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Recensions

Trop de bonheur, Alice Munro

Ecrit par Grégoire Meschia , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, L'Olivier (Seuil), Canada anglophone

Trop de bonheur, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2013, 320 pages, 24 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Trop de bonheur. Un titre quasiment philosophique qui décontenance quand on s’intéresse de plus près aux histoires qu’il contient. Du bonheur on en est loin. Ou alors faut-il redonner à l’adverbe son sens premier et négatif de démesuré, au-delà des limites. Tellement de bonheur qu’il disparaît. C’est en effet plus par son absence que le bonheur brille dans le texte.

S’il ne s’agit pas d’un ouvrage de philosophie, les nouvelles d’Alice Munro apportent néanmoins une certaine vérité sur l’existence. On peut tirer de chaque histoire un constat qui bien loin d’être moralisateur donne à voir des humains, comme vous et moi, en prise avec des situations de la vie quotidienne. Si ces vies ont d’abord la banalité du quotidien, quelque chose d’extraordinaire – un nœud – vient d’emblée noircir le tableau. Elles ont l’apparence du fait divers qui peut arriver à n’importe qui, mais qui peut se trouver d’un coup en première page d’un journal à scandale. Alice Munro dissèque les humains, elle les met à nu :

Une longue nuit d'absence, Yahia Belaskri

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Vents d'ailleurs

Une longue nuit d’absence, mars 2012, 158 pages, 15,20 euros . Ecrivain(s): Yahia Belaskri Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un roman pour ainsi dire plein d’Histoire(s), c’est-à-dire d’idéaux, de larmes, de sang, de douleurs, d’exils et de volonté humaine. Un roman en va-et-vient entre les deux rives de la Méditerranée, et entre deux guerres civiles, celle d’Espagne et celle d’Algérie.

Yahia Belaskri, ambitieux, empoigne trois ou quatre décennies de feu, retrace la vie de populations entières, et éclaire avec une belle maîtrise de son sujet deux conflits majeurs dont le fond commun est la quête de justice et de liberté.

Francisco, dit Paquito, puis Paco, est né en Andalousie autour de 1920 ; il mourra en 2006. Entre ces deux dates, que de choses ! Un engagement à l’âge de seize ans dans les rangs des républicains qui combattent Franco (un… enfant-soldat), la clandestinité quasi permanente, le déchirement d’une vie familiale impossible, la défaite et l’exil dans l’Algérie française, la suspicion des autorités (il est militant du Parti communiste espagnol), les camps d’internement, l’activisme et les incursions téméraires dans l’Espagne franquiste, puis, alors qu’il veut s’apaiser un peu dans le bonheur conjugal, une autre guerre, de décolonisation, où il est pris comme dans un étau par le FLN et l’OAS, l’indépendance sanglante, un autre exil, en France… métropolitaine.

Le visiteur de brume, Jean-Paul Pellaton

Ecrit par David Campisi , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Le visiteur de brume, Ed. Plaisir de Lire, avril 2013, 120 pages, 17,50€ . Ecrivain(s): Jean-Paul Pellaton

 

Mais qui est Pierre Baud ?

Un soir, tandis que Laurent et son épouse Marianne s’apprêtent à passer une soirée commune à mille autres dans leur appartement, seuls mais en amoureux, un homme frappe à la porte. L’homme est un géant, il tient du gorille et ses mains sont larges et épaisses. Rapidement, Laurent le reconnaît : Pierre Baud, son ami d’enfance. Il apparaît de nulle part, surgit du passé, de l’inconnu, de la brume. L’homme est un taiseux, la gêne se ressent dans chacun de ses gestes. Pierre Baud a besoin d’aide.

Alors Laurent et Marianne l’accueillent et, bientôt, ils feront ménage à trois. Bientôt, aussi, Pierre Baud, par son silence et le poids prodigieux de sa présence, occupera une place immense dans la vie du couple. Aider Pierre Baud semblait un acte de philanthropie, une nécessité : hors de question de laisser tomber un ami qui a besoin du gîte. Et puis, il ne dérangera pas…

Compagnie K, William March

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Compagnie K., trad. (USA) par Stéphanie Levet. 230 p. 23,10 € 12 septembre 2013 . Ecrivain(s): William March Edition: Gallmeister

 

Ecoutez la rumeur terrible de ceux qui ont connu l’Enfer, de ceux qui ne sont pas revenus, de ceux – pire encore – qui en sont revenus brisés à jamais. Compagnie K est un de ces livres dont on sait, en le lisant, qu’il rentrera pour toujours dans nos mémoires de lecteurs. Il marque d’un trait indélébile la première grande plainte du XXème siècle – elle ne restera pas unique hélas -, celle de ceux qui ont quitté la condition d’humains dans la boue, la vermine, la mort des tranchées de 14-18.

La compagnie K est une unité de l’armée américaine envoyée au front en 1917. Le roman de William March, car il s’agit bien d’un roman et quel roman, est composé de voix, 113 voix, qui constituent les « chapitres » du livre. Chacune est celle d’un soldat qui nous dit un moment bref de sa vie, ou de sa mort, dans les tranchées du nord est de la France. On suit ainsi la compagnie K depuis les jours qui précèdent le départ en France jusqu’aux semaines, mois et années qui suivent le retour (de certains).

Polyphonie tragique et poignante qui nous dit la misère de ceux-là mais pas seulement :

Septembre ! Septembre !, Emmanuelle Maffesoli, Clément Bosqué

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 12 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions Léo Scheer

Septembre ! Septembre !, 12 septembre 2013, 262 pages, 19 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Maffesoli, Clément Bosqué Edition: Editions Léo Scheer

 

Un premier roman ; un Léo Scheer-éditeur souvent inspiré ; un titre et ses deux points d’exclamation comme une scansion un peu étrange ; cela suffit peut-être au cœur de l’été pour tenter le voyage… et pour en ressortir tout simplement heureux, ce petit livre restant en mémoire comme une promesse de qualité pour le Septembre littéraire à venir…

Ils sont deux auteurs – mystère de leurs pattes respectives… – pour un seul petit fleuve de pages qui, fièrement, ne ressemble à – presque – rien d’autre. Court et riche ; couleurs qu’on imagine entre vert et gris – la Seine, probablement ; récit à la fois tonique et murmurant ; quelques forts personnages jouant au bord… une balade des « jeunes du temps actuel », osons ! L’écriture est maîtrisée, juste classique ce qu’il faut ; elle sert cette petite histoire à merveille comme une petite sonate ciselée.

Paris – belle escapade qui ravira ceux qui l’aiment, de la Grande Bibliothèque aux quais de Seine ; la place de la Nation à contre-jour ; Notre-Dame en fond d’écran ; rues, échoppes, quartiers… huit clos d’appartements à peine boboïsés : « il avait envie, très envie de couvrir de son allure, comme un loup son enclos, ce territoire large, cet enchevêtrement de gris d’huitre et de jaune d’œuf qu’est Paris… ».