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Actes Noirs (Actes Sud)

Collection polars d'Actes Sud


Zone B, Marie Hermanson

Ecrit par Virginie Neufville , le Samedi, 22 Février 2014. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Zone B, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira, janvier 2014, 388 p. 23 € . Ecrivain(s): Marie Hermanson Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Daniel et Max sont frères jumeaux. Séparés très tôt par les parents, ils ont grandi et développé une personnalité tout à fait différente. Autant Daniel est un homme doux, introverti, divorcé, traducteur de profession, autant Max a un « comportement autodestructeur », libertin, et magouilleur, si bien que sa vie ressemble a un chaos.

Ils ne se sont jamais perdus de vue mais n’ont jamais partagé ensemble de moments privilégiés. Alors, lorsque Daniel reçoit un courrier de Max qui l’invite à lui rendre visite à la clinique de Himmelstal où il se repose, ce dernier n’hésite pas. En effet, Himmelstal, en Suisse, est « la vallée du paradis », et comme son frère lui paye le voyage, cela lui fera quelques jours de vacances avant de commencer un nouvel emploi.

Himmelstal accueille en son sein un centre, un havre de paix pour gens aisés qui veulent se reposer de la vie active ou d’un burn out. Or, lorsque Daniel arrive, ce lieu ressemble davantage à une prison dorée : les caméras, les gardiens, le couvre-feu, et les portiques de sécurité rappellent que les hôtes ne sont pas finalement si libres que cela.

Tuez qui vous voulez, Olivier Barde-Cabuçon

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 17 Février 2014. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Tuez qui vous voulez, une enquête du commissaire aux morts étranges, février 2014, 384 p. 22,90 euros . Ecrivain(s): Olivier Barde-Cabuçon Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Troisième volet des enquêtes de Volnay, le commissaire aux morts étranges, Tuez qui vous voulez plonge le lecteur à la veille de Noël 1759 dans un Paris trouble, partagé entre l’excitation des fêtes données par Louis XV, les remous subversifs politico-religieux des convulsionnaires, héritiers des jansénistes, les intrigues, les luttes intestines entre les services de police, les Affaires étrangères et le Secret du Roi, avec d’un côté Sartine, le duc de Choiseul, et de l’autre le Chevalier d’Éon et la tentative de résurrection par un inconnu d’une fête moyenâgeuse transgressive : la fête des fous.

Autant d’ingrédients sulfureux, propres à brouiller les pistes pour brosser le portrait d’une capitale à deux doigts de l’implosion.

«La semaine dernière reprit Sartine d’une voix sourde, nous avons connu une émeute. Un laquais avait dit des sottises à ses maîtres. Pour le punir, on le condamna à être exposé en public au carcan avant d’être conduit en prison au Châtelet. On n’eut pas le temps de planter le poteau du carcan que la populace s’en émut, balaya les rangs des archers du guet et brisa le poteau. Les archers durent tirer, faisant plusieurs morts. Le quartier est resté en ébullition jusqu’à la nuit malgré les renforts envoyés sur place. »

Emergency 911, Ryan David Jahn

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 20 Juin 2013. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Emergency 911, trad. (USA) par Simon Baril février 2013, 331 p. 22 € . Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Partir avec Ryan David Jahn dans cette poursuite éperdue d’une fille qu’on a arrachée à son père sept ans plus tôt et qu’on croyait morte, est une traversée rugueuse du cœur même de la littérature noire. Jahn nous offre, dans un style toujours aussi nerveux et dense (on se rappelle le « De bons voisins » haletant !) une sorte d’épure absolue du polar, dans une version extrême. Par sa noirceur, son incroyable violence, son scénario élémentaire, Emergency 911 constitue le parfait syntagme du thriller.

Autant en avertir d’emblée les lecteurs sensibles : les scènes de violence de ce roman touche au gore dans sa version « bistouri » ! Dans une débauche de détails horrifiques qui rappellent les ralentis des films de Sam Peckinpah. Le rapprochement d’ailleurs s’impose : simplicité de l’histoire, étirement des scènes violentes, comment ne pas évoquer « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia » par exemple ?

« Davis fait un bond de côté, mais ça ne suffira pas pour échapper à la balle du deuxième canon, qui l’atteint en plein visage. Il n’a même pas le temps de crier. En une fraction de seconde, son visage se transforme en un masque de sang et de muscles. Des dents et des fragments d’os se répandent dans l’allée derrière lui, à l’intérieur d’un triangle rouge qui s’élargit, comme si sa tête était un sachet de ketchup qu’on avait écrabouillé. »

Un jambon calibre 45, Carlos Salem

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 28 Mars 2013. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Un jambon calibre 45, trad. espagnol (Argentine) Claude Bleton, Février 2013, 341 p. 22 € . Ecrivain(s): Carlos Salem Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Nicolas Sotanovsky, argentin exilé à Madrid, a la surprise, à son réveil, de se trouver nez à nez avec l’immense Serrano et son calibre 45. Il apprend alors qu’il a une semaine pour retrouver Noelia, propriétaire de l’appartement dans lequel il vient de s’installer et qu’il n’a jamais vu, sans quoi il aura le malheur de goûter au 45 de Serrano. Le voilà donc parti pour une errance à travers un Madrid caniculaire aux côtés de la belle Nina et avec pour chaperon ce gros jambon calibre 45 qui ne les quitte pas d’une semelle. L’occasion de croiser un détective désespéré, un chat de gouttières philosophe, des chauffeurs de taxis adeptes de tangas et quelques tueurs.

Comme de coutume chez Salem, l’intrigue débridée et dénuée de toute crédibilité est prétexte à une réflexion de fond sur l’identité. Dans Aller simple, premier roman de l’auteur, Octavio Rincón se voyait changer (très intimement) après la mort de sa femme et rencontrait même un hypothétique Carlos Gardel errant dans le désert marocain ; dans Nager sans se mouiller, Juanito Pérez Pérez, propulsé dans un camp naturiste, avait bien du mal à dissimuler sa double vie et sa double identité ; dans Je reste roi d’Espagne, enfin, Txema, détective spécialiste du déguisement, partait avec le roi d’Espagne à la recherche de l’enfant que ce dernier avait été.

Les mâchoires du serpent, Hervé Claude

Ecrit par Gilles Brancati , le Mercredi, 23 Janvier 2013. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman

Les mâchoires du serpent, novembre 2012, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Hervé Claude Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Ashe, un rentier français donne un coup de main au « police officer » qui le missionne pour des investigations qu’il ne pourrait pas faire lui-même compte tenu de sa notoriété. L’anonymat de Ashe est une discrétion utile. Il devient son bras, son homme de confiance. C’est lui qui le pilote, mais Ashe prend aussi des initiatives. On retrouve un premier corps mutilé, émasculé, découpé. Les soupçons se portent tout d’abord sur une « sale bête », en principe disparue depuis longtemps, la seule qui serait capable de déchiqueter ainsi le corps d’un homme. L’animal mythique, celui qu’on croyait disparu et qui réapparaît parce qu’enfoui dans un inconscient collectif, Ashe n’y croit guère. À moins qu’il s’agisse d’anciens rituels aborigènes. On ne sait pas, personne ne sait tellement ce meurtre, puis les suivants sont monstrueux. Pourquoi cette sauvagerie ? Par sadisme, pour brouiller les pistes ?

Autant le dire tout de suite, l’enquête policière est un prétexte à une évocation de l’Australie d’aujourd’hui et de la part d’histoire qu’elle n’a pas résolue, celle d’une conquête et de l’échec de l’assimilation de la population aborigène menée à marche forcée. Jusqu’au dénouement nous rencontrons l’immensité d’un territoire qui autorise bien des excès, des exploitants miniers enrichis sans vergogne, les villes qui concentrent la population et où, comme partout, circulent l’alcool et la drogue. Le tout sur fond d’une homosexualité proposée ici sans tabou.