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Les Chroniques

Henry Miller, le verbe en liberté (1), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED


Un enfant de la rue et de l’errance

Miller est né à New York le 26 décembre 1891, l’année de la mort de Rimbaud, comme s’il lui revenait de reprendre le flambeau de l’insoumission et de la virtuosité. De parents d’origine allemande, il grandit à Brooklyn, dans une ambiance germanophone, grisailleuse et industrielle. S’il y coule une enfance relativement tranquille, le foyer est marqué par une absence d’amour. Il compose avec l’autoritarisme brutal de sa mère déversant régulièrement sa fureur sur sa petite sœur attardée et avec la faiblesse de son père, fieffé pilier de comptoir. Le petit Miller fait de la rue son refuge, son terrain de prédilection. Bien qu’il soit un excellent élève, l’enseignement académique le rebute. Il se met très tôt à la lecture, choisit ses influences, augurant ainsi une trajectoire atypique et autodidacte.

Tombeau de Christopher Falzone, Jean-Louis Rambour, par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

Tombeau de Christopher Falzone, Jean-Louis Rambour, peintures de Renaud Allirand, éditions L’Herbe qui tremble, 2018, 55 pages, 13 €

Le Cahier d’arts et de littératures Chiendents sous-titre son numéro consacré au poète Jean-Louis Rambour : Le guetteur de réel. Et il est vrai que le parcours de l’auteur du Mémo d’Amiens ou de Faire-part – pour ne citer que les deux publications les plus récentes complétant plus d’une trentaine de titres – capture le réel dans ses lignes d’écriture avec une attentive connexion au monde alentour parfois mal connu parce qu’anonyme, non considéré alors que l’humain s’y révèle dans sa puissance authentique (j’allais écrire : tragique) et âpre, reformulé par le poète dans ses arêtes vives. La volubilité n’est pas le fait de J.-L. Rambour. La densité de son langage travaille le réel sur l’établi d’un artisan de la langue observateur de La vie crue, loin des artifices d’esthète.

Dans Clore le monde, Jean-Louis Rambour se penchait sur la vie des humbles, des humiliés – ceux du Santerre ; des hommes « faits » consommateurs ; dans son Mémo d’Amiens il consignait par le poème la vie d’hommes et de femmes de peu cohabitant dans l’Amiens industrialisé de l’après-guerre ; dans Tombeau de Christopher Falzone, J.-L. Rambour se penche sur la vie d’un artiste qui « probablement marchait depuis longtemps à côté de la vie », le pianiste Christopher Falzone, mort à l’âge de 29 ans.

Tropique de la violence, Nathacha Appanah, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Vendredi, 15 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Tropique de la violence, Nathacha Appanah, Folio, mai 2018, 192 pages, 6,60 €

 

« Ils prennent leur élan sur la jetée de béton, leurs jambes noires et maigres comme des bâtons filant à vive allure. Arrivés au bout, ils se jettent dans l’océan en remontant leurs genoux, ouvrant leurs bras, criant leur joie ».

La légèreté du désespoir. L’attraction du vide lorsque l’espoir ne retient plus.

À propos de ce livre magistral, qu’ajouter sinon saluer ici la note de lecture de Pierre Perrin, rédacteur à La Cause Littéraire.

Et pourtant !

Ici les odeurs ont un corps. Les sons. L’invisible est omniprésent.

Il faut écouter Mayotte pour qu’elle ne sombre pas. Le rapport à l’Autre qui ne fonctionne plus, l’accueil qui n’opère plus, le chômage et la pauvreté qui sont inacceptables, les politiques et la parole impeccable. Impraticable. Sentir ses couleurs, la couleur de ses peaux, la peau de ses enfants que même la terre n’accroche plus. Les enfants seuls, les enfants abandonnés. Ils errent, ils se terrent. Ils grandissent comme des fruits sur un arbre. Ils pourrissent.

Éphémérides créatives - Samuel Beckett & Gabriel Garcia Marquez

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Vendredi, 15 Juin 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

13 avril : éphémérides créatives (I), Samuel Beckett : « Tu n’as cessé d’essayer ? Tu n’as cessé d’échouer ? Aucune importance ! Réessaie, échoue encore, échoue mieux »

Le 13 avril 1906, naissance de l’écrivain, poète et dramaturge irlandais d’expressions anglaise et française, Samuel Beckett (mort le 22 décembre 1989). En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend toute son élévation dans la destitution de l’homme moderne ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_Beckett

A travers divers éléments, on peut appréhender le processus créatif d’un écrivain, l’œuvre d’abord, par exemple Sturlaugsdóttir [1] explique que la pièce Rough for Radio II, écrite en français, puis traduite en anglais et diffusée en 1976 est un monodrame qui parodie l’acte créatif à travers l’esprit de l’artiste divisé en quatre personnages, expliquant que « Beckett lui-même a lutté avec sa propre créativité et a trouvé le processus créatif ardu ».

Hommage à Philip Roth (3) : Un homme, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 14 Juin 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Un homme, Philip Roth, Folio, 2009, trad. Josée Kamoun, 192 pages, 7,25 €

Lorsque le rideau tombe

Philip Roth (1933-2018) laisse derrière lui une œuvre considérable. Depuis Goodbye, Columbus en 1959, son seul recueil de nouvelles, à Némésis en 2010, cet iconoclaste écrivain aux caractères bien trempés a commis près d’une trentaine de romans qui lui ont valu de nombreuses récompenses, hormis, féroce injustice, le fameux Nobel de littérature. Il est rare de rencontrer un auteur aussi prolifique, régulier et inspiré que cet américain d’origine juive né à Newark (New Jersey), fervent admirateur de Franz Kafka, Saul Bellow et William Faulkner.

En 2005, alors que Philip Roth le septuagénaire intègre de son vivant la prestigieuse Library of America (l’équivalent de La Pléiade), il entame, au retour des funérailles de Saul Bellow, la rédaction du roman Un homme, premier opus de la tétralogie Némésis (Un homme, Indignation, Le Rabaissement, Némésis). À diverses reprises, Roth s’était déjà plus ou moins frotté au thème délicat de la mort. En axant entièrement cette nouvelle fiction sur le trépas, la décrépitude physique, la vieillesse ainsi que sur son ombre, la nostalgie, Roth réussit la prouesse insigne de composer une partition à la fois pétillante et profonde. Avec un réalisme et une lucidité poignants, sans aucune complaisance ni pathos, l’écrivain caméléon capte les derniers soupirs d’un père, les dernières caresses du temps sur un corps meurtri, les derniers soubresauts d’un cœur désemparé.