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Recensions

Le rêve du jaguar, Miguel Bonnefoy (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 20 Février 2025. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Rivages

Le rêve du jaguar, Miguel Bonnefoy, Rivages, août 2024, 304 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Ce roman flamboyant, baroque, touffu comme une généalogie, est un hommage rendu au Venezuela par l’un de ses fils, qui vient de là-bas.

Il est impossible de relater l’intrigue de ce livre tant il brasse nombre d’histoires, de lignées, de paysages et de faits historiques. C’est toute l’histoire d’un siècle de Venezuela, avec ses révolutions, ses dictatures, ses faits d’armes, que nous lisons, page après page.

Antonio, Ana Maria, Venezuela, Cristobal, entre autres personnages d’une véritable saga centrée autour du lac de Maracaibo, portent l’histoire complexe d’une famille. De l’abandon d’Antonio sur les marches d’une église, jusqu’au retour au pays de son petit-fils Cristobal, le roman regorge d’événements notoires : les deux premiers sont devenus médecins dans une région qui n’en avait jamais connus.

Ann d’Angleterre, Julia Deck (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 12 Février 2025. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Ann d’Angleterre, Julia Deck, Le Seuil, août 2024, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Deck Edition: Seuil

 

Entremêlant passé et présent d’une femme au grand âge, le roman, pour être largement autobiographique, découvre des pans entiers d’une vie qu’une fille aborde à propos de sa mère.

A 84 ans, Ann mène encore une vie autonome, faite de cours, de voyages, de lectures. Et puis, c’est l’AVC qui la rend dépendante, qui l’amène pour de longs mois à l’hôpital. Sa fille Julia se bat parce qu’elle croit intimement qu’elle va récupérer. C’est alors la litanie des passages d’une clinique l’autre, la recherche d’une maison de repos qui ne soit pas un mouroir.

A la sidération succède chez Julia, romancière, le sentiment de perdre quelqu’un qu’elle a toujours vu en grande forme.

La quête du passé très riche de la mère dévoile une personnalité féconde, intellectuelle, active. Venant d’un milieu défavorisé, Ann s’est battue elle aussi pour trouver sa place dans une société très marquée par les castes.

Lorraine brûle, Jeanne Rivière (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 05 Février 2025. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Lorraine brûle, Jeanne Rivière, Gallimard, Coll. Sygne, janvier 2025, 182 pages, 19 € Edition: Gallimard

 

Comment être au monde autrement, comment éviter le piège du conformisme rassurant mais ennuyeux ? Ce sont ces questions auxquelles tente de répondre l’auteure dans ce roman qui met en scène une narratrice qui semble toujours au bord du gouffre, sans cesse en quête d’un sens qui tarde à se faire jour, une quête perpétuelle pour échapper au pire, le piège du quotidien, du couple, de la famille…

Nous sommes, comme le titre le suggère, en Lorraine. La narratrice y vit, et la décrit d’une façon qui laisse peu de place au doute : « Metz ici Metz. On aime le crade. On érige le trash en esthétique. La turpitude est notre maison mère. On se pose des lapins, on se ment, on prend de la drogue en cachette. On fait des fanzines avec des emballages de boîtes de méthadone, on met en scène des cures de désintox. On a la gueule de bois rien qu’en passant devant un bar. On flirte un peu trop avec la mort ».

Monsieur William, Dominic K. (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 04 Février 2025. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Monsieur William, Dominic K., Editions Les Petites Moustaches, juin 2024, 96 pages, 14 €

 

La maison d’édition Les Petites Moustaches a créé la Collection 22H24 (en 2024) à partir d’un fait aussi réel que déconcertant : la porte d’entrée de l’éditrice craque chaque jour à 22h24.

A partir de cette information, l’auteur Dominic K. donne naissance au personnage de Monsieur William, 48 ans, encadreur de métier, qui habite dans une petite ville de l’Aquitaine, en bord de Garonne. Son quotidien est aussi réglé, aussi ascétique, que sa solitude semble profonde. Non pas qu’il soit parfaitement isolé : sa fille Jennifer lui rend régulièrement visite. Néanmoins, elle aura l’occasion de sentir l’inquiétude grandir face à l’obsession de son père, pour qui il deviendra impossible de voir ou d’entendre autrement qu’à travers son unique point de vue. Bien qu’ayant un ami lui suggérant de briser cette solitude rigide, Monsieur William ne semble, au long de son aventure intérieure, voué qu’à une seule compagne : sa porte d’entrée qui, chaque soir, craque de manière similaire et rigoureuse à 22h24. Tout en restant quelque peu préoccupé par sa santé, il développe une fidélité telle à ce phénomène qu’il lui paraît impensable d’être absent de sa maison à l’heure fatidique. Devient-il fou ?

L’après-exil, Georges-Arthur Goldschmidt (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 03 Février 2025. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Récits, Verdier

L’après-exil, Georges-Arthur Goldschmidt, éd. Verdier, janvier 2025, trad. allemand, Jean-Yves Masson, 96 pages, 18,50 € Edition: Verdier

 

Les deux frères Goldschmidt, Juifs allemands, Erich, et son cadet de quatre ans, Georges-Arthur, ont dû quitter le pays natal et ont connu dès les années 1938/1939 l’exil. Plus de quatre-vingts ans après les faits, le second, devenu écrivain, relate cette période sombre où il faut fuir l’Allemagne, devenue meurtrière pour la communauté juive, et trouver refuge, d’abord en Italie, à Florence, puis en France, du côté de Chambéry.

Les toutes premières pages contribuent à cerner de manière précise, complexe, cette notion d’exil que l’auteur va véritablement éprouver dans sa chair d’exilé. Il faut, pour l’auteur de ces pages, passer au crible des définitions les seuls mots d’exil et d’après :

« Quiconque a été contraint à l’exil n’en sort plus de toute sa vie » (p.9).

« Vu de l’extérieur, l’exil semble être un événement anodin, minuscule, mais après lequel tout est irrémédiablement terminé » (p.14).