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Les Chroniques

La Garde de Nuit (Réparer les soignants), Laurent Thinès (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Mai 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La Garde de Nuit (Réparer les soignants), Laurent Thinès, Z4 Editions, avril 2020, 85 pages, 14 €

 

La Garde de Nuit du neurochirurgien-poète Laurent Thinès déroule, dans une construction narrative aussi structurée et fonctionnelle que celle d’un château fort, le récit épique d’un monde hospitalier où les soignants dévident « leurs fuseaux de vie sur les métiers à retisser celle des autres ». Les traits descriptifs empruntés à la littérature médiévale et la construction orchestrée du récit (Prologue, 5 Actes, Épilogue mettant en scène topoï, action et personnages) font non seulement écho à des éléments et un traitement de la réalité analogues déjà rencontrés au fil des siècles (cf. la peste noire au 14e siècle, avec le recours à l’interprétation mythologique, l’oracle des interrogations convoqué quand l’Histoire ouvre une période dramatique comme celle de la propagation d’une épidémie…), mais aussi portent l’enjeu éthique : vital engagé dans une telle situation tragique et traumatisante : combattre jusqu’au sacerdoce, jusqu’au sacrifice, pour sauver des vies, ou baisser quelques peu les armes au profit d’une course à la rentabilité ?

Eloge de Leïla Menchari (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 14 Mai 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La décoratrice Leïla Menchari s’est éteinte le 4 avril 2020, victime de la monstrueuse hécatombe. Les vitrines flamboyantes d’Hermès, œuvres d’art incomparables, l’immortalisent. L’artiste est née le 27 septembre 1927 dans une famille tunisienne émancipée, d’un père avocat francophile et d’une mère féministe pionnière. Pendant son adolescence elle rencontre, à Hammamet, Violet et Jean Henson, amateurs d’art et mécènes, qui l’invitent dans leur villa plantée d’arbres fruitiers, de plantes aromatiques, de fleurs odorantes. Elle découvre les couleurs pulsatiles, les senteurs subtiles, les émotions tactiles. Elle côtoie les prestigieux invités, Luchino Visconti, Man Ray, Jean Cocteau…

« Mon premier voyage a commencé au pied de deux escaliers de pierre. C’était un endroit extraordinaire sentant le citron et le jasmin, un jardin à la fois anarchique et construit, une jungle folle avec des paons, des daturas énormes, une longue allée et un bassin sur lequel flottaient des nénuphars bleus. Je n’avais jamais vu de fleur poussant dans l’eau. Je suis entrée dans la rareté par ce chemin-là… C’est dans ce jardin, à l’écoute de ces esthètes, que j’ai compris ce qui déterminerait ma vie, la beauté et la liberté » (Leïla Menchari).

Polichinelle dans un tiroir, Anne-Marie Mitchell (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 13 Mai 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Polichinelle dans un tiroir, Anne-Marie Mitchell, Karbel éditions, décembre 2019, 215 pages, 16 €

« On n’écrit rien qui vaille, tant qu’on n’a pas vidé son sac, quoi qu’il en coûte »,

José Cabanis

« Il n’y a plus maintenant pour le plus grand nombre des lecteurs ni bons ni mauvais livres, il n’y a plus que des noms célèbres »,

Planche

« – Pourquoi êtes-vous pessimiste ? – parce que j’ai vécu. – Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? – parce que je mourrai ! »,

Paul-Napoléon Roinard (1856-1930)

Le tiroir aux secrets

Pour toi, lecteur de Mme Angot, ça commence mal. Sous l’égide de Paul-Napoléon Roinard… – Qui est-ce, celui-là ? – Consulte, si tu veux, les dictionnaires, Wikipédia et Paul Léautaud. Puis va te promener à Courbevoie. Déjà à bout de souffle ? Alors, va donc angotiser avec la dame en question, sachant que tu es « en danger de te reconnaître ». Pour notre « tiroir », lis quand même le « Warning » initial, histoire de ne rien regretter.

L’Actualité du Manifeste du parti communiste, Slavoj Žižek (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 12 Mai 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

L’Actualité du Manifeste du parti communiste, Slavoj Žižek, Fayard, octobre 2018, 92 pages, 12 €

 

À moins d’être un marxiste endurci, voire obsessionnel, le Manifeste du parti communiste n’est pas un livre qu’on éprouve le besoin de relire tous les mois, ni même tous les ans. En général, et à condition de le juger indispensable, on estime qu’une seule lecture (souvent menée quand on étudie la philosophie en classe) suffit au cours d’une existence et que, de toute manière, l’effondrement du communisme à la fin du XXe siècle (n’en demeurent que ces peu reluisants vestiges que sont Cuba, le Laos, la Corée du Nord et surtout la Chine – quatre pays dont personne ne pense qu’ils sont là pour indiquer à l’humanité la voie afin d’atteindre au bonheur radieux ici-bas) a globalement invalidé les thèses de Marx. Slavoj Žižek veut persuader le lecteur du contraire et sans doute a-t-il raison.

À force d’employer le mot d’actualité sans arrêt, on a fini par perdre de vue une partie de ses significations : ce qui est actuel n’est pas seulement ce qui existe au moment présent, mais aussi ce qui est réel, effectif, en acte (actuel s’oppose à virtuel). Que veut-on dire si l’on suggère que le Manifeste du parti communiste est un texte en acte ?

Les Moments forts (50 et dernier) Le cinéaste James Gray met en scène Mozart au Théâtre des Champs-Élysées (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 12 Mai 2020. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

L’Ouverture des Noces : l’effervescence faite musique ; c’est une Ouverture sans arrêt et que « n’alourdit aucun forte jusqu’à la coda », rappelle Dominique Jameux. Le temps presse : c’est perceptible par l’indication de tempo, par la brièveté de l’ensemble, par la volonté du compositeur de ne pas développer vraiment les thèmes. L’ont bien compris Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, du fait de l’allant auquel ils se vouent, avec la rudesse que met un cheval à rejoindre la nuit – tout occupé de son chemin, des obstacles qui pourraient s’y trouver ; ainsi ces forte-piano fréquents qui scandent la progression… Pourquoi rejoindre la nuit, si ce n’est pour dispenser, à tout-va – c’est-à-dire dans le réceptacle du cœur –, la bonne nouvelle : l’aube à venir ? Mais est-ce là tout ?

Cette Ouverture est singulière. Elle n’annonce rien, elle ne propose nullement les prodromes d’une action. Or, c’est souvent le propre des Ouvertures mozartiennes. Ainsi, l’Ouverture de Don Giovanni nous prévient, avec faste : elle porte en elle l’issue du personnage éponyme, du fait des gammes chromatiques en lesquelles se fait entendre, répétitive, quelque insidieuse menace.