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Les Livres

Pyramides de l’œil, Bruno Sibona (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Pyramides de l’œil, Editions PhB, mai 2018, 83 pages, 10 € . Ecrivain(s): Bruno Sibona

 

Bruno Sibona parcourt l’imaginaire, en long, en large, en travers, en hauteur et en profondeur. En ses voyages tous azimuts, bousculant, bouleversant et tordant les aires spatiales et les ères temporelles, il vous entraîne dans un lire-délire extravagant où les éléments, les détails, les informations, vos connaissances de l’Histoire et votre vision du monde se télescopent, entrent en fusion et en fission comme les ions fous, cursifs et frénétiques d’un réacteur nucléaire incontrôlé, puis se réassemblent sous des formes inédites, de la molécule à la galaxie, en un univers totalement recomposé.

Le titre d’un des poèmes illustre parfaitement ce découpage : Cheval et chariot se séparent.

Impressive opération de dissociation…

La vision, évidemment jamais statique, défile comme les images d’un film tournant à toute allure. Elle vous a tantôt un air de pré-apocalypse, tantôt un aspect de la planète d’après la fin de l’homme, où se profile une évolution inversée des espèces animales vers un retour à la matrice marine originelle.

Ma vie dans les monts, Antoine Marcel (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits, Editions Arléa

Ma vie dans les monts, avril 2018, 226 pages, 17 € . Ecrivain(s): Antoine Marcel Edition: Editions Arléa

 

Après avoir, comme on dit familièrement, roulé sa bosse et exercé des professions aussi diverses que, parfois, surprenantes, dont celle de scaphandrier sur (ou plutôt sous) une plate-forme pétrolière au large de l’Afrique, Antoine Marcel, auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux spiritualités orientales, s’est retiré dans un coin de France qui s’appelait jadis la Xaintrie, entre la Corrèze et le Lot, plus précisément dans la commune d’Altillac, où réside déjà une autre personnalité, Marcel Conche, dont c’est le village natal. Le philosophe d’Épicure en Corrèze est également (ce n’est pas l’aspect le mieux connu de son œuvre) traducteur de Lao-Tseu.

Ma Vie dans les monts revêt la forme d’une suite de notations non datées, alternant considérations sur le zen et remarques sur l’existence quotidienne dans une campagne reculée. Pour un lecteur qui réside dans une grande ville et passe plusieurs heures chaque jour dans des métros ou des trains de banlieue, les remarques sur le bois qu’il faut couper et empiler, le terrain environnant à entretenir, les arbustes à planter, seront d’un exotisme roboratif. Pour quelqu’un qui se trouve dans la même situation qu’Antoine Marcel et qui accomplit les mêmes besognes, de telles observations seront banales.

Œuvres complètes, Franz Kafka, La Pléiade (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Nouvelles, La Pléiade Gallimard

Œuvres complètes, Franz Kafka, La Pléiade, Gallimard, octobre 2018, Tome I, Nouvelles et récits ; Tome II, Romans, trad. allemand 60 € et 55 € jusqu'au 31/03/19 . Ecrivain(s): Franz Kafka Edition: La Pléiade Gallimard

 

Franz Kafka et les célibataires endurcis

Le héros de Kafka est un homme, sans monde, sans famille. C’est un « fils » déshérité, un homme perdu au milieu du monde ou de rien – ce qui est pour lui un peu la même chose. Face à lui – et non seulement dans la Lettre au père – la figure de ce dernier est celle du despote. Elle se développe suivant les œuvres de diverses manières.

Parfois il s’agit du géniteur mais le plus souvent c’est une entité, une machine qui réduit le héros à « un point minuscule » comme le rappelle Robert Lapoujade dans Les existences moindres. Le héros – du moins ce qu’il en reste – est par excellence dépossédé de tout et de lui-même. Sa vie quoique tragique n’est même plus une destinée mais une suite d’instants.

Cette nouvelle édition par ses traductions plus nerveuses et précises montre un être dont le corps lui-même n’est plus sa propriété. Assis, il est plus proche de sa chaise que de lui-même.

À propos de Symptômes, Lectures transversales de l’art contemporain, Éric Suchère (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Symptômes, Lectures transversales de l’art contemporain, Éric Suchère, L’Atelier contemporain, septembre 2018, 168 pages, 20 €

Notes légères

La bonne maison d’édition L’Atelier contemporain publie l’ouvrage récent d’Éric Suchère, intitulé Symptômes, Lectures transversales de l’art contemporain accompagné de photographies de qualité. Éric Suchère aborde des définitions de l’art dit contemporain, en pointant ses manifestations tautologiques. Mais la tautologie n’est-elle pas un des aspects de l’art, de ses fables et de ses affabulations ? Sachant que tout art est affabulation, toute forme d’art, qu’il soit figuratif, abstrait ou performatif, constitue une fable, un prélèvement subjectif du réel, une reconfiguration narrative (même si elle parle pour elle-même). L’auteur introduit en rappel l’importance des mouvements de mode, se référant en cela à Georg Simmel (1858-1918), célèbre penseur de l’interdisciplinarité des formes sociales. Ou pour le dire autrement, la prééminence du hic et nunc qui gomme l’Histoire et l’avenir, dans un va-et-vient de nécessité du changement permanent [qui] implique que la mode s’épargne en réactualisant sans cesse ce qui est déjà passé de mode – et, en cela, la mode perd son rapport de pertinence avec le présent, avec le temps. Un ruban de Moebius…

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, Pierre Patrolin (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 05 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, P.O.L

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, octobre 2018, 172 pages, 17 € . Ecrivain(s): Pierre Patrolin Edition: P.O.L

 

La rivière sans retour

L’écriture est une maladie dont on ne guérit pas : Duras l’avait dit, Patrolin le confirme. Il prouve que celui qui s’y engage est ravi, capturé et que rien n’y fait. Son livre devient en conséquence l’histoire d’une fiction qui s’écrit et le roman de l’impossible arrêt de l’écriture.

Ces deux « fils » se tissent, s’entremêlent en ce qui tient d’un échec et d’un désastre. Et d’une réussite. On croit d’abord que la décision d’arrêter d’écrire est au centre de l’histoire, des histoires. Mais c’est l’inverse qui se passe. Entre bordure et absence il existe bien plus que des didascalies du silence mais son perpétuel débordement. Le « comment-taire » est impossible : ne demeure que son commentaire.

Rien ne se passe – du moins en ce qui concerne le désir d’arrêter le cours de la rivière sans retour où tout baigne (héroïne et feuilles de papier). L’écriture se voudrait barrage, elle n’est que typhon au sein de ce qui tient d’une mise en abyme, d’un éblouissement, de la nécessité fatale de l’écriture et de son travail de résistance.