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Mercure de France

Le Mercure de France est à l'origine une revue française, fondée au xviie siècle sous le nom de Mercure Galant, et qui évoluera en plusieurs étapes, à travers divers rebondissements, pour devenir une maison d'édition au xxe siècle. (Groupe Gallimard)

Histoires désobligeantes, Léon Bloy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 14 Avril 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, En Vitrine

Histoires désobligeantes, mars 2017, 304 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Léon Bloy Edition: Mercure de France

 

Les Histoires désobligeantes de Léon Bloy s’inscrivent dans le courant des contes cruels qui prit son essor au milieu du XIXème siècle. Publié en 1894, ce recueil de trente courtes fictions avait été réédité vingt ans plus tard (Mercure, 1914) augmenté d’une préface de l’auteur et de deux textes extraits de son roman La Femme pauvre (1897). Et c’est cette seconde édition qui nous est proposée, annotée et préfacée par Sandrine Fillipetti et enrichie de deux textes critiques de Rémy de Gourmont et Octave Mirbeau, ainsi que d’un portrait de l’auteur dressé par Catulle Mendes dans un de ses romans.

Pour ce désespéré qui fit « son noviciat dans les odyssées de la famine et du chienlit », Chrétien souverainement épris d’absolu égaré dans un siècle le pénétrant de dégoût – dont les « générations avortées » saccagent « l’Idéal » –, l’ennemi à désobliger qui suscite sa colère c’est cette bourgeoisie florissante régnant à son époque et dont il fait la satire féroce.

L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 13 Mars 2017. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’hirondelle rouge, février 2017, 128 p., 12 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

 

Ce fut sans doute la mort de sa mère en mai 2016 qui amena Jean-Michel Maulpoix à écrire L’hirondelle rouge pour accompagner dans « leur puits de nuit » ce père qu’il avait « laissé partir » et entendit alors « gémir sous la terre », comme cette femme qui somnola longtemps dans l’antichambre de la mort avant de s’éteindre. A écrire « juste des paroles pour notre ici-bas : la mémoire de ceux qui s’en vont et la consolation de ceux qui restent ». Pour « offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre ».

Mais ces proses poétiques dressant un tombeau à ses parents désormais « confondus dans le même silence », l’entraînent dans un mouvement inéluctable vers un abîme de tristesse, de douleur et de colère. Elles le renvoient à sa propre finitude, le plongeant dans « le trou noir de ce rien » qu’il portait déjà en lui, et qui « bat comme un deuxième cœur : cœur noir, cœur d’encre à côté de la pompe à sang ».

Et ce « carnet de deuil » semble aussi sonner le glas d’une poésie exsangue prospérant sur « un fond de désolation », d’une langue où somnole « l’idée de la mort » :

L’oragé, Douna Loup

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 23 Juin 2016. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Roman

L’oragé, août 2015, 222 pages, 17 € . Ecrivain(s): Douna Loup Edition: Mercure de France

 

La quatrième de couverture le résume on ne peut mieux : « La liberté absolument ».

« “C’est toi qui dois chausser le monde.

Pas l’inverse. Et ta poésie sera en partie cette façon unique, spécifique que tu auras de le chausser.

Sans ta liberté, ton regard

il n’y a que matière magnifique et porteuse, explosive, incohérence pure. Toi seul as la responsabilité de ta cohérence”.

Rabe écoutait les lettres d’Esther et ça le dépassait.

Il ne comprenait pas pleinement, mais il avait la capacité d’écouter. Alors il écoutait et ça entrait dedans ».

Victoria Bretagne, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 15 Février 2016. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Victoria Bretagne, février 2016, 88 pages, 10 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

C’est un tout petit roman (le terme microfiction serait à mon sens plus approprié) empli de fraîcheur et de charme, de profondeur et de mystère, dans lequel Emmanuelle Guattari divague à nouveau en grande liberté dans ses souvenirs, dont elle fait resurgir des bribes avec une précision méticuleuse. Des souvenirs qui cette fois concernent plus particulièrement ses années de lycéenne sous ces ciels de Loire qui lui sont proches, avec quelques incursions à Paris lorsqu’elle était étudiante, ou aux Etats-Unis.

La narratrice de Victoria Bretagne nous livre, comme toujours chez l’auteure, une perception fragmentée de ce passé en portant un regard étonné et décalé, très walsérien, sur son environnement et son entourage, dans des situations et lors d’événements apparemment mineurs dont elle transcende la banalité. Et ses observations vagabondes, ses brefs portraits ébauchés des personnes côtoyées ou simplement croisées, ses notations dispersées soulignant d’infimes détails de leur visage ou de leur silhouette comme de leur gestuelle s’articulent autour de la figure fascinante de Victoria Bretagne, une beauté au profil de Madone, balafrée du front au menton par une mystérieuse cicatrice, qui semble aimanter toute cette jeunesse de Blois se réunissant au Trophime, le café tenu par son père.

Octobre, Zoë Wicomb

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 28 Janvier 2016. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman

Octobre, septembre 2015, trad. Anglais (Afrique du Sud) Edith Soonckindt, 290 pages, 23 € . Ecrivain(s): Zoë Wicomb Edition: Mercure de France

Une femme en crise

« Mercia Murray est une femme de cinquante-deux ans qui vient d’être quittée.

Nous le savons, et elle aussi d’ailleurs, cette situation pour le moins banale équivaut à une forme de mort ».

Ainsi commencent les premières lignes de ce roman. Zoë Wicomb prend comme point de départ cet instant de crise. Mercia Murray devient, au lendemain de la terrible nouvelle, une femme anéantie. Son compagnon la quitte pour une femme plus jeune et comble de l’ironie, il va aussi devenir père. Face à cet échec sentimental, Zoë entame une introspection. Son voyage intérieur la ramène aux sources. En effet, au même moment où elle entame sa vie de célibataire forcée en Ecosse, Mercia reçoit une lettre de son frère alcoolique et malade lui demandant de revenir au pays, en Afrique du Sud. Notre protagoniste n’a plus rien à perdre et décide d’effectuer son voyage de retour. Elle ne s’attend pas à l’ampleur du désastre et constate avec impuissance la déchéance de son frère rongé par la haine qu’il porte à son défunt père. Le retour à la terre natale fait émerger des souvenirs douloureux. Les images d’une enfance malheureuse resurgissent et avec elles, l’ombre d’un père terrible dévoré par l’angoisse du péché et le puritanisme.