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Pays nordiques

L’Exception, Audur Ava Olafsdottir

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 02 Juillet 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

L’Exception, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, avril 2014, 338 p. 20 € . Ecrivain(s): Auður Ava Ólafsdóttir Edition: Zulma

 

Une femme dans la tourmente


Maria ne pensait pas que son mari Floki allait la quitter pour son amant du même nom. L’annonce de la séparation s’est faite le soir de la Saint-Sylvestre alors que dehors on célébrait la nouvelle année :

« Je devine au mouvement de ses lèvres que mon mari me parle, mais sans l’entendre ; le bruit des feux d’artifice qui dégringolent du ciel embrasé l’oblige à se répéter. Il me regarde bien en face, braquant vers moi la bouteille comme un fusil sur sa cible, puis il se détourne et fait sauter le bouchon en direction du sorbier ».

Et la vie continue. Maria se réveille le lendemain. Le rêve de bonheur s’est envolé ainsi que le mari qui dès la fin de l’annonce s’en est allé rejoindre l’autre Floki. Maria continue à faire bonne figure. Cependant, le sort s’acharne sur elle. Loin d’être remise de cette rupture, elle fait la connaissance de son père biologique et apprend aussi la double vie de sa mère. Au même moment, dans sa vie chamboulée, elle doit partir accueillir l’enfant adoptif qui l’attend à l’autre bout du monde…

Cent ans, Herbjorg Wassmo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, 10/18

Cent ans, traduit du norvégien par Luce Hinsch, 2013, 592 pages, 9,80 € . Ecrivain(s): Herbjorg Wassmo Edition: 10/18

 

Quelque part du côté de ces Tolstoï, ces Gogol, baignés de leur lumière unique, tout en haut de l’arbre littéraire. Ces livres qui portent à eux seuls toute la littérature, par la force des personnages, l’impeccable du rendu des lieux, et de l’Histoire en fond d’écran… Wassmo – lue autant que la Bible, en terre scandinave – est de ce terreau-là. Quand on la lit, le reste de la bibliothèque prend un coup de nuit polaire ; c’est comme ça !

Petite, en robe noire et cheveux blancs, souriante et sérieuse, lors de la récente Comédie du livre de Montpellier dont elle était « la » vedette, la dame du grand nord a posé ce qu’il fallait d’estime et d’encouragements pour les femmes – toutes, et sans doute surtout celles qui veulent tenir debout. Celles de ses romans-saga ; une Dina, une Tora ; toutes éclairées par ce soleil si particulier du Nord de la Norvège, au bord des lacs glacés. Dans Cent ans, ce sont les siennes, celles de sa famille, quatre générations en amont d’elle, Herbjorg, dont on assiste à la naissance dans les derniers mots du livre, comme une fin de passage de témoin.

Et maintenant il ne faut plus pleurer, Linn Ullmann

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 27 Mai 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Et maintenant il ne faut plus pleurer, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, mai 2014, 416 pages, 23,00 € . Ecrivain(s): Linn Ullmann Edition: Actes Sud

 

Cela s’ouvre avec un titre qui semble annoncer une certaine légèreté, sauf que c’est la traduction française qui induit cela. Il semblerait en effet que « la précieuse » ou « le trésor » serait une traduction plus fidèle au titre original. La traduction américaine, The Cold Song, n’est pas plus fidèle mais cela n’a apparemment pas empêché le titre de compter parmi les best-sellers outre-atlantique.

Au départ cela ressemble à une dramatique ou à une grande série télé pour l’été, avec une famille plutôt aisée qui se retrouve dans la maison de campagne familiale où vit Jenny, la grand-mère au caractère bien trempé, comme l’on dit. Complétons le tableau avec Siri, la fille unique qui a réussi (elle possède deux restaurants) mais qui entretient des relations plutôt tendues avec sa mère. Il y a bien sûr aussi son mari, Jon, écrivain en panne sur le troisième tome de sa trilogie depuis des mois. Ils ont aussi deux filles, dont l’aînée, Alma, commence à poser quelques problèmes somme toute relativement « normaux » pour ses 12 ou 13 ans, seuil de l’adolescence.

Conte de putes, Laura Gustafsson

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Mai 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Grasset

Conte de putes, traduit du finnois par Claire Saint-Germain, mai 2014, 400 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Laura Gustafsson Edition: Grasset

Conte de putes est un récit iconoclaste et provocateur que l’on dévore à la fois surpris et réjoui, emporté par l’Odyssée improbable de ses héroïnes et saisi par l’acuité de son propos. Il scelle la rencontre entre une Virginie Despentes nordique et la tradition homérique, entre un univers trash et sombre et les grands mythes originels, de la Bible aux Métamorphoses d’Ovide. Kathy Acker avait ainsi revisité Don Quichotte dans une veine aussi corrosive.

Tout commence dans une Olympe version club-med, par une rivalité virile : pris de rage, Arès émascule le nouvel amant d’Aphrodite, le bel Adonis. La déesse décide alors de chercher ce dernier aux Enfers. Or, à l’aéroport, un groupe de suicidés l’induit en erreur… voilà Aphrodite au beau milieu de la Finlande. Passant par toutes les étapes du star-système, elle est portée aux nues puis bafouée, poursuivie par des hordes de paparazzi, avant de sombrer dans l’oubli. Sa renaissance a lieu dans une prison où elle devient l’étoile d’un show de téléréalité. Entre temps, elle a rencontré deux jeunes femmes, Milla et Kalla, qui deviennent ses acolytes dans sa quête de vengeance. En parallèle, nous sont rapportées les tribulations de ces deux servantes de la déesse dans le domaine de la prostitution, choisie ou subie. L’intervention d’Isis, implacable, vouant Kalla à épouser l’homme qui l’avait violée et qu’elle avait tué, se révèle particulièrement caustique et cruelle.

La Barque le soir, Tarjei Vesaas

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 21 Mai 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

La Barque le soir (Båten om kvelden, 1968), traduit du néo-norvégien par Régis Boyer, Ed. José Corti . Ecrivain(s): Tarjei Vesaas

 

La lecture d’un livre de Vesaas est une expérience qui sort un peu de l’ordinaire. On y est en effet embarqué dans un monde où le rêve, qui peut aussi être cauchemar, est à tout moment présent. Un rêve qui peut avoir la présence d’un réel plus réel que le réel. Ou plutôt, plus réelle que la réalité, celle dans laquelle nous vivons. Il y a là quelque chose qui ressemble fort à ce que le psychanalyste anglais D.W. Winnicott appelait fantasying, cette rêverie ou ce fantasme qui nous prend entre veille et sommeil, qui oscille entre ce que le monde nous donne à voir et ce que notre imaginaire va chercher on ne sait où. Des images et des impressions qui s’ancrent au plus profond de nous et qui sont comme un rêve étrange et pénétrant, à la fois insolite et pourtant vaguement familier. Des images qui viennent habiter en nous comme si elles y avaient toujours été attendues, même si on ne les comprend pas toujours. Même si souvent on ne les comprend pas.

Une voix, une barque et un fleuve. Le mouvement du courant entre les rives. Voilà ouvertes les écluses de la parole.