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Les Chroniques

Leçons sur la traduction, Franco Fortini (par Jean-Charles Vegliante)

, le Jeudi, 25 Novembre 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Leçons sur la traduction, Franco Fortini, éditions Les Belles Lettres, octobre 2021, 155 pages, 25 €

 

Il est toujours délicat, pour qui connaît une œuvre étrangère, de rendre compte le plus « objectivement » possible de sa publication nouvelle dans notre langue. Publication (et traduction) dont avant tout l’on ne peut que se réjouir. Dans le cas présent, Fortini étant l’un des intellectuels, critiques, poètes, professeurs qui ont certainement compté dans l’Italie du XXème siècle, on salue d’abord cette seconde parution d’un de ses livres en France, et l’on attend toujours la réédition annoncée de ses poèmes.

Cet ouvrage est la version française, avec une Présentation de Julien Bal, des Lezioni sulla traduzione procurées chez Quodlibet (Macerata) par Maria Vittoria Tirinato, qui signait également une ample Introduction au titre intéressant (mais non explicité) Larvatus prodeo, en 2011. L’ouvrage comportait également un court Avant-dire de l’un des meilleurs éditeurs-connaisseurs de Fortini en Italie, Luca Lenzini, également coordonnateur du Centre Fortini de Sienne. Il possédait aussi un très utile Index des noms (p.223-31), que les éditeurs français auraient été bien inspirés de conserver, et quelques documents d’Archives de reproduction plus délicate.

À la folie, Joy Sorman (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 24 Novembre 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

À la folie, Joy Sorman, Flammarion, février 2021, 288 pages, 19 €


Le titre d’abord, qu’on peut lire avec des sens différents : est-ce de la part de l’auteure un j’ai aimé à la folie mener cette enquête ? ou bien a-t-elle dédié ce livre à la folie et à tous ceux qui à divers titres ont affaire aux pathologies mentales, dans le secteur fermé d’hôpitaux psychiatriques ? Sans doute les deux, à l’issue (mais peut-on parler d’issue au retour de telles enquêtes ?) des mois passés dans deux hôpitaux-immersion d’un genre inédit, auprès des soignants, patients – tous différents – dans des lieux pour le moins à part, notamment le pavillon 4 B, et ses 12 lits et une chambre d’isolement. Il faut aussi dans le lot compter l’auteure car, même si elle se présente dans les lieux comme journaliste, ce qui diffère de bien d’autres investigations « en caméra cachée », elle revendique les postures, émotions, pensées d’un humain venu du monde dit « normal » chez « les fous ». Elle nous emporte du coup avec elle dans cette aventure à l’intérieur, nous évitant ce regard extérieur, voyeur, et vaguement protecteur, qu’on lit ou regarde tant ailleurs.

The Civil War : A Narrative, Shelby Foote (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 23 Novembre 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, USA, Histoire

 

Vol 1 : Fort Sumter to Perryville (1958)

Vol 2 : Fredericksburg to Meridian (1963)

 

La méthode Foote

Foote historien ou Foote écrivain ? Les deux sont indissociables. Mais Foote lui-même, débutant The civil War, se présente comme avant tout écrivain. Ses sources sont principalement les archives militaires – un corpus considérable de 128 volumes, la presse populaire, les archives familiales de grandes familles qu’il a pu contacter individuellement ; ainsi qu’une poignée d’ouvrages. Ce matériau est ensuite intégré au récit de Foote, désireux de ne voir aucune note ou bas de page rompre le flot.

Tombeau de Jorge Luis Borges, Daniel Kay (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 22 Novembre 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Gallimard

Tombeau de Jorge Luis Borges, Daniel Kay, Gallimard, juin 2021, 128 pages, 14 €

 

Poésie savante

Le recueil de Daniel Kay prend un risque inconscient de faire du poème une idée. Mais la poésie est poreuse parfois et laisse s’installer en elle des matières altérantes. Ici, au contraire, cette porosité reste accueillante à la culture savante, culture qui sort tout à fait des sentiers battus de la scolastique. Le poème évoque, représente, fait occurrence de fins et raffinés points d’appui, sans oublier un peu d’ironie, des propos plus légers, restant sans cesse avec ce qu’il y a de haut dans la littérature.

J’aimerais aussi dessiner cet ouvrage d’un schéma en étoile. Tout d’abord au sujet des voies prises par le poème, qui nous relient à nous-mêmes comme dans la position de l’étoile de mer du yoga. De plus, au sens strict de la composition d’un ciel, comme par exemple le ciel de la Voie Lactée. Ainsi, ce Tombeau de Daniel Kay revêt l’aspect d’une étoile supplémentaire au ciel Lacté. On y croise tant de si grandes pléiades : Saint Jérôme, La Bible, Borges, Proust, etc., que l’émerveillement se poursuit dans le livre en une sorte de porte céleste au milieu de tant d’éminences spirituelles.

Dieu veut des dieux, La vie divine, Bertrand Vergely (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 19 Novembre 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Dieu veut des dieux, La vie divine, Bertrand Vergely, éditions Mame, août 2021, 240 pages, 14,90 €

Il n’y a pas de problème de « sens de la vie » pour Bertrand Vergely, car toute vie lui semble avoir les trois « sens » requis : sa direction est de déployer ce qu’elle est ; son cours sensible est d’agir sélectivement sur l’inerte, les autres vivants et sur elle-même ; sa signification est d’obtenir de l’espace un lieu et du temps une durée propres, autonomes, depuis lesquels faire monde dans le monde. Et que la vie humaine soit une existence libre, consciente et rationnelle n’abolit en rien la présence de son sens (ni le sens de sa présence), mais simplement les complique, raffine et nuance un peu. Le non-sens, certes, guette la vie humaine car, son action sur soi s’accompagnant de représentation de soi (la pensée est en l’homme le pouvoir d’agir, surtout par parole, sur ses propres représentations, et la conscience celui de se représenter, surtout par mémoire, sa propre action ; la réflexion est la synthèse heureuse des deux, comme de pouvoir se représenter notre action même sur nos représentations), l’homme a dans sa vie de quoi enrayer, égarer ou différer son sens natif ; mais le non-sens dépend de sa sagesse, et la sagesse est son affaire. Il y a donc un problème spécifiquement humain de « sagesse de la vie », et Vergely veut contribuer à le résoudre, ici en l’arrimant à une vie divine qui doit suffire à l’homme puisqu’elle le fonde. Et c’est l’occasion pour nous d’avoir plaisamment quelques nouvelles de Dieu – qui, si elles n’ont pas à être bonnes, sont belles !