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Les Livres

L’étranger, Albert Camus (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 12 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’étranger, Albert Camus, Gallimard, coll. Folio, 2013, 183 pages, 8,70 €

 

Albert Camus (1913-1960) est précis dans sa préface à l’édition américaine de L’étranger (1955). Il écrit que Meursault est « étranger à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle ». Et lorsque le meurtre advient, c’est parce que tous ses sens sont hébétés, à l’image de ce passage de La Montagne magique de Thomas Mann (nouvelle traduction, Fayard, 2016) : « Un tournant du chemin donna vue sur une gorge rocheuse et boisée, enjambée par une passerelle, où s’abîmait la cascade, et, au moment où on l’aperçut, l’effet sonore atteignit son paroxysme dans un effroyable tohu-bohu. Les masses d’eau se précipitaient à la verticale en une seule cataracte haute de sept à huit mètres, également d’une largeur considérable, avant de retomber, blanches, sur des rochers. En s’abattant, elles faisaient un tapage insensé, avec toutes les tonalités et intensités sonores pêle-mêle, coups de tonnerre et sifflements, hurlements, clameurs, cuivres, détonations, crépitements, vrombissements, carillonnements à hébéter tous les sens ».

Erev. À la veille de…, Eli Chekhtman (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Buchet-Chastel, Cette semaine

Erev. À la veille de…, novembre 2018, trad. yiddish Rachel Ertel, 816 pages, 27 € . Ecrivain(s): Eli Chekhtman Edition: Buchet-Chastel

 

« C’est un chef-d’œuvre, achetez-le, faites-vous le offrir, procurez-vous le par tous les moyens légaux et lisez-le ». Voilà ce qu’on a envie d’écrire à propos d’Erev, et la recension pourrait s’arrêter là. On se sent néanmoins obligé d’en dire davantage.

Au moment où ce compte rendu est rédigé, l’encyclopédie en ligne Wikipédia, accueillante aux politiciens de tous bords, si insignifiants soient-ils, aux acteurs du huitième rang et aux peintres du dimanche après-midi, ignore qui fut Eli Chekhtman (1908-1996), écrivain russe d’expression yiddish qui acheva sa vie en Israël ; comme un autre auteur important, Abraham Sutzkever (1913-2010). Bien qu’honorée par un Prix Nobel (avec Isaac Bashevis Singer, en 1978), la littérature yiddish, sa poésie, ses pièces de théâtre, ses journaux (l’épée d’académicien d’Alain Finkielkraut s’orne de l’aleph hébraïque, en souvenir du quotidien yiddish que lisait son père), la littérature yiddish est une Atlantide engloutie, alors que la langue fut pratiquée sur une grosse moitié du continent européen (de l’Alsace à la Russie). Erevest une lumière qui nous vient d’un monde aboli.

Les musiciens du Stalag 1A, Olivier Barli (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les musiciens du Stalag 1A, Editions Jourdan, février 2019, 165 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Olivier Barli

 

Aimez-vous Brahms ?

Hector Berlioz affirmait que « La musique et l’amour sont les deux ailes de l’âme » ; Paulina Szmukler a été dotée très jeune de l’aile de la musique. Son fils, Olivier Barli, raconte dans quelles circonstances elle a rencontré l’amour et son futur mari.

Paulina, née à Kiev d’une père polonais, est une jeune pianiste prodige qui a étudié au conservatoire de Varsovie. Ébloui par ses dons, son professeur, qui la compare au grand Vladimir Horowitz l’incite, en plus des nombreuses pièces de Chopin qu’elle travaille, à apprendre aussi « le deuxième concerto de Brahms, l’un des plus difficiles du répertoire romantique ». En 1937 elle participe au prestigieux concours Chopin de Varsovie où seule sa judéité l’empêche d’obtenir l’un des premiers prix. Après l’invasion de la Pologne en 1939, elle se retrouve enfermée dans le ghetto de Varsovie ; elle parvient à s’en évader à l’aide de la complicité d’un médecin et de faux papiers. Mais elle finit par être dénoncée un jour de 1942, « où une grosse voisine polonaise très pieuse, cultivant avec zèle l’art de la délation, sentit qu’une nouvelle proie pourrait s’ajouter à sa liste ». Elle est envoyée à Treblinka.

Le Grand Veneur des âmes, Max de Carvalho (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 11 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Grand Veneur des âmes, Max de Carvalho, Arfuyen, février 2019, 171 pages, 16 €

 

Maison d’âme

Je commence ces lignes pour mettre en lumière l’intérêt que j’ai pris au dernier livre de Max de Carvalho. En effet, je vois ici ou là de grands massifs conceptuels, ce qui ne permet pas de résumer cette profusion, la prolixité de cette poésie, qui tient tout autant, peut-être, de la contingence comme l’exprime en un sens André Frénaud, tout en allant vers une expression plus ample et plus englobante, comme on en rencontre dans la poésie de Jean de la Croix. D’ailleurs dès le titre nous sommes informés. Ce chemin intérieur qui se donne à lire, tourne autour de la question de l’âme, et de toute la complexité de cette épithète. Ainsi, qui est ce veneur des âmes ? Quelles âmes poursuit-il ? Est-ce une question de sauvagerie, comme l’indique le caractère violent du veneur ? L’âme a-t-elle quelque chose de solide pour être pourchassée ? Est-elle mise au rang du poème lui-même, ce qui décrirait un poète en quête ? Peut-elle d’ailleurs être contenue dans un poème ? Ou est-ce plus simplement voir une âme résider et abonder dans la grande spiritualité occidentale, humaniste et propre à la sagesse gréco-latine ?

Le théâtre et son double, Antonin Artaud (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 10 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Payot Rivages, Théâtre, Cette semaine

Le théâtre et son double, février 2019, 256 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Antonin Artaud Edition: Payot Rivages

 

Avant même qu’il expérimentât les effets hallucinogènes du peyotl lors de son séjour mexicain en 1936, Antonin Artaud (1896-1948) fut traversé par une vision iconoclaste du théâtre comme d’autres sont frappés par la foudre de l’éros sur l’asphalte maculé des grandes métropoles sevrées de stupre et de stupeur. Avec sa ferveur et sa franchise coutumières, Antonin Artaud livre dans cet essai paru pour la première fois en 1938 sa conception tranchante de l’art théâtral.

 

Ainsi parlait Artaud

« Une vraie pièce de théâtre bouscule le repos des sens, libère l’inconscient comprimé, pousse à une sorte de révolte virtuelle ». Artaud exalte un théâtre qui retourne le cœur, éprouve les nerfs, révulse les sens. D’après lui, loin d’être une distraction anodine, une partie de plaisir, un agrément bourgeois, la mise en scène doit produire, par la manifestation des passions les plus sombres, par l’extraction des affects les plus enfouis, une véritable catharsis au cours de laquelle le spectateur se purge de ses résidus fantasmatiques les plus troubles :