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Pays arabes

Deux chambres avec séjour, Ibrahim Aslân

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 20 Mars 2013. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Deux chambres avec séjour, traduit de l’arabe (Egypte) Stéphanie Dujols, février 2013, 124 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Ibrahim Aslân Edition: Actes Sud

 

Petit livre aux dimensions du modeste appartement, dont il est question, ici. Petit, mais à la densité extrême de ce qui s’y passe : la vie…

L’histoire tient dans une paire de babouches – usées, familières, posées sur la palier.

Khalil est vieux, usé lui aussi, mais fier de tenir encore debout. Ihsan, est le versant féminin de l’attelage qu’on imagine avec tendresse rouler depuis un bon bout de temps. Ils ne sortent plus beaucoup, ressassent des miettes de souvenirs, se chamaillent pour des riens, conjuguent au passé. Un – doux et tendre – « au théâtre ce soir », sis au cœur du vieux Caire.

Ishan vient à mourir. Portes et fenêtres s’ouvrent sur la rue, les anciens copains, les voisins qu’on connaissait au fond bien peu… Le temps continue sa course au rythme de la pendule des « vieux » chers à Brel…

Mauvaises passes, Mohamed Al-Azab

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Seuil

Mauvaises passes (Wuqûf mutakarrir), traduit de l’arabe égyptien par Emmanuel Varlet, Seuil, format kindle février 2013, 176 pages . Ecrivain(s): Mohamed Al-Azab Edition: Seuil

 

Nous est familier, dans le roman, l’usage de la troisième personne, qui instaure, entre le personnage « IL » et le narrateur, la distance maximale.

Nous sommes habitués, également, à l’emploi du JE, qui abolit cette distance pour donner l’illusion que le narrateur et le héros sont une seule et même personne.

Mohamed Al-Azab, pour ce roman court et dense, a fait le choix d’une autre perspective, beaucoup moins courante : le narrateur s’adresse au personnage principal en utilisant le TU.

Certes nous connaissons des exemples de romans à la deuxième personne (La Modification, de Michel Butor, ou Un homme qui dort, de George Pérec, pour ne citer que ceux-là). Dans ces exemples, le narrateur s’adresse au lecteur, et l’institue, de gré et de force, héros du récit.

D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Verticales, Moyen Orient

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Pocket

Ce que le jour doit à la nuit, 2009, 441 p. 7,60 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Pocket

 

Qu’est-ce qui détermine la vie d’un homme ? Sa condition sociale, ses origines, ses antécédents culturels, son enfance ? Sans céder jamais à un schématisme facile, Yasmina Khadra nous invite dans ce roman à une double traversée : celle du destin de Younes Mahieddine, jeune algérien vivant dans un village, misérable, nommé Jenane Jato, dans les années trente, et celui de son pays : l’Algérie.

Ce personnage, dont la maison familiale a brûlé, et dont le père s’éloigne de sa famille pour des raisons tant matérielles que morales, est confié à son oncle, un musulman éclairé, progressiste vivant avec une européenne, Germaine, gérante d’une pharmacie à Rio Salado, dans les environs d’Oran. Après avoir découvert la misère dans son village d’origine, l’analphabétisme, la discrimination sociale, toujours présente en filigrane dans le roman, il se frotte au milieu des colons européens ; y découvre l’amitié de certains personnages, André, Fabrice, Jean-Christophe, tous épris du désir de vivre follement leur jeunesse et de profiter de la vie, malgré les nuages qui s’amoncellent sur l’Algérie coloniale.

Le royaume de cette terre, Hoda Barakat

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Pays arabes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Actes Sud, La rentrée littéraire

Le royaume de cette terre, trad. arabe (Liban) par Antoine Jockey, septembre 2012, 343 p. 22,52 € . Ecrivain(s): Hoda Barakat Edition: Actes Sud

Les enfants esseulés du Liban

Le roman se déroule dans la très haute montagne libanaise, au nord du pays dans un village maronite totalement coupé du monde. Le père, un descendant du clan des Mouzawaq, a été surpris par une tempête alors que ce n’était pas encore la saison où la nature déploie sa colère. Il meurt seul sans que sa prière soit exaucée : « (…) le corps pris par le gel, il a trépassé sur la route de Dahr al-Jurd, avant d’être dévoré par les loups et les hyènes. Mon père dont le cercueil est resté vide sauf d’un évangile déposé à la place de sa dépouille ». Ainsi, la tragédie entre-t-elle avec fracas dans l’histoire non seulement de cette famille mais aussi du peuple maronite et par extension du peuple arabe comme le précisera l’auteur elle-même sur les ondes de France Culture tout récemment.

En effet, après la description de cet épisode qui ouvre le roman, Hoda Barakat décide de confier le récit aux enfants du défunt. D’abord à Salma, l’aînée qui est considérée ici comme la gardienne de la cohésion de la famille et de ses traditions. Il y a aussi Tannous. Il joue le rôle de conteur. C’est le frère aimé de Salma marqué par la fragilité et la culpabilité d’avoir laissé son père seul face à la mort. Sa vie durant suivra un itinéraire en zigzag. Errant et sans attache, il ne possède que sa magnifique voix héritée de son père et de ses ancêtres avant lui. Il est dit que sa voix est douce « comme celle de son père et de tous les hommes du clan Mouzawaq ».