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Recensions

En Amazonie, infiltré, Jean-Baptiste Malet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 19 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Récits, Fayard

En Amazonie, Infiltré, mai 2013, 155 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Malet Edition: Fayard

 

Amazon. On connaît tous, on a tous pratiqué la bête, un jour ou l’autre. La page-commande, le panier, le truc qu’on ne pensait trouver nulle part, et qui s’affiche, là, en « très bon état », pas cher – frais d’envois gratuit. Le petit paquet sobre – kraft, qui arrive, rapide comme l’éclair au fond de la boîte aux lettres – déjà !! Le génie du commerce en ligne ; près de 10% des livres vendus en France le sont par Amazon, et ce n’est qu’un début, puisque l’entreprise aux dents longues affiche en ces noirs temps de crise une croissance à 2 chiffres qui ne demande qu’à grandir. Bref, échapper à Amazon.fr, c’est compliqué.

Et, y travailler ? Forcément, faut du monde pour satisfaire nos impérieux besoins culturels… C’est ce que s’est dit le journaliste Malet, qui a tenté l’aventure – c’en est une – de s’y faire embaucher comme intérimaire, au doux temps précédant Noël, à Montélimar, où les entrepôts équivalent à 5 terrains de foot, et broutent leur quota d’esclaves, comme dans aucun film de science-fiction. Du coup, très content, Jean-Baptiste Malet, car « mon infiltration m’a ouvert les portes de l’entrepôt logistique fermé à la Presse ».

Des nuages et des tours, Dominique Fabre

Ecrit par Virginie Neufville , le Mercredi, 19 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Récits, L'Olivier (Seuil)

Des nuages et des tours, mars 2013, 147 pages, 17 € . Ecrivain(s): Dominique Fabre Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Nos vies au fond sont comme un tas de moments pathétiques avec, autour de nous, des rues, des arbres et des façades d’immeubles où la vie n’accroche pas vraiment, beaucoup de souvenirs, beaucoup de calendriers ».

Des nuages et des tours est le recueil « condensé » d’une chronique mensuelle menée pendant cinq ans dans le magazine le Matricule des Anges. Dominique Fabre, citadin de la Porte d’Ivry, a décidé de faire de ce périmètre spatial bien délimité le sujet de ses observations et de ses réflexions. En effet, ce lieu est grouillant de monde : station de métro importante, accès au tramway et au bus, et surtout population où toutes les ethnies vivent les unes à côté des autres.

A pied, à la fenêtre de son appartement, ou dans le bus PC2 qui fait le tour de Paris, l’auteur livre ses impressions sur le monde qui l’entoure et les gens qui l’accompagnent, tributaires comme lui des transports en commun. Dans ces lieux peuvent s’y passer des événement complètement insensés, comme par exemple deux personnes âgées tenant un dialogue raciste au milieu de gens d’origine étrangère :

Un homme trop facile, Eric-Emmanuel Schmitt

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 19 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Albin Michel, Théâtre

Un homme trop facile, janvier 2013, 210 pages, 14 € . Ecrivain(s): Eric-Emmanuel Schmitt Edition: Albin Michel

 

Paris, époque actuelle, une loge de théâtre, celle de l’acteur principal, Alex, le soir de la Première du Misanthrope de Molière. Le rideau va se lever dans une quarantaine de minutes. Dernier coup d’œil pour Doris, l’habilleuse ; derniers instants de trac pour Léda, l’interprète de Célimène. Alex alias Alceste, la vedette du spectacle, tarde à arriver. « La première ! Nous avons la première ce soir ! Ses débuts dans le Misanthrope ! Les miens dans Célimène… Moi, dès l’aube, j’ai commencé à crier, à piaffer, à trépigner ! Lorsque j’ai griffé mon fils, mon mari m’a jetée dans la voiture et m’a larguée au théâtre. Depuis midi, je tourne en rond dans ma loge avec mes chiens. À croire qu’Alex, lui, n’a pas peur… » et Doris (supérieure [dans le texte]) de répondre : « Ces dernières années, je ne l’ai jamais vu s’inquiéter. Il sait que les gens l’aiment ».

Alex arrive, pose pied dans sa loge, bouquet de fleurs à la main, et il les offre à Doris, attendrie. Quelques affabilités acroamatiques plus tard, Alex se retrouve, seul, dans sa loge. À tout le moins, il le croit. « Pendant qu’il s’éloigne, un homme inconnu apparaît dans le miroir, un individu noble, hautain, habillé avec élégance ; il se penche vers le cadre pour observer Alex ». Le décor est posé, la pièce peut commencer.

La petite Borde, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 18 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Récits, Mercure de France

La petite Borde, juin 2012, 142 p., 13,50 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

Dans son premier roman, La petite Borde, Emmanuelle Guattari cherche à livrer un regard d’enfant sur l’univers de la clinique de La Borde, ce célèbre établissement expérimental rompant avec la tradition d’enfermement des malades mentaux – cofondé par son père – où elle a grandi avec ses frères et les autres enfants du personnel. Traînant leur enfance « au milieu des adultes », « les enfants de La Borde » évoluaient avec une grande liberté dans ce foisonnant « phalanstère labordien » qui n’était pas seulement une clinique psychiatrique à « la présence fantastique », mais un château ouvert sur un parc immense, des forêts et des étangs. Un lieu à la fois tangible, concret, et doté d’un large potentiel imaginaire renvoyant aussi à l’univers des contes. Un lieu extraordinaire où se côtoyaient et se croisaient des mondes multiples…

Ce n’est pas un simple récit autobiographique mais une véritable construction littéraire emplie de fantaisie permettant à l’auteure de reconstituer cet univers avec une grande justesse de ton en restituant par petites touches juxtaposées cette perception du monde particulière à l’enfance. Ce récit romanesque racontant ces « cavalcades d’enfants » espiègles et intrépides parmi les pensionnaires et les autres adultes peuplant ce vaste domaine fait ainsi revivre, d’une écriture légère et virevoltante, concise et elliptique – mais jouant aussi sur les répétitions – tous ces mondes aujourd’hui disparus. Une écriture dont il émane de l’humour et de la tendresse et beaucoup de fraîcheur et de poésie.

Les filles de l'ouragan, Joyce Maynard

Ecrit par Emily Vaquié , le Mardi, 18 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, 10/18

Les Filles de l’ouragan, traduit (USA) par Simone Arous, mai 2013, 360 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Joyce Maynard Edition: 10/18

 

Les Filles de l’ouragan pourrait se résumer aux destinées en miroir de deux jeunes filles, mais ce serait réducteur. Les Filles de l’ouragan est un grand roman américain, qui court des années 50 jusqu’à nos jours, embrassant ainsi un demi-siècle d’histoire américaine : les guerres (la deuxième guerre mondiale, mais surtout le Vietnam), les modes, la musique, Woodstock, sont ainsi évoqués, dans un portrait vibrant de l’Amérique d’autrefois. C’est également un roman rural, sur l’Amérique profonde, qui nous permet de découvrir le quotidien des paysans américains. En somme, Les Filles de l’ouragan est un roman aux récits multiples. Pourtant, il n’y a que deux voix qui s’expriment : celles de Dana et de Ruth.

Nées le 4 juillet 1950 dans une petite ville du New Hampshire, Ruth Plank et Dana Dickerson sont issues de familles très différentes. Ruth grandit dans une famille d’agriculteurs, les pieds solidement ancrés sur le sol, même si la jeune fille rêve d’art. Dana, elle, grandit chez les fantasques Dickerson, entre Val, artiste perdue dans son monde, et George, persuadé qu’il deviendra bientôt riche et célèbre, peu importe le moyen. Les deux familles sont amies, grâce à l’opiniâtreté de Connie Plank. Sœurs d’anniversaire, les jeunes Dana et Ruth n’ont pourtant rien en commun. Mais le destin ne cessera de les lier.