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Sindbad, Actes Sud

A Pierre Bernard et aux éditions Sindbad, qu’il a fondées en 1972, revient d’abord le grand mérite d’avoir lancé en France le mouvement de traduction de la littérature arabe contemporaine et d’avoir offert au grand public quelques chefs-d’oeuvre représentatifs de l’immense patrimoine arabe, mais également persan. Car il fallait, déjà, combattre les idées reçues sur l’islam en montrant, textes à l’appui, la grandeur et l’extrême diversité de la civilisation qu’il a engendrée.

Depuis 1995, les éditions Actes Sud se sont employées à prolonger le travail de Pierre Bernard, non seulement en enrichissant les collections qu’il avait lui-même conçues et développées, mais aussi en en créant de nouvelles qui couvrent d’autres aires culturelles de l’islam, s’intéressent à des domaines encore peu fréquentés ou abordent les mêmes questions fondamentales sous un angle original.

Un dernier verre de thé et autres nouvelles, Mohammed El-Bisatie

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Sindbad, Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays arabes, Nouvelles

Un dernier verre de thé et autres nouvelles, octobre 2014, traduit de l’arabe (Egypte) par Edwige Lambert, 240 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Mohammed El-Bisatie Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Un clair-obscur, comme des âmes oubliées à la fatalité…

Un dernier verre de thé et autres nouvelles est une anthologie, composée de 27 nouvelles, qui retrace l’itinéraire de son auteur pendant une quarantaine d’années au regard de ce qui précède et annonce l’histoire égyptienne dans ses mutations et ses révolutions.

« Le professeur ouvre les yeux. Il voit le barbu secouer la poussière de sa gallabeya, puis s’avancer lourdement et rester sur le seuil de la bâtisse. Ses yeux sont fixés sur son dos large. Les branches de l’arbre sont immobiles. Les lèvres du professeur se mettent à trembler. Il les serre. Il se tait ».

« Je l’ai vue de mes propres yeux ! », mais que peut-on voir quand la nuit éclaire de son ombre la vie simple des sans vies, une terre d’extrême pauvreté, un pays de laissés-pour-compte, des marginaux à la dignité intacte, dans une Égypte intemporelle, sèche, comme la terre qui est sensée la nourrir, quand l’eau du canal qui ne charrie plus la vie pour des récoltes abondantes, mais, des cadavres, des immondices au milieu de l’écume et des herbes ?

La Cigogne, Akram Musallam

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 09 Mars 2015. , dans Sindbad, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Moyen Orient

La Cigogne, janvier 2015, traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols, 125 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Akram Musallam Edition: Sindbad, Actes Sud

 

« Il mourut sans lui révéler le secret des cailloux ! » lit-on en phrase liminaire du récit. L’homme qui se cache derrière le pronom, comme le secret de sa vie, ne sont révélés que très progressivement, entraînant le lecteur dans une quête de sens qui correspond à la tentative du personnage éponyme de comprendre le pays où il vit, et qui est tout entier tissé d’absurdités et de limites infranchissables.

C’est en effet sur un secret que s’ouvre ce mélancolique récit, et sur la tentative de « notre ami » la Cigogne pour percer celui des cailloux dans la jarre du grand-père, et de toute l’histoire de l’aïeul, qui se poursuit dans le roman. Le mystère qu’un enfant tente de percer en observant les gestes de son grand-père est nimbé d’une ingénuité dont ne se dépare pas vraiment la Cigogne devenu un homme mûr, et ce double regard de l’enfant et de l’homme fait participer du charme de ce petit roman teinté d’une ironie douce-amère.

Les gardiens de l’air, Rosa Yassin Hassan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans Sindbad, Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes

Les gardiens de l’air, traduit de l’arabe (Syrie) par Emmanuel Varlet, avril 2014, 249 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rosa Yassin Hassan Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Le combat des femmes syriennes

Anat Ismaïl est interprète à l’ambassade du Canada à Damas. Enceinte de trois mois au début du roman, elle passe ses journées à entendre les demandeurs d’asile évoquer la terrible histoire de leur vie. Ils ont tous été arrêtés et torturés dans d’abominables souffrances aux heures les plus sombres de la Syrie. Certains gardent encore les traces du traumatisme, comme Salva Quajee qui tente de survivre, submergé par la terreur.

Le lecteur devine alors le stress de la jeune femme qui essaie jour après jour de mener à bien son travail tout en mettant à distance ces récits de vie qui l’écorchent en profondeur. Mais à cette réalité d’un pays au bord du précipice se superpose une autre : l’histoire d’Anat elle-même et celle de ses amies, Mayyasa et Dola, la sœur de cette dernière. Ces femmes ont vu leur compagnon jeté en prison lors des répressions sanglantes orchestrées par Hafez-el-Assad pour affermir son pouvoir. Elles ont souffert de cette absence et tentent de trouver dans des amours sans lendemain des échappatoires à leur solitude.

Zuhayra, Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, Abû Kabîr Al-Hudhalî

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 07 Mars 2014. , dans Sindbad, Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Pays arabes

Zuhayra, Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, édition bilingue arabe et française, traduction, présentation et annotations Pierre Larcher, janvier 2014, 76 pages, 15 € . Ecrivain(s): Abû Kabîr al-Hudhali Edition: Sindbad, Actes Sud

 

 

Ce court dîwân est composé, comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage, de quatre poèmes, de longueur variable, comprise entre 15 à 48 vers, tous centrés sur le thème de la vieillesse et de la mort.

Le poète arabe, sentant sa fin prochaine, adresse à sa fille chérie, Zuhayra, une longue complainte en laquelle il regrette ce qui a été et qui ne sera plus, ce qu’il a vécu et ne revivra pas, l’homme qu’il a été et qu’il ne peut plus être.

Dans la trame de cette nostalgique évocation se dessine le tableau de la vie des Bédouins d’avant l’Islam, et apparaissent des éléments essentiels de leur culture, de leurs mœurs, de leurs valeurs :

Sinalcol, Le miroir brisé, Elias Khoury

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 28 Novembre 2013. , dans Sindbad, Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Moyen Orient

Sinalcol, Le miroir brisé (Sînâlkûl), traduit de l’arabe libanais par Rania Samara, septembre 2013, 480 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Elias Khoury Edition: Sindbad, Actes Sud

 

L’histoire du Liban et de la mosaïque inextricable de communautés religieuses et de factions politiques, qui coexistent sur son petit territoire pris en tenaille entre Israël et la Syrie, est, pour le non-Libanais, une espèce de kaléidoscope tournant à grande vitesse en tous sens.

Ce roman bondissant d’Elias Khoury en est une puissante illustration.

Le récit commence par sa fin, au moment où le docteur Karim Chammas, le personnage central, qui vient d’avoir quarante ans, se prépare à quitter Beyrouth où il est revenu pour construire un hôpital à la demande de son frère Nassim, juste après la mort, dans des circonstances suspectes, de leur père.

Insomniaque, solitaire, dans la ville natale qu’une coupure de courant a plongée dans une obscurité zébrée par les éclairs des tirs d’une guerre civile qui vient de reprendre, en des fragments narratifs discontinus, faits d’excursions vagabondes dans l’espace et d’incursions désynchronisées dans le passé, Karim revit à la fois son retour à Beyrouth, sa vie antérieure en un pays déchiré, son départ, sa fuite, pour la France, son intégration et son mariage « là-bas » avec une Française.