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Recensions

Adieu le cirque !, Cheon Un-Yeong

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 13 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman, Serge Safran éditeur

Adieu le cirque !, traduit du coréen par Seon Yeong-a et Carine Devillon, avril 2013, 267 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Cheon Un-Yeong Edition: Serge Safran éditeur

 

Ballade des âmes errantes

 

Le roman s’ouvre sur un spectacle de cirque en Chine. Deux frères assistent aux acrobaties qui se déroulent sur scène. Le lecteur ne connaît que la pensée de l’un des frères, Yunho, qui contemple le spectacle.

« Je regardais la scène, les bras croisés, bien résolu à rester de glace, quelque dangereux que fût le numéro réalisé devant mes yeux. La virtuosité de cette troupe d’acrobates chinois, qui arrachait des exclamations au public par une contorsion ou un pliement grotesque du corps, ne m’inspirait que pitié. Le cirque implique une prise de risque. Le cirque, c’est l’affranchissement des limites physiques par un entraînement infernal. C’est donc de la pitié, et non de l’émotion, que l’on éprouve au cirque ».

Le Seigneur vous le rendra, Mahi Binebine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 12 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Fayard

Le Seigneur vous le rendra, janvier 2013, 200 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mahi Binebine Edition: Fayard

 

Après Les étoiles de Sidi Moumen, roman initié par les attentats du 23 mai 2003, se déroulant dans cette ville cloaque à la lisière de l’insouciante et bourgeoise Casablanca, dans cet enfer qui en avait nourri les jeunes kamikazes, le dernier livre de Mahi Binebine revient sur cette fracture du Maroc en deux mondes étrangers et sur la fabrication de destins inéluctables, mais dans un registre beaucoup plus souriant.

Le Seigneur vous le rendra se situe à Marrakech, ville natale aimée – et déjà célébrée en 2008 dans un recueil de nouvelles, Le griot de Marrakech –, où l’auteur est revenu vivre après de longues années passées à l’étranger. C’est un conte burlesque, plein de vie et de fantaisie, de malice et de tendresse, qui rend hommage aux petites gens de cette médina animée où il vécut son enfance et à ses gosses miséreux auxquels il invente un avenir possible. Un conte dont la lumière transcende l’ombre, disant pourtant la pauvreté et la crasse, la violence et la noirceur mais avec humour et légèreté, sans colère ni pathos, sachant surtout éclairer la beauté de la « ville ocre » et de « ce peuple avenant et paisible » derrière « toute cette laideur ».

Un balcon sur l'algérois, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 12 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Actes Sud

Un balcon sur l’Algérois, avril 2013, 174 pages, 18 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

 

 

Début des années quatre-vingt. Paris – c’est-à-dire, essentiellement Montparnasse, Saint-Germain-des-Prés et Montmartre. Nimrod, un jeune étudiant tchadien, arrive de son pays et s’inscrit à la Sorbonne. Les rapports avec sa directrice de mémoire, d’académiques, virent à la passion amoureuse et charnelle. Jeanne-Sophie est fille de colonel et issue de la grande bourgeoisie. Lui est boursier. Il est marié – Maureen, l’épouse, est au Tchad avec leur fille ; elles le rejoindront peut-être. Jeanne-Sophie a toujours eu ce qu’elle voulait et est habituée à posséder ce qu’elle désire. A côté de ces deux personnages, il y a quelques autres dont Bakary, éboueur malien de son état et père d’un garçon qu’il a eu avec Sylvie, une amie de Jeanne-Sophie. Sylvie, également prof à la Sorbonne, est une « fille d’aristos » ; son père est un banquier… Voici comment pense et parle Bakary – au grand dam de sa compagne ; enfin compagne est une façon de parler parce que Bakary a sa fierté d’éboueur. Il tient à son foyer de travailleurs d’Arcueil-Cachan et refuse d’emménager avec Sylvie dans son appartement du 16ème. Bakary donc – il s’adresse à Nimrod :

Shirker, Chad Taylor

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 12 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois, Océanie

Shirker, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, 2000, Christian Bourgois 2002 pour la traduction française, 359 pages, 23 € (repris en 10/18, 2005, 364 pages, 9 €) . Ecrivain(s): Chad Taylor Edition: Christian Bourgois

 

« – Qu’est-ce donc cet homme sur lequel tu enquêtes, Ellie ? Qu’est-ce que tu fabriques avec ce portefeuille ? A quoi rime tout ça ?

– Je n’en sais rien. Et c’est ce que je cherche à élucider ».

Cet échange décrit bien l’atmosphère de Shriker, le premier roman du néo-zélandais Chad Taylor. Il sera ainsi question d’un crime à élucider, mais aussi d’un enquêteur (qui n’est pas un enquêteur) qui cherche aussi à comprendre ce qui le motive à endosser un rôle qui n’est pas le sien.

Alors qu’il passe devant une scène de crime, Ellerslie Penrose, le narrateur, ramasse un portefeuille par terre. Celui de la victime ? Peut-être. Il tente de le remettre aux agents de police, mais ceux-ci le prennent pour un détective et l’invitent à aller voir de plus près le cadavre d’un homme qui vient d’être retrouvé dans un conteneur en verre. Les causes de sa mort : il s’est lentement vidé de son sang par le biais de multiples coupures.

J'aime, Nane Beauregard et La Manouba, Solange Mézan

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 11 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, P.O.L, Léo Scheer

J’aime, Nane Beauregard, Editions POL, 2006, 93 pages, 9 € La Manouba, Solange Mézan, Editions Léo Scheer, 2011, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nane Beauregard Edition: P.O.L

 

 

Une psychanalyse sans coulpe.

J’aime de Nane Beauregard est un bloc sans vide, plein d’amour. Dans le bloc, résistant à toute entropie, circule le fluide vital au milieu de deux êtres : l’auteur(e) et son objet-sujet, Un livre, un hymne, un grand poème. Un texte n’est pas choisi par POL ou Léo Scheer par hasard : il lui faut beaucoup de singularité, et de singularités. Original à force d’être banal : la ligne voulue par Beckett n’est pas seulement inscrite en filigrane, elle est ici une force de création et d’expression.

Un bloc et un seul point. Un point, et « ce n’est pas tout », ne clôt rien, il ouvre. Un point final n’a pas de fin, pas de but. A quoi bon faire le point ? Dérèglement de tous les sens ? Time is out of joint : le temps est sorti de ses gonds. Le temps de la vie est un entre-temps. S’y plonger.