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Pays nordiques

Le Narrateur, Bragi Ólafsson (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le Narrateur, avril 2019, trad. Robert Guillemette, 144 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Bragi Olafsson Edition: Actes Sud

 

Etant donné son titre, on conçoit aisément que ce roman accorde une place prépondérante au narrateur. Mais quel statut lui accorde-t-il ? Si les toutes premières pages sont déstabilisantes – on ne sait pas qui raconte quoi –, on devine rapidement que la forme narrative constitue l’ossature fondamentale du texte, à laquelle se rattachent les péripéties relatées. La structure est donc essentielle et s’exhibe sans complexe, au fil d’une narration ludique et insolite : du « je » traditionnel, le narrateur-roi passe sans vergogne au « il » lorsqu’il invente lui-même son personnage ; il n’hésite pas non plus à incorporer des réflexions métatextuelles à son propre discours et à prendre à partie le lecteur qui, de ce fait, se met à jouer, à son insu, un rôle actif dans l’histoire in progress. Une fois démasqué, ce petit jeu formel pourrait lasser le lecteur en mal d’aventures substantielles, or que nenni : l’intrigue n’est pas en reste, bien au contraire !

Mystères, Knut Hamsun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Mystères, trad. Ingunn Galtier, Alain-Pierre Guilhon, 26,30 € . Ecrivain(s): Knut Hamsun Edition: Le Livre de Poche

 

En 1892, deux ans après Faim, Knut Hamsun (1859-1952) publie Mystères, roman reposant derechef sur l’épaisseur, la complexité et l’extravagance du personnage principal. À cette nuance près que le héros ne crève pas la dalle et qu’il jouit cette fois-ci d’une certaine aisance financière. À la manière d’un justicier, sans passé ni famille, Nagel débarque dans une bourgade norvégienne congelée dans les conventions. L’excentricité, l’imprévisibilité et l’éloquence de Nagel fascinent et désarçonnent le petit groupe de personnes qu’il se met à fréquenter. Oscillant entre un sentimentalisme sincère et un machiavélisme cynique, entre une sensibilité aiguë et un nihilisme éhonté, il intrigue et sème le doute dans l’esprit des habitants. Avouant ses désirs les plus secrets puis pratiquant l’élucubration mythomane, il souffle le chaud et le froid. Tour à tour lyrique puis taciturne, euphorique puis abattu, généreux puis mystificateur, audacieux puis maladroit, Nagel est un puits de contradictions, l’homme énigmatique par excellence : « Quel intérêt y a-t-il donc, même concrètement, à enlever toute poésie, tout rêve, tout mystère, toute beauté, tout mensonge à la vie ? ».

Faim, Knut Hamsun (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 22 Mars 2019. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche, Cette semaine

Faim, trad. Norvégien Régis Boyer, 285 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Knut Hamsun Edition: Le Livre de Poche

 

Autant qu’un roman, Faim (1890) est un combat, une survie, une descente aux enfers. L’enfer de l’inanition. Que le lecteur intrigué par ce titre dépouillé se prépare à une immersion déroutante. Pénétrer dans la tête d’un homme crevant de faim et consignant les stigmates de son dépérissement n’est pas sans incidence morale. Férocement organique, singulièrement viscéral, ce roman à la fibre autobiographique diffuse une essence enivrante que l’abondance et le confort de la société moderne décuplent d’autant.

Le narrateur, un écrivain journaliste fauché, occupe ses journées à déambuler dans les rues de Kristiania (Oslo) à la fin du dix-neuvième siècle en quête de nourriture, d’un logis pour la nuit et d’inspiration littéraire. Trop fier pour implorer la charité, trop intègre pour filouter, il en est réduit à ravaler ses fringales, à mastiquer des copeaux de bois ou à ronger des os tel un chien. Accumulant les déconvenues et les avanies, endurant la frustration et le froid, il n’en finit pas de déchoir. Grâce à la générosité d’une connaissance ou à la rétribution épisodique d’articles qu’il peine à achever en raison de son extrême faiblesse, il repousse chaque fois l’anéantissement final. Au faîte de la dénutrition, il rend le peu qu’il ingurgite, perd ses cheveux, bascule dans le délire ou l’euphorie, frôle la démence, en vient à concevoir des velléités auto-cannibales :

Le testament de Dina, Herbjørg Wassmo (par Zoé Tisset)

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 26 Octobre 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le testament de Dina, Editions Gaïa, septembre 2018, trad. norvégien Loup-Maëlle Besançon, 552 pages, 24 € . Ecrivain(s): Herbjørg Wassmo

 

Ce livre vous tient en haleine, il égaie la journée du lecteur car il sait qu’il a rendez-vous le soir avec Karna, jeune fille fragile dont la parole ou plutôt le silence et le corps sont devenus, pour une seule cérémonie, les lignes du testament de Dina sa grand-mère. Pour Karna alors, le monde de la réalité et celui onirique d’une grand-mère aventurière et féministe avant l’heure se sont confondus.

« Comment Johan, un adulte, un pasteur, avait-il pu ainsi exposer une enfant en lui demandant de confesser à l’église les crimes de sa grand-mère ? Ne comprenait-il pas qu’il y avait des limites à ce qu’une jeune personne était en mesure de supporter ? ».

Le lecteur est rapidement happé par l’histoire de cette famille aux prises avec la folie et la passion. Nous sommes dans une tragédie et chaque personnage est ancré dans une réalité qui le dépasse. Benjamin, le père de Karna, mais aussi le mari d’Anna qu’il a trahi mais qu’il aime, ne sait plus comment « réparer sa faute ».

Passage des ombres, Arnaldur Indriðason

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Passage des ombres, mai 2018, trad. islandais Eric Boury, 304 pages, 21 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Auteur islandais, Arnaldur Indriðason appartient à la génération des auteurs à succès de romans noirs « nordiques », qui ont pris il y a maintenant plusieurs décennies la relève des romanciers anglo-saxons, jusque-là maîtres incontestés du genre : Stieg Larsson, Henning Mankell, Liza Marklund, Åke Edwardson, Johan Theorin (suédois), Jo Nesbo (norvégien), Jussi Adler-Olsen (danois), concurrencent aujourd’hui l’Américain Harlan Coben, pour ne citer que celui-ci. Les intrigues de ces « nouveaux » polars innovent avec des décors venus du froid et une réserve manifestée par les enquêteurs scandinaves et nordiques, dont est proche – souvent – Fred Vargas.

A l’heure où le roman policier profite des effets de la mondialisation (en explorant la Chine ou l’Amérique du Sud, par exemple), la toponymie du roman d’Indriðason demeure exclusivement islandaise, cantonnée à la ville de Reykjavik et à une région du Nord du pays où une petite part de l’intrigue prend place : rue Frikirkjuvegur, où se trouve la Criminelle, Skuggahverfi, le quartier des Ombres, les rues Hverfisgata et Lindargata, près du Théâtre national. La couleur locale est ainsi préservée.