Identification

Pays nordiques

Marcher, Tomas Espedal

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 06 Mai 2015. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres, Récits, Actes Sud

. Ecrivain(s): Tomas Espedal Edition: Actes Sud

 

Qu’est-ce qui peut pousser un homme, un écrivain, un poète à décider de tout quitter et à se mettre en route, marcher vers l’inconnu ? Faut-il une raison particulière pour cela ?

Je suis heureux parce que je marche, le ton est donné ! Le premier chapitre s’ouvre sur une révélation, un lâcher-prise plutôt, alors que toute sa vie se délite, le narrateur reprend goût à la vie grâce à la marche. Comme il est bon de s’emplir d’oubli, de se perdre, de sombrer, il s’agit bien d’un abandon de l’ego. Enumérons les joies, boire pour oublier d’abord, ou boire et oublier dans cet ordre et ramper jusqu’à l’oubli. C’est comme un début de dépression, une sorte de mélancolie ou de lassitude de vivre toujours dans les mêmes journées de solitude dans l’écriture, mais le narrateur se reprend vite avec cette prise de conscience qu’il peut faire quelque chose pour sortir non de chez lui mais de lui-même, apprendre à vivre avec soi, car c’est la seule chose dont il ne pourra jamais se séparer, se débarrasser. Ça peut ressembler au début à un manuel de survie ou un guide de développement personnel mais c’est bien au-delà de cela, un manuel de survie poétique.

Le Silence de Saida, Leena Lander

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 25 Septembre 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le Silence de Saida, traduit du finnois par Jean-Michel Kalmbach juin 2014, 416 p. 23 € . Ecrivain(s): Leena Lander Edition: Actes Sud

 

En cette période de centenaire (un peu rabâché) de la Grande Guerre, nous oublions encore plus qu’à l’accoutumée que d’autres pays européens ont connu des pages sombres durant ces années, pas toujours pour les mêmes raisons. Ainsi en est-il de la Finlande qui, à la faveur de la Révolution d’octobre, se libérera de la tutelle de la Russie pour prendre son indépendance et aussitôt entrer dans une guerre civile opposant rouges et blancs.

C’est autour de cette période troublée que Leena Lander plante son décor. Cela commence avec un compte-rendu du jugement de Joel Tammisto, considéré comme coupable de haute trahison et individu très dangereux. Pourquoi ?

Pour comprendre, nous allons remonter le temps jusqu’en 1903 où nous retrouverons le jeune homme, âgé de 19 ans, ainsi que la jeune Saida, alors âgée de 7 ans. A partir de cette époque nous allons suivre les destins de plusieurs villageois, de leurs histoires quotidiennes qui tissent la trame sur laquelle s’écrit la « grande histoire », celle que l’on peut lire dans les encyclopédies.

La sage-femme, Katja Kettu

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 06 Septembre 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La sage-femme, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, mars 2014, 432 pages, 23,50 € (disponible en format epub et pdf numérique, 17,99 €) . Ecrivain(s): Katja Kettu Edition: Actes Sud

 

Une femme dans la guerre


Le roman de Katja Kettu évoque une période méconnue de l’Histoire de la Finlande pendant la seconde guerre mondiale. En effet, l’intrigue se déroule durant la « guerre de Laponie ». C’est une appellation donnée par les historiens pour évoquer cette période singulière et dramatique. La préface du traducteur qui ouvre le roman mérite qu’on s’y attarde car elle trace les grandes lignes de cette guerre afin de permettre au lecteur de mieux suivre le récit et d’apprécier la trame romanesque ainsi que les motivations des personnages :

« Les Allemands refusant d’évacuer la région, les Finlandais doivent se lancer dans un troisième conflit, la “guerre de Laponie”, qui les oppose au IIIe Reich entre septembre 1944 et avril 1945. La Wehrmacht se rabat d’abord sur la Finlande du Nord dans le cadre de l’Opération Birke (“bouleau”), avec pour objectif principal de protéger les mines de nickel du Petsamo ».

La dernière aventure de Long John Silver, Björn Larsson

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 23 Août 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

La dernière aventure de Long John Silver, traduit du suédois par Camille Paul, mai 2014, 128 p. 10 € . Ecrivain(s): Björn Larsson Edition: Grasset

 

 

Après son premier coup de maître en 1995, le passionnant et copieux volume consacré au plus célèbre des pirates de fiction, Björn Larsson revient à nouveau sur ce personnage et ajoute un dernier chapitre à l’autobiographie de Long John Silver. Roué, rebelle, fascinant, celui qu’on surnomme « Barbecue », a atteint la fin de sa carrière et aspire à finir ses jours, hors de la piraterie et de ses codes sanglants.

« Écrire, dans le meilleur des cas, peut être une façon de se libérer de ses dettes devant la mort, de rendre la monnaie de sa pièce, de jeter à la mer une fois pour toutes les cadavres entassés dans la cale et de les supprimer des listes, de s’en débarrasser avec la tête de mort que les capitaines ont pour habitude de dessiner dans le journal de bord pour chaque marin décédé. Je me demande si l’acharnement à écrire d’un homme tel que moi n’est pas la seule chose qui le tienne encore en vie. Continuerai-je donc, pour ainsi dire, de vivre sur mon cadavre vivant jusqu’à ma mort ? ».

Baby Jane, Sofi Oksanen

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 20 Août 2014. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Stock

Baby Jane, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, mai 2014, 240 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

 

La nostalgie du désir


Au moment où la narratrice raconte son amour tragique avec Piki, jeune femme excentrique, libre mais malade, la rupture est bien consommée. Cependant, la narratrice revient sur les moments lumineux de leur histoire d’amour afin de goûter de nouveau à cette saveur suave d’un bonheur trop fugace.

En effet, les deux jeunes femmes ont partagé une vie commune durant quelques années jusqu’à ce que les failles psychologiques aient raison de leur histoire :

« Et il y avait autre chose, que la vie de Piki indiquait encore moins. Cette autre chose, dans la classification des maladies, porte le code F41.0 : trouble panique. J’avais lu cela dès le début dans ses papiers ; mais les troubles paniques avaient beau être monnaie courante dans mon entourage, je ne comprenais pas ce que cela signifiait dans la pratique. Ni ce que ça peut être de vivre avec ».