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Berlin, Bucarest-Budapest Budapest-Bucarest, Gonçalo M. Tavares

Ecrit par Marc Ossorguine 22.05.15 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Langue portugaise, Roman, La Contre Allée

Berlin, Bucarest-Budapest Budapest-Bucarest (Berlim, Bucareste-Budapeste Budapeste-Bucareste) mars 2015, traduit du portugais par Dominique Nédellec, 96 pages, 8,50 €

Ecrivain(s): Gonçalo M. Tavares Edition: La Contre Allée

Berlin, Bucarest-Budapest Budapest-Bucarest, Gonçalo M. Tavares

 

Gonçalo M. Tavares restera toujours un écrivain surprenant, à la fois exigeant envers le texte et envers ses lecteurs et toujours joueur et ironique, avec cette pointe « d’understatement » dont on pense, à tort, qu’elle est une spécialité purement britannique.

Dans cette nouvelle collection à vocation européenne, et donc voyageuse, ce nouvel opus de l’homme du « barrio » (cette série de petits livres délicieux, délicieusement graves et fantaisistes, Monsieur Valéry, Monsieur Kraus, Monsieur Swedenborg, Monsieur Calvino…) nous fait voyager, comme son titre l’affiche clairement et d’étrange façon, entre Berlin, Budapest et Bucarest.

Berlin en compagnie d’une jeune femme radicale et perdue, à la fois sans illusion et à la poursuite de ses rêves – ou de ses cauchemars, peut-être. Pourfendeuse des simulacres culturels, elle cherche dans la ville elle-même ou ce qui lui permettra de grandir sans se perdre plus qu’elle ne l’est au fil de ce bref road movie urbain.

Entre Bucarest et Budapest, il y a d’étranges trafics de souvenir et de mémoire, en pierre ou en chair, plutôt mort que vif. On découvre que « là-bas » (qui n’est tout de même pas si loin, bien au contraire), les plus grands peuvent perdre la tête, qu’il suffit d’un peu de persévérance et d’un peu de chance pour retrouver le passé mais aussi que les anonymes s’en sortent toujours moins bien que les autres, et pas seulement de leur vivant.

Que l’on vienne d’Allemagne, de Hongrie ou de Roumanie, on ne sait plus trop que faire du passé, s’il faut s’en débarrasser, le rêver ou en chercher les traces dans un monde dont le sens semble échapper. Au bord du dérisoire, de l’absurde ou du grotesque, des gens que l’on dit « ordinaires » essayent de remettre un peu d’ordre dans tout cela, juste assez pour pouvoir aller un peu plus loin, toujours un peu plus loin.

L’écriture, tendue et précise, joue avec une manie bien contemporaine de classification et de numérotation dont on se demande, dans la première partie surtout, ce qu’elle peut bien signifier. Peut-être rien. Peut-être pur jeu pour dérouter le lecteur ou l’arrêter, le suspendre un instant dans sa lecture ou… on ne sait trop ! Il y a dans cette écriture une part de jeu qui fait glisser le récit le plus réaliste dans une narration et un climat insensiblement décalés, sur le fil de l’absurde et de son théâtre (plus du côté de Beckett que de Ionesco, me semble-t-il). Cela se joue à guichet fermé sur la scène de la page et du livre, pour le plaisir et le bonheur des lecteurs aventureux et curieux. Des vrais lecteurs en somme.

Une nouvelle réussite de la Contre Allée avec le tir groupé de cette nouvelle collection (avec le grec Christos Chryssopoulos et le français Arno Bertina) !

 

Marc Ossorguine

 


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A propos de l'écrivain

Gonçalo M. Tavares

 

Gonçalo M. Tavares, né dans le Portugal africain en 1970, a publié sa première œuvre en 2001. Depuis, son œuvre prolifique a montré le talent d’un écrivain exigeant et atypique dont la production échappe aux classements et se joue des genres classiques et reconnus de la littérature. Deux grands cycles jalonnent son œuvre : Le royaume dont deux opus, Jérusalem et Apprendre à prier à l’ère de la technique ont été primés au Portugal, au Brésil et en France ; Le quartier, un projet qui compte à ce jour une dizaine de titres, tous homonymes de personnages célèbres, souvent littéraires (Brecht, Valéry, Calvino…) et qui peuvent dérouter le lecteur par leur ironie, leur écriture très elliptique, l’irruption de dessins qui sont partie intégrante du texte (et non illustration ou contrepoint). Une œuvre des plus surprenantes, témoignant d’une réelle exigence artistique et s’inscrivant dans un projet qui ne cesse de se déployer de surprise en surprise.

 

A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr