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Les Livres

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray, Editions du Petit Pavé, 2010, 132 pages, 15 €

 

Ce recueil de nouvelles se tient comme un funambule adroit sur la corde séparant le rêve et la réalité : d’une part, en raison des différents genres qui sont représentés dans ces nouvelles ; d’autre part, par le fait qu’on y rencontre à la fois des personnages pleinement imaginaires et l’auteur lui-même, exposant des souvenirs à la teinte réaliste ou, au contraire, immergés dans le fantastique.

Ainsi, Le souterrain nous conduit vers un souvenir de jeunesse de Jean Boisdeaufray, condamné à être un découvreur solitaire et incompris, mais seul détenteur d’un secret qui persiste à enchanter son enfance et à lui rendre une saveur particulière. C’est l’une des nouvelles les plus émouvantes de ce recueil.

D’une manière différente, Les cavaliers de Noël s’appuie également sur la mémoire du jeune professeur qu’était Jean Boisdeaufray, mais pour nous emmener, cette fois-ci, dans un mystère qui se tient aux portes du merveilleux et de l’historique.

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Aquapoèmes, Laetitia Extrémet, Editions Le Chat Polaire, juin 2020, ill. Sabine Lavaux-Michaëlis, 84 pages, 12 €

 

Comme détachée de la marée à « son corps défendant », l’auteure, un peu druidique, semble donner du sens à la primauté originelle : « il me faudrait alors à l’aube remonter/ dans sa robe d’airain et son écrin cuivré/ cette lumière liquide des soleils du matin/… ».

Se révèle progressivement quelque chose de la Genèse à vouloir se sentir autre ; « alors je crie entre les lignes/ priant qu’on ne m’entende pas/ je n’ai que le silence à offrir/ et l’odeur des orages ».

Le thème marin, depuis certains poètes antiques jusqu’à Saint-John Perse, est universel, le poète niant rarement cette force originelle.

Chez Laetitia, il s’agit cependant d’autre chose, une expression sans doute plus maternelle dans le sens même de se sentir presque liquide amniotique. On peut même dire, je crois, qu’il y a une sorte de privation, d’arrachement avec davantage de force que de regret et aussi une grande certitude :

« J’excelle dans cet exil/ à n’être que d’écume ».

Paris-Berry Nouvelle Vague, Thomas Morales (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 09 Septembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Paris-Berry Nouvelle Vague, La Thébaïde, juin 2020, 109 pages, 12 € . Ecrivain(s): Thomas Morales

 

« Le lecteur n’attend pas une leçon de morale vaseuse ou un tirage à la ligne fainéant. Il veut que les mots s’entrechoquent, que la phrase ne soit pas en salle de réanimation, que l’article suspende le temps, durant juste quelques minutes. C’est trop demander, j’en conviens, nous sommes à l’ère du formatage en cascade et des réciteurs subventionnés. Longtemps dans nos journaux, il y eut des feuilletonistes qui piquaient notre curiosité à vif, ils nous prenaient à rebours et nous aimions ça ».

Thomas Morales, grand lecteur de Vialatte, de Bernard Frank, de Jules Renard, s’est retiré le temps du confinement dans sa campagne berrichonne. Il s’est mis au vert, le temps d’écrire ce petit livre intempestif, au style affûté comme celui de Serge Blanco, que l’on surnommait le Pelé du rugby quand il portait le numéro 15 de l’équipe de France de Rugby. Et comme l’ancien joueur du Biarritz Olympique, il possède l’art de l’évidement, du contre-pied, l’art de s’intercaler, de prendre de la vitesse et de laisser ses adversaires perdre pied, devant sa vélocité lyrique.

Le Labérynthe, Mireille Huchon (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 09 Septembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Le Labérynthe, Mireille Huchon, éd. Droz, décembre 2019, 300 pages, 22,80 €

Le petit milieu des spécialistes universitaires du XVIe siècle abrite la même proportion de génies, de crapules, de bons, de brutes, de justiciers, de traîtres et de saints que n’importe quelle autre communauté professionnelle. Il se livre aux mêmes activités que tous les universitaires du monde : enseigner (ou essayer de le faire), publier, organiser des colloques, chercher des financements, se chamailler par revues interposées. C’est également un milieu savant où (à l’instar des études grecques, par exemple), le temps des grandes découvertes est passé. La probabilité de découvrir un roman inconnu de Rabelais ou des essais inédits de Montaigne est virtuellement nulle. Exhumer ne serait-ce qu’un quatrain de Ronsard qui eût échappé aux investigations antérieures relève déjà de l’exploit.

Auteur de la remarquable édition de Rabelais dans La Bibliothèque de la Pléiade, Mireille Huchon a, voici quelques années, brisé un tabou – au sens anthropologique du mot – en affirmant que Louise Labé n’a pas existé (Louise Labé, Une créature de papier, Droz, 2006) ou, en tout cas, que si une nommée Louise Labé, qu’elle eût ou non été prostituée de luxe, a réellement parcouru les rues du vieux Lyon, elle n’est pas l’auteur du très mince recueil (662 vers) paru sous son nom en 1555.

L’absence intérieure, Thierry Pérémarti (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 09 Septembre 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gros Textes

L’absence intérieure, Thierry Pérémarti, 122 pages, 8 € Edition: Gros Textes

 

146 courts poèmes tricotent les pelotes du temps dans ce corpus de Thierry Pérémarti, L’absence intérieure, dont il nous est précisé à l’entrée du livre que « les huit premiers poèmes (…) furent initialement publiés dans la revue Décharge (n°170, juin 2016) », que le poème d’ouverture le fut « également dans la revue Ecrit(s) du Nord des Editions Henry (n°31-32, octobre 2017) et sur le blog du poézine Traction-Brabant (novembre 2017) ». Entre juillet 2015 et juin 2016, ces incises impressionnistes du quotidien se sont écrites, au fil du temps chaotique ou étale modulé selon les inconstances des états intérieurs creusés, parfois, jusqu’à attaquer l’absence. Comme nos navigations nous jettent parfois dans les errances du doute et nous voient à notre insu attaquer la falaise, ici ce qui était au départ « quiétude » attaque « l’absence intérieure » au courant de « l’entassement / des heures en marge », d’une « lumineuse pénombre », dans le « silence pesant » de « l’attente » tendue vers « le foudroiement des certitudes ». Quelque chose s’est rompu de l’éternité augurale de l’amour, « rosée première », qui laisse advenir l’ombre autour du « Je nous » initial