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Les Livres

Le loup et les sept chevreaux, Philippe Lechermeier, Charline Picard (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 14 Novembre 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Le loup et les sept chevreaux, Philippe Lechermeier, Charline Picard, Gallimard Jeunesse, Coll. Mes contes à déplier, juin 2022, 32 pages, 12,90 € Edition: Gallimard Jeunesse

 

Loup solitaire

Un autre album vient compléter la jolie Collection Mes contes à déplier, dans lequel l’auteur, Philippe Lechermeier, signe à nouveau la variante d’une fable, d’après un conte populaire allemand qui figure parmi ceux recueillis par les frères Grimm. L’action commence de suite par trois coups de théâtre « Toc, toc, toc ! », juste après la mise en garde de mère chèvre. L’auteur construit son récit en introduisant des dialogues souvent de style indirect. Ici, la référence au Petit Chaperon rouge est nette mais ce sont des animaux anthropomorphisés qui entrent en scène, les sept chevreaux. Le chiffre sept a une forte charge symbolique, comme par exemple dans Le Loup et les Sept Chevreaux, Blanche-Neige et les sept nainsles sept marraines de La Belle au bois dormant chez Charles Perrault, les sept fils dans le conte Le Petit Poucet et les bottes de sept lieues ou encore les Sept voyages de Sinbad le marin. En outre, « montrer patte blanche » fait penser à la fable de La Fontaine, Le Loup, la Chèvre et le Chevreau (1668), elle-même inspirée d’une fable d’Ésope.

Filaments, Elisa Biagini (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 14 Novembre 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Filaments, Elisa Biagini, éditions Le Taillis Pré, juillet 2022, trad. italien, Roland Ladrière, 160 pages, 18 €

 

Contenir

Grâce à cette traduction depuis l’italien, Roland Ladrière nous fait découvrir la poésie d’Élisa Biagini. Cela est important que l’écoute de la poésie se diffuse et s’agrandisse à un lectorat international, dessinant le profil d’une poétesse dont l’expression est tenue.

 

rassembler partout

dans la sphère mais au centre

le silence tout seul

Fils unique, Stéphane Audeguy (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 10 Novembre 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Roman, Folio (Gallimard)

Fils unique, Stéphane Audeguy, 322 pages, 8,40 € Edition: Folio (Gallimard)


Jean-Jacques Rousseau mentionne en quelques lignes dans Les Confessions l’existence d’un frère aîné contraint, suite à quelques écarts de conduite et surtout à une altercation ayant provoqué mort d’homme, de quitter la demeure familiale et Genève pour échapper à la police. Il semble que notre Jean-Jacques national n’ait ensuite plus jamais eu ou plus jamais cherché à avoir de nouvelles de son frère. L’auteur s’est emparé de cette révélation pour faire écrire l’histoire de François Rousseau, né en 1705, par lui-même à la première personne, comme en une sorte de « Confessions » parallèles.

L’adolescence de François se déroule à Genève. Le jeune Rousseau, qualifié de « polisson » par Jean-Jacques, son cadet de dix ans, effectue un séjour en maison de correction à l’âge de treize ans et s’initie ensuite au métier d’horloger, tout en bénéficiant, selon l’auteur, de la tutelle équivoque et de la férule pédago-philosophique d’un certain marquis de Saint-Fons, grâce à la protection, aux relations et à l’assistance de qui, après l’homicide involontaire, le fugitif vivra quelques années tranquilles en France.

Un Passage au Maroc, Alain Gorius (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 10 Novembre 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Voyages, Al Manar

Un Passage au Maroc, Alain Gorius, Al Manar, 2019, photographies, Abderrazzak Benchaâbane, 48 pages, 16 € Edition: Al Manar

 

Ces « notes » d’un ami fervent du Maroc et de ses gens ont pour but de garder des traces d’un « passage », dans ce pays aimé, celui de l’Extrême-Couchant comme Gorius le nomme. Pour dire ces « moments de vie » passés au contact chaleureux des Marocains, humbles ou plus connus, gens de la rue ou artistes, peintres, écrivains, poètes, l’auteur a fait appel, au-delà de ses textes, aux belles photographies de Benchaâbane, en noir et blanc, portraits, scènes de rues ou paysages, femmes au bord de l’océan, visages burinés, regards vifs et intenses. Les voyages ne laissent pas indemnes et c’est leur grandeur que de grappiller la beauté pour qu’elle ne s’étiole pas.

En vingt-quatre courts fragments, d’une prose très poétique, Alain Gorius énonce ses préférences, ses choix, ses pérégrinations. Ses blasons nous valent des textes tendus et tendres, jamais complaisants, avec la distance de l’écriture et du cœur. Et ses textes vibrent, comme le rappel des choses à conserver coûte que coûte. C’est le portrait de femmes, leur beauté insolente ou cachée ; c’est celui d’artistes comme Kacimi, peintre et poète, comme Mohamed Abouelouakar, ou encore à l’image du poète longtemps enfermé à Kenitra, Abdellatif Laâbi.

Sauvegarde, Journal 2001-2003, Imre Kertész (par Olivier Verdun)

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 09 Novembre 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Pays de l'Est, Actes Sud, En Vitrine, Cette semaine

Sauvegarde, Journal 2001-2003, Imre Kertész, Actes Sud, 2012, trad. hongrois, Natalia Zaremba-Huzsvai, Charles Zaremba, 223 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Imre Kertész

 

« La vie est une erreur que même la mort ne répare pas » (Imre Kertész, Sauvegarde, p.82).

« Depuis notre naissance, nous sommes des prisonniers condamnés à mort ; moi, le destin me le rappelle sans cesse. Et comme je suis partisan des principes raisonnables, je ne peux en vouloir à personne pour cela. De ce point de vue, Job avait la partie facile, avec son Dieu amateur de paris » (ibid., p.87).

Pour ceux qui ne connaissent pas Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, il faut lire Sauvegarde, le journal que le grand écrivain hongrois a tenu de 2001 à 2003. On y découvrira un homme au soir de sa vie, diminué par la maladie de Parkinson qui restreint l’usage de sa main et qui le contraint à tenir son journal grâce à un ordinateur – un homme profondément lucide sur le monde et sur lui-même, taraudé par les « humiliations physiques de la vieillesse », arpentant les « antichambres grises de la mort », un homme d’une sincérité absolue, à l’ironie subtile et jamais cynique, qui n’hésite pas à déclarer, avec la verve qu’on lui connaît : « Je ne suis pas un humaniste, il me reste encore quelque sentiment humain ».