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Les Chroniques

J’ai lu "Une vieille histoire" de Jonathan Littell, par Martine L. Petauton

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 04 Mai 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Une vieille histoire, Jonathan Littell, Gallimard, mars 2018, 384 pages, 21 €

 

On pourrait supposer que l’aventure-lecture de ce livre ressemble aux « trips » psychédéliques qu’ont décrits en leur temps tant de Junkies, jupons à fleurs et bandeau dans les cheveux mis à part. Ces univers où se mélangent rêves et cauchemars, oniriques toujours, « dirty » définitivement. Porté par les « substances » et leurs vénéneux pots à tout, l’esprit vaque et se perd en d’infinis grands huit s’effondrant, mortifères, un jour ou l’autre. Notre ressenti – mot tellement à la mode – en palpe de fait tous les aspects, au fur et à mesure qu’on – avance (ce n’est du reste pas le mot, plutôt, qu’on – saute de page en page) dans l’étrange mode de lecture concocté par Littell. Il faudrait, en restant dans la comparaison avec les terribles montées et descentes des paradis artificiels, avouer encore l’autre attribut, largement incontournable de la chose, à savoir la dépendance. Dès les premières 50 pages, on ne peut que protester – dégoûté ? pas le mot non plus, disons, maltraité dans nos habitudes quasi alimentaires ; ce qu’on peut digérer ou non – j’arrête !! je sors de ça ! Juste impossible. On n’en peut mais, de cette violence, guerrière et (ou) pornographique à grandes lampées infernales ; l’overdose est posée à chaque page que l’on tourne. Trop ! Trop tout…

La Styx Croisières Cie (3) Mars 2018, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 04 Mai 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

« Ne travaillant que le réel, il me fallut porter ceci dans le Livre de mes Mémoires : « Le Lièvre de Mars était à ma porte qui criait d’une voix grelottante : – Ouvrez, Monsieur de Phrysac, je vous apporte un message de Monsieur Carroll. – Lequel ? – dis-je, grognon d’être dérangé. – Celui-ci : « Voyez comme le crocodile / Sait faire rutiler sa queue / En répandant l’onde du Nil / Sur ses jolies écailles bleues ! ». – Entrez, l’invitais-je, il fait un froid de canard. Je vous offre un thé. Mais, pardonnez-moi, le message de Monsieur Carroll ne veut rien dire. – Il veut tout dire, au contraire ! me rétorqua le Lièvre très fâché. Puis, soudain pressé, il tira sa montre de son gousset et ajouta : – Je dois rentrer maintenant, le Pays des merveilles, c’est très loin, le bout du monde… Je lui confisquai sa montre, craignant qu’il ne la plongeât dans le thé ».

Jules de Montalenvers de Phrysac, Le Livre de mes Mémoires

Chutes, ruptures et philosophie Les romans de Jérôme Ferrari, par Emmanuelle Caminade

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 03 Mai 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Chutes, ruptures et philosophie Les romans de Jérôme Ferrari, S. Burnautzki, C. Ruhe, Classiques Garnier, mars 2018, 270 pages, 32 €

 

 

Cet ouvrage collectif publié sous la direction de Sarah Burnautzki (docteur en lettres françaises) et Cornelia Ruhe (professeur de littérature française et francophone) est le fruit d’un colloque tenu à Mannheim en avril 2016. C’est une publication riche de treize contributions universitaires venant de Paris, Lausanne, Innsbruck, Berlin, Bruxelles, Grenoble, Laval (Québec), Chester, Mannheim, Toulon et Düsseldorf, dont la diversité de regards pour la plupart extérieurs à la France ne peut qu’être source d’enrichissement.

A ces articles sont annexés La nuit du doute, une nouvelle écrite par Jérôme Ferrari en 2007 pour Philosophie Magazine et reprise en 2016 dans la revue Décapage, ainsi qu’un long entretien avec l’auteur mené par les participants à la fin du colloque qui, balayant de très nombreux thèmes, permet de prendre également en compte sa propre vision et ses intentions.

My Absolute Darling, Gabriel Tallent, par Mélanie Talcott

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

My Absolute Darling, Gabriel Tallent, Gallmeister, mars 2018, trad. anglais (USA) Laura Derajinski, 454 pages, 24,40 €

 

Julia, Turtle et Croquette… Trois prénoms pour un même personnage, une jeune fille en apparence paumée, à l’enfance autarcique et piétinée par un père charismatique et complètement dézingué. Julia est son prénom d’état-civil, choisi par un binôme parental que la mort a sabré. La mère est morte. Disparition ambiguë puisque l’on ne sait si elle se doit à un accident ou à un suicide. Proscrite du souvenir de son compagnon, Martin, de sa fille Julia, elle est balancée dans les trappes de l’oubli en quelques lignes nécrologiques consenties par l’auteur Gabriel Tallent qui signe son premier roman avec My Absolute Darling. Naît alors Croquette, un prénom doux comme un bonbon, un truc que l’on fait rouler entre ses doigts mais que l’on peut aussi réduire en miettes d’un coup de talon. C’est le prénom amoureux que le paternel donne à sa fille. Un amour fou, monstrueux, destructeur et incestueux. Un amour absolu – My Absolute Darling – autre nom dans lequel Marty entaule sa croquette lorsqu’elle veut lui échapper et se carapate.

Mes intimes étrangers, Luc Duwig, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Mes intimes étrangers, Luc Duwig, Carnets Nord, mai 2018, 167 pages, 16 €

 

Au jeu du réel et du fictionnel, Luc Duwig gagne. Attention ami lecteur, il va te malmener. Te dire toute la vérité ou travestir toutes les lignes. Tu es averti. Le lien et la famille, celui auquel tu t’attaches parce que tu le crois vrai, parce que tu crois que le mot est vrai. La place de chacun sur la ligne. Sa patine, sa légende et son héritage. Le récit a existé. Les personnages. Reconstitution imaginaire. Treize photos à mi-parcours. Et deux cartes. Trente-deux chapitres. Tu es intrigué.

Jeest le narrateur né en 1961, au pied du mur. Berlin et la guerre froide. Jeest le petit-fils sous l’ombre du grand-père, Jean-Ferdinand. La belle histoire de famille. Et pourtant. Taches et dates manquantes sur l’échiquier familial. Le grand-père que chacun prétend disparu, que chacun efface avec sa propre langue.