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Les Chroniques

Gargantua, François Rabelais (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Cette semaine

Gargantua, François Rabelais, Flammarion, 2016, translation en français moderne Myriam Marrache-Gouraud, 477 pages, 4,90 €

 

Palsambleu, quelle créativité, quelle gouaille, quelle outrance, ce Rabelais ! Les braises de la paillardise ne l’effrayaient guère. Il les maniait et les sculptait avec tellement d’habileté, d’élégance et d’humour qu’elles parviennent en nos mains transformées en pépites littéraires. Avec Pantagruel (1532), premier volume d’une pentalogie (pintalogie, devrait-on dire) composée également de Gargantua (1534), Le tiers livre (1546), Le quart livre (1548 et 1552) et Le cinquième livre (1565), l’écrivain français défricha le champ romanesque près d’un siècle avant Cervantès. Gargantua retrace les aventures épiques et cocasses du géant et père de Pantagruel, de la naissance à l’âge adulte.

François Rabelais, tour à tour moine, étudiant, médecin, écrivain, né on ne sait quand (1483 ou 1494) du côté de Chinon, ne lésinait pas sur la truculence, la facétie, l’invraisemblance. À telle enseigne qu’il fit naître son héros au terme de onze mois de gestation, et par l’oreille s’il vous plaît. L’imagination recèle tellement de ressources inexploitées.

La Cartothèque, Lev Rubinstein (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La Cartothèque, Lev Rubinstein, Le Tripode, novembre 2018, trad. Hélène Henry, 288 pages, 22 €

 

 

J’avoue que j’ai été surpris par l’originalité de ce livre que publient les éditions du Tripode, maison que je ne connaissais pas du reste. Surpris, mais pas perdu ; étonné, mais participant comme liseur à la ligne esthétique de l’ouvrage ; déstabilisé, dans le sens où c’est la liberté d’abord qui se donne à lire ici, liberté du mouvement des vers, liberté de ton, liberté formelle, liberté de l’invention textuelle. Car si l’on en croit les dates de production des recueils, qui s’échelonnent de 1976 à 2006, l’on voit combien cette façon d’inventer, de créer du moderne (au sens de Rimbaud, c’est-à-dire « absolument »), parfois avec humour, gravité souvent mais sans emphase, conduit à ne pas tremper sa plume dans la veine lyrique ou très peu, et à nous livrer ainsi un univers typique, sans faux-semblants, entêtant et entraînant.

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi, Actes-Sud, mai 2018, 112 pages, 12,50 €

Pétrarque (1304-1374) fut l’inventeur d’une rhétorique amoureuse qu’on imita durant près de cinq siècles, jusqu’au Romantisme. Ceux qui feuillètent encore son Canzonierene remarquent pas toujours que le recueil est composé de deux parties, les « Sonetti et Canzoni » et les « Trionfi », qu’on lit encore moins que le reste, poèmes allégoriques en tercets (comme la Divine Comédie), mettant en scène successivement le Triomphe de l’Amour, de la Chasteté, de la Mort, de la Gloire, du Temps et de l’Éternité. Les Trionfi suscitèrent des épigones, pas autant, toutefois, que les sonnets amoureux, qui ont placé une bonne part de la poésie française du XVIesiècle sous le signe d’un pétrarquisme de série.

Armand Farrachi proposerait-il un septième triomphe, celui de la Stupidité, qui engloberait les six autres (sans doute la bêtise n’est-elle pas éternelle, mais ne serait-elle pas immortelle ?) ? Lointaines héritières de Joachim de Flore, les Lumières avaient formulé la croyance à un progrès infini (ou à des progrès, le XVIIIesiècle employant plus volontiers le terme au pluriel). De manière visible, Armand Farrachi ne partage pas (ou plus) cette foi :

Les Moments forts : Roberto Bolaño aux Ateliers Berthier, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

2666est le chef-d’œuvre publié un an après la mort de Bolañoet la dispersion de ses cendres dans la Méditerranée,adapté intelligemment par Julien Gosselin*, pour être présenté à Avignon, et représenté à l’Odéon.

« [U]n livre, c’est d’abord un objet particulier qu’on touche, qu’on voit, aléatoirement qu’on sent,mais qu’on n’entend pas. Le grand problème est donc de savoir quelle voix peut sortir du livre, ou plutôt comment le livre peut faire surgir quelque chose comme de la voix […] », écrivent Christian Biet et Christophe Triau dans Qu’est-ce que le théâtre ? (Gallimard, collection Folio essais, 2006).

Avec 2666, aux Ateliers Berthier, les notions de style, de timbre, de ton, qui renvoient à une écriture et à une lecture apparemment abstraites et silencieuses, sont devenues ostensiblement phonétisées, rythmées. Et poétisées. Du reste, le poète est, détective sauvage, chercheur hétérodoxe du réel, la figure narrative dominante dans les nouvelles et les romans de Bolaño où s’enchevêtrent avec brio les intrigues (cf. Europe, n°1070-1071-1072, juin-août 2018).

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, par Félicia-France Doumayrenc

Ecrit par Félicia-France Doumayrenc , le Lundi, 05 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, Editions Carnets Nord, octobre 2018, 288 pages, 18 €

De la star au mythe : Johnny

En France, il suffit de prononcer le simple prénom Johnny pour qu’immédiatement celui-ci soit associé à Hallyday. Nous avons tous en mémoire la sidération lors de l’annonce de sa mort, ses funérailles nationales, ce recueillement de ses fans, ses bikers qui l’accompagnaient jusqu’à l’église de la Madeleine, la cérémonie religieuse et la scénarisation de celle-ci.

Sublime mise en scène, Johnny Hallyday la star entrait le jour de son enterrement définitivement dans la légende et devenait mythique.

Mathieu Alterman et Patrick Alban qui viennent de coécrire Les larmes de Johnnysoulèvent dans leur livre le portrait d’un homme différent que celui que tous ses fans croient connaître. La star qui se donnait à voir et dont tout le monde, s’il s’en donnait la peine, pouvait quasiment suivre sa vie au quotidien, se camouflait derrière ses yeux bleus de fauve. Il scénarisait entièrement son existence afin de cacher sa véritable identité, son inguérissable mal-être.