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Les Livres

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 01 Juillet 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, En Vitrine, Quai Voltaire (La Table Ronde), Cette semaine

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, La table Ronde quai Voltaire, mai 2026. 75 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Eduardo Halfon Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)


Une novella ou un court roman qui marque l’entrée d’Eduardo Halfon en littérature en 2003. Et quelle entrée !

C’est une lettre au père, une lettre au nom-du-père plus qu’à l’homme dont l’expéditeur est le fils. Les règlements de compte des fils au Père sont toujours inscrits dans le symbolique, dans l’espace étroit qui fait du nom un héritage, une dette et un grief. Ici le grief emporte tout. Cette missive est un condensé d’amertume, de misère morale, de désolation. Le père n’a pas su, n’a pas pu, n’a pas voulu. Son absence symbolique aux yeux du fils est abîme, trou, béance. La trace de Kafka est manifeste.

IL n’a rien entendu du fils. Pire, IL n’a rien écouté. IL a laissé le fils se coltiner seul au réel, à la base et à la dure. IL n’a jamais baissé les yeux vers le fils, jamais baissé l’oreille. IL a régné de toute sa hauteur, comme un dieu terrible aveugle et sourd pour sa création : Saturne, le dieu qui dévorait ses enfants à la naissance pour qu’aucun ne le détrône.

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (Dir.), CNRS Éditions, 1092 pages, 45 €

 

On connaît de Jean-Loïc Le Quellec deux précieux ouvrages relatifs à la mythologie, l’indispensable Dictionnaire critique de la mythologie et le précieux Avant nous le déluge ! – en guise de compléments, on peut s’offrir les ouvrages de son élève Julien D’Huy, et on est paré pour une vision sérieuse, scientifique dirais-je, de ce qu’est un mythe et des principaux motifs mythologiques à travers la planète au fil des millénaires. C’est la même vision d’ordre scientifique qui est proposée dans le présent Dictionnaire critique des contes, publié lui aussi sous la direction de Le Quellec. Tant mieux, car en une époque où tout se confond et où, surtout, le conte est à la mode au travers d’activités sporadiques voire de festivals mais parfois pour des résultats plus sympathiques (hem…) que réellement intéressants, il peut être de bon ton de se mettre d’accord sur les termes employés afin de mieux se comprendre – on célébrera ainsi, parmi d’autres, l’article « Conte populaire / Conte littéraire », qui permet de clarifier une différence élémentaire en apparence.

Albert Camus d'une rive à l'autre, Collectif (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Albert Camus d'une rive à l'autre, Direction littéraire : Marie-Claude San Juan, Éditions Unicité, 2026

Publié après trois années d'élaboration, Albert Camus d'une rive à l'autre réunit vingt-deux auteurs autour d'une même interrogation : que nous dit encore Camus aujourd'hui ? Plus de soixante ans après sa disparition tragique, sa pensée continue d'éclairer une humanité traversée par les crises identitaires, les conflits de mémoire et les déchirures politiques.

Dans sa préface, Camus : le juste milieu, le milieu juste, Karim Akouche rappelle qu'il existe des êtres dont la présence survit à leur mort. Citant un proverbe de sa terre natale : « Il est des vivants qui sont morts, et des disparus qui vivent plus que jamais », il affirme que Camus appartient à cette seconde catégorie. Ses romans, son théâtre, ses chroniques et ses carnets accompagnent toujours ceux qui cherchent un chemin entre justice et liberté, fidélité à soi et ouverture aux autres.

L'originalité de cet ouvrage tient au regard porté sur Camus par des auteurs aux parcours multiples : universitaires, journalistes, poètes, romanciers ou artistes. Tous entretiennent avec lui une relation intime. Ils ne voient pas seulement le Prix Nobel universellement reconnu, mais un proche, « un grand cousin, un vieux frère », un homme partagé entre deux rives.

Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996, Joseph Brodsky (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 29 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Poésie, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996, Joseph Brodsky, éd. Poésie/Gallimard, 480 p., 2026, 11,40€ Edition: Gallimard

Du quotidien à l’infini

Devant les richesses de signes, de formes, de significations, de cultures, de spiritualités, il est difficile de ne suivre qu’un des éléments parmi d’autres, tant la lecture de cette volumineuse anthologie en devient sporadique, voire erratique, ne parvenant pas toujours à englober toute cette polygraphie. Donc, une seule attitude demeure : celle de l’humilité devant celui qui fut Prix Nobel de Littérature en 1987. Ce qui reste à la fin du recueil, qui balance souvent dans une ironie grave, c’est la musicalité. L’on pourrait rapprocher cette prosodie de la musique de Chostakovitch, avec ce côté un peu moqueur et très intelligent.

L’on pourrait aussi deviner l’influence de techniques surréalistes – même si je ne connais pas la relation de Brodsky avec le surréalisme. Et puis, cette fois-ci avec certitude, cette poésie en quête de liberté se fixe des limites formelles : l’élégie, le sonnet, les stances, des sextines approximatives, souvent des strophes de 4, 6, 3 ou 8 vers régulières.

Jaune soleil, Éric Chevillard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 29 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Jaune soleil, Éric Chevillard, éd de Minuit, 158pp, 18€

 

Lire jaune !

D’abord dire qu’Éric Chevillard met des couleurs aux titres. Pas comme le savant Pastoureau, plutôt en poète : Oreille rouge, Ronce-Rose, ce que Chevillard voit !

Ensuite Chevillard s’amuse. D’autres titres : Mourir m’enrhume, le premier de ses livres publié comme les autres chez Minuit ou Sans l’orang-outang, La nébuleuse du crabe ou L’explosion de la tortue.

Évoquons ce bestiaire afin de montrer le spectre large du monde chevillardien. Zoologique quoique sans limite ! Rien ne le retient, peu fait frontière. Éric Chevillard nous régalissime et nous fouririssime depuis 1987. Presque quarante ans et vingt-deux éclats de rire au compteur ! Le double si l’on lit la rubrique du même auteur en fin d’ouvrage, chez, Fata-Morgana notamment.