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Recensions

Défoncé, Mark Haskell Smith

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 02 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Défoncé (Baked, 2010), traduit de l’anglais (USA) par Julien Guérif, juin 2013, 332 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Mark Haskell Smith Edition: Rivages/Thriller

Alors qu’il sort de chez lui, Miro Basinas reçoit une balle dans la poitrine. C’est d’autant plus déplaisant pour lui (« Une balle peut vraiment foutre votre journée en l’air ») qu’il planait jusque-là sur un petit nuage après avoir remporté quelques semaines auparavant, à Amsterdam, la Cannabis Cup. Car Miro, botaniste amateur mais éclairé, a créé une herbe de très haute qualité qui devrait assurer à la fois son avenir matériel et sa réputation chez les fumeurs de joints pour des siècles et des siècles. Mais, de toute évidence, ce succès suscite aussi des jalousies.

Comme les précédents romans de Mark Haskell Smith, découvert en France il y a une petite dizaine d’années avec À bras raccourcis, Défoncé est pour le moins débridé. Il faut bien dire qu’avec une galerie de personnages rassemblant un botaniste admirateur de Floyd Zaiger, inventeur du pluot, un flic faussement détaché mais constamment malade, une infirmière dominatrice, un tueur psychopathe incapable de s’empêcher de ramasser n’importe quelle croûte accrochée au mur du logement de ses victimes et un mormon converti au culte du burrito, il y a de quoi faire. Et, à partir de cet échantillon particulièrement secoué d’humanité, Mark Haskell Smith multiplie les combinaisons. Tel Floyd Zaiger essayant de croiser des prunes avec des abricots, Smith provoque des rencontres étonnantes propres à aboutir à des scènes délicieusement hilarantes.

Les Avenirs, Hafid Aggoune (2ème recension)

Ecrit par Laurent Bettoni , le Mardi, 02 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Les Avenirs, Éditions StoryLab, mars 2013, 5,99 € . Ecrivain(s): Hafid Aggoune

 

Avant tout, il faut raconter l’histoire de ce livre, car il s’agit d’une belle histoire ; non pas raconter l’histoire que raconte ce livre (qui est également une belle histoire, nous y reviendrons), mais le parcours du texte, son aventure, son itinéraire, son combat, pour arriver sous les yeux des lecteurs. Et pour y rester.

Les Avenirs est le premier roman de Hafid Aggoune. Publié en 2004 par les éditions Farrago, il a reçu le prix de l’Armitière cette même année et le prix Fénéon en 2005. Puis l’éditeur a cessé son activité en 2006, et le livre est devenu indisponible en version brochée.

L’auteur a récupéré ses droits numériques et les a confiés à StoryLab, en 2013, qui peut ainsi sauver ce roman de l’oubli et en proposer une version corrigée ainsi qu’enrichie d’un entretien filmé de Hafid Aggoune. Celui-ci y explique fort justement que le support de lecture importe moins que le contenu lui-même et que seules comptent la diffusion et la (sur)vie des œuvres.

Revue Itinéraires. Littérature, textes, cultures 2012, 2 : intime et politique

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 01 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Revues

Revue Itinéraires. Littérature, textes, cultures, 2012, 2 : Intime et politique, sous la direction de Véronique Montémont et Françoise Simonet-Tenant, L’Harmattan, 2012, 180 pages, 19 €

 

Véronique Montémont et Françoise Simonet-Tenant rappellent à juste titre, dans leur introduction, qu’intime et politique ont très récemment formé un couple des plus médiatiques. L’affaire DSK prolongée tout dernièrement par la sortie du livre de Marcela Iacub, ou encore le tweet de Valerie Trierweiler en défaveur de Ségolène Royal lors des élections législatives de 2012, en sont des illustrations parmi d’autres.

Ainsi, du fait de la « pipolisation croissante de la vie politique, la sphère privée flirte ouvertement avec la sphère publique ». Cependant, l’intime et le politique, tout au moins dans nos représentations, appartiennent (appartenaient) à des sphères appelées à ne pas se croiser : « l’un serait figuré comme un retrait narcissique, régressif et défensif, tandis que l’autre serait entendu comme le lieu des échanges sociaux organisés et de l’ouverture à l’autre dans la perspective d’un gouvernement avisé de la cité ». Or, et c’est là l’enjeu du présent dossier, ces deux sphères ont toujours été amenées au cours de l’histoire à s’interpénétrer.

La reine de l'oubli, Lamia Berrada-Berca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

La reine de l’oubli, éditions La Cheminante, mars 2013, 120 p., 7 € . Ecrivain(s): Lamia Berrada-Berca

 

La reine de l’oubli, dernier livre de Lamia Berrada-Berca, jeune écrivain franco-marocain aux identités plurielles, est un court récit d’une densité et d’une profondeur mystérieuses dont le titre désigne l’héroïne – la mère de la narratrice – atteinte par la maladie d’Alzheimer. Une maladie à laquelle sont de plus en plus confrontées nos sociétés actuelles en raison de l’allongement de la vie mais dont habilement le nom n’est jamais prononcé, ce qui en renforce la puissance métaphorique.

Cette mère française, exilée par amour (mais l’amour n’est-il pas déjà « une forme d’exil » ?), s’arracha « au passé de ses racines » pour suivre son époux en « territoire inconnu » dans un « pays exotique » où ils construiront le « fondement de leur histoire » : une grande maison à flanc de colline – où naîtront et grandiront leurs enfants – « qui regarde la mer avec insistance ». Une maison désormais vide dont les pièces et les objets témoignent d’une mémoire oubliée.

Dans cette « Thébaïde » où le désordre de sa parole l’enferme peu à peu dans un silence la coupant du monde, elle vit dans un présent en pointillé tandis que les souvenirs les plus anciens liés à l’enfance resurgissent. Ses repères spatio-temporels brouillés, elle règne « sur une mémoire pourchassée par l’oubli » qui sans cesse reflue, s’abandonnant à ce « ressac », « s’arrach[ant] inconsciemment de soi » pour s’exiler vers des espaces infinis…

La lutte pour la reconnaissance, Axel Honneth

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Folio (Gallimard)

La lutte pour la reconnaissance, traduit de l’Allemand par Pierre Rusch, Folio, Essai n°576, février 2013, 352 pages, 9,10 € . Ecrivain(s): Axel Honneth Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Redécouvrir Hegel

 

Il est indéniable que La lutte pour la reconnaissance est un ouvrage majeur pour qui désire renouer avec les cours de philosophie politique. En effet, il s’agit ici du résultat d’une thèse d’habilitation pour une chaire universitaire de philosophie. Axel Honneth se rattache à l’école de pensée qu’on appelle l’école de Francfort. Il suit une lignée directe qui remonte à Hegel, l’un de ses membres les plus prolifiques et les plus prestigieux en terme de production et de réactualisation d’un mode de pensée philosophique hérité des maîtres antiques et de la Renaissance.