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Les Chroniques

Pourquoi Onfray est-il inéluctablement fasciste ?, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Septembre 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté Philo

 

 

Revenir sur Onfray peut ressembler ici à une forme d’acharnement. Cependant, sa médiatisation outrancière, son évolution visible depuis quelques années et accélérée ces derniers mois, sa position d’imposture quand il prétend à la philosophie me semblent des raisons suffisantes pour souligner l’ornière conceptuelle dans laquelle ce bateleur des idées simples se meut.

Onfray est inéluctablement fasciste.

 

1) En raison d’une lecture de Nietzsche très mal digérée.

L’angoisse du mouton d’Ibrahim, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

La mort d’un ami vous transforme en flaques neurasthéniques pendant des jours et des semaines. Tu sais, c’est presque pareil à chaque fois que je perds quelqu’un : je n’arrive pas à pardonner la mort à la mort. A côté de la vie, elle a cet air d’une honteuse insulte. Une petite traîtrise de marche manquante sur l’escalier de l’ascension. Elle n’a rien de la clôture d’un destin et tout d’un acte de pickpocket sournois. Ce que je déteste d’abord dans la mort, c’est qu’elle laisse cette chose derrière elle pour nous insulter tous : le cadavre. Qui n’est ni le corps de celui qu’on a perdu, ni la vie, ni la preuve de son trépas, ni son meilleur souvenir, ni la preuve de sa finitude. Tout juste un pourrissement. Et là, à chaque fois, je me dis que c’est vraiment une insulte : il n’y a rien de commun entre le feu instable et superbement inexplicable de la conscience de chacun et ce tas mou du cadavre, occasion des processions inutiles. Je me dis qu’il y a arnaque et que les hommes sont chacun si miraculeux qu’ils ne doivent pas mourir comme ça, en vrac, mollement, dans l’immobilité et la décomposition des liquides en débandade. Je me dis aussi que la mort devrait être plus noble dans son esthétique, qu’elle doit choisir ses poisons et ses épilogues. Un homme doit s’effacer comme une scène, s’éparpiller comme un livre, se voir offrir un escalier vers le ciel qu’il ira grimper avec des gestes d’au revoir, ou s’éteindre en s’évaporant comme une eau propre, mais pas s’affaler comme ça, pourrir, s’affaisser et finir en tas.

A propos de "Le livre, la table, la lampe" de Claude Ber

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 23 Septembre 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

Le livre, la table, la lampe, Claude Ber, Éditions le Grand incendie, Coll. Les Petites anthracites, 2010 (réédition in "il y a des choses que non", Editions Bruno Doucey, 2017)

 

Le livre, la table, la lampe est dédié – notamment, comme nous le verrons – à René Char. Jean Starobinski constate avec justesse : « Il n’est aucun poème, aucune ligne de René Char qui ne nous donne le sentiment de l’ouverture. Un espace accru apparaît devant nous, s’illumine en nous. Cet espace s’offre à nos yeux ouverts. Il n’a pas les facilités du songe : c’est le volume foisonnant et rude de notre séjour terrestre, c’est l’instant de notre souffle présent, révélés dans leur étendue plénière. Quelque chose d’immense, d’intense, s’annonce impérieusement. […] La parole poétique s’environne d’un en deçà et d’un au-delà qui ne sont pas atteints et nommés, mais que l’énergie du poème ne cesse de désigner. Le sentiment d’ouverture, plus encore qu’il ne résulte de l’étendue offerte à la domination de notre regard, tient à la façon dont René Char, en donnant au présent et à la présence tout leur éclat, sauvegarde l’intégrité du lointain et de l’absence. La grande alchimie du poème consiste à impliquer dans le présent du langage, dans le mouvement actuel de la parole, une relation vigilante avec ce qui ne se laisse ni posséder ni nommer, avec ce qui s’annonce et se dérobe dans l’intervalle absolu ».

A propos de "Le Mythe de la passante" de Claude Leroy, par Pierre Perrin

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 22 Septembre 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Le Mythe de la passante, Claude Leroy, Presses Universitaires de France, 1999, 280 pages, 73 €

 

Si l’amour de la rencontre favorise la rencontre de l’amour, « les coups de foudre engendrent les muses » ; un professeur peut accoucher d’une fée, un essai susciter un mythe. Quand même un doute subsisterait au cœur d’un misanthrope, la lecture de ces deux cent soixante pages regorge de bonheurs. Parmi les meilleurs, une archéologie du palimpseste de la Passante conduit le lecteur du sonnet de Baudelaire au Pérou de Braudeau (paru en 1998). C’est l’occasion de revisiter, avec un toucher neuf, particulièrement Les Diaboliques de Barbey, le Breton de Nadja et de L’Amour fou, Mandiargues. C’est sacrer des contemporains, dont Dominique Noguez en son Amour noir. Plus de trente œuvres s’avèrent ainsi secrètement se répondre. La plume taille au vif le sujet. Les aperçus fusent en bouquet qui composent un paysage critique souvent luxuriant. Le Dictionnaire des mythes littéraires, que Pierre Brunel a fait paraître aux éditions du Rocher en 1988, s’enrichira peut-être bientôt de cet apport. Le cas est exceptionnel : un sonnet engendre un mythe, dans le Paris amoureux.

L’homme noir dans l’imaginaire musulman, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 20 Septembre 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Dans l’imaginaire musulman, le Noir est équivalent à l’esclave.

Les musulmans, à travers leur Histoire, étaient et ils le sont toujours, proie à la culture ségrégationniste et chauvine envers les Noirs ! Ce sentiment d’esclavagisme trouve ses racines chez les califes, les fkihs, les poètes et les petites gens… Cette culture est toujours vivante, transmise de génération en génération. Les chroniqueurs et les historiens musulmans, toutes sensibilités politiques ou religieuses confondues, ont rapporté des faits de califes et rois musulmans marqués par une conduite honteuse envers leurs sujets noirs africains. Cette gent humaine se vendait et s’achetait comme du bétail partout dans la terre d’islam (je n’évoque pas ici l’Histoire occidentale ou chrétienne, c’est une autre histoire envers la traite noire).

Dans la langue arabe, on trouve un riche lexique qui désigne les différentes catégories d’esclaves noirs : abd, mamlouk, khadim, ama, jariya, raqiq, ghoulam, zinj… Cette culture trouve sa place dans l’imaginaire populaire comme dans les réflexions d’élites musulmanes.