Identification

Recensions

Petit traité de la lenteur, A l’usage des gens pressés, Mathias Leboeuf (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 09 Décembre 2024. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres

Petit traité de la lenteur, A l’usage des gens pressés, Mathias Leboeuf, Guy Trédaniel Éditeur, Coll. Petits Traités, octobre 2024, 172 pages, 12,90 €

 

Le dernier livre, Petit traité de la lenteur, de Mathias Leboeuf s’inscrit dans une nouvelle Collection des Editions Trédaniel qui se veut impertinente et à rebours du prêt-à-penser contemporain.

La philosophie a toujours défendu les vertus de la lenteur, cet impératif catégorique de la prise de hauteur, ainsi que le « pas de côté » de la pensée, afin de ne pas se laisser absorber par le tourbillon incessant de l’immédiateté. Nos sociétés modernes ont développé une allergie tenace face à la lenteur, la flânerie, la méticulosité et la pensée critique. La lenteur est désormais associée à la vieillesse, à la coquetterie d’un autre temps, frôlant parfois l’odeur de la naphtaline. « De quoi la lenteur est-elle l’affirmation positive ? ». Pourquoi est-elle devenue insupportable pour la plupart d’entre nous ? Sommes-nous encore capables d’apprécier les belles lenteurs, celles qui sont agréables et enrichissantes ? Serions-nous encore victimes d’une dichotomie inspirée par la philosophie de Platon qui associait « beauté » avec « agilité et vitesse » ? Pourtant, en musique, l’adagio illustre bien la beauté d’un mouvement lent.

Le son de la révolte, Une histoire politique de la musique noire américaine, Christophe Ylla-Somers (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 09 Décembre 2024. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Le Mot et le Reste, Histoire

Le son de la révolte, Une histoire politique de la musique noire américaine, Christophe Ylla-Somers, Le Mot Et Le Reste, octobre 2024, 457 pages, 30 € Edition: Le Mot et le Reste

Nous avons là un ouvrage d’importance dont le but est d’expliciter le lien entre l’histoire de la musique noire américaine et la politique. Important parce que l’auteur a fait un vrai travail d’historien, n’avançant ses arguments que lorsqu’ils sont étayés, ne décrivant les faits que lorsqu’ils sont vérifiés, le tout abondamment illustré de citations dont on ne se lasse pas.

Et puisqu’il faut commencer par le début, on remonte à la période de l’esclavage, au 17ème siècle, quand les premiers esclaves noirs arrivent en Amérique. Ils sont déshumanisés, humiliés, travaillant jusqu’à l’épuisement et la mort, les familles sont séparées, les femmes très souvent abusées, n’ayant aucun recours pour rendre leur vie acceptable. Ces conditions d’exploitation inhumaines ont permis à l’économie américaine de prospérer, et la Révolution américaine ne changea rien : « En définissant les principes de la démocratie, on ne s’était pas contenté d’ignorer le problème de l’esclavage : on admettait qu’il fallait le développer pour renforcer les intérêts de la nation », condamnait Martin Luther King. L’expansion de la culture du coton au 19ème siècle n’aura fait que renforcer les conditions inhumaines de l’esclavage, surtout dans le sud.

Tremble la nuit, Nadia Terranova (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 06 Décembre 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Italie, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Tremble la nuit, Nadia Terranova, Quai Voltaire, février 2024, trad. italien, par Romane Lafore, 192 pages, 22 € . Ecrivain(s): Nadia Terranova Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

Ce troisième roman de l’écrivaine italienne, originaire de Messine (elle y est née en 1978), après les beaux Les années à rebours et Adieu fantômes, revient longuement par la fiction sur une tragédie, celle qui a ravagé par un tremblement de terre les villes de Messine et de Reggio de Calabre.

Plongée dans l’histoire et les gravats de 1908. Plongée dans l’âme bouleversée des personnages qui ont vécu la catastrophe dans leur chair.

On suit les habitants, au plus près des événements, et surtout deux personnages centraux, ceux de Barbara et de Nicola.

Chaque chapitre est annoncé par l’une des figures du tarot traditionnel.

Les habitants errent au milieu des rues « saccagées », en quête d’un proche, dans l’attente de retrouvailles ou d’une aide bienvenue.

Lait et miel, Rupi Kaur (par Nicolas Grenier)

Ecrit par Nicolas Grenier , le Mercredi, 04 Décembre 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Lait et miel, Rupi Kaur, éditions Charleston, octobre 2024, trad. anglais, Sabine Rolland, 296 pages, 24,90 €

 

Cent mille milliards de roupies de madame Kaur

Rupi Kaur signe la mondialisation de la poésie, comme Machi Tawara et son Anniversaire de la salade en 1987, ou encore Lang Leav et son Love & misadventure, en 2013. Cette jeune fille de la diaspora sikh est l’expression du multiculturalisme, le Pakistan, l’Inde, le Canada. Depuis le 13 novembre 2014, la légende de Rupi Kaur se construit comme une aventure poétique jusqu’aux colonnes du New York Times. Dans le recueil de poèmes Lait et miel, le conte de fées brille de mille et une étoiles. À l’image d’une star de la musique populaire, de Lady Gaga à Taylor Swift, elle a ses fans, ses tournées, son show sur Amazon Prime Vidéo. Dans la mondialisation économique, politique, culturelle, la poésie se transforme en une activité lucrative.

Le secret de la danseuse, Michèle Hayat (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 02 Décembre 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Le secret de la danseuse, Michèle Hayat, L’Archipel, Ecriture, mai 2024, 176 pages, 19 €

 

Après avoir exploré l’enfance de Louis Armstrong dans La Trompette de Satchmo (2020), Michèle Hayat nous entraîne cette fois-ci dans sa Tunisie des années 1950, avec une finesse narrative qui mêle souvenirs personnels, suspense et fiction, rythmée par l’esthétique fluide et sans compassion de la danse. C’est l’histoire d’une profonde amitié entre Pia, douze ans, et Delphine, une beauté diaphane pleine de mystère. Pia se sent invisible aux yeux de sa mère, une femme oisive et frustrée. Pour rompre la solitude de sa fille, son père décide de l’inscrire à un cours de danse classique. C’est là que Pia rencontre Delphine, une camarade qui semble avoir tout ce qui lui manque : beauté, intelligence, espièglerie et un don inné pour la danse. Delphine, derrière son image d’enfant prodige, a une personnalité qui intrigue. « Si je n’avais pas la passion de la danse, je me consacrerais à la botanique. Je parlerais aux fleurs, mes histoires n’auraient pas de fin, pour qu’elles m’écoutent sans jamais se faner ». La jeunesse a toujours eu « l’intuition du temps et de la beauté », qui s’échappe mais qui s’exprime dans la légèreté de la danse.