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Recensions

Palladium, Boris Razon

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Palladium, 21 août 2013, 496 pages, 22 € . Ecrivain(s): Boris Razon Edition: Stock

 

Le corps malade


La vie du personnage principal de ce roman, Boris, est ordinaire. Il coule des jours heureux auprès de sa compagne, Caroline. Il est entouré d’amis et de parents aimants. Sur le plan professionnel, il est journaliste et respecté de ses pairs.

Cependant, depuis plusieurs jours, il se sent terrassé par une extrême fatigue et n’a plus goût à la bonne chaire. De plus, il éprouve une extrême douleur au dos. Son entourage ne semble pas faire grand cas. Sa sœur, médecin, ne trouve rien d’anormal. Et pourtant, il va sans dire que Boris sombrera dans quelques jours dans le coma profond.

Sympathy for the Devil, Kent Anderson

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Sympathy for the devil (Sympathy for the devil, 1987), traduit de l’anglais (USA) par Frank Reichert, Folio Policier, juin 2013, 592 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Kent Anderson Edition: Folio (Gallimard)

 

« Hanson était allongé sur le dos et regardait les nuages défiler à travers le toit d’épineux, en souriant dans le noir. Il était à près de quinze mille bornes de chez lui, en plein milieu d’un carré de broussailles, en train de participer à une opération transfrontalière illicite, cerné de toutes parts par l’ennemi, et il était heureux. Bien sûr, il y avait la peur, mais il était aussi heureux que possible, aussi heureux qu’il avait jamais rêvé de l’être. La seule chose dont il avait à s’inquiéter, c’était de rester en vie. S’il se plantait, il mourrait, et tous ses problèmes seraient terminés ».

Avec Sympathy for the devil, Kent Anderson présente le parcours de son double, Hanson, appelé sous les drapeaux en pleine guerre du Vietnam et qui a fait le choix de s’engager dans les forces spéciales, les fameux bérets verts, pour ne pas devenir une simple piétaille destinée à servir de chair à canon. Pour pouvoir choisir sa mort, en quelque sorte. Ainsi de ses classes à son deuxième séjour au Vietnam en passant par un retour écourté au pays pour cause de paranoïa aigüe et d’incapacité à retrouver la vie civile, on suit pas à pas ce soldat entré dans l’armée sans le vouloir et qui s’est mis a aimer la guerre.

La cause des livres, Mona Ozouf

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 31 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Gallimard, Anthologie

La cause des livres, Gallimard 2011, 547p, 24 € . Ecrivain(s): Mona Ozouf Edition: Gallimard

 

La cause littéraire ne pouvait pas ignorer La cause des livres. Et Mona Ozouf défend et illustre ici plusieurs causes : la cause du patrimoine littéraire français, la cause des lettres et des épistules, la cause des autres littératures et des étrangères, la cause des femmes bien sûr, la cause de la république et la cause de l’histoire. Autant abréger : la cause de la vie, notre vie, nos vies, passées et présentes, présentes et à venir.

Ce petit pavé est un collier de perles. Le Nouvel Obs en fut le réceptacle hebdomadaire. Mona Ozouf en a confectionné un florilège en cercles de cercles, maîtresse des anneaux. Modestement, voici quelques extractions (un devoir de l’échotier n’est-il pas de couper les fils du collier pour jeter une autre lumière sur l’orient de la perle ?) et d’abord un titre d’article sur la femme de Marx, Jenny vue par Françoise Giroud, la mère, la bourgeoise sacrifiée sur l’autel du prolétariat concrétisé dans la misère des Grandes Espérances et les exils multiples, un titre qui dit tout, un titre modèle pour tout apprenti critique, un titre pour la critique rongeuse des souris, un titre éloquent et sobre, un concentré de sens et d’allusions assumées, pour le meilleur et pour le pire, un titre trouvaille : Une épouse capitale.

La fiancée libanaise, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 26 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La fiancée libanaise, 20 €, août 2011 . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Gallimard


Comme on dit en sciences humaines, on peut lire ou regarder avec le regard du structuraliste ; c’est le cas ici ; ce livre est un Millet/structural ; un somptueux spécimen, qu’on ouvre, émerveillé d’y trouver un refrain réussi de tous ses autres livres.

Tout y est : l’écriture exceptionnellement aboutie – chef-d’œuvre d’un compagnon du tour de France – mieux, classiquement parfaite : « l’ombre gagnait les jardins de Siom où l’on ne distinguait que le dos luisant des toits d’ardoise et les masses plus sombres des sapins, de l’autre côté du lac qui ressemblait à une pièce de soie grise légèrement froissée » ; l’architecture si particulière à la respiration littéraire de Millet : pas moins de 38 lignes pour une phrase à la hauteur de la page 149 ! Balzac, quelque part.

Le cadre ; Millevaches et le haut plateau limousin ; l’écoute de R. Millet, son approche à nulle autre pareille, sa capacité à donner le sentir, le voir, bien sûr, le toucher aussi : « vous n’avez pas l’habitude du silence, de l’obscurité, des bêtes qui détalent dans les fourrés… vous ne savez rien de la terre, ni des ombres… vous êtes… une urbaine effrayée par l’obscurité ».

L'accordeur de silences, Mia Couto

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 23 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

L’accordeur de silences, 238 p., 19 €, traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues. . Ecrivain(s): Mia Couto Edition: Métailié

Sous le sceau de Hermann Hesse « toute l’histoire du monde n’est qu’un livre d’images reflétant le désir le plus violent et le plus aveugle des hommes : le désir d’oublier », Mia Couto prête sa plume acérée à un jeune garçon de 11 ans, l’accordeur de silences, précisément. On n’oublie pas comme ça.

Qu’est-il arrivé ? Il fait partie des derniers survivants. C’est LE père, Silvestre, qui le dit. Les femmes ? demande sans cesse ce petit groupe d’hommes. TOUTES DES PUTES, répond Sylvestre à l’envi. Et le chef a toujours raison, surtout quand il a été une mère, et surtout si sa libido se satisfait au cul d’un âne.

Ce sera une femme singulière qui va jouer le rôle de main invisible et bouleverser l’agencement protégé de la réserve plus très naturelle africaine et d’un système familial ethnocentré à l’extrême, mâle exclusivement et donc condamné à la fin du monde avant la fin du monde. « Une vie entière peut basculer en un seul jour… » (p.103). Il s’agira donc d’oublier l’ancien monde pour grandir et devenir adulte pour de bon, pour de vrai, si cela est possible. Ces possibles, pour exister, ne peuvent que prendre la voie de la poésie, voix silencieuse entre toutes.