Identification

Voyages

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 07 Janvier 2019. , dans Voyages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Dans les forêts de Sibérie, novembre 2018, 304 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Folio (Gallimard)


Qui n’a pas rêvé un jour de quitter son univers étriqué pour vivre en ermite dans un espace vierge et retiré, pour jouer au naufragé comme Robinson ? Sylvain Tesson, l’écrivain aventurier né en 1972, l’a fait. Six mois durant, il a vécu dans une cabane de 9 m2 au fin fond de la taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce de la planète. Dans les forêts de Sibérie est le récit de cette aventure : « J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là ».

Pourquoi se lancer un tel défi ? Plus qu’une nouvelle vie ou un nouveau départ, Sylvain Tesson évoque une fugue, une fuite, une retraite. Las de la société et de tout ce qu’elle traîne dans son sillage métallisé, profusion, fracas et confusion, Tesson aspire, par un détour vers l’état de nature, à un déconditionnement, à une mue régénératrice. En s’immergeant dans un contexte radicalement différent et épuré, il tente une expérience susceptible de révéler une autre facette de son être, de faire ressortir ce qu’il a dans le coffre :

Devant la beauté de la nature, Alexandre Lacroix (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 14 Novembre 2018. , dans Voyages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Allary Editions

Devant la beauté de la nature, septembre 2018, 400 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Alexandre Lacroix Edition: Allary Editions

Alexandre Lacroix navigue avec bonheur depuis une vingtaine d’années entre romans et essais, entre fictions de soi et enquêtes philosophiques. Mais ses romans pourraient de même être considérés comme des enquêtes [que l’on pense à La Muette (1) ou à Voyage au centre de Paris (2)], et ses essais comme des fragments autobiographiques, puisque le « je » y est toujours présent. L’auteur, qui dirige par ailleurs Philosophie Magazine depuis 2006, ne s’encombre pas des frontières génériques traditionnelles et explore tout aussi bien le « moi » [Quand j’étais nietzschéen (3), L’Orfelin (4)], que le monde, comme en témoigne ce dernier livre qu’il consacre à la beauté de la nature.

Alexandre Lacroix part ici d’une expérience vécue il y a quelques années, au Sunset Café, sur l’île grecque de Santorin. Vers 18h30, les touristes s’installent sur les terrasses des cafés et s’abandonnent au spectacle qui se joue devant leurs yeux : le soleil se couche. Tous y assistent « muets d’admiration » et applaudissent à la fin de cette représentation mise en scène par mère nature. Une question, qui fait tout l’objet du présent livre, se pose alors au spectateur-philosophe : « pourquoi, nous autres humains, trouvons-nous beaux les paysages naturels en général et les couchers de soleil en particulier ? ».

Le Stade de Wimbledon, Daniele Del Giudice (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Lundi, 24 Septembre 2018. , dans Voyages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, Italie

Le Stade de Wimbledon, Daniele Del Giudice, Seuil, Coll. La Librairie du XXIe siècle, mai 2018, trad. italien René de Ceccatty, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Daniele Del Giudice Edition: Seuil

Saluons en tout premier lieu la très belle écriture de Daniele Del Giudice. Servie par l’excellente traduction de René de Ceccatty, elle reste homogène et poétique malgré quelques passages techniques insolites et l’insertion incongrue de realia contemporains. C’est en effet la noblesse, la sensibilité et la musicalité d’une langue à la fois humble et littéraire qui se dégage et illumine le récit de la première à la dernière page. Aussi le lecteur se laissera-t-il facilement bercer et envoûter par les tâtonnements du narrateur qui, dans une quête quasi-religieuse, le menant de Trieste à Londres, s’efforce de suivre les traces de Roberto Bazlen (dit Bobi), un écrivain très apprécié des milieux littéraires de son temps, bien qu’il n’ait rien publié de son vivant.

D’aucuns pourraient y déceler la peur d’écrire un roman raté, ou un prétexte à la paresse, voire la répugnance à se lancer dans une entreprise exigeante et fastidieuse. D’autres, plus compréhensifs, parleront plutôt de son intégrité intellectuelle lui ayant toujours interdit une voie déjà empruntée, puisqu’il serait inutile d’écrire, sinon pour soi et ses amis, sinon une œuvre totalement inédite.

Sud, Didier Ben Loulou

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Voyages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, La Table Ronde

Sud, mai 2018, 96 pages, 24 € . Ecrivain(s): Didier Ben Loulou Edition: La Table Ronde

 

Sous les latitudes du soleil

Ce beau livre de photographies, sans texte ni commentaire, a pour seuls référents des dates, des lieux, des localités ou des portraits. Il s’agit peut-être de perpétuation de mythes plutôt que d’images artificielles prises de l’objectif d’un appareil quelconque. Les êtres y sont partie prenante car nés de pierres qui s’effritent, corrodées par le soleil, le sel et le temps. Chez Didier Ben Loulou, la couleur porte en elle sa signification propre. La source lumineuse, irrégulière, vient de l’émission de plusieurs spectres, et il en résulte de fortes concentrations ombrées. La température des saisons se lit comme un paysage, celui du sud de notre planète. Le jaune en est la teinte-relais mais n’est pas non plus le chromatisme dominant ; cette couleur phare laisse la place à l’ambré, au blond, au safrané, à l’ocre, au fauve, au terreux et au rouge sang.

Relation des voyages faits en France, en Flandre, en Hollande et en Allemagne (1708), Élie Richard

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 05 Juin 2018. , dans Voyages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions Honoré Champion

Relation des voyages faits en France, en Flandre, en Hollande et en Allemagne (1708), Elie Richard, octobre 2017, 334 pages, 60 € . Ecrivain(s): Kees Meerhoff Edition: Editions Honoré Champion

 

Les historiens ne se sont jamais accordés quant aux motivations exactes qui, à partir des années 1680, déterminèrent Louis XIV à prendre certaines décisions, au premier rang desquelles figure la Révocation de l’Édit de Nantes. Volonté politique de clore la parenthèse ouverte par les guerres de religion et de revenir à l’unité médiévale ? Influence de madame de Maintenon (dont le propre grand-père fut un Huguenot hystérique) ? Crise mystique (chez un monarque à peu près dépourvu de culture religieuse) ? Désir de plaire au Pape et d’être un jour canonisé, à l’égal de son ancêtre saint Louis ? Bêtise pure (contre laquelle, disait Goethe, les dieux mêmes ne peuvent rien, et dont les historiens ont tendance à minorer le rôle) ? Quoi qu’il en ait été, cette décision fit le bonheur des Pays-Bas, de l’Angleterre et de l’Allemagne, tous pays à ce moment adversaires ou futurs ennemis de la France. On appelle cela familièrement se tirer une balle dans le pied. Il est injuste que la postérité ait fait de Louis XVI un despote, alors que ce dernier s’était efforcé d’adoucir le sort des protestants français.