Identification

Les Chroniques

Mots, Philippe Jaffeux (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Dimanche, 15 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Mots, Philippe Jaffeux, éd. Lanskine, mai 2019, 176 pages, 20 €

Littérature de l’apparition

Pour donner mon sentiment personnel au sujet de la lecture du dernier livre de Philippe Jaffeux, je prendrai appui sur une métaphore. Celle qui image la force nécessaire pour grimper sur une paroi avec juste quelques points saillants permettant l’escalade, auxquels il faut faire confiance et lire l’ouvrage comme on le ferait d’une description d’un édifice, comme un historien de l’art s’appropriant une architecture. Disons pratiquer une espèce de varappe intellectuelle très stimulante et énergique, pour suivre l’auteur dans cette littérature des possibles, de l’offre, écrit dans un style, disons, ascensionnel, qui joue sur le pouvoir de l’emportement dans une ivresse comparable, si je file la métaphore, à celle des sommets. Pour ce faire, j’ai pris beaucoup de notes en bas de page de ma lecture. Oui, une littérature de l’expérience intérieure, en sa profusion d’indications complexes, où l’on voit l’auteur chercher son souffle et parvenir à emporter le liseur dans sa propre psyché, cherchant lui-même à son tour la voie vers l’intellection du propos. Pour me résumer, je dirais, comme le laisse supposer le titre de cette chronique, que c’est bel et bien une littérature qui laisse apparaître, qui détoure les questions et interroge tout en laissant distinguer où le poète se situe et situe ainsi son auditoire.

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Enfin le royaume, Quatrains, François Cheng, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, n°542, février 2019, édition revue et augmentée, 224 pages, 7,40 €

 

« De l’eau naît la flamme, / De la flamme l’air / Mêlé au pur souffle / D’une biche endormie », reconnaît François Cheng. La psychanalyste Anne Dufourmantelle décrit ainsi la douceur, réveillée par le poète dans le quatrain que nous venons de citer : « Le ventre d’un animal. La palpitation d’une veine qui affleure sous la peau. Une peau très âgée comme un galet translucide. Une peau de très jeune enfant, sa joue encore couverte d’un imperceptible duvet. Calme de la respiration, de ce qui contient le vivant et le protège. Et qui s’offre au toucher ». Puis elle ajoute : « La douceur est une force de transformation secrète prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance. Sans elle, aucune possibilité que la vie s’augmente dans son devenir. Je crois que la puissance de métamorphose de la vie elle-même se soutient dans la douceur. Quand l’embryon devient un nouveau-né, quand la chrysalide laisse éclore le papillon, quand une simple pierre devient la stèle d’un espace sacré dans les jardins de Kyoto, il y a, au minimum, la douceur ».

La smart city entre autogestion citoyenne et manipulation technocratique (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 12 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Théoriquement la smart city est une cité régie par les technologies de l’information et de la communication (TIC), qui collectent des données pour optimiser la gestion des ressources, les centrales électriques, les approvisionnements d’eau, et maximaliser les services urbains, les systèmes d’information et de signalisation, les équipements collectifs, les transports… Les agents administratifs interagissent directement avec les infrastructures en surveillant leurs performances et leur bon fonctionnement. Se combinent les infrastructures et les superstructures, la gouvernance algorithmique et l’initiative humaine, l’autorégulation machinique et l’objectivation des perspectives.

La mutation numérique s’avère encore une fois à double tranchant. Se dessinent deux options incompatibles, l’autogestion citoyenne de la vie urbaine ou sa mise sous contrôle technocratique. Le néolibéralisme tente de caractériser la smart city par ses performances dans un système de concurrence générale où les fabricants entretiennent la surenchère gadgétaire, où les nouveaux modèles d’instrumentation électronique mis sur le marché obsolétisent le précédents.

À travers les grandes plaines, Sarah Raymond Herndon (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 11 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

À travers les grandes plaines, Sarah Raymond Herndon, Payot, avril 2019, trad. Hélène Hinfray, 224 pages, 19 €

 

Itinéraire d’une jeune fille du Missouri

En tout premier lieu, l’exil, l’exode, la recherche du bonheur, la foi, accompagnent le grand voyage sans retour de la jeune Sarah Raymond Herndon – étant son nom d’épouse, née en 1840, décédée en 1914. À travers les grandes plaines est le récit de l’origine des peuplements, d’un périple, depuis Memphis (petite ville du Missouri) jusqu’à Virginia City dans le Montana, une traversée de l’Ouest des États-Unis d’Amérique, que qualifie ainsi l’auteure : « parce que c’est très amusant de traverser le continent ! C’est comme pique-niquer tous les jours pendant des mois ». Sarah Raymond tient un carnet intime où elle relate la vie des pionniers partis en chariots bâchés. Elle y consigne les changements imprévus de la nouvelle condition d’émigrantes « habituées à avoir des domestiques (…) ». Ces femmes et ces jeunes filles élevées de manière douillette, à l’abri du besoin, relativement éduquées, abandonnent leur confort pour la précarité du nomadisme.

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 10 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Langue allemande

Lettre d’une inconnue, suivi de La Ruelle au clair de lune, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2013, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 96 pages, 1,50 €

 

Stefan Zweig ou l’affliction passionnelle

Qui n’a jamais ressenti une attraction mystérieuse pour un(e) inconnu(e), un élan irrépressible et aveugle pour un être de sexe opposé ? Qui n’a jamais éprouvé cet appel du cœur émergeant des profondeurs ténébreuses du lien affectif originel, « cet état naissant d’un mouvement collectif à deux » (Francesco Alberoni) ? Lettre d’une inconnue est le récit limpide de ce trouble prodigieux que des théoriciens inspirés comme Freud, Lacan, Stendhal ou Alberoni ont analysé et décortiqué dans leurs écrits.

 

La folle du logis (1)