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Les Chroniques

Néo-Koreish : Mohammed sera tué au nom de Mohammed

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 28 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ciel froid, boursouflé, chargé de pluies à venir. Gris comme une mauvaise humeur. Derrière la vitre, le monde, ses miniatures, ses routes, une voiture qui rampe le long de l’avant-bras de l’horizon. Les arbres sont tenaces et vieillis, leur verdure ressemble à un bagage oublié en cette saison.

Des habits d’autres temps, juchés sur les portemanteaux des branches mortes. Les oiseaux ne sont plus que des points noirs qui errent. Il n’y a presque plus de noms pour beaucoup de choses. Juste des traces, de la nudité gelée. La terre est un trait. Par-dessus le ciel, en trait ferme. Le Yi-king version météo. La création est un hexagramme géant.

La question est suspendue sur ma tête comme un lustre dans une mosquée vide : faut-il encore continuer à écrire ? La technique du petit garçon aux allumettes est peut-être une illusion quand le monde est une coupure d’électricité volontaire. Le monde va mal. Dévissé. Branlant comme une porte rouillée entre un Dieu silencieux et un homme qui prie dans la mauvaise direction. Entre deux époques.

Japonismes, Collectif sous la direction d’Olivier Gabert

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 23 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Japonismes, Collectif sous la direction d’Olivier Gabert, Flammarion, Décembre 2014, 240 pages, 55 €

« Le japonisme est en train de révolutionner l’optique des peuples occidentaux »,

Edmond et Jules de Goncourt. Journal. Mémoires de la vie littéraire, tome II (1866-1886), Paris, Robert Laffont, 1989

 

C’est au cœur de trois collections muséales françaises (le musée d’Orsay, le musée Guimet et le musée des Arts décoratifs) que l’ouvrage Japonismes et les éditions Flammarion ont puisé aux sources des différents courants d’art du Japon. Ainsi, le livre se déroule selon un fil chronologique. Non pas pour établir des classements thématiques, mais pour mettre en évidence le long continuum des expressions diverses, par des instants fragmentés, donnant une « photographie » d’ensemble de ce qu’a été l’assimilation par les différentes pratiques artistiques occidentales, pour en révéler les intentions majeures d’aspiration à la beauté, à la nouveauté, à la liberté : un éventail de tous les sens du japonisme qui se déploie sous nos yeux, comme un paravent de nos fantasmes, une soierie de nos désirs, flottant sur les corps de nos contradictions !

How not to argue against hedonism – Jonathan Sturel’s La contre-histoire de Michel Onfray (version anglaise)

Ecrit par Sjoerd van Hoorn , le Vendredi, 23 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

There may be such a thing as the tone of the right (not to be mistaken for the right tone); its characteristics are anger, indignation, a measure of sanctimoniousness. The tone of the right is a travesty of victimhood. Having found that the downtrodden of the earth made legitimate claims to rights, the right have concluded that legitimacy resides in a show of being hounded down. The primus inter pares of the indignant right is the English writer Roger Scruton, who despite having held professorships at virtually every university of any name in the Anglophone world constantly presents himself as the underdog par excellence in British academia. In France of course things are not as different as perhaps they once were. One need not mention Éric Zemmour to see that the right in France too, so to speak, likes to be the black party in a chess game – it is always the other who started it. Now one of their party, the journalist Jonathan Sturel, has written a book against a figure who likes to think of himself as just a little less controversial than Zemmour himself, namely the soi-disant hedonist Michel Onfray. Sturel requires a 240-page pamphlet to get across the relatively simple idea that Onfray is a fake radical.

À propos de l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo et du meurtre des Juifs (Daniel Sibony)

Ecrit par Daniel Sibony , le Jeudi, 22 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Au journal, ils pensaient travailler en France, sous la protection de la loi française. Erreur fatale : il y a la loi française et il y a aussi la charia, la loi islamique, qui aujourd’hui encore, dans des pays musulmans, punit de mort ceux qui se moquent de la religion, qui n’en parlent pas comme il faut, avec une dévotion sans réserve. Donc, un groupe d’islamistes qui est venu exécuter la charia sur ces journalistes qui, croyant vivre sous la loi française, ne pensaient pas transgresser en faisant des caricatures de l’islam. Ils ont fait comme si, en France, la charia et la loi française n’étaient pas rivales (et dans certains territoires – que des historiens qualifient de perdus pour la République, puisque même la police n’y va pas – il n’y a qu’une loi, la charia.) Et les juifs, dans leur boutique hyper-cachère, croyaient que la France les protégeait du djihad ; du djihad français.

Etre (Charlie) ou ne pas (l’)être ?

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 21 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Etre Charlie ou ne pas l’être. C’est la question. Elle fracture désormais Nord/sud, Algérie/France, Occident/Couchant, morts et vifs, compassion et banalisation. Topographie du cas algérien : l’être ou ne pas l’être ? C’est selon, quand on lit, écoute, voit ou discute. Etre Charlie s’appuie sur la compassion et le choc : on ne tue pas des dessinateurs au nom de Dieu ou de son Prophète. La vie est donnée par ce Dieu, elle ne peut être ôtée que par lui, selon les tablettes anciennes.

Etre Charlie c’est être avec la vie, la liberté, l’humanité et la raison. Tu dessineras, mais tu ne tueras point. On a déjà vécu cela chez nous, en nous, avec nous-mêmes. Il ne s’agit pas de Français ou d’autres mais de la vie qui n’a pas de nationalité, seulement un droit et une flamme et une couronne. Beaucoup d’Algériens l’ont vécu ainsi. Ils sont Charlie parce que Charlie est aussi la vie.

Et « je ne suis pas Charlie » ? A cause des malentendus, de la haine en soi, ou de l’aigreur ou de la colère ou du manque de conscience ou de l’abus de différences. Les deux premières raisons sont sales, on ne va pas en parler. Reste la troisième : des Algériens ont sorti par exemple des arguments légers : nous avions été seuls à l’époque de notre guerre. Faux : les journalistes du monde se sont solidarisés avec les journalistes algériens à cette époque. Il ne faut pas mentir, ni confondre Mitterrand avec les solidarités du monde.