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Les Chroniques

Albert Camus d'une rive à l'autre, Collectif (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Albert Camus d'une rive à l'autre, Direction littéraire : Marie-Claude San Juan, Éditions Unicité, 2026

Publié après trois années d'élaboration, Albert Camus d'une rive à l'autre réunit vingt-deux auteurs autour d'une même interrogation : que nous dit encore Camus aujourd'hui ? Plus de soixante ans après sa disparition tragique, sa pensée continue d'éclairer une humanité traversée par les crises identitaires, les conflits de mémoire et les déchirures politiques.

Dans sa préface, Camus : le juste milieu, le milieu juste, Karim Akouche rappelle qu'il existe des êtres dont la présence survit à leur mort. Citant un proverbe de sa terre natale : « Il est des vivants qui sont morts, et des disparus qui vivent plus que jamais », il affirme que Camus appartient à cette seconde catégorie. Ses romans, son théâtre, ses chroniques et ses carnets accompagnent toujours ceux qui cherchent un chemin entre justice et liberté, fidélité à soi et ouverture aux autres.

L'originalité de cet ouvrage tient au regard porté sur Camus par des auteurs aux parcours multiples : universitaires, journalistes, poètes, romanciers ou artistes. Tous entretiennent avec lui une relation intime. Ils ne voient pas seulement le Prix Nobel universellement reconnu, mais un proche, « un grand cousin, un vieux frère », un homme partagé entre deux rives.

Jaune soleil, Éric Chevillard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 29 Juin 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Jaune soleil, Éric Chevillard, éd de Minuit, 158pp, 18€

 

Lire jaune !

D’abord dire qu’Éric Chevillard met des couleurs aux titres. Pas comme le savant Pastoureau, plutôt en poète : Oreille rouge, Ronce-Rose, ce que Chevillard voit !

Ensuite Chevillard s’amuse. D’autres titres : Mourir m’enrhume, le premier de ses livres publié comme les autres chez Minuit ou Sans l’orang-outang, La nébuleuse du crabe ou L’explosion de la tortue.

Évoquons ce bestiaire afin de montrer le spectre large du monde chevillardien. Zoologique quoique sans limite ! Rien ne le retient, peu fait frontière. Éric Chevillard nous régalissime et nous fouririssime depuis 1987. Presque quarante ans et vingt-deux éclats de rire au compteur ! Le double si l’on lit la rubrique du même auteur en fin d’ouvrage, chez, Fata-Morgana notamment.

Un frère, David Thomas (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 25 Juin 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Un frère, David Thomas, Editions de l’Olivier, 142 pp, 19€ 50

 

L’affre d’écrire l’affreux

Un frère de David Thomas n’est pas à lire comme un précis de psychopathologie, ni comme un roman de plus sur les liens fraternels, ni ni ni, c’est un livre à lire.

Le livre désespéré et désespérant pour qui voudrait (encore) sauver l’autre, le soutenir (malgré tout) à bout de bras quand il tombe, le soustraire à ses démons, à ses monstres. Cela ne se peut pas puisque l’autre est un être !

C’est un homme, un autre. C’est un frère, un être cher et nul n’y peut. Nul ne sauve, malgré l’amour, malgré le lien. Nul n’y peut.

Reste la littérature.

Reste le récit puissant d’un frère qui se tue dès le départ alors que ça ne se voit d’abord pas. Dans la puissance des adolescences, dans la force de la jeunesse, les dérèglements rimbaldiens semblent joie, maîtrise et plaisir festif quand, dans l’âge adulte, l’effondrement s’avère une chute sans fin et un fond jamais atteint. Saut dans le vide ! Dans la maladie du vide.

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (Jean-Marie Bladier), ErosOnyx éditions, collection Documents, 2023, 204 p. 15 euros

C’est un document exceptionnel qu’ont publié en 2023 les éditions ErosOnyx. Les confessions d’un garçon de dix-sept ans qui, sans raison apparente, a tué de sang-froid un autre garçon de treize ans. C’était en 1905 dans le département du Cantal, au village de Raulhac plus précisément, à une trentaine de kilomètre d’Aurillac. À l’époque l’affaire avait fait un certain bruit parce que le meurtrier était un séminariste de Saint-Flour, appelé donc à devenir prêtre, et que le meurtre par décapitation apparaissait particulièrement brutal. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle est de nouveau mentionnée dans deux ouvrages généraux sur les grandes affaires criminelles et les tueurs en série avant que Philippe Artières ne lui consacre une étude spécifique en 2019 et que Vincent Le Port n’en fasse un film en 2022 (on trouvera dans la Préface tous les détails biographiques et bibliographiques).

Onze cahiers composent cette confession d’un genre particulier dont l’écriture a été suggérée par le docteur Alexandre Lacassagne, médecin-légiste de Lyon chargé de la contre-expertise médicale après un premier rapport défavorable des médecins d’Aurillac.

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig, éditées par Brigitte Cain-Hérudent et Claudine Delphis, Paris, Albin-Michel, 2025, 602 pages, 26, 90 €.

 

« Si à si bonnes enseignes je sçavois quelqu'un qui me fut propre, certes je l'irois trouver bien loing ; car la douceur d'une sortable et aggreable compaignie ne se peut assez acheter à mon gré. O un amy ! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus nécessaire et plus doux que des elemens de l'eau et du feu » (Essais, III, 9, éd. Villey-Saulnier, p. 981). Il y avait du Montaigne chez Stefan Zweig ; Montaigne, à qui il consacra un livre demeuré inachevé. « Je lis ici Montaigne comme une découverte ; certains auteurs se révèlent à nous seulement à un certain âge et dans des moments choisis […] Je lis Montaigne maintenant chaque jour […] il n’y a que la liberté intérieure, et lui il l’avait comme peu de gens dans ce monde. C’est un auteur fortifiant », écrivait-il à Jules Romains depuis le Brésil (28 octobre et 3 novembre 1941, p. 540 et 542). L’écrivain autrichien avait reconnu dans le maire de Bordeaux un esprit parent du sien.

Entre autres vertus, Zweig possédait le don de l’amitié. Comme d’autres écrivains – Jean-Antoine de Baïf, Guillaume Colletet ou Théophile Gautier (le « bon Théo ») – il ne demandait qu’à se faire de nouveaux amis et à les traiter comme tels.