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Editions du Toucan

Le Moine de Képhas, Angelo Boschetti, Stepano Brasi

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 09 Janvier 2016. , dans Editions du Toucan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie

Le Moine de Képhas, traduit de l’italien par Olivero Garlasseri 283 pages . Ecrivain(s): Angelo Boschetti, Stepano Brasi Edition: Editions du Toucan

 

Loin de Michel Houellebecq, Le moine de Képhas nous plonge dans une fiction vs prémonitoire. Assassinat d’un imam de la mosquée de Villeurbanne, rebellions musclées dans les banlieues, chars antiémeutes, arrestations, comparutions immédiates, explosions, attentats, victimes innombrables, gouvernement ahuri et débordé, président mutique au charisme mou, couvre-feu, plan Vigipirate écarlate. L’état de guerre est déclaré. Les politiques et hauts fonctionnaires de l’Etat – vieille école de l’ombre « le seul endroit où l’on peut encore penser avant d’agir contre la génération Sciences-Po, ENA, où l’on forme depuis quatre décennies des bans entiers de squales débridés, sans maître, sans foi, sans loi, qui iront diriger le pays comme on gère une banque, sous les feux de la rampe ; pas de réflexion, juste de l’instinct – pensent fissa et en coulisses d’abord à leur carrière qui file en quenouille, la menace terroriste créant l’opportunisme de leur montée ou de leur rétrocession en grade, avec pertes et profits de leurs passe-droits matériels et sexuels. Les décisions politiques se prennent en fonction de la courbe des sondages. L’équipe gouvernementale fictionnelle en caricature d’autres, récentes ou actuelles.

Le Déclin, David Engels

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Editions du Toucan, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

Le Déclin, La crise de l’union européenne et la chute de la République romaine, Analogies historiques, 380 p. 20 € . Ecrivain(s): David Engels Edition: Editions du Toucan

Imaginez un guerrier en pleine bataille ; son bouclier est lézardé de fissures et il en est dès lors affaibli. Ces lézardes, qui peuvent lui être fatales, sont des crises économiques, sociales ou politiques.

Mais il y a pire qu’un bouclier sur le point de céder : le guerrier n’a plus de visage et ne sait pas quel est son camp. Cette identité, perdue ou reniée, est au cœur des propos de David Engels.

L’historien dresse un parallèle captivant dans une époque où nous ne cessons de croire en d’inédites situations, et où chaque génération s’imagine saisie d’une mission particulière car elle se sait unique ; chaque génération attend son tour, porte sur elle le poids du monde et cherche à en trouver toutes les solutions et à en éprouver tous les défis.

L’ambition de l’historien est ici de nous mettre en face de notre histoire commune, nous, citoyens de l’Europe. Et l’histoire est un prétexte, en réalité, car lumière est faite sur de nombreux domaines – baisse de la natalité, montée de l’individualisme, déficit démocratique, mondialisation, technocratie, d’autres encore – et l’analogie peut être considérée comme encyclopédique. David Engels tire à boulets blancs sur tout et sur tout le monde. Il abat des cloisons et dessine un ensemble de mécanismes communs entre la chute de la République romaine et l’état actuel de la construction européenne.

Les voix du crépuscule, Lisa Unger

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 05 Juin 2012. , dans Editions du Toucan, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Les Voix du crépuscule, mars 2012, 496 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lisa Unger Edition: Editions du Toucan

 

Dans l’esprit de Willow, jeune adolescente, « les Hollows étaient un désert aussi bien social que culturel, peuplé de gens mesquins à l’esprit étroit et sans imagination ». Comment Bethany, sa mère, a-t-elle pu décemment venir s’établir, de New York, dans un bled aussi pourri ? Willow s’ennuie à mourir et mène la vie impossible à sa mère-écrivain, qu tente en vain de terminer l’écriture de son nouveau livre.

Michael Holt, quant à lui, vient de perdre son père et son obsession est de retrouver une trace de sa mère, Marla, qui les a quittés prématurément. Et pourtant. Elle disait : « Je t’aime plus que toutes les étoiles au firmament et tous les poissons dans l’océan et toutes les petites fleurs dans les champs ». Lui, répondait : « Je t’aime plus que toutes les coccinelles et les libellules et les papillons ». Elle rétorquait enfin, « je t’aime plus que toutes ces choses, dix fois plus. Je t’aime plus que tout ».

Dans les Hollows, tout le monde se connaît mais chacun détient sa vérité. On s’observe et on ne dit rien. On n’en pense pas moins. Dans les Hollows, le silence s’accroît tel un cancer car « les années avaient tissé trop de liens et d’histoires entre les familles ». Mais dans les Hollows, il y avait bien trop de coïncidences selon Jones Cooper, le seul flic retraité du coin, en pleine psychothérapie.

Le premier appelé, Christian Ego

, le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans Editions du Toucan, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres

Le premier appelé, Editions du Toucan (coll. Toucan Noir), novembre 2011, 505 p., 22 € . Ecrivain(s): Christian Ego Edition: Editions du Toucan

 

Un thriller qu’on aurait aimé apprécier, qui aurait pu réussir. Tant la matière, l’ouverture, en étaient propices, voire fécondes. Le Front de l’Est, l’infini des plaines ukrainiennes, d’énigmatiques reliques orthodoxes convoyées par l’Armée Rouge, et qu’interceptent des légionnaires de la LVF… jusqu’à nos jours, soixante ans après, jusqu’au dénouement qui ressemble, c’est à déplorer, à un long éventement.

D’abord les personnages, qui ne sont pas assez typés (leur nature d’agent du GRU, de flics, de descendants de légionnaires se prêtait pourtant à une juste éthopée, à d’intéressants portraits), qui en quelque sorte semblent ne pas croire à leur propre rôle, et se perdent parfois en digressions, en dialogues dont l’humour est souvent parasite. Puis les reliques, qui s’avèrent finalement assez décevantes, dont le mystère n’en impose en tout cas pas. Et l’intrigue, quand jouerait-elle avec efficacité d’analepses et prolepses, quand serait-elle étayée par le travail documentaire, qui n’est pas assez tenue, plus précisément tendue, qui parfois fait relâche et aurait sans doute supporté d’être écourtée.

Le premier appelé est plus appréciable dans son intention que dans sa réalisation. Car, une fois encore, tout est là. Mal exploité cependant, ou mal ajusté, ou mal cadré – comme s’il y avait eu quelque part un problème de focale.