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Pays arabes

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali, août 2019, trad. kurde sorani, Sandrine Traïdia, 336 pages, 22 € Edition: Métailié

 

« Au-dessus de sa tête, il voit les branches d’un grenadier. Il entend le bruit de la destruction et de la pulvérisation des objets, il a entendu parler de la poussière mortelle de verre que le vent répand la nuit sur le monde ».

Un roman bien déstabilisant que nous offre ici cet auteur d’origine kurde, un roman dont le rythme et la narration sont tout à fait atypiques pour un lecteur occidental, comme une litanie qui s’étire, se distend, se ressasse par des répétitions, comme un conteur qui aurait un peu perdu la tête, une sorte d’errance littéraire traversée de fulgurances d’une beauté telle, que le livre reste collé aux mains du lecteur.

« Regardez, toutes les histoires sont comme un tout petit ruisseau qui, à la fin, vient se jeter dans la vaste mer, riche de milliers d’autres histoires… Et chaque fois qu’un conteur meurt en chemin, il faut qu’un autre conteur prenne sa place et que, rivière après rivière et mer après mer, il poursuive cette histoire ».

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 26 Novembre 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi, avril 2019, trad. (Egypte) Gilles Gauthier, 320 pages, 22,50 € Edition: Actes Sud

Egypte : la prison des homosexuels.

La fiction est racontée par un homosexuel, Hani Mahfouz. Alors qu’il marchait la nuit avec son ami Abdelaziz dans une rue du Caire, les deux ont été arrêtés par la police des mœurs qui ramassait les homosexuels ou ceux qui semblaient l’être.

« Au cours de cette campagne qui s’étendit sur plusieurs jours au début du mois de mai 2001, la police ramassa des dizaines de personnes et l’affaire culmina le 11 mai, deux ou trois jours après notre arrestation, à mon ami et moi, près de la place Tahrir » (p.46).

Au commissariat, Hani et les autres personnes sont  humiliés et torturés. Contrairement à son ami, il fait de la prison, arraché ainsi à son épouse Chirine et sa fille qui n’en savent rien. Après des mois, Hani sort de la prison brisé et aphone. Il se sent un autre. Sa femme a déjà annoncé le divorce. Ses parents sont morts avant. Il a tout perdu, hormis ce mystérieux ami nommé le prince. Son psy lui conseille l’écriture pour sortir de ce cauchemar qui a commencé à cause d’une promenade…

J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 10 Juillet 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

J’ai couru vers le Nil, septembre 2018, trad. Gilles Gauthier, 432 pages, 23 € . Ecrivain(s): Alaa El Aswany Edition: Actes Sud

 

L’Egypte des faux-semblants

Le roman est labyrinthique et se présente comme un ensemble de petits romans avec des intrigues diverses et de nombreux personnages. Tout se passe au Caire et ses environs en 2011, année de la révolution contre Moubarak et le système politique.

« La place Tahrir était devenue une petite république indépendante, la première terre égyptienne libérée de la dictature » (p.200).

Il y a d’abord le général Alouani, haut grade de la Sécurité qui donne souvent l’ordre de torturer et de tuer. Sa fille Dania, future médecin, choisit la révolution aux cotés de son ami pauvre Khaled et défie ainsi son père Alouani qui est contre la révolution.

La Bibliothèque enchantée, Mohammad Rabie (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 13 Mai 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sindbad, Actes Sud

La Bibliothèque enchantée, janvier 2019, trad. arabe (Egypte) Stéphanie Dujols, 176 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mohammad Rabie Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Éloge de la traduction

Le titre du roman La Bibliothèque enchantée fait allusion à un récit philosophique ou de science-fiction. Non. Le roman emmène le lecteur au Caire en compagnie de Chaher. Ce jeune fonctionnaire du ministère des « Biens de mainmorte » est chargé d’une mission : faire un rapport sur une bibliothèque que l’Etat veut démolir pour passer une ligne de métro.

Mise à la marge, vieille, la bibliothèque Kawkab Anbar est construite en simple immeuble avec des étages et des appartements ; les livres sont entassés dans les pièces sans inventaire ou indexation.

Les fidèles de cette bibliothèque ne sont pas nombreux. Aucun jeune, hormis Chaher. Il y a le traducteur Ali, Jean le copiste qui photographie les livres, et le vieux cryptologue Sayyid qui connaît la bibliothèque comme sa poche…

L’enfant de l’œuf, Amin Zaoui

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 19 Septembre 2017. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Le Serpent à plumes, La rentrée littéraire

L’enfant de l’œuf, septembre 2017, 201 p. 18 € . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Le Serpent à plumes

 

Tout en s’amusant – et en nous amusant – Amin Zaoui nous offre un roman des plus importants. Important par sa voix, sa liberté hautement proclamée à chaque page. Ce livre est le contrepied parfait des fantômes sinistres qui hantent le monde arabo-musulman et l’Algérie, chère au cœur de l’écrivain et – modestement – à celui qui écrit cet article. A chaque page, on boit du vin, on parle de sexe en toute liberté, à chaque page Zaoui chante les femmes, leur beauté, leur intelligence, leur droit absolu d’être les partenaires souveraines de leurs congénères masculins. Ce livre est une ode au refus de se soumettre aux diktats des fanatiques, aux fatwas morbides d’une petite minorité de sectaires qui empoisonnent l’islam d’aujourd’hui – et les sociétés qui s’en réclament.

Mais, nous le disions, L’enfant de l’œuf est une œuvre de fiction d’une drôlerie réjouissante. Ses deux narrateurs, Moul et Harys, sont des personnages décalés, des philosophes solitaires, profondément bons et humains. Humains – le mot fait rire ici : Harys est un chien. C’est le chien de Moul. Et quel chien ! Un chien philosophe qui trouve, en la vie de son maître (mais qui est le maître de qui ?) matière à exercer sa sagacité, son humour et sa réprobation. Il trouve son maître bien futile, plus occupé des visites de Lara, sa voisine syrienne, et de ses bonnes bouteilles que du labeur.