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Les Livres

Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Coudrier

Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx Éditions Le Coudrier – Mars 2025 Photographies : Philippe Colmant 72 pages – 18 € . Ecrivain(s): Philippe Leuckx Edition: Le Coudrier

En entrant dans les demeures anciennes, sans doute abandonnées, où Philippe Leuckx nous convie, nous sommes conduits à rejoindre le grenier des origines. Si d’aucuns disent qu’une exploration de l’inconscient s’appréhende par un voyage souterrain, le poète, hanté ici par un retour à l’enfance, choisit de nous garder au-dessus du sol, nous faisant monter ou descendre des marches. L’objet est donc ici d’être conscient de ses découvertes… Mais rien de ce que nous découvrons n’apparaît explicitement : nous nous trouvons plutôt dans une forme de recherche et d’évocation – une sensation nous traverse et nous interroge en même temps.

En fait, l’on pourrait dire que les poèmes de Philippe Leuckx sont comme des souffles existentiels – si l’on doit déterminer dans ce groupe nominal un pléonasme, gageons que l’adjectif « existentiels » porterait tout de même le sens d’une profondeur peu commune. Des souffles qui nous happent, nous ont donné l’impression d’avoir été confrontés à l’essentiel, une partie de cet essentiel. Mais tout a déjà expiré, et si la sensation s’est bel et bien manifestée, l’énigme demeure : « parfois il m’a semblé / toucher le cœur des choses / avec la main d’un autre / et le visage de l’étranger / et je n’ai rien vu / ni saisi ni compris / comme si le poème / fuyait ses propres mots / et le temps ses images » (p. 43)

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (Jean-Marie Bladier), ErosOnyx éditions, collection Documents, 2023, 204 p. 15 euros

C’est un document exceptionnel qu’ont publié en 2023 les éditions ErosOnyx. Les confessions d’un garçon de dix-sept ans qui, sans raison apparente, a tué de sang-froid un autre garçon de treize ans. C’était en 1905 dans le département du Cantal, au village de Raulhac plus précisément, à une trentaine de kilomètre d’Aurillac. À l’époque l’affaire avait fait un certain bruit parce que le meurtrier était un séminariste de Saint-Flour, appelé donc à devenir prêtre, et que le meurtre par décapitation apparaissait particulièrement brutal. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle est de nouveau mentionnée dans deux ouvrages généraux sur les grandes affaires criminelles et les tueurs en série avant que Philippe Artières ne lui consacre une étude spécifique en 2019 et que Vincent Le Port n’en fasse un film en 2022 (on trouvera dans la Préface tous les détails biographiques et bibliographiques).

Onze cahiers composent cette confession d’un genre particulier dont l’écriture a été suggérée par le docteur Alexandre Lacassagne, médecin-légiste de Lyon chargé de la contre-expertise médicale après un premier rapport défavorable des médecins d’Aurillac.

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis, Emily Dickinson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie, Points, En Vitrine, Cette semaine

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis – Éditions bilingue, Emily Dickinson, présenté et traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Reumaux D’équainville, février 2022, 304 pages, 9,90 € Edition: Points

 

Autant y aller dans la joie et la bonne humeur : la traduction de Reumaux, assortie en fin de volume de « notules » (vous reprendrez bien un peu de thé, ma chère, et prout ?), est agaçante au possible. À une langue souple et directe, il oppose les rigueurs d’un français existant dans son seul esprit : il fait partie de ces traducteurs immodestes qui se veulent plus poètes que l’auteur qu’ils traduisent. Donc, Reumaux massacre – et ce n’est pas grave, de toute évidence, puisqu’on l’a laissé en remettre une couche avec Dylan Thomas (le mec qui est parvenu à traduire Do not go gentle into that good night par Ne saute pas à pieds joints dans cette bonne nuit mériterait qu’on l’interdise de traduction – mais bon, sachant que c’est Josée Kamoun, la responsable de l’illisible « nouvelle traduction » de 1984 qui a pondu un Dictionnaire amoureux de la traduction, le règne des faussaires est loin de son terme), et que tout le monde y a trouvé son compte – il faut croire que personne ne lit ce qu’il fait avant de publier, il doit avoir des potes…

L'éboulis de l'être, Georges Didi-Huberman (par Frank Aïdan)

, le Mardi, 23 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Les éditions de Minuit

. Ecrivain(s): Georges Didi-Huberman Edition: Les éditions de Minuit

 

Lorsqu’il marche, le philosophe et historien de l’art, Georges Didi-Huberman, ne tarde jamais à penser. Dans son dernier livre, L’éboulis de l’être, alors qu’il est en route pour le temple d’Apollon Épikourios à Bassaé dans le Péloponnèse, il suffit de quelques lignes et dès le deuxième paragraphe du premier des cinq courts chapitres nommé Chemins qui mènent à l’éboulis, pour qu’il pense à Martin Heidegger (1889-1976) et à ses Chemins qui ne mènent nulle part (1950). Aussi à l’Origine de l’œuvre d’art (1935) du même auteur. Il commence alors par la description de la découverte par lui de cet ouvrage décisif (quand l’a-t-il lu ? les éditions successives) et enchaîne sur un croisement magistral. D’un côté, la marche vers le temple (chapitre premier), l’arrivée et la découverte de ce qu’il en reste sous la bâche destinée à le protéger de sa dégradation (deuxième et troisième chapitres), Heidegger aidant, un dégagement sur le temple grec en général, tout ensemble lieu de culte lato sensu et œuvre d’art (quatrième chapitre), enfin le départ du temple d’Apollon Épikourios au crépuscule avec le soir qui vient (dernier chapitre).

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

« Je ne me suis jamais senti un étranger en France. Lettres à mes amis français, Stefan Zweig, éditées par Brigitte Cain-Hérudent et Claudine Delphis, Paris, Albin-Michel, 2025, 602 pages, 26, 90 €.

 

« Si à si bonnes enseignes je sçavois quelqu'un qui me fut propre, certes je l'irois trouver bien loing ; car la douceur d'une sortable et aggreable compaignie ne se peut assez acheter à mon gré. O un amy ! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus nécessaire et plus doux que des elemens de l'eau et du feu » (Essais, III, 9, éd. Villey-Saulnier, p. 981). Il y avait du Montaigne chez Stefan Zweig ; Montaigne, à qui il consacra un livre demeuré inachevé. « Je lis ici Montaigne comme une découverte ; certains auteurs se révèlent à nous seulement à un certain âge et dans des moments choisis […] Je lis Montaigne maintenant chaque jour […] il n’y a que la liberté intérieure, et lui il l’avait comme peu de gens dans ce monde. C’est un auteur fortifiant », écrivait-il à Jules Romains depuis le Brésil (28 octobre et 3 novembre 1941, p. 540 et 542). L’écrivain autrichien avait reconnu dans le maire de Bordeaux un esprit parent du sien.

Entre autres vertus, Zweig possédait le don de l’amitié. Comme d’autres écrivains – Jean-Antoine de Baïf, Guillaume Colletet ou Théophile Gautier (le « bon Théo ») – il ne demandait qu’à se faire de nouveaux amis et à les traiter comme tels.