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Pays nordiques

La Barque le soir, Tarjei Vesaas

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 21 Mai 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions José Corti

La Barque le soir (Båten om kvelden, 1968), traduit du néo-norvégien par Régis Boyer . Ecrivain(s): Tarjei Vesaas Edition: Editions José Corti

 

La lecture d’un livre de Vesaas est une expérience qui sort un peu de l’ordinaire. On y est en effet embarqué dans un monde où le rêve, qui peut aussi être cauchemar, est à tout moment présent. Un rêve qui peut avoir la présence d’un réel plus réel que le réel. Ou plutôt, plus réelle que la réalité, celle dans laquelle nous vivons. Il y a là quelque chose qui ressemble fort à ce que le psychanalyste anglais D.W. Winnicott appelait fantasying, cette rêverie ou ce fantasme qui nous prend entre veille et sommeil, qui oscille entre ce que le monde nous donne à voir et ce que notre imaginaire va chercher on ne sait où. Des images et des impressions qui s’ancrent au plus profond de nous et qui sont comme un rêve étrange et pénétrant, à la fois insolite et pourtant vaguement familier. Des images qui viennent habiter en nous comme si elles y avaient toujours été attendues, même si on ne les comprend pas toujours. Même si souvent on ne les comprend pas.

Une voix, une barque et un fleuve. Le mouvement du courant entre les rives. Voilà ouvertes les écluses de la parole.

Les ingénieurs du bout du monde, Jan Guillou

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 02 Mai 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Les ingénieurs du bout du monde, 2013 trad. du suédois par Philippe Bouquet. 622 p. 26,80 € . Ecrivain(s): Jan Guillou Edition: Actes Sud

Vaste fresque à l’ancienne, récit picaresque de grandes aventures, peinture d’un XXème siècle de technologie galopante et de rêves si souvent brisés, Les Ingénieurs du bout du monde est tout cela à la fois. Une sorte de roman à la Jules Verne mais là où Verne regardait devant, Guillou regarde dans le rétroviseur. Il revisite après coup la « religion » scientifique et technologique du XXème siècle.

Trois frères, nés dans une famille rurale très pauvre du nord de la Suède, se révèlent de remarquables élèves – en particulier en sciences – et ces talents, alliés à une immense habileté manuelle, les amène à réaliser, pour jouer, une réplique parfaite d’un drakkar viking très ancien. Leur exploit retentit jusqu’en Allemagne – alors à la pointe du progrès technologique – et les trois fils de pêcheur vont se voir offrir une bourse pour aller faire leurs études d’ingénieurs à Dresde.

Trois destins aventureux et brillants semblent s’ouvrir. Et curieusement ce sera deux destins. L’un des trois frères se révèle homosexuel et va vivre à Londres son amour pour un homme. Disparition définitive du personnage, dont nous n’aurons plus aucune nouvelle de tout le livre, effacé en quelque sorte par son « crime » d’homosexualité ! Quel est le choix de l’auteur ? Mystère ! On peut – vaguement - espérer (s’agissant d’un premier volume à une vaste fresque), que le frère homosexuel et maudit réapparaitra un jour !

La cigarette et le néant, Horace Engdahl

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 15 Mars 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres, Récits, Serge Safran éditeur

La cigarette et le néant, traduit du suédois par un atelier de traducteurs, sous la direction d’Elena Balzamo (1), 158 pages, janvier 2014, 17 € . Ecrivain(s): Horace Engdahl Edition: Serge Safran éditeur

 

 

Mon précis, mon viatique

« Que me recommandez-vous ?, dis-je à la serveuse chinoise.

– Mais je ne vous connais pas, je ne peux rien vous recommander, me répond-elle. Sans le savoir, elle a, en un clin d’œil, réfuté toutes les utopies », Horace Engdahl

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

Le duel, Arnaldur Indridason

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 03 Mars 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Métailié

Le Duel, traduit de l’Islandais par Eric Boury, février 2014, 310 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Cette livraison du désormais imposant Arnaldur fournira encore au lecteur mille et une surprises. Au reste, que l’Islandais nous surprenne n’est même plus une surprise. Indridason démontre ici non seulement sa maîtrise mais aussi et surtout son souffle.

Ce souffle qui manqua cruellement à la jeune tuberculeuse Marion Briem (la future « Chef » d’Erlendur…) soignée à l’ancienne dans un sanatorium danois bien avant que la moderne biochimie dirimante ne relègue au musée des horreurs ces tortures d’un âge pourtant proche.

Ce souffle retrouvé – à quel prix – par la jeune archiviste Marion Briem à la mémoire d’éléphant plongée enfin sur le terrain.

Ce souffle historique qui illumina Reykjavik en 1972 et suspendit le monde entier accroché aux caprices de Bobby Fischer et au marbre poli de Boris Spassky ; ce souffle de guerre très froide entre les blocs de l’Ouest et de l’Est.

Contrepoint, Anna Enquist

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 14 Février 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

Contrepoint, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, janvier 2014, 226 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Anna Enquist Edition: Babel (Actes Sud)

 

La musique est une thérapie


Pour comprendre ce roman, le lecteur doit avant tout se référer à son titre car il révèle à lui seul le fil conducteur du récit. « Contrepoint » dans le vocabulaire de la musicologie insiste sur l’importance des règles et principes qui régissent une composition. Dans son article pour l’Association Rythmes et Harmonies de l’Ecole de Musique à Mulhouse, Alain Heim définit ce qu’il appelle le « contrepoint » de la façon suivante : « (le contrepoint) ne désigne pas une forme musicale elle-même, mais la manière de la concevoir, de la composer. Le contrepoint est un ensemble de règles et de principes garantissant à une composition une certaine valeur esthétique ».

Le sujet est posé et la trame romanesque peut se poursuivre. En effet, dès l’ouverture du roman, le lecteur assiste au travail du protagoniste féminin, appelé ici « la femme ». Elle essaie de comprendre et d’exécuter une œuvre particulièrement difficile, les variations Goldberg de Bach.