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Langue portugaise

Le centaure dans le jardin, Moacyr Scliar

Ecrit par Etienne Orsini , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans Langue portugaise, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, La rentrée littéraire

Le centaure dans le jardin, trad. portugais (Brésil) Philippe Poncet, Editions Folies d’encre, septembre 2011, 346 p. 17 € . Ecrivain(s): Moacyr Scliar

 

Le centaure dans le jardin ? Kesako ? De la mythologie au ras des pâquerettes ? On aurait cent fois tort de le penser. Cet animal-là, sous la plume de Moacyr Scliar, exécute avec brio un numéro littéraire de premier ordre.

Il se prénomme Guédali et naît en 1935 au Brésil, dans la fazenda de colons juifs émigrés de Russie. « De la tête jusqu’à la ceinture, l’enfant est normal. De la ceinture jusqu’aux pieds, je suis cheval ». Brinquebalant entre drôlerie et fantastique, la créature nous entraîne dans une cavalcade rocambolesque jusqu’au milieu des années 70.

Caché d’abord par ses parents, Guédali va malgré tout avoir à se frotter au monde. La première fois, ce sera à l’occasion de sa circoncision – pas une mince affaire pour le « mohel », le religieux chargé de l’opération ! Viendra ensuite l’adolescence et son lot de désirs inextinguibles… Bientôt, les regards concupiscents dans la propriété de la belle voisine n’y suffisent plus. Le centaure s’enfuit du cocon familial, se retrouve dans un cirque, s’éprend de la dompteuse, doit s’enfuir à nouveau, et – ô surprise ! – tombe dans sa cavale sur une jolie centaurette, fort à son goût.

La nébuleuse de l'insomnie, Antonio Lobo Antunes

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Langue portugaise, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

La nébuleuse de l’insomnie, trad. portugais par Dominique Nédellec, mai 2012, 347 p. 20 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Christian Bourgois

 

Tout entier dans son titre, cet Antonio Lobo Antunes là : la nébuleuse, son côté diffus, contours imprécis, ailleurs, dans un autre univers ; l’insomnie, puisque personne ne saurait survivre longtemps dans le carrousel des décalages nuit/jour, l’ordonnancement du temps cul par dessus tête. Plus d’hier, de demain ; plus de frontière vivants-morts : « par moments, je me demande si nous ne sommes pas tous morts ». Mélanges infinis immobiles ; machine infernale lancée à toute allure : on est bien dans le monde dichotomique de Lobo Antunes ; lui qui disait que le roman se devait d’être « un délire contrôlé », s’y connaissant un peu, en ancien psychiatre entré en littérature.

Tout entier aussi dans la couverture choisie par Bourgois : maison chaulée d’Obidos ; chaleur pesante et silencieuse ; midi, probablement ; silhouette un peu lointaine d’un homme en noir, vu de dos.

Grande propriété campagnarde, entre montagnes et Tage « avec ses vapeurs, ses grenouilles… Lisbonne à l’autre extrémité du fleuve ».

Barroco tropical, José Eduardo Agualusa

Ecrit par Pierre Barbier , le Mardi, 27 Septembre 2011. , dans Langue portugaise, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Métailié, La rentrée littéraire

Barroco tropical, traduit du portugais (Angola) par Geneviève Leibrich, 276 pages, 19 € . Ecrivain(s): José Eduardo Agualusa Edition: Métailié


Du baroque, Agualusa semble retenir au moins le « maniérisme », c’est à dire l’usage exacerbé d’artifices. Barroco tropical est un vrai feu d’artifices. On ne sait plus où donner de la tête et des yeux tant la désorientation (organisée) fait littéralement imploser le lecteur.

Serait-ce une des singularités des Tropiques ? L’auteur nous la fait partager en tout cas. Et ce Tropique, baroque, n’est pas triste.

Imaginez, une femme tombe du ciel (ça n’arrive pas tous les jours), votre maitresse vous quitte (ça arrive plus souvent, surtout quand il s’agit d’une maitresse), et, du coup (tropisme du pli et du dépli ?) le narrateur décide (ou ne décide pas, c’est sans doute un destin) de chercher, quêter, enquêter…

Dès lors les phénomènes deviennent phénoménaux – sans blague.

Et les personnages, bien campés et concrets, défilent et déferlent dans des tableaux d’une exposition littéralement explosive.

Le Destin du touriste, Rui Zink

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 27 Mars 2011. , dans Langue portugaise, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Métailié

Le destin du touriste, traduit du portugais par Daniel Matias Métailié, 2011, 190p, 18 € . Ecrivain(s): Rui Zink Edition: Métailié

La liberté grandit-elle à s’immerger dans l’insécurité ? Greg prend son destin en main. Finies les grandes découvertes, finis les missionnaires, finis les ethnologues. Fini le voyage. Fini le paysage. Fini le touriste. L’heure est au passage de l’autre côté du miroir. L’instant est venu de plonger dans la zone. Jusqu’à la ceinture.
Tenter d’identifier la zone : gageure. Ce conte dépasse l’utopie et l’atopie même. C’est une plongée topique. Le lieu est la zone. La zone est le lieu. Ici et maintenant. Nous y sommes. Nous venons de passer du soi-disant réel au monde virtuel, notre réalité, pas seulement la réalité de Greg.
On nous avait pourtant prévenus. Mais on se rassurait : c’est de la science-fiction. Erewhon, 1984, Mondwest, Race with the Devil et mille autres produits de l’imagination. La science-fiction nous a rattrapés. Mais pas comme les esthètes intellos le pensaient. Monsieur MarketMondial a grossi, grossi, grossi. Et de régime pas question : Monsieur MaarketMondial est le Régime Général de l’Assurance de toutes vies.
Conte actuel. Que va-t-il se passer ici et maintenant ?