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Langue portugaise

Charbon animal, Ana Paula Maia

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Lundi, 13 Octobre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Charbon animal, Éditions Anacaona, traduit du portugais (Brésil) par Paula Anacaona, octobre 2013, 137 p. 15 € . Ecrivain(s): Ana Paula Maia

 

Du rouge du feu au noir du charbon, le roman d’Ana Paula Maia nous entraîne dans le quotidien de deux frères qui vivent dans une petite ville minière du Brésil. Loin de la jungle urbaine, thème de prédilection de ses contemporains, l’auteure décrit le chaos existentiel que l’on retrouve partout et les drames humains qui jalonnent alors la vie. Ernesto Wesley, pompier par nature et par vocation, affronte les flammes et vient en aide aux blessés ; tandis que Ronavron Wesley, crémateur par dépit, brûle les morts et broie les restes. Ainsi, tous deux, à leur manière, tentent de contrôler cet élément qui ravage tout sur son passage et devient en quelque sorte le rival de l’homme.

« Le feu se multiplie toujours en feu. L’oxygène le maintient vivant – comme l’homme. Sans oxygène, le feu s’éteint, comme l’homme. Le feu a besoin de s’alimenter pour rester en vie – comme l’homme. L’homme meurt par manque d’air. La flamme aussi ».

La comparaison s’établit donc entre ces deux adversaires, qui peuvent difficilement coexister ni même se passer réellement l’un de l’autre, et sont au final si similaires par leur côté destructeur et quasi incontrôlable.

Menus souvenirs, José Saramago

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 16 Septembre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Seuil, La rentrée littéraire

Menus souvenirs, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, septembre 2014, 176 pages, 18 € . Ecrivain(s): José Saramago Edition: Seuil

 

« Le monde de chacun dépend des yeux que l’on a reçus en partage », in. Le Dieu manchot, 1982

 

José Saramago est né en 1922 à Azinhaga, au Portugal. Ecrivain majeur, il demeure l’un des meilleurs représentants, aux côtés d’António Lobo Antunes ou Fernando Pessoa, de la littérature et de la pensée lusitanienne à travers le monde. Son œuvre, qui comprend des romans, des essais, de la poésie, du théâtre, est traduite dans plus de 25 pays. Lauréat du prix Camðens en 1995 (la plus haute distinction des lettres portugaises), et du prestigieux Nobel de littérature en 1998, il décède à Lanzarote en 2010. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’œuvre romanesque de l’écrivain est disponible en français aux éditions du Seuil.

Dans une écriture simple, poétique et autobiographique, José Saramago nous dévoile donc ses Menus souvenirs : « Le livre des tentations, titre incertain ? « Oui, les menus souvenirs du temps où j’étais petit, tout simplement ». Il s’agit pour l’auteur de revenir sur son enfance, le paysage de ses racines pauvres, mais qui, comme un peintre, lui a procuré les couleurs de son écriture, la toile de ses récritures :

Depuis que la samba est samba, Paulo Lins

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Asphalte éditions

Depuis que la samba est samba, Trad. du portugais (Brésil) par Paula Sainot, septembre 2014, 287 pages, 22 € . Ecrivain(s): Paulo Lins Edition: Asphalte éditions

 

 

Le roman de Paulo lins se déroule dans le Rio des années 20, et plus précisément dans le quartier de l’Estácio, où se croisent des malfrats, des proxénètes, des prostituées, des homosexuels, des immigrés. On y trouve également des artistes, des musiciens susceptibles d’incarner la bohème locale. Ismael Silva est compositeur, il aspire à changer la musique, à l’adapter à la culture de tous les Brésiliens, autrement dit, d’incorporer dans la musique les traditions issues des origines indienne et africaine du Brésil. Son ami, Brancura, ambitionne d’écrire des sambas ; il apparaît très vite beaucoup plus doué pour le proxénétisme, qu’il développe dans son quartier, en proie aux bagarres dans les bars, au trafic de drogue, aux descentes fréquentes de la police. Brancura a un rival, Sodré, fils d’immigrés portugais ayant passablement bien réussi. Ils aiment la même femme, Valdirène, l’une des plus belles filles de l’Estácio, prostituée de son état. Sodré est blanc, Brancura est noir, descendant d’esclaves.

Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?, António Lobo Antunes

Ecrit par Frédéric Aribit , le Samedi, 06 Septembre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?, traduit du portugais par Dominique Nédellec, avril 2014, 428 p. 23 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Christian Bourgois

Descendons dans la rue. Marchons sur Stockholm. Munissons-nous d’œufs, de tomates, de tous les projectiles qu’on voudra. Faisons signer des pétitions. Organisons des sit-in en scandant son nom. Bloquons la circulation pour lire d’une traite ses œuvres complètes à voix haute. Montrons nos seins devant l’ambassade de Suède. António Lobo Antunes mérite au moins le Nobel.

On a connu des manifs pour moins que ça. Le Ricard à 2 euros, la prolongation de la période de pêche du brochet maillé, la confrérie du Malabar fermier aux bons colorants d’autrefois, les fêtes d’Uhart-Cize en rouge et blanc… António Lobo Antunes mérite au moins le Nobel.

Il en fera ce qu’il voudra. Distribuera l’argent à ses anciens patients au service psychiatrique de l’hôpital Miguel Bombarda de Lisbonne, aux traumatisés de la guerre d’Angola où il a servi en tant que médecin. Le refusera au besoin, comme Pasternak qui craignait en 1958 les foudres des autorités soviétiques, comme Sartre en 1964, qui le trouvait trop bourgeois, trop occidental, trop institutionnel, avant d’en réclamer dit-on le montant onze ans plus tard.

Le bonheur est facile, Edney Silvestre

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 20 Mai 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Le bonheur est facile, traduit du portugais (Brésilien) par Hubert Tézenas, mai 2014, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Edney Silvestre Edition: Belfond

Peu d’ouvrages poussent aussi loin le suspense avec talent. Et ses lecteurs risquent fort d’être suspendus, tendus jusqu’à la fin, dénouement qui est posé dès les premières lignes : quel destin pour cette enfant sourde et muette, kidnappée à la place d’une autre par d’anciens agents de Pinochet dont les âmes se sont noyées depuis longtemps ?

A l’orée de la démocratie brésilienne du début des années 90, un riche publicitaire (Olavo) aux pratiques mafieuses est rançonné : il doit verser 2 millions de Dollars pour récupérer cette enfant qui n’est pas la sienne. Il connaît du monde, de tous les côtés du monde, dans nombre de mondes possibles. Stratège sans pitié, il laissera croire que l’enfant est bien sienne pour piéger les ravisseurs – du coup leurrés, ces abrutis. Sourd aux requêtes de sa femme, parviendra-t-il à ses fins ?

Cette femme, Mara, qui est-elle pour subir de tels traitements de la part de ce macho abject et tout-puissant ? Née dans la misère, elle a grandi dans les favelas, a survécu grâce au métier d’escort-girl, pour vivre aujourd’hui dans la prison dorée d’Olavo. Elle a tout accepté de lui, son mépris, sa lubricité, ses cruautés, son cynisme radical. L’overdose de l’humiliation touche le fond. Jusqu’où ?