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Les Chroniques

Curieux comportement des critiques français et européens en général à l’égard de nos livres *, par Mohammed Dib

, le Vendredi, 20 Octobre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

« Curieux comportement des critiques français et européens en général à l’égard de nos livres. Ils ne jugent jamais en toute innocence l’œuvre d’un homme qui écrit, mais d’un Maghrébin, lequel doit justifier à chaque ligne sa condition maghrébine, condition à laquelle on le ramène sans cesse, par tous les détours du raisonnement, et par tous les moyens et dans laquelle on l’enferme à la fin aussi sûrement et définitivement que possible. L’écrivain maghrébin à leurs yeux est d’abord et spécifiquement maghrébin, puis ensuite, et accessoirement en quelque sorte, en tout cas très peu spécifiquement, écrivain.

Contre toute apparence, ces critiques posent sur l’écrivain maghrébin un regard qui éloigne, qui sépare, qui verrouille, et condamne à la spécificité sans recours, sans issue. Ce genre de comportement ne vous rappelle-t-il rien ? Si cela vous rappelle quelque chose, il faudrait dire à leur décharge que, pris en tant qu’individu, ils semblent certainement innocents pour la plupart, c’est leur pensée qui n’est pas innocente. Je ne parle pas de ceux qui ne possèdent qu’une grossière culture, estimant qu’elle leur suffit largement tant qu’il s’agit de parler d’auteurs maghrébins et qu’ils peuvent y aller sans crainte.

Réflexions autour de Quand sort la recluse, le dernier Vargas, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 19 Octobre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Quand sort la Recluse, le dernier opus de Fred Vargas… Un livre sans surprise, au pitch réitératif. Et comme cela m’a consternée plutôt que fichu les boules, en voici une réflexion décalée.

Quand Michèl(e) sort dans la rue ou qu’elle voit à la télé un truc qui la met en colère ou qu’elle vit quelque chose qui ne lui plaît pas et qu’elle se tait, elle se sent mal. Très mal. Ce qui se passe dans son boulot avec ses collègues n’échappe pas à cette prise de conscience. Son travail n’est pas facile, elle a surmonté plusieurs crises, elle a fait grève, elle était de toutes les manifestations. Il y a eu des changements structurels et des licenciements de personnel, elle a entassé des pneus devant l’entreprise, ils les ont brûlés pour protester. Michèle leur a apporté du café bien chaud et a mangé des merguez avec eux dans le froid, tandis qu’ils empêchaient les camions d’entrer. Ensemble, ils ont résisté aux forces de l’ordre. Bref, ils ont fait tout ce qui leur semblait possible pour sauver leur entreprise. Ils sont une famille. Vingt-cinq ans dans la même boîte à fabriquer la énième pièce d’une Citroën ou d’une Peugeot. Ce qu’elle en retient ? Ses amitiés, la convivialité, l’entraide et la solidarité.

Philosophie du vendredi sans fin, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 18 Octobre 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Tous les Arabes sont avalés par une seule baleine gigantesque, à leur naissance, un par un, les mains derrière le dos, le prénom entre les dents. Une baleine géante qui se promène dans l’Océan de l’existence actuelle et où ils tournent en boucle, marchant les uns sur les autres, en collant parfois l’oreille à la paroi stomacale, pour les meilleurs de leurs astronautes, ou en expliquant le monde à partir d’un gargouillis de cétacé, pour les plus idiots.

Et dans ce ventre tragique, il est obligatoire pour chacun de revivre l’aventure étrange de Younès, le prophète sorti vivant du ventre de son propre monstre intime, et connaître le même sort de l’homme assis, nu, sous un arbre étranger, tremblant de fragilité, levant les yeux pour une fois non pas sur l’obscurité de l’estomac animal, mais vers la vraie voûte étoilée. S’interrogeant rarement de façon correcte sur le mystère de la vie dans lequel nous n’avons encore envoyé ni cosmonaute ni satellite de communication. Seulement des prières et des comités pour surveiller le croissant des lunes les veilles du ramadan.

Un homme debout - à propos de Ainsi parlait H. D. Thoreau, Henry David Thoreau, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 17 Octobre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Ainsi parlait H. D. Thoreau, Henry David Thoreau, Arfuyen, septembre 2017, trad. Thierry Gillybœuf, 184 pages, 14 €

 

Aborder la pensée de H. D. Thoreau grâce à ce livre des éditions Arfuyen, lequel brosse à grands traits l’œuvre du philosophe et écrivain américain, est une vraie source de ravissement intellectuel, surtout pour moi qui suis adepte de longues marches – en ville comme en forêt. On y trouve avec clarté une pensée orientée vers le bien, la vérité, la nature et le cœur de l’homme considéré dans sa plus noble valeur, la sagesse. Cet homme est celui des valeurs faibles, de celles qui échappent à la puissance des grandes institutions idéologiques, et commerciales de l’époque – mais qui aujourd’hui encore sont considérées comme des valeurs hautes bien que contraires d’évidence aux lois de la justice, à l’équilibre des fonctions de la nature ou astreintes au pouvoir des grands commerces.

A propos de "(1) Poésie et Chanson, stop aux a priori ! 100 pages pour remettre les pendules à l’heure", Matthias Vincenot (1ère partie), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 16 Octobre 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

(1) Poésie et Chanson, stop aux a priori ! 100 pages pour remettre les pendules à l’heure, Matthias Vincenot, Éd. Fortuna, mai 2017, 104 pages, 12 €

 

Fruit d’un travail colossal (de collecte d’archives mais aussi de brainstorming pour l’intense vécu), ce livre à lire avec un grand et réel plaisir que nous offre ici Matthias Vincenot – poète, Docteur ès lettres, Chevalier des Arts et Lettres et professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne – nous touche au cœur de ce qui émeut, avec clarté, justesse dans les propos et intelligence.

La clarté de la thèse (la possible conciliation, vivante et incarnée dans les mots, de la Poésie et de la Chanson) fut à l’occasion éclairée par des lectures à haute voix de poètes et l’interprétation d’auteurs-compositeurs à La Galerie de l’Entrepôt le 13 juin 2017 lors d’une soirée de présentation du livre.

Léo Ferré, parlant de ce compagnonnage de la Poésie et de la Chanson, filait la métaphore de l’arc et de la lyre, la poésie maintenant le cap lyrique de l’action via l’arc de la chanson :