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Les Chroniques

Polygraphie - à propos de Yann Andréa, Cet amour-là, par Yasmina Mahdi

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 28 Mai 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Yann Andréa, Cet amour-là, éd. Pauvert, mars 2016, 192 pages, 18 €

 

« L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie »

Marguerite Duras, Ecrire

Dès la première phrase, le style durassien de cette écriture polygraphique est reconnaissable par cette impossibilité de nommer, une sorte d’aplatissement de la langue et des phrases pronominales. L’histoire d’amour de Yann Andréa et de Marguerite Duras commence. Impliquée. Dans Calcutta désert ? Non. D’abord à Caen. L’alcool accompagne les premières rencontres épistolaires : les bitter Campari, la bière, le whisky, le vin, rouge, rosé, blanc… L’alcool s’immisce dans l’organisme de Yann Andréa et imbibe sa maladie d’amour. Il écrit le personnage que Marguerite Duras a composé pour lui, pour elle, qu’elle lui a choisi, comme dans un film. Avec des parcours symboliques, des noms d’emprunt.

Orphée du fleuve, Luc Vidal - 1 - Une traversée vers la possibilité du bonheur

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 26 Mai 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Orphée du fleuve, Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, 1999, 197 pages, 18 €

Chez le poète-éditeur Luc Vidal, l’histoire d’Orphée se décline au futur. Cet Orphée au bord du temps pour ses retrouvailles dans la joie de vivre, prêt toujours, hier, demain matin, d’aller « rejoindre les chiens du vent au bout des quais et à la prochaine halte, les quatre points cardinaux de la joie, (qui) brilleront dans les bras de l’amour ».

Parce que la poésie de Luc Vidal est embouchure. Le cours fluvial courant ouvrir ses bras à la mer vers l’Ile des rencontres et de l’amour. « Le temps a donné à Orphée la parole comme à la main la caresse ».

Parce que la poésie de Luc Vidal est, à l’instar du poète lui-même, dans l’espace de l’Autre, de la Rencontre, amoureuse ou amicale : « je suis comme l’espace de ta rencontre / dans ce fleuve bleu de toi le fleuve dieu des couleurs / comme une lumière levée dans tes regards (…) » (Le Fleuve et L’Ile).

« Écrire pour Luc Vidal, précise Christian Bulting dans sa Préface à l’Orphée du Fleuve intitulée « La ligne de cœur », c’est chanter la rencontre (…) Alors que tant de poètes contemplent dans le poème leur image idéalisée, lui dit l’autre, le désir de l’autre, l’amitié de l’autre ».

Une bouche à mourir, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, En Vitrine

 

« Une bouche peut-elle manger son homme ? Oui. Ça m’arrive. Ma bouche se réveille avant moi, chaque matin et c’est elle qui commence la journée et je ne fais que suivre, comme une conjugaison. Elle lit les journaux, déboulonne quelques stèles, remonte le temps jusqu’à la montre de poche de Messali, redescend vers l’après-pétrole puis s’installe au-dessus de ma tête et commence à écrire. J’essaye. J’essaye pourtant de la fermer. De la remplir. De la raisonner en lui disant que cela ne sert à rien. La langue, c’est fait pour goûter, pas pour dégoûter, mais elle ne m’entend pas. Je le lui ai dit : ne joue pas avec le reste de ma tête ! Que deviendras-tu le jour où on me coupera la langue ou qu’on me donne un gros mouton que je ne pourrais manger en entier qu’à la fin de ma vie ? De quoi vivras-tu ? De bouffer de l’air ? Et là, elle fait semblant de ne pas m’entendre et continue. Continue de parler, toute seule, comme un livre qui refuse d’avoir une dernière page. Et elle refait tout : le monde, la politique, ses hommes, le pays. Elle critique tout comme un acide piéton. S’attaque à tous et cherche, avec le bout de sa langue, ces petits êtres difformes qui nous fabriquent des levers de soleil en nous répétant que c’est cela l’indépendance.

Klee, Boris Friedewald, Ed. Citadelles & Mazenod

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 23 Mai 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Klee, Boris Friedewald, éd. Citadelles & Mazenod, mars 2016, trad. allemand Florence Rougerie, 250 ill. couleur, 304 pages, 95 €

 

Klee, Citadelles & Mazenod

Personnage majeur et protéiforme, Paul Klee est mis à l’honneur dans un beau livre paru chez l’éditeur d’art Citadelles & Mazenod. Un coup d’œil à la fois ludique et exhaustif, abondamment illustré, qui nous fait découvrir l’homme derrière l’artiste atypique. Un ouvrage indispensable sur le génie facétieux de Klee, qui fait écho à l’exposition parisienne « Paul Klee. L’ironie à l’œuvre » à voir au Centre Pompidou jusqu’au 1er août 2016.

Journal d’un peintre - à propos du livre de Bruno Mathon, Et puis, et puis encore

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 21 Mai 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Bruno Mathon, Et puis, et puis encore, éd. impeccables, février 2016, 80 pages, 18 €

 

Un objet s’est mis en mouvement dans la matière de l’oubli (…) cet objet mental, surgi d’on ne sait où…

Bruno Mathon

 

Ainsi, deux mondes se rejoignent, comme dans le miroir circulaire que Van Eyck a suspendu derrière le portrait des Arnolfini, le monde des vivants de haute stature, constructeurs de cathédrales et tailleurs d’images, le monde magique de l’infiniment petit.

Henri Focillon, Vie des formes