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Les Chroniques

Fouché, Stefan Zweig (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Fouché, Stefan Zweig, Le Livre de Poche, 2000, trad. Alzir Hella, Olivier Bournac, 288 pages, 6,70 €

 

Auteur de nombreuses biographies, toutes passionnantes, Stefan Zweig est un des écrivains les plus susceptibles de pénétrer le cœur des êtres humains, même si, tel Fouché, ceux-ci en sont dépourvus.

Joseph Fouché reste un des personnages les plus habiles et les plus opportunistes de la Révolution, et il a su traverser tous les régimes qui se sont succédé. Stefan Zweig le décrit comme capable d’avaler « les injures les plus grossières, et, avec un froid sourire, les humiliations les plus pénibles ; aucune menace, aucune fureur n’ébranlera cet homme au sang de poisson ».

Élu député à la convention, il siège dans le parti des plus nombreux, les Girondins. Au moment de voter la peine qui sera prononcée contre Louis XVI, alors qu’il est peu favorable à sa décapitation, il fait le compte des forces en présence ; il en conclut que le roi déchu sera condamné à mort et rejoint sans état d’âme le camp majoritaire.

Les Moments forts (18) : Hopper au Grand Palais (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Hopper est le peintre de nos solitudes – le pluriel s’impose –, en plein jour (la nuit peut être un jour cru), même à plusieurs. Mais. C’est surtout le peintre de nos insomnies (même en plein jour). En cela, visiter cette exposition une nuit, c’est particulièrement bien vu (cela a été possible, mais ne vous figurez pas que c’était facile, les gens sont venus, sont venus, sont venus, elle a duré des heures, l’attente*).

Cioran note dans un Cahier : « Cet après-midi, comme j’avais très mal dormi la nuit dernière, j’ai fait la sieste. Plus d’une heure de sommeil lourd, si lourd, qu’en m’éveillant, j’ai eu nettement la sensation d’avoir coïncidé pendant des siècles, des millénaires, avec la matière brute. La nostalgie de la mort n’est peut-être pas autre chose que ce désir de coïncidence, de retour définitif à l’état de non-conscience et d’irréflexion. J’aime l’effondrement dans le sommeil, la sensation d’y être englouti, comme s’il s’agissait d’un abîme maternel, de l’enveloppant univers d’avant la naissance ». Comme le constate Olivier Abel, « [d]ans le sommeil, je romps avec le principe d’individuation, et je fais moins de différence entre moi et un autre qu’entre moi et moi-même ».

La Styx Croisières Cie (II) Février 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 25 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« Père Ubu : Eh bien, capitaine, avez-vous bien dîné ?

Capitaine Bordure : Fort bien, monsieur, sauf la merdre.

Père Ubu : Eh ! La merdre n’était pas mauvaise.

Mère Ubu : Chacun son goût.

Père Ubu : Capitaine Bordure, je suis disposé à vous faire duc de Lituanie.

Capitaine Bordure : Comment, je vous croyais fort gueux, Père Ubu.

Père Ubu : Dans quelques jours, si vous voulez, je règne en Pologne.

Capitaine Bordure : Vous allez tuer Venceslas ? »

Père Ubu : Il n’est pas bête, ce bougre, il a deviné »

 

Alfred Jarry, Ubu Roi, Acte I, Sc. IV

Jules de Montalenvers de Phrysac : noté dans le Livre de mes Mémoires

Éphémérides créatives - Richard Matheson (par Jean-Marc Dupont)

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Lundi, 25 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

« That which you believe becomes your world »

Le 20 février 1926, naissance de l’écrivain et scénariste américain Richard Matheson (mort le 23 juin 2013)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Matheson

« When I’m writing, especially when I’m writing in first person, I don’t think about the characterization, or how they are going to express themselves, I just express my own approach to these things », Richard Matheson [C1].

Dans cette interview [I1], à la question « qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? », Richard Matheson répond : « Je pense que certaines personnes naissent avec un tempérament créatif, ce qui était mon cas. Il y en a qui ont la volonté de créer dans n’importe quel domaine mais cela demande parfois du matériel. La musique par exemple demande des instruments. Pareil si vous voulez être peintre, il faut des pinceaux, de la peinture, des toiles… Moi j’avais douze ans quand ce tempérament s’est révélé et à ce moment-là je n’avais qu’une machine à écrire à disposition, donc je suis devenu écrivain. J’ai créé avec ce que j’avais sous la main ».

Le Nouveau, Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 22 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Gallimard

Le Nouveau, Philippe Sollers, Gallimard, mars 2019, 144 pages, 14 €

 

« Pour les séances en mer, Le Nouveau, petit format, traînant derrière lui sa barque, fera l’affaire. Ancrage à 100 mètres, on part très tôt le matin avec la marée, rentrée le soir avec le retour de l’eau. Louis a prolongé cette tradition, qui se retrouve avec moi dans l’encre bleue, le matin et en fin d’après-midi, face au large. Les mouettes commencent leur ballet fou, elles crient dans le ciel d’orage. Je pense à Edna, ma belle Irlandaise. Sa photo est là, sur la cheminée. Elle à l’air gaie ».

Pas surprenant lorsque l’on habite une île, et que l’on est Bordelais, d’avoir des passions marines, pas surprenant lorsque l’on est écrivain, et grand lecteur de Conrad, de souvent prendre le large, à Venise, faisant sienne la devise de Joyce : « Le silence, l’exil, la ruse ». La maison de l’Ile de Ré s’invite souvent sur la pointe des pieds dans les romans de Philippe Sollers. Silencieuse, habitée de silence et de mémoire, elle ne fait pas de vagues, elle est là, comme une boussole, un pôle, qui abrite « L’Isolé absolu » (1). Dans ce film pour la télévision, l’écrivain montre de la main gauche des pages de son cahier, écrites à l’encre bleue :