La poésie est affaire de temps. Et ce livre qui paraît chez l’éditeur algérien, APIC, en est la démonstration physique. Car la souche des poèmes se situe en 1965, or cette réédition de 2025 menée par Habib Tengour ne change pas l’ensemble des textes. Nous sommes témoins d’une espèce d’anamorphose de la durée qui nous donne à voir un poète jeune, dont le dynamisme n’a jamais faibli. La seule chose qui change, c’est l’époque de la lecture. L’on reçoit donc le poème en 2025 différemment qu’en 1965. Cela dit, je vais essayer quand même de donner mon sentiment actuel à propos de ce « nouveau » livre que laisse paraître Habib Tengour.
Tout d’abord, un aspect très net : c’est remuant. Cette littérature pleine de saillies, de petits accidents divers, ramène presque jusqu’à se clore la force du poète sur sa propre vitalité ; devenant un peu énigmatique, car nous donnant à découvrir une expression d’adolescent dans le bon sens du terme (ardeur, élan, vigueur, impulsivité, impétuosité). Oui, une espèce de connaissance de la violence, celle qui est amoureuse des périls. Ce qui frappe, c’est l’énergie, la vivacité, les chocs, l’altérité qui se nichent au milieu même du corps poétique.