en perturbe le cours.