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Pays arabes

Le règne de barbarie, Abdellatif Laâbi

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Maghreb, Seuil

Le règne de barbarie, 1980 (Préface de Ghislain Ripault), 160 pages, 13 € . Ecrivain(s): Abdellatif Laâbi Edition: Seuil

 

Ce recueil de poèmes est un long cri de souffrance et de révolte. Publié en 1972 alors que son auteur, le poète marocain Abdellatif Laâbi, fondateur de la revue Souffles, dépérissait et pourrissait au secret des cellules de la prison de Kenitra, livré au bon vouloir sadique des tortionnaires de Hassan II, en pleines années de plomb, Le règne de barbarie se lit avec les tripes, avec les poings serrés, avec des saccades de sanglots, durs comme du fer, qui vous montent, ligne après ligne, exploser à la gueule.

Ce recueil de colères est un long hurlement de loup blessé, aux chairs prises dans les crocs de l’arbitraire du traqueur de liberté.

Préfacé par Ghislain Ripault, autre poète, qui en 1972 était coopérant français au Maroc, Le règne de barbarie ne se lit pas, mais se vit, se chevauche, se galope comme la noire monture de l’apocalypse, annonciatrice de la fin des temps des sombres seigneurs et de l’époque des vengeances éclatantes et justes des peuples : « Il est temps de dire pourquoi je dégueule ce monde ».

Le Quartier américain, Jabbour Douaihy

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 15 Septembre 2015. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Sindbad, Actes Sud

Le Quartier américain, septembre 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Stéphanie Dujols, 178 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Jabbour Douaihy Edition: Sindbad, Actes Sud

 

C’est dans la ville libanaise de Tripoli que se déroule ce nouveau roman de Jabbour Douaihy, et plus précisément dans le quartier misérable dit « américain » qui donne son titre au roman : on y suit les destins croisés de deux familles, celle des Azzâm, vieille famille de notables et de son dernier fils, Abdel-Karim, et des Mohsen, Bilâl, sa femme Intissâr et leurs quatre enfants, en particulier l’aîné, Ismaël. Depuis des générations, la famille d’Intissâr a été au service de celle des Azzâm, qui l’a protégée en retour. A l’heure où la déliquescence de la ville, à l’image de tout un pays, et des liens séculaires qui ont ordonné ses hiérarchies sociales, se délitent dans le long délabrement des ruelles, les dernières allégeances qui s’échangent marquent la fin d’un monde. C’est dans ce contexte que l’on suit la trajectoire de ces personnages, pris entre les fidélités familiales et les appels de nouvelles sirènes.

Les étoiles du Quartier américain

La Langue du secret, Najwa M. Barakat

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Jeudi, 18 Juin 2015. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Sindbad, Actes Sud

La Langue du secret, mai 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Philippe Vigreux, 254 pages, 22 € . Ecrivain(s): Najwa M. Barakat Edition: Sindbad, Actes Sud

Puissance du verbe, Verbe de la puissance

Des lettres, chargées de mystérieux pouvoirs, qui s’animent et qui frappent, une confrérie religieuse qui garde de lourds secrets, des vengeances qui s’abattent sur de pauvres jeunes frères innocents, un épervier qui plane dans le ciel et subsiste sans nourriture… Dans cette enquête sur fonds théologique qui suit le vol de la Table de la confrérie, puis le meurtre d’un ivrogne, nombreux sont les signes et les symboles qui interrogent le lecteur, et le plongent au cœur d’une réflexion passionnante sur le sens des mots, des lettres qui les constituent, et du rapport du signe au sacré.

Tout commence par un rêve : Sarrâj, l’un des membres de la confrérie, raconte à ses frères un songe dans lequel les lettres s’animent, deviennent des monstres « aux mâchoires redoutables » toutes prêtes à s’entredévorer, laissant désemparé le rêveur qui tente de remettre de l’ordre dans le chaos. La tâche qui incombe aux hommes de la confrérie est précisément celle de veiller à l’ordre des lettres, de leurs symboles et de leur sens, à travers le travail auquel ils se livrent depuis des années pour élaborer une somme colossale, celle qui mettra un terme à toute controverse en dotant chacune des lettres de l’alphabet de tous les sens dont Dieu lui-même les a parées, et qu’un labeur assidu permettra de mettre à jour pour l’édification des fidèles.

Le Castor, Mohammed Hasan Alwan

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Le Castor, janvier 2015, trad. de l'arabe Stéphanie Dujols, 367 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mohammed Hasan Alwan Edition: Seuil

 

Mohammed Hasan Alwan fait partie de cette nouvelle vague de jeunes écrivains en langue arabe dont les livres, traduits peu à peu, font découvrir des cultures, des sociétés et des histoires jusque-là largement méconnues du public occidental (la traduction de Stéphanie Dujols dépeint d’ailleurs très bien la vie et la culture saoudiennes, sans jamais effacer les spécificités culturelles, ni les rendre « exotiques »), et, par-dessus tout, montrent à quel point certains thèmes transcendent toutes les frontières.

Prenez ainsi les dynamiques familiales : que ce soit ici ou ailleurs, les rancœurs et les mesquineries restent les mêmes. La famille est particulièrement compliquée pour Ghâleb, le protagoniste et cadet d’un premier mariage malheureux, quadragénaire saoudien avec une âme de déraciné. Ses parents se sont tous deux remariés, mais l’arrivée de demi-frères et sœurs complique bien les relations. Pour se sortir de cet enchevêtrement affectif, une seule solution : partir, et partir loin, car la proximité ne fait qu’entretenir la myopie, émousser les ambitions. Ghâleb choisit l’Amérique, la côte Ouest, l’Oregon, Portland, ville où il s’est déjà rendu pour étudier à une époque qui lui semble à présent à des années-lumière. Portland fait très bien l’affaire car elle a ainsi un léger aspect familier, tout en offrant un terrain entièrement neuf pour, peut-être, se régénérer, ou, tout du moins, chercher une nouvelle direction.

Un dernier verre de thé et autres nouvelles, Mohammed El-Bisatie

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Sindbad, Actes Sud

Un dernier verre de thé et autres nouvelles, octobre 2014, traduit de l’arabe (Egypte) par Edwige Lambert, 240 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Mohammed El-Bisatie Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Un clair-obscur, comme des âmes oubliées à la fatalité…

Un dernier verre de thé et autres nouvelles est une anthologie, composée de 27 nouvelles, qui retrace l’itinéraire de son auteur pendant une quarantaine d’années au regard de ce qui précède et annonce l’histoire égyptienne dans ses mutations et ses révolutions.

« Le professeur ouvre les yeux. Il voit le barbu secouer la poussière de sa gallabeya, puis s’avancer lourdement et rester sur le seuil de la bâtisse. Ses yeux sont fixés sur son dos large. Les branches de l’arbre sont immobiles. Les lèvres du professeur se mettent à trembler. Il les serre. Il se tait ».

« Je l’ai vue de mes propres yeux ! », mais que peut-on voir quand la nuit éclaire de son ombre la vie simple des sans vies, une terre d’extrême pauvreté, un pays de laissés-pour-compte, des marginaux à la dignité intacte, dans une Égypte intemporelle, sèche, comme la terre qui est sensée la nourrir, quand l’eau du canal qui ne charrie plus la vie pour des récoltes abondantes, mais, des cadavres, des immondices au milieu de l’écume et des herbes ?