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Langue portugaise

Berlin, Bucarest-Budapest Budapest-Bucarest, Gonçalo M. Tavares

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 22 Mai 2015. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Contre Allée

Berlin, Bucarest-Budapest Budapest-Bucarest (Berlim, Bucareste-Budapeste Budapeste-Bucareste) mars 2015, traduit du portugais par Dominique Nédellec, 96 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Gonçalo M. Tavares Edition: La Contre Allée

 

Gonçalo M. Tavares restera toujours un écrivain surprenant, à la fois exigeant envers le texte et envers ses lecteurs et toujours joueur et ironique, avec cette pointe « d’understatement » dont on pense, à tort, qu’elle est une spécialité purement britannique.

Dans cette nouvelle collection à vocation européenne, et donc voyageuse, ce nouvel opus de l’homme du « barrio » (cette série de petits livres délicieux, délicieusement graves et fantaisistes, Monsieur Valéry, Monsieur Kraus, Monsieur Swedenborg, Monsieur Calvino…) nous fait voyager, comme son titre l’affiche clairement et d’étrange façon, entre Berlin, Budapest et Bucarest.

Berlin en compagnie d’une jeune femme radicale et perdue, à la fois sans illusion et à la poursuite de ses rêves – ou de ses cauchemars, peut-être. Pourfendeuse des simulacres culturels, elle cherche dans la ville elle-même ou ce qui lui permettra de grandir sans se perdre plus qu’elle ne l’est au fil de ce bref road movie urbain.

Corps étranger, Adriana Lunardi

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Joelle Losfeld

Corps étranger, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, traduction révisée par Briec Philippon, 272 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Adriana Lunardi Edition: Joelle Losfeld

 

Le corps étranger c’est, pour chacun des personnages du roman, ce composé chimique à quoi se réduisent ses sensations, ses absences à être, à la vie, son détournement, sa maladie ou son addiction. Aucun d’entre eux n’est bien dans sa peau, chacun développe des terminaisons nerveuses ou des projections, qui lui reviennent en boomerang, ou des greffons qui prennent plus ou moins bien. Chaque concentré de personnage semble agir comme un électron libre dont la seule finalité est de se décharger dans la rencontre, à l’instar de ces plantes : Cela faisait déjà un moment que certaines espèces de fleurs natives souffraient de véritables reconfigurations (…) N’expérimente-t-elle pas elle-même la disparition furtive et sans protestations des références qui lui ont enseigné à être qui elle est ? Des livres qui furent de véritables bibles pour sa génération et que personne aujourd’hui ne connaît ? (p.16-17).

Mariana, peintre de renom d’un certain âge a relégué sa vie, troqué la vie mondaine et l’abstraction contre une vie de solitude en montagne, à la recherche de la représentation d’une espèce rare de plante, qui ne fleurit qu’une fois. Ce choix (?) de vie est intervenu après la mort accidentelle de son frère, José, bien des années auparavant.

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, João Paulo Cuenca

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Editions Cambourakis

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, janvier 2014, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, 141 pages, 18 € . Ecrivain(s): João Paulo Cuenca Edition: Editions Cambourakis

Roman brésilien à la japonaise ou roman brésilien à la japonaise, La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est tout bonnement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Et, c’est plutôt sa provenance qui semble douteuse. La littérature et la culture nippones ont influencé bien des auteurs – notamment au pays de la samba, du fait même de la forte communauté japonaise qui y vit depuis le début du XXe siècle. L’auteur, Bernardo Carvalho, évoquait il y a peu le lien qui existe entre le Brésil et le pays du Soleil-Levant dans son roman Le soleil se couche à São Paulo (2008) – où Tōkyō nous était grandement décrite à travers les yeux d’un gaijin (étranger en japonais) ou plutôt d’un nisei, terme qui désigne un émigré japonais de deuxième génération.

Là où João Paulo Cuenca fait fort, c’est qu’il nous décrit l’univers tokyoïte à travers les yeux d’un natif mais surtout à la manière d’un natif. Le Tōkyō secret dans lequel évolue Shunsuke – le personnage principal – n’est pas sans rappeler le Londres de 1984 puisqu’à l’aide d’un gigantesque système d’espionnage notre héros vit sous l’observation constante des agents de son père, M. Okuda qui satisfait ainsi ses pulsions malsaines et perverses voire sadiques envers « [s]on petit fugu débile ».

Laissez parler les pierres, David Machado

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 16 Décembre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Laissez parler les pierres (Deixem falar as pedras, 2011), Ed. de l’Aube, août 2014, traduit du portugais par Vincent Gorce, 320 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): David Machado

 

Valdemar écrit. Il écrit les souvenirs de son grand-père. Valdemar est un adolescent qui supporte mal le lycée et qui est plein de désir envers sa seule amie, Alice, une jeune fille anorexique qui le trouve si cool. Entre un père vaguement présent, plus soucieux d’histoire et de sa collection de pièces, et une mère journaliste dont la carrière justifie bien des absences, l’adolescent va être pris par les souvenirs terribles que son grand-père lui livre entre deux « tele-novelas ».

Aujourd’hui, le grand-père, Nicolau Manuel, se sent bien peu chez lui, occupant le bureau de son fils, ne pouvant plus se déplacer sans fauteuil et devenu sourd il y a des années. Jadis, Nicolau était le chasseur le plus réputé de son village, promis à un mariage avec la délicieuse Graça… mais aux sombres années de la dictature son destin a basculé, accusé de complots, de crimes, d’agitation politique, il va connaître des années durant l’emprisonnement, la torture et l’arbitraire le plus absurde… c’est en tout cas ce qu’il raconte, ce que Valdemar écrit page après page.

Les hommes n’appartiennent pas au ciel, Nuno Camarneiro

Ecrit par AK Afferez , le Jeudi, 27 Novembre 2014. , dans Langue portugaise, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Les hommes n’appartiennent pas au ciel, octobre 2014, traduction (Portugal) de Brigitte Jensen, 253 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Nuno Camarneiro Edition: Jean-Claude Lattès

 

Premier roman d’un jeune écrivain portugais, Les hommes n’appartiennent pas au ciel est un début littéraire qui ne manque pas d’intriguer.

Déjà, la prémisse de l’entreprise romanesque, telle qu’elle est dressée par la quatrième de couverture, est ambitieuse : réunir, autour du passage de deux comètes en 1910 qui plongent le monde dans l’effroi et la folie, trois figures fantasmées de trois écrivains qui ont marqué notre siècle – Kafka, Pessoa et Borges. Mais voilà le premier point d’achoppement : Camarneiro prend bien soin de brouiller les pistes et de ne jamais identifier les protagonistes. Si les prénoms de (Jorge) Borges et (Fernando) Pessoa, ainsi que les lieux qui leur sont associés (respectivement, Buenos Aires et Lisbonne), correspondent bien à ce qui est dit des personnages, il n’en est pas de même pour Kafka : son prétendu « double » dans le roman est un immigré européen prénommé Karl qui nettoie les vitres des gratte-ciels de New York. Rien à voir avec l’écrivain.