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Pays nordiques

Le Séducteur, Jan Kjærstad

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 20 Avril 2017. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Le Séducteur (Forføreren), Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, 608 p. 23€ . Ecrivain(s): Jan Kjærstad Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Cette critique pourrait être toute entière dédiée à Monsieur Toussaint Louverture. Chaque parution de la maison d’édition bordelaise pilotée par Dominique Bordes emmène ses lecteurs vers des sommets littéraires. L’éditeur est un chineur. Il aime aller farfouiller dans l’histoire de la littérature et en ressortir des textes oubliés ou mal publiés, qui n’ont pas réussi à se faire en France la place qu’ils mériteraient. Chacun de ses livres s’avère une petite merveille. Pas forcément petite, d’ailleurs, car Monsieur Toussaint Louverture a plutôt le goût des textes longs, qui pèsent leur poids, avec lesquels on vit pendant un certain nombre de jours. Ses livres sont aussi de beaux objets aux couvertures particulièrement soignées qui provoquent leur effet au pied du sapin ou dans une bibliothèque. Mais le véritable cadeau, c’est quand on ouvre ces pages et qu’elles nous convient dans des mondes aussi différents que celui du script-doctor d’Hollywood qui ne parvient plus à être saoul (Karoo), du facteur qui lit le courrier qu’il distribue (Mailman), de la famille de bûcherons du Grand-Ouest américain (Et quelque fois j’ai comme une grande idée) ou d’une bande d’enfants dans un orphelinat quelque peu étrange (La maison dans laquelle).

Dans l’ombre, Arnaldur Indridason

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 29 Mars 2017. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Métailié

Dans l’ombre, février 2017, trad. islandais Éric Boury, 344 pages, 21 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Après 12 romans ayant pour héros Erlendur Sveinsson, le plus connu en France des auteurs de romans policiers islandais, Arnaldur Indridason, se lance dans une nouvelle série, Trilogie des ombres, ayant pour cadre la période 1941-1944. C’est dans cette Islande du passé, à l’histoire mouvementée, qui vit sous l’occupation anglo-américaine, alors que l’Europe est envahie par l’Allemagne, que vont désormais se nouer de sombres intrigues.

En 1941, on découvre dans un petit appartement de Reykjavik un représentant de commerce tué d’une balle dans la tête, le front marqué du symbole nazi. Á ses côtés se trouve une valise contenant une capsule de cyanure. Un jeune policier islandais, Fovent, seul inspecteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire de Scotland-Yard à Edimbourg, accompagné d’un membre de la police militaire américaine ayant le même âge, « Islandais de l’ouest » né au Canada, donc parfaitement bilingue, Thorson, sont chargés de l’enquête. Les soupçons se portent d’abord sur les soldats américains occupant l’île ou sur quelqu’un se trouvant « dans la situation », à savoir quelqu’un fréquentant ces militaires, compte tenu de la marque de l’arme trouvée sur place ; un Colt. Puis les recherches s’orientent dans d’autres directions lorsque l’on découvre la véritable identité de la victime.

La forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 12 Janvier 2017. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bandes Dessinées, Futuropolis

La forêt des renards pendus, août 2016, d’après le roman d’Arto Paasilinna, trad. finnois Anne Colin du Terrail, 144 pages, 21 € . Ecrivain(s): Nicolas Dumontheuil Edition: Futuropolis

 

Lire un roman d’Arto Paasilinna constitue l’une des expériences les plus réjouissantes d’une vie de lecteur. Lorsqu’on le découvre, on plonge dans un univers doux amer, où une folie étrange baigne tout naturellement la vie quotidienne dans le Grand Nord. Lorsque l’on dévore les suivants, on se délecte de retrouver une humanité hors normes, un style, une ambiance, uniques et toujours surprenants. Alors, lorsque l’on ouvre une BD, adaptant l’un de ses romans, et pas des moindres, il faut avouer que l’on a un a priori positif, mais en même temps, on se demande comment l’artiste a pu réaliser un tel challenge en confrontant notre imaginaire à sa vision.

Tout commence par le retour dans la ferme familiale de Rafael Juntunen. Pas de retour à la terre ici mais la récupération d’un butin planqué sous le fumier. Voici Juntunen riche à millions mais encore lui faut-il trouver une planque pour se faire oublier et éviter un ancien comparse très remonté. L’homme se rend dans la bourgade de Pujlu, perdue au fond de la Laponie, et s’enfonce, à pied, au beau milieu de la forêt des renards pendus, pour cacher son or.

Le cocher, Selma Lagerlöf

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fantastique, Récits, Babel (Actes Sud)

Le cocher (Körkalen, 1912), trad. suédois Marc de Gouvenain, Lena Grumbach, 152 pages . Ecrivain(s): Selma Lagerlöf Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Ce récit publié peu avant la « grande guerre » est sans doute de ceux qui témoignent des derniers éclats du romantisme et du post-romantisme avant la grande bascule. Il peut aujourd’hui nous sembler vraiment appartenir à un autre temps qui serait si révolu qu’il en deviendrait pour nous exotique, quasiment incompréhensible. C’est qu’il y a quelque chose dans ce récit des danses macabres, celles mises en images par nombres de peintres au cours des siècles (de Jérôme Bosch à Holbein, pour n’en citer que deux), par des musiciens au cours des grandes années du romantisme (Saint-Saëns ou Franz Liszt, par exemple). S’y ajoute la touche moraliste propre à cette époque, que l’on peut aussi trouver désuète et bien mélodramatique, et qui n’est pas sans rappeler le ton d’une autre grande plume scandinave, celle d’Andersen.

Le Garçon qui n’existait pas, Sjon

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 01 Décembre 2016. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Le Garçon qui n’existait pas, octobre 2016, trad. Islandais Eric Boury, 150 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sjon Edition: Rivages

 

Beau livre, étrange, que celui-ci. Unique surtout – sujet, cadre, façons, écriture – écrit par ce poète et romancier d’Islande, également parolier de la non moins unique Björk, qu’on croit entendre de temps à autre, de page en page, et sentir, du moins, son univers. Mais l’Islande n’est-elle pas seule au monde à être ce qu’elle est, ce que marque ce livre en son entier : verte, constamment humide, violente comme ses substrats géologiques, les volcans : « l’éruption du volcan Katla se calme peu à peu… et ce matin, quand les habitants de Reykjavik se sont éveillés, la cendre tapissait les vitres des maisons ». La chair du récit vibre aux marqueurs de cette géographie particulière, menaçante, sans apocalypse déclarée pour autant, seulement la genèse d’un chaos à l’œuvre. Ile battue de tous les vents de l’Histoire européenne – fin de la Première Guerre mondiale, terrible épidémie de Grippe espagnole de 1918. Accouchement, aux mesures de l’ile, dont on sent à chaque page les saccades, ligne brisée des sismographes : « Les rues sont des béances désertes, on aperçoit furtivement quelques silhouettes fantomatiques… vieilles femmes emmitouflées dans des vêtements noirs qui se sont enveloppées de châles… elles ont contracté tant d’épidémies au fil de leur vie que le mal monstrueux qui se fait un festin du corps de leur descendance ne trouve rien à se mettre sous la dent dans leur vieille carcasse usée ».