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Les Chroniques

La mère Michel a lu (10) - Le dernier Contingent, Alain-Julien Rudefoucauld

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le dernier contingent, Alain Julien Rudefoucauld, Éditions Tristram, 2012, roman, 501 pp., 24 €

www.Tristram.fr/ Tristram – BP 90110 – 32002 AUCH Cedex

 

DES MONDES SE REGARDENT, S’ÉLOIGNENT ET SOMBRENT

C’est entendu, le roman a fait parler de lui, et en bien. Le contraire eût été étonnant. Il a aussi obtenu un prix littéraire de renom, celui de France-Culture/Télérama. Voilà qui ne desservira pas son auteur, ni son éditeur, du moins La Mère Michel le leur souhaite bien haut.

 

Commençons par le volet aléas et désagréments. J’ai lu que plus de cinquante éditeurs avaient refusé le livre. Félicitons-les, ils ne se sont pas déjugés : pareils à eux-mêmes ils ont témoigné de la magnifique constance de leur pusillanimité et, comme souvent à travers leur regard commercial, leur myopie, leur goût du calibrage routinier, ont sous-estimé les capacités du lectorat et préjugé de ses réactions.

La lectrice à l'oeuvre (7) - Anaïs ou les gravières, Lionel-Edouard Martin

Ecrit par Christine Bini , le Jeudi, 10 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Une jeune fille est assassinée dans un bourg de province. Un journaliste mène l’enquête. Ce pourrait être un roman policier. Ça l’est sans doute, mais l’enquête, et la quête, sont autres. Dans Anaïs ou les Gravières, Lionel-Edouard Martin utilise le motif du polar pour tisser un texte d’écriture. Disons-le ainsi pour l’instant.

La France profonde – le Poitou. Les chantiers et les grues, les engins, le paysage semi-urbain qui change, et là-dedans, là-dessus, là-dessous, des ouvriers et des patrons, une femme de ménage, un légionnaire, des lycéennes. Et l’enquêteur, correspondant local d’un journal, lourd de deuil.

 

La jeune fille avait une mère. Une mère célibataire, séduite toute jeune par un bel ouvrier aux muscles durs, au cœur tendre. Il jouait de l’harmonica. Anaïs a grandi avec sa mère. Le père, le beau Mao, n’a pas vraiment déserté. Il n’était simplement pas fait pour la vie de couple. Tout se passait bien, au fond. Jusqu’à ce qu’Anaïs se fasse trucider. Voilà pour l’intrigue. L’assassin, on le découvrira, sans doute. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, comme dans toute enquête digne de ce nom, est dans la quête. Le narrateur, ce journaliste en deuil, comble le vide. Par des mots.

Peut-on ne pas aimer Céline ?

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 08 Mai 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La chose est des plus étranges. A force de se poser l’éternelle question du statut, voire de la légitimité – comment peut-on ? - de Louis-Ferdinand Céline dans le paysage littéraire (et autre) français, on a fini par rendre Céline obligatoirement aimable, génial, « incontournable » comme on dit chez les cuistres. Ce qui est aussi déplorable, au fond, que de le figer en « écrivain maudit ».

On peut oser sans problème ne pas aimer Proust, Gide, voire l’intouchable Camus. Personne ne vous conteste ce droit. Vous pouvez même les détester, il s’agit de goûts littéraires. Mais Céline, on ne peut pas. On ne peut plus. A la déclaration simple : « je n’aime pas Céline » est systématiquement accolée une suite tacite mais Ô combien assourdissante, « parce qu’il est antisémite ». Je n’aime pas Céline parce-qu’il-est-antisémite : c’est ce qu’on appelle en linguistique (Antoine Culioli) un « énoncé indissociable ». Avec Roland Barthes on parlerait d’holophrase. La première proposition (pourtant principale) « je n’aime pas Céline », comme elle est a priori considérée par votre interlocuteur comme subordonnée à la seconde (même non dite) « parce qu’il est antisémite », en devient du coup impossible. « Je n’aime pas Céline » est impossible (à dire, à écrire, à penser) puisque c’est une phrase tronquée, la seule phrase possible étant « je n’aime pas Céline parce qu’il est antisémite ».

Chronique du sel et du soufre (mai 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Lundi, 07 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

GILLES LA ROCHELLE DANS LA PLÉIADE !

 

Je ne sais trop où se trouvent, ici et maintenant, les fantômes de Louis Aragon et de Pierre Drieu La Rochelle, même s’ils se rencontrent, ces derniers temps, dans l’invisible éternité quand toutes les idéologies partisanes s’évanouissent… J’ai idée que Drieu, le fasciste, rejoignant son vieux camarade communiste Aragon, dans les hautes sphères de la  prestigieuse collection La Pléiade, chez Gallimard (1), doit éclater de rire dans un arrachement formidable et absurde !

En effet, un volume « Romans, Récits Nouvelles » de Drieu La Rochelle, outre une introduction superbe et exhaustive, contient une chronologie, des notes, et surtout État civil, La Valise vide, Blèche, Adieu à Gonzague, Le Feu Follet, La comédie de Charleroi, Rêveuse bourgeoisie, Gilles, Mémoire de Dirk Raspe, Récit secret. Ce choix pertinent rend à Drieu son nouveau charme pour un nouveau siècle. J’ai relu avec émerveillement et plaisir Blèche, Le Feu Follet, La comédie de Charleroi et surtout l’inoubliable Gilles, un chef-d’œuvre, modèle du genre, que toute une génération va pouvoir désormais découvrir, celle qui n’a pas connu Vichy. Pas davantage Hitler.

Souffles - La poésie et la pomme de terre !

Ecrit par Amin Zaoui , le Samedi, 05 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

La poésie est faite pour faire rêver les lecteurs et les auditeurs. Le peuple qui ne rêve pas est un “amas” d’individus (ghachi), remorqué dans un wagon d’un train égaré et retardataire. Dont la destination est indéterminée. Inconnue. La pomme de terre (Lbatata), elle aussi, est faite pour faire rêver les Algériens. Le peuple qui ne cultive pas sa pomme de terre est un “peuple” sans pomme de terre ! C’est-à-dire sans rêve ! Cela dit, la pomme de terre et la poésie appartiennent génétiquement et génialement à la même famille, c’est-à-dire celle de l’art. Celui qui fait rêver debout ! Et le rêve est une forme de résistance ! Et le peuple qui rêve est un peuple en bonne santé ! Entre les Français et les Belges il y a eu toute une guerre intellectuellement féroce, et ça continue toujours, sur l’origine de celui qui fut le premier créateur des “frites”. Un Belge ou un Français ? Et les frites ne sont que de la pomme de terre ovale découpée en forme d’allumettes trempées dans de l’huile de tournesol ou d'arachide, bouillante ! Donc les frites, selon le dictionnaire français agréé par l’Académie française ou par l’Académie belge francophone, ne sont qu’une dérivée, parmi d’autres, de la pomme de terre. Plutôt une métamorphose !