Identification

Recensions

Le bar du caïman noir, Denis Humbert

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 10 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Presses de la Cité

Le bar du caïman noir, juin 2013, 280 pages, 19 € . Ecrivain(s): Denis Humbert Edition: Presses de la Cité

 

« Regina », voilà un bien beau nom pour un hameau sordide, perdu au bord du fleuve, quelque part en Guyane.

« Une église, une mairie-école et quelques cases créoles… », et l’épicerie Gomès devant laquelle des hommes venus des alentours se retrouvent chaque matin, boivent et échangent les nouvelles.

Plus loin, à l’écart de tout, le bar du Caïman noir, autre nœud de rencontres, louche, interlope celui-là, lieu de plaisirs tristes, où, le soir surtout, ça danse, ça se soûle, ça se bat parfois, où quelques amérindiennes en voie d’acculturation viennent monnayer leurs charmes, où se croisent orpailleurs clandestins, fonctionnaires métropolitains impatients d’être affectés ailleurs, aventuriers au passé trouble, épaves au passé occulte qui ont choisi d’échouer dans ce trou vaseux pour se faire oublier.

Voilà pour le décor, baignant dans la moiteur, la pluie, la boue et le mal être.

Le tueur se meurt, James Sallis

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 09 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Le tueur se meurt (The killer is dying), traduit de l'anglais (USA) par Christophe Mercier et Jeanne Guyon avril 2013, 264 p. 20 € . Ecrivain(s): James Sallis Edition: Rivages/Thriller

 

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement

Charles Baudelaire. Les Phares

 

Baudelaire ici parce que dans ce quatrain est concentré l’univers de ce chef-d’oeuvre noir de James Sallis. Univers de la chute, de l’impiété, du meurtre et du châtiment. The killer is dying dit le titre original. La syntaxe anglaise est plus explicite que la française. Progressive form. C’est bien là le génie de Sallis qui va distiller, instiller, son récit au goutte-à-goutte comme les liquides jaunâtres qui coulent des poches suspendues au-dessus des patients, cassés, blessés, mourants des hôpitaux qui parsèment le chemin de Chrétien. Chrétien, c’est le nom du héros tueur !

Premier sang, David Morrell

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 09 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Premier sang (First Blood, 1972), traduit de l’anglais (USA) par Éric Diacon, juin 2013, 311 pages, 10 € . Ecrivain(s): David Morrell Edition: Gallmeister

Décidément branchées sur le cinéma en ce mois de juin, les éditions Gallmeister, après Délivrance, publient le roman dont a été tiré le premier – et seul bon – film mettant en scène John Rambo.

Une édition doublement intéressante : d’abord parce que l’on ne sait pas forcément qu’un livre est à l’origine du film, ensuite parce que l’on s’aperçoit que ce roman qui traite – superficiellement et avant tout au service de l’action et d’un message plus large sur la perception de la guerre du Vietnam, certes – du syndrome post-traumatique chez les vétérans du Vietnam date tout de même de 1972, à un moment où le conflit n’est pas encore terminé. À ce titre, David Morrell fait indéniablement partie des précurseurs d’une vague qui ne déferlera vraiment que quelques années plus tard.

Premier sang est donc l’histoire de la rencontre entre John Rambo, ancien commando rentré traumatisé après sa captivité au Vietnam et qui vagabonde à travers les États-Unis, et le shérif Teasle, lui-même vétéran de la guerre de Corée, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée en ville de ce jeune homme chevelu. Bien vite, l’entêtement de Rambo à rester en ville et celui de Teasle bien décidé à la lui faire quitter mène à l’explosion. Après un passage crispant devant le juge local et une arrivée musclée à la prison de la ville, John Rambo commet l’irréparable et s’enfuit. Commence alors une chasse l’homme durant laquelle les chasseurs ne tardent pas à devenir gibier, pour le plus grand malheur de Teasle :

Mãn, Kim Thúy

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 09 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman, Editions Liana Levi

Mãn, mai 2013, 143 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Kim Thúy Edition: Editions Liana Levi

 

Une saveur aigre-douce

 

Dans son précédent roman Ru, Kim Thuy nous a séduit par la douceur et la mélodie de ses mots. Dans ce présent récit, Mãn, elle confirme indéniablement son talent d’écrivain.

Mais quel est donc le fil conducteur de l’intrigue de Mãn ? Il s’agit d’un récit de vie écrit par un personnage féminin racontant son parcours de femme asiatique en recherche sur deux continents. Mãn est son prénom. Au Viêt Nam, le prénom n’est jamais choisi au hasard car il détermine la destinée de celui ou de celle qui le porte. Des rites de passage permettent à l’individu de se défaire de son surnom souvent disgracieux hérité de l’enfance (« le morveux », « petit chien », « le laideron »…) et qui avait pour fonction d’éloigner les mauvais esprits, jeteurs de sort, pour se vêtir complètement de son prénom. L’auteur l’explique et donne, par la même occasion, la signification de Mãn, son prénom :

Acteur de l'écriture, Dieudonné Niangouna

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 09 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Acteur de l’écriture, juin 2013, 60 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dieudonné Niangouna Edition: Les solitaires intempestifs

 

Le guerrier de Brazzaville

 

La collection du Désavantage du vent regroupe de nombreuses contributions à la connaissance des écritures théâtrales contemporaines à partir de la figure tutélaire de Jean-Luc Lagarce. Des auteurs comme Dieudonné Niangouna parlent de leur vision personnelle du théâtre, établissant ainsi un aller-et-retour entre leurs œuvres dramatiques et ces textes critiques, un peu à la manière des « examens » du texte classique ou des préfaces, manifestes façon Cromwell.

Le volume de D. Niangouna est un recueil de plusieurs textes écrits à divers moments de son parcours et dont certains ont été l’objet de communications publiques ou de publications partielles. Seul Le devoir de construire est daté (2007) et décrit comme étant une suite de notes pour le festival Mantsina. Ces textes sont au nombre de neuf et c’est l’un d’eux qui donne son titre à l’ensemble : acteur de l’écriture, termes présents dans le texte lui-même. D’ailleurs la photographie de la première de couverture fonctionne en quelque sorte comme un frontispice : Niangouna, en vêtements africains est en train d’écrire.