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Les Chroniques

Monsieur Romain Gary - Alias Emile Ajar – aux bons soins du Mercure de France, 26 rue de Condé Paris VIe, Kerwin Spire (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 12 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Monsieur Romain Gary - Alias Emile Ajar – aux bons soins du Mercure de France, 26 rue de Condé Paris VIe, Kerwin Spire – Gallimard - 234 p, 20,50 €.

Kerwin Spire (1986 -) diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence, docteur en littérature française de l’Université Sorbonne-Nouvelle et énarque. Auteur d’une thèse de doctorat (Romain Gary Écrivain Politique, 2014), il a collaboré au projet Romain Gary dans la Bibliothèque de la Pléiade. Puis a publié aux éditions Gallimard le triptyque : Tome 1, Monsieur Romain Gary, Consul général de France (2021) - Tome 2, Monsieur Romain Gary, Écrivain-réalisateur (2022) – Tome 3, Monsieur Romain Gary, Alias Émile Ajar.

Romain Gary, la voie royale.

Il faut reconnaître à Kerwin Spire, outre les sérieux fondamentaux méthodologiques que lui a conférés sa formation universitaire, la maîtrise de trois formes d’intelligence : celles du récit, de l’écoute et de la stratégie.

La première, la plus ardue à mettre en œuvre, étant le propos de cet article, je ne dirai que quelques mots des deux autres.

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381) (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381), traduit du moyen haut-allemand et présenté par Jean Moncelon et Heidi Schäfer, Paris, Arfuyen, novembre 2025, 152 pages, 16, 50 €.

 

Parmi les lieux qui ont façonné la civilisation européenne, pour le meilleur comme pour le pire, on évoque en général des cités : Jérusalem, Athènes, Rome – métonymies d’apports inestimables. On néglige cependant d’autres lieux, non plus des villes, mais des fleuves : le Rhin, de Bâle à Rotterdam ; le Danube, de Passau à Vienne, voire au-delà. Toujours semblables et toujours différents, à la fois frontières et lieux de passage, ils séparent et relient en même temps, charriant au long des siècles idées, marchandises et décombres. Il existe une civilisation des fleuves – et des villes – qui en parsèment le cours.

Fondées voici plus de cinquante ans, les éditions Arfuyen ont publié, entre autres, plusieurs volumes de traductions rendant accessibles au lecteur francophone les textes plus ou moins importants de ce courant que l’on a appelé la « mystique rhénane », écrits contemporains des grandes cathédrales gothiques. Un nouveau titre rejoint aujourd’hui le catalogue, un ouvrage aussi fascinant que mystérieux.

William Wordsworth, Ballades lyriques et Poèmes (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 09 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Iles britanniques, Poésie

William Wordsworth, Ballades lyriques (édition bilingue) Traduction : Dominique Peyrache-Leborgne et Sophie Vige Éditions José Corti – 1997 352 p. – 20,85 € Poèmes (édition bilingue) Traduction : François-René Daillie Poésie/Gallimard – 2001 300 p. 11,40€

« … un poète anglais dont on parle assez peu, dont on cite le nom et quelques brefs poèmes (…) plutôt qu’on en connaît bien l’œuvre. » (p. 10, Éd. Gallimard) Tel l’énonce François-René Daillie, traducteur de poèmes sélectionnés de Wordsworth dans la collection Poésie/Gallimard. On ne peut que convenir avec lui de cette interrogation : pourquoi, tout en considérant son importance dans le paysage de la poésie romantique anglaise (« romantique » serait encore un terme trop limitatif au regard de son œuvre), William Wordsworth est-il relégué, au sein de l’édition française, dans une forme de clair-obscur ? La vie brève de John Keats, mort à 26 ans, doit-elle toujours lui permettre de gagner le devant de la scène romantique ? La personnalité tumultueuse de Lord Byron suffit-elle à l’asseoir en tant que figure emblématique de ce mouvement, plaçant quelques autres dans les coulisses ? Et jusqu’à Samuel T. Coleridge, avec qui Wordsworth a co-écrit les Ballades lyriques parues en 1798 : le poète du remarquable Dit du Vieux Marin (présent dans les Ballades en question) semble supplanter, dans la mémoire française, son ami né dans le Lake District.

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Pays de l'Est

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, Folio Gallimard, 443 pp

 

Fusion froide

Êtes-vous une seule fois descendus au fond d’un volcan, dans ce flux de lave froide, la lave y serait liquide, épaisse et glacée et au lieu de monter, elle descendrait ? Avez-vous eu cette expérience d’une fusion glaciale, avec des lames parsemées et des coups portés, sans rien y comprendre, le noir étant presque total ?

Alors, si vous n’avez pas fait cette expérience et si vous avez encore envie d’être digéré, aspiré, inhalé par la mauvaise haleine de la baleine, le monstre en fait, lire d’urgence le Prix Nobel de littérature 2025, Laszlo Krasznahorkai.

Comme un Garcia-Marques de l’Est, magyare, comme un Kafka moderne, d’ici.

Franz revisité d’outre-monde, d’outre-terre et d’outre-sens.

Krasznahorkai dans La mélancolie de la résistance, livre écrit en 1989, paru chez Gallimard en 2006, nous invite ailleurs, loin, peut-être ici, tout près, à travers une longue phrase souple, lourde, puissante, hypnotisante. De la lave sans fusion.

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann, préf. Jean-Christophe Belleveaux, photo. Rosa, éd. de Corlevour, 160 p., 2025, 18€

Je quitte à l’instant le recueil de Yves Humann et me remémore les différents moments où j’ai ouvert cet ensemble poétique qui qualifie pour moi la question du doute existentiel. En effet, ce ne sont pas ici des certitudes, des images fixes, des propos satisfaits, des poèmes conçus pour être convaincants par leur autorité intrinsèque. Non, mon impression reste celle d’un doute radical, sur la qualité de la vie et de la mort, où l’on ne peut que balancer avec les poèmes, avec cependant un espoir lié à l’amour, à la bonté, à la beauté, à l’amitié, qui semblent seuls sur terre éviter un doute général, une tabula rasa cartésienne. Nous sommes peut-être avec Descartes, mais aussi du côté de « l’honnête homme » de Montaigne.

Par ailleurs, le ton assez pessimiste de l’ouvrage, nous ouvre sur Cioran ou sur Samuel Beckett, et parfois nous dirige vers le Tonneau de Diogène. Et par contradiction -, car le poème est plus large que le simple conseil tenu sur le doute -, l’on retrouve David Hume, chez qui les maux de l’homme sont universels et se déduisent des sens de l’être. Cette poésie semble plus grande que de simples préceptes philosophiques, car ils donnent à voir en même temps, oxymore intellectuel, ensemble, la vie et la mort, l’amour et le désir, le vide et le plein, la chanson et le silence.