C'est une vieille anglaise, comme il y en a beaucoup dans le Sud-Ouest. Enfin, vieille, peut-être pas... difficile à dire. Grande et assez plate, de longs cheveux blonds fades qui pendent plus ou moins tristement sur ses épaules. Des yeux pâles, et le visage déjà ridé. Pas très féminine non plus, elle aime porter ce qu'on appelle des vêtements confortables, pulls, pantalons, chaussures sans talon. Ce qui ne l'empêche pas d'être très sympathique de l'avis de ses voisins et amis.
Elle s'appelle Kate Brighton. Elle a profité de l'époque où la livre était si forte qu'elle lui a permis, grâce à des économies bien placées, d'acheter cash une maison en France, comme un certain nombre de ses congénères. Elle a liquidé toutes ses affaires en Angleterre, a démissionné de son poste de cadre, et s'est consacrée à la rénovation de sa maison tristement abandonnée aux outrages du temps, qui étalait sa déchéance sur la place de la mairie de cette petite ville du Lauragais.
Le Lauragais, qui s'étend du sud-est de Toulouse jusque dans l'Aude, est une région magnifique. Avec un petit air de Toscane, à ce qu'il paraît. Une succession de vallons, de collines quadrillées de verts et d'ocres rutilants. Des platanes à perte de vue. Des marées de tournesols ou de blés ondulant sous le souffle du vent.