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Les Livres

Verveine et Venin, Annie Perec Moser (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Verveine et Venin, éditions Le Coudrier, juin 2018, 71 pages, 18 € . Ecrivain(s): Annie Perec Moser

 

Annie transcende le désir de la chose à portée de main en lui offrant des confrontations d’idées sublimes dans les images ; ainsi l’orange convoitée est mise en parallèle avec le soleil : « Oui, toutes les pensées de la petite malade se résumaient à ce désir d’orange, sève de vie, acidulée, bienfaisante, qui devrait l’éloigner de loin, très loin du soleil cognant et meurtrissant sa chair ».

En effet, l’auteur se sert de l’exotisme des mots pour « parer de volupté » le décor du voyage ressenti plutôt que de se contenter du voyage « organisé ».

Fausse ingénue de la réalité, ses messages sont ainsi encore plus forts.

Etonnante par son approche de la poésie « à la Prévert » dans le ton, l’auteur effleure les grands classiques de la force d’un Apollinaire :

Les Mirages de la certitude, Essai sur la problématique corps/esprit, Siri Hustvedt (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les Mirages de la certitude, Essai sur la problématique corps/esprit, Siri Hustvedt, Actes-Sud, mars 2018, trad. anglais (USA) Christine Le Bœuf, 408 pages, 23,50 €

 

À plusieurs reprises, George Steiner a constaté – pour le déplorer – que les écrivains composaient leurs œuvres sans le moins du monde tenir compte des avancées scientifiques considérables accomplies au cours des dernières décennies : « Aujourd’hui, la grande aventure de l’âme, ce sont les sciences qui se trouvent placées devant les trois portes – ne disons pas ultimes mais phénoménales : réussir à créer de la vie humaine complètement in vitro, et à la cloner ; comprendre ce qu’est le moi, la conscience […] ; découvrir les limites de l’univers en déterminant quand a commencé le temps (les recherches comme celles de Stephen Hawking). Devant de telles questions, que voulez-vous, j’éprouve un certain ennui à lire un roman sur le thème d’un adultère à Neuilly. Les écrivains de nos belles-lettres ne veulent pas suer un peu, faire le boulot pour avoir une approche, même la plus rudimentaire, de l’univers de l’imagination dans les sciences et de cette poétique de l’énergie pure qu’on y trouve » (Le Monde de l’éducation, décembre 1999, p.19a-b ; repris dans Pierre Boncenne, Faites comme si je n’avais rien dit, Le Seuil, 2003, p.537-538).

Mordre l’essentiel, Christophe Esnault (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Mordre l’essentiel, Christophe Esnault, Tinbad-Poésie, mai 2018, 332 pages, 26 €

Dans la vie après tout, tout n’est-il pas question de syntaxe (désaxée, normative ou transgressée) et de style ? Avec le don, ou pas, d’une voix singulière. Nous en avons une ici, la voix singulière de Christophe Esnault. Étonnante, décalée, pour la meilleure envergure. Amplifiée par ses ratures, pour « rater encore » ; augmentée par ses vomissures ; ses raclures où morfler, renifler / expectorer (plus que respirer, « respirer, c’est déjà cautionner un système »).

« Ce que vous avez pris pour mes œuvres, écrivait Artaud, n’étaient que les déchets de moi-même, ces raclures de l’âme que l’homme normal n’accueille pas ». Nous y sommes.

Quand le lecteur recevra ce livre il y replongera, forcément, pour « rater mieux » sa vie ordinaire. Y reviendra, se retournera tous ses sens déréglés, biffera peut-être l’ambition secrète de devenir un jour « un écrivain » si ce n’était qu’écrivain « raté ordinaire » ou reverra sa posture en crevant la baudruche de ses illusions. Les autres souriront de découvrir, dans le style de Christophe Esnault, l’invisible d’évidences tues au quotidien surgir ici la tête de l’eau, une succession de situations absurdes nommée Vivre, une « altérité du ratage. Ou l’inverse ».

Le garçon, Marcus Malte (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Le garçon, août 2018, 592 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Marcus Malte Edition: Folio (Gallimard)

 

Écrit par Marcus Malte et publié chez Zulma en 2016, Le garçon vient de sortir en poche chez Folio. Contrairement à flopée de spécimens, cette promotion n’est pas usurpée, pas plus que l’attribution du prix Femina 2016. Le garçon est un roman d’aventures par excellence, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire que le héros se nourrit d’expériences advenues par hasard ou par accident, se confronte à une multitude d’évènements pour ainsi dire concoctés par les émissaires invisibles du destin. En l’occurrence, ce roman initiatique déroule le périple d’un enfant sauvage et mutique catapulté dans le monde, projeté dans le tourbillon de l’Histoire, propulsé dans la France du début du vingtième siècle.

Durant la scène d’ouverture, poignante et crépusculaire, le garçon de 14 ans porte sa mère agonisante sur le dos, cheminant péniblement vers la mer. Celle avec qui il a toujours vécu en reclus meurt et le laisse seul face à son destin. Le garçon entame alors une errance sur les chemins de France, laquelle s’achèvera de l’autre côté de l’atlantique : « C’est l’incontrôlable pulsion du dromomane qui le meut ».

Histoire d’un chien mapuche, Luis Sepúlveda (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Métailié, Contes, Jeunesse

Histoire d’un chien mapuche, octobre 2018, trad. De l’espagnol (Chili) Anne Marie Métailié, dessins Joëlle Jolivet, 98 pages, 7 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

Il n’en a pas toujours été ainsi mais aujourd’hui, force est de constater que le roman représente un, sinon le genre prééminent dans le paysage littéraire. Faut-il pour autant bouder les autres genres, ceux dits mineurs, tels que la nouvelle, le conte ou encore la poésie ? C’est une question ouverte qu’il serait intéressant de poser à Luis Sepúlveda, ce conteur si talentueux qu’il serait bien capable d’attendrir les âmes les plus endurcies. Histoire d’un chien mapuche fait partie de ces contes merveilleux abolissant naturellement les frontières entre le réel et l’imaginaire sans toutefois verser dans l’écueil d’une littérature dite de jeunesse, tout à fait méritoire, certes, mais qui, comme son nom l’indique, ne serait destinée qu’à un jeune lectorat. Aussi les adultes y trouveront-ils également leur compte, et quel conte !

Le narrateur est un animal, un chien nommé Afmau. D’abord recueilli par Nawel, le jaguar, il est ensuite adopté par les Mapuches, une communauté d’hommes, avec laquelle il vit des jours heureux. Mais Wenchulaf, le chef indien de cette communauté, est tué par des hommes blancs et son clan logiquement chassé du territoire. Capturé par les assaillants, Afmau perd son nom propre et devient « le chien ».