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Pierre Guillaume de Roux éditeur

Les éditions Pierre-Guillaume de Roux, nées en juillet 2010, sont le fruit d’affinités profondes et d’amitiés de longue date.

Tout d’abord avec les auteurs qu’il s’agit d’accompagner à travers le temps. Une conduite à laquelle je suis moi-même resté fidèle depuis ma première direction littéraire. Je songe ainsi à Boris Pahor, l’auteur slovène aujourd’hui nobélisable de Pèlerin parmi les ombres, figure emblématique de la littérature des camps que je publiai à la fin des années 80 à la Table ronde, à Linda Lè que je découvris à ses débuts, ou à Robert de Goulaine que Julien Gracq m’avait personnellement recommandé pour son premier livre Le dernier Ange.

C’est à la faveur de rencontres renouvelées que se bâtit un catalogue promis à durer. Donner aux lecteurs le temps de faire connaissance avec les auteurs, voilà l’urgence du moment. Tant il est vrai que la surproduction de livres est devenue leur cimetière. D’où la nécessité de prendre des risques - celui d’un premier roman, d’un roman méconnu ou oublié. Afin de les révéler pleinement.

Editer est une affaire de transmission à travers le temps et les générations. Un sacerdoce qui emprunte bien des chemins : du simple bouche à oreille à l’écho des médias en passant par Internet. Mais qui cultivera encore et toujours la joie du partage avec les premiers partenaires des lecteurs : nos fidèles libraires.

Pierre-Guillaume de Roux

Trois Légendes, Richard Millet

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Lundi, 03 Mars 2014. , dans Pierre Guillaume de Roux éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes

Trois légendes, octobre 2013, 96 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

 

Un séducteur, cordonnier de son état, musicien par vocation, charme les loups en jouant du violon, avant de disparaître. Deux frères, partis à la guerre de 40, reviennent dans la ferme familiale à cheval, l’un vivant et l’autre décédé, cadavre décomposé attaché à sa selle, comme dans la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable. Aidé par une enseignante esseulée, un bûcheron isolé décide de partir en fumée en haut d’une cabane perchée sur un arbre, au milieu des bois, drakkar échoué de quelque océan oublié.

Saturnienne, nocturne, chaque légende célèbre, à sa manière, les hautes terres d’enfance. Monts granitiques, forêt plus profonde que le cœur humain (p.28). Villages lointains : le plateau de Siom semble effectivement être le principal, sinon l’unique, personnage, de ce mince recueil, sombre et lumineux. Éloges du pays perdu limousin cher à Jourde (1), ces trois histoires évoquent, pour une part, la manière qu’a Pierre Michon de décrire de minces existences, de pittoresques inconnus, en de longues phrases classiques, amples et hugoliennes, à travers les Vies minuscules (2) ou Le Roi du bois (3). Écrit dans une langue superbe, poétique, l’ouvrage procède lui aussi d’une sorte de mythologie secrète, nervalienne, et non d’un quelconque régionalisme corrézien, plat et niais :

Le livre des sources, Gérard Pfister

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 22 Novembre 2013. , dans Pierre Guillaume de Roux éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Le livre des sources, 2013, 432 pages, 24,90 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

« Après tant de siècles, échauffez mon esprit de vos rayons immortels : c’en est fait, je suis exaucé ; l’étincelle a jailli, je me sens embrasé : commençons ». Charles de Fieux de Mouhy

 

Strasbourg, de 1365 à 1993

Le roman de Gérard Pfister s’ouvre sur une dissertation sur la guerre, ou plus exactement sur des pans de l’Histoire, celle des sacrifices des hommes et de l’injustice à leur égard, dont certains conflits oubliés de l’époque médiévale jusqu’aux massacres de masse des deux grandes guerres mondiales. L’exergue des anarchistes « la liberté ou la mort » – cité par l’auteur lui-même – augure très vite de cette quête mi sociologique, mi initiatique, qui commence par une enquête. Une forme stylistique en spirale, « une narration à plusieurs instances » comme dirait Gérard Genette, produit à la fois « le léger décalage temporel du récit d’événements (…) et la simultanéité absolue dans l’exposé des pensées et des sentiments (…) le direct et le différé (…) le quasi-monologue intérieur et le rapport après-coup » (in Figures III). Nous pourrions peut-être parler de spirale narrative, avec l’irruption de l’auteur, qui nous entraîne d’un récit à un autre, par fragments.

Mémoires d'un snobé, Marin de Viry

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Pierre Guillaume de Roux éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Mémoires d’un snobé, janvier 2012, 208 p. 18 € . Ecrivain(s): Marin de Viry Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

« Je voudrais que vous compreniez les souffrances d’un chroniqueur littéraire mondain de culture chrétienne. Ma vie est un oxymore moral. D’un côté, j’aime les gens. De l’autre, mon existence est marquée au fer du snobisme. C’est surtout ce volet que j’aimerais développer dans le récit, car le snobisme, ce n’est rien. Mais ce rien est tellement séduisant qu’il nous donne envie que tout soit rien. Chez les gens cohérents et vraiment malades, la suite est logique : pour que tout devienne rien, il faut tout détruire » (page 17).

Voilà le drame de Marius de Vizy, chroniqueur mondain à la Revue des Deux Mondes : il se sent snobé. Il le prouve en plusieurs temps qui sont autant d’épisodes récurrents de sa trépidante existence : soirée littéraire, dîner d’écrivains, déjeuner de délibérations, remise de prix, etc. Le tout, bien entendu, situé dans un Saint-Germain-des-Prés incontournable.

« Le duel snob dure un millième de seconde. Pendant ce millième de seconde, deux êtres se regardent. Le premier des deux qui arrive à signifier à l’autre qu’il n’en a rien à cirer a gagné » (page 36).

« Un vieux fond d’analyse marxiste, une dose de paranoïa et une bonne éducation sont mes boussoles dans la vie germanopratine » (page 96).

Mémoires d'un snobé, Marin de Viry

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 08 Mai 2012. , dans Pierre Guillaume de Roux éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Mémoires d’un snobé, Editions Pierre-Guillaume de Roux, janvier 2012, 208 p. 18 € . Ecrivain(s): Marin de Viry Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

Mémoires d’un Snob dérangé

 

Marin de Viry, cet érudit aux talents multiples, critique littéraire à la Revue des Deux Mondes, à Marianne, et au Cercle littéraire, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, est l’auteur de plusieurs essais et de quatre romans dont le dernier Mémoires d’un snobé. C’est un texte véritablement drôle et nihiliste, « branchouille » et décalé, impertinent et bavard, avec des accélérations de ton assez prodigieuses. On s’esclaffe pas mal, on rit même franchement beaucoup. Dans Mémoires d’un snobé, ce sont les moyens stylistiques par lesquels notre auteur suggère le désespoir, sous l’apparence d’un récit où on aime lister et égrener, – (a), b), c), note 1, note 2, note 3, etc –, qui agrémentent une réalité plus sombre que le burlesque d’apparence notoire, d’entrée de jeu indiquée par la scène de l’enterrement d’un ami du narrateur, Jérôme, puis plus ou moins discrètement rappelée par toute une série de signes dont l’origine est à puiser dans les ressorts de l’éducation catholique, perfusée ou ponctionnée ici et là comme autant de minuscules piqûres de rappel qui permettent de comprendre que Marius de Vizy (le protagoniste) ne parvient jamais à dépasser sa sacro-sainte éducation, qui appuie précisément où ça fait mal, parce qu’en effet, « toute cette grandeur possible » écrit-il « est écrasante ».

Dans un autre temps, Philippe Caubet

Ecrit par Christine Bini , le Mardi, 25 Octobre 2011. , dans Pierre Guillaume de Roux éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Dans un autre temps, roman, éditions Pierre Guillaume de Roux, septembre 2011, 272 p., 18,50 € . Ecrivain(s): Philippe Caubet Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

Un homme trouve un agenda sous la table d’une pâtisserie-salon de thé où « une serveuse aux paupières molles et au pas de phoque » lui sert de minuscules gâteaux aux noms surprenants : « consolation-d’hiver et « falbalas-délice ». Ces gâteaux, le narrateur les juge « vétustes », « de couleur morte ». Cet agenda, le narrateur va le conserver, décidant de se rendre aux rendez-vous qui y sont consignés. Dehors, il neige. Dans un autre temps, le roman de Philippe Caubet, nous entraîne dans un parcours lent, au long des rues désertes d’une ville qui a connu des jours meilleurs, où les jardins sont clos, les musées vides. Ce périple, commencé sous la neige de février, s’achève en mars, au printemps. La neige laisse place à la pluie, puis les branches des arbres se couvrent de fleurs.

La ville du roman n’a pas de nom, on y trouve une « gare des départs » et une « gare des arrivées », les journaux locaux sont Impressions du soir ou Nouvelles de ce matin, on peut y manger dans les restaurants « Morsures » ou « La Lune rouge », jouer aux cartes dans un cabaret à l’enseigne du « Gant de boxe ». Le narrateur, poussé vers la périphérie à cause des rendez-vous notés dans l’agenda, découvre des quartiers et des rues qu’il ne connaissait pas, le quartier des Infirmes ou celui des Oiseaux, l’allée des Ronces, le boulevard Occidental ou celui des Infantes.