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Mercure de France

Le Mercure de France est à l'origine une revue française, fondée au xviie siècle sous le nom de Mercure Galant, et qui évoluera en plusieurs étapes, à travers divers rebondissements, pour devenir une maison d'édition au xxe siècle. (Groupe Gallimard)

Le goût de la beauté, Textes réunis et présentés par Jacques Barozzi

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 15 Janvier 2018. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie

Le goût de la beauté, novembre 2017, 112 pages, 7,50 € Edition: Mercure de France

Le bottin du beau

Crépuscule purpurin. Remontée des Champs Élysées de la littérature. Coulée de murmures. Crème de la bipédie. Chemises blanches ouvertes au col. Roulements de tambours. La Beauté déboule, avec un grand B. Avec sa pompe, ses strass et toute sa cour. Une parade somptueuse dégoulinante de nobles intentions. Les plus grands noms de la philosophie et de la littérature convoqués hic et nunc à la tribune : Platon, Pascal, Kant, Nietzsche, Plotin, Bergson, Montaigne, Stendhal, Proust, Genet, Duras, Ovide, Hugo, Apollinaire… et cetera et cetera et cetera. Que des étoiles brillant longtemps après leur mort. Ça tombe mal, le ciel se couvre…

Chaque sommité est sommée de déclamer ex cathedra sa perception de la beauté. Sommairement, de préférence. Car les plénipotentiaires du pensum, encravatés et dûment labellisés, attendent en rang serré et file indienne, aréopage processionnaire, avides de répandre leurs lumières sur des spectateurs fébriles et autres pécores émerveillés. Kek’sé donc la beauté ? Un torrent dans la montagne pour Rousseau, Venise pour Sollers, Paris pour Balzac, la vertu sous forme de courage, de justice et de générosité pour Aristote, la bonté pour Flaubert, patati patata… Premier barbiturique.

La France en automobile, Edith Wharton (2ème critique)

Ecrit par Jean Durry , le Mardi, 07 Novembre 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Voyages

La France en automobile, trad. anglais Jean Pavans, Préface Julian Barnes, 176 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Edith Wharton Edition: Mercure de France

 

« Publié aux Etats-Unis en [octobre] 1908 avec succès, La France automobile n’avait jamais été traduit en français jusqu’à aujourd’hui », souligne le « Prière d’insérer ». Grâce donc au traducteur Jean Pavans et au Mercure de nous en faire le cadeau, complété ou plus exactement précédé d’une substantielle préface de Julian Barnes. A quel point Edith Newbold Wharton fut un écrivain d’abondance aux innombrables publications, on en est en général assez ignorant, il faut l’avouer, et du fait qu’en 1921 son roman Le Temps de l’innocence reçut – rare pour une femme – le Pulitzer.

C’est en France que cette grande voyageuse se fixera en 1907, à 45 ans (née à New-York en 1862) ; et qu’elle vivra la seconde partie de sa vie : à Paris – dix ans rue de Varenne à compter de 1910 –, puis au sortir du conflit mondial – qu’elle chronique dans La France en guerre – à Saint-Brice-sous-Forêt (Val d’Oise) ainsi qu’à Hyères en son Castel Sainte Claire. Son divorce en 1913 est une autre marque de son indépendance d’esprit.

Le goût du Portugal, collectif

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 31 Octobre 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie

Le goût du Portugal, collectif, mai 2017, 126 pages, 8 € Edition: Mercure de France

 

De la petite collection érudite qui donne « le goût » des choses variées (café, Afrique, et autres merveilles), ce volume présenté par Jacques Barozzi et qui en a établi les textes d’anthologie.

Le même principe préside : faire connaître par le biais de textes d’auteurs de différentes périodes, et forcément, il s’élève de l’ensemble une sorte de charme imparable, puisqu’on est entré comme par effraction douce dans l’intime connaissance, ici, d’un pays.

Le Portugal, ce n’est pas certes seulement Monsieur Personne, Fernando Pessoa, toute une littérature à lui seul (selon le mot de Bianciotti), et en dépit du grand rayonnement de l’auteur à hétéronymes multiples (72 selon la spécialiste Teresa Lopez), il reste que de nombreux écrivains de grande qualité diffusent eux aussi une manière d’éclat sur ce petit pays, à la culture riche et féconde.

Qui ne dit mot consent, Alma Brami

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 24 Août 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Qui ne dit mot consent, 24 août 2017, 176 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Alma Brami Edition: Mercure de France

 

Alma Brami ne finit pas de poser les questions de l’identité d’un couple, de son seuil de tolérance et par voie de conséquence celle de l’apparentement selon la voie du dehors et du dedans. Au vu des autres, le couple est parfait. Dans l’intimité il n’en va pas de même. Et la narration devient peu à peu exsangue d’illusion. Fait place la radicalité du réel alimenté par un fin renard.

Celle qui doit à l’attention de son mari la venue chez elle d’amies pour la réconforter va vite déchanter. L’époux modèle recrute ces femmes par petites annonces : mais du chevet de l’épouse esseulée au lit du mari il n’y a qu’un pas. Les femmes se succèdent et s’effeuillent au gré des envies et des lassitudes de celui qui néanmoins retourne toujours dans le giron de sa première des femmes même si elle finit par passer en dernier… Le tout en une série de mises à mal pour le profit d’un mâle qui fait de chaque venue une relique.

L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 19 Juillet 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’hirondelle rouge, février 2017, 128 p., 12 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

 

Ce fut sans doute la mort de sa mère en mai 2016 qui amena Jean-Michel Maulpoix à écrire L’hirondelle rouge pour accompagner dans « leur puits de nuit » ce père qu’il avait « laissé partir » et entendit alors « gémir sous la terre », comme cette femme qui somnola longtemps dans l’antichambre de la mort avant de s’éteindre. A écrire « juste des paroles pour notre ici-bas : la mémoire de ceux qui s’en vont et la consolation de ceux qui restent ». Pour « offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre ».

Mais ces proses poétiques dressant un tombeau à ses parents désormais « confondus dans le même silence », l’entraînent dans un mouvement inéluctable vers un abîme de tristesse, de douleur et de colère. Elles le renvoient à sa propre finitude, le plongeant dans « le trou noir de ce rien » qu’il portait déjà en lui, et qui « bat comme un deuxième cœur : cœur noir, cœur d’encre à côté de la pompe à sang ».

Et ce « carnet de deuil » semble aussi sonner le glas d’une poésie exsangue prospérant sur « un fond de désolation », d’une langue où somnole « l’idée de la mort » :