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Les Chroniques

A propos de "Œuvres complètes, Louis-René des Forêts", par Marc Michiels

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 08 Février 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

Œuvres complètes, Louis-René des Forêts, Gallimard coll. Quarto, 186 ill., juin 2015, présentation Dominique Rabaté, 1344 pages, 28 €

 

« Penser la vérité est un premier pas vers son énonciation, le plus difficile à franchir, du moins en apparence, car comment la circonscrire par des mots sans lui porter atteinte ?… Ainsi qu’il en va d’un cahier de brouillon plein de ratures et d’ajouts »

Louis-René des Forêts, in. Ostinato fragments posthumes, 2002

 

Écrivain rare, Louis-René des Forêts a su mettre en scène sous l’œil acéré de sa conscience, une imagination dramatique, une extraordinaire variété de formes d’écriture, une poésie narrative, versifiée, une autobiographie intérieure et fragmentaire. Signe d’un essaim expérimental formel, qui n’avait que pour ultime floraison, la création d’un écrin unique, pour le repos silencieux de son âme meurtrie par le deuil.

Les rimes de la confiance et de la violence (Lecture de Don Quichotte de la Manche de Cervantès en La Pléiade) - 4

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 06 Février 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Où Don Quichotte entend imposer justice et clémence et où il se fait rosser pour sa maladresse et son insolence…

Il y a dans le doux délire de Don Quichotte une violence potentielle assez radicale. Les exigences qu’il pose à ceux qu’il rencontre, de faire le bien, d’être juste, de louer celle qu’il estime louable, quelque chose qui relève à la fois du dérisoire mais aussi d’une certaine forme d’exaltation qui finit par ressembler à du fanatisme. Sinon à du fanatisme, du moins à une certaine intolérance. Les effets en sont limités par l’excès de confiance qu’il peut avoir en lui-même, en sa capacité à impressionner l’autre comme à l’excès de confiance qu’il peut avoir en la parole de l’autre.

Le jeune homme qu’il a voulu défendre contre son maître en fera les frais et verra tomber sur lui une violence redoublée une fois le chevalier parti. Quant à la compagnie à laquelle il entend faire chanter les louanges de sa belle, malgré les arguties et la lance, rien n’y fera… D’une maladresse de son cheval, voilà l’homme à terre qui, tel Grégoire Samsa métamorphosé en cloporte, est incapable de se relever, trop encombré par ce qui faisait sa puissance, cette armure dérisoire qui le cloue au sol. Il n’en faut pas plus pour en faire une victime que l’on battra à lui en rompre les os. Volonté de grandeur et de justice n’ont déclenché que violence et brutalité… dont le chevalier peut être la première victime. Dure leçon !

Alain Suied ou La Pensée poétique

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 05 Février 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

à propos de Alain Suied, L’attention à l’Autre, sous la direction de M. Finck, P. Maillard et P. Werly, éd. Presses Universitaires de Strasbourg, 2015, 15 €

 

Connaître un poète, c’est bien sûr lire ses livres, mais c’est aussi apprécier l’homme, sa biographie et l’articulation de sa pensée. Et c’est à cette dernière tâche que nous convie ce livre publié par les Presses Universitaires de Strasbourg, qui est le résultat du colloque organisé à Strasbourg en février 2013, autour du poète défunt, Alain Suied. Pour moi, aujourd’hui, il s’agit d’ajouter à cet ouvrage ma parole de lecteur de poésie, d’écriture contemporaine, mais non pas d’un point de vue scientifique, car l’ouvrage le fait très bien, mais avec ma sensibilité personnelle sur ces pages savantes autour de l’œuvre de ce poète, qui fut historiquement publié par les éditions Arfuyen, maison que j’ai beaucoup à cœur.

A propos de "Le vent du Nord" de Tarjei Vesaas

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 04 Février 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le vent du Nord, Tarjei Vesaas, La Table Ronde coll. La petite vermillon, janvier 2015 (1), trad. norvégien Marthe Metzger, avant-propos Jean-René Van Der Plaetsen, 270 pages, 441 pages, 8,70 €

Le Sens ?

« Je suis homme : je dure peu

et la nuit est énorme ».

Octavio Paz, Arbre au-dedans

On perd élan et patience à méditer ce fait que les Français, lecteurs comme éditeurs, marquent si peu d’intérêt pour la nouvelle (2). Ils préfèrent le roman, c’est leur droit. Mais ils ne savent pas ce qu’ils manquent à être à ce point incurieux de l’acéré, du cruel ou du joyeusement sublime de ce genre bref et sans réplique. Pour moi, j’ai lâché la rampe au milieu des années 90. Il y eut des cocktails, des réunions, des colloques, de discrets symposiums de nouvellistes offusqués… Furent échangés arguments tranchants, avis pertinents, objurgations, plaintes, protestations (3) et jusqu’à des plaidoiries émouvantes… On évita de justesse deux suicides ! Un éditeur manqua être assassiné à coups d’aiguilles à tricoter. Mais quoi, rien n’y a fait, la nouvelle n’est toujours pas rentrée en grâce. C’est pourquoi, sans autre forme de procès, je m’arrête sur l’extraordinaire recueil du norvégien Tarjei Vesaas (1897-1970).

A propos de Histoires Extraordinaires, Edgar Allan Poe

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Mercredi, 03 Février 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

traduit par Charles Baudelaire

 

Edgar Allan Poe : Double assassinat dans la rue Morgue et les spectres du colonialisme.

« Quelle chanson chantaient les sirènes ? Quel nom Achille avait-il pris, quand il se cachait parmi les femmes ? – Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas situées au-delà de toute conjecture » (1) – par cette citation de Sir Thomas Browne commence le premier récit de la trilogie de Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. Le narrateur, l’ami de chevalier Dupin, est en même temps son scribe et son témoin. Il n’est pas omniscient, il part d’une position du naïf, s’il écrit ce qu’il ne sait pas, ou parce qu’il sait peu ou mal. Grâce à son ami Dupin, il a appris à faire la distinction entre l’ingéniosité et l’aptitude analytique. Ainsi, il constate que « l’homme ingénieux est toujours plein d’imaginative, et que l’homme vraiment imaginatif n’est jamais autre chose qu’un analyste » (2). Très vite, nous nous retrouvons dans un « obscur cabinet de lecture », dans cette chambre noire qui revient dans tous les récits, et où cette fois-ci, Dupin et son ami débattent, non sans hasard, sur la phrase d’Ovide : perdidit antiquum littera prima sonum.