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Recensions

Indigne, Alexander Maksik

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 08 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Payot Rivages

Indigne (You deserve nothing), traduit de l’anglais par Nathacha Appanah, janvier 2013, 284 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Alexander Maksik Edition: Payot Rivages

 

 

La photo de couverture est, disons, fortement allusive, et la « quat’ de couv’ » explique qu’on va lire l’histoire d’un prof qui « succombe au charme de l’une de ses élèves mineures »…

On se dit, bon, un mixte un peu épicé et rajeuni du Cercle des poètes disparus, et du Noce blanche cher aux admirateurs de Bruno Cremer et de la môme Paradis ?

Faux. C’est autre chose ; c’est un livre qui se mérite, dans lequel on voyage lentement et quelquefois, par vent debout, pas facile malgré ce qu’on croirait un peu vite, nous faisant passer par plein d’impressions de lecteur-passionné, ou agacé, pour – une fois fermée la dernière page – se dire : c’est un bon livre. Comme ces vins, dont on pense, une fois passée la première gorgée, mais seulement là, que derrière, il y a du goût, et qu’il est même intéressant.

Djebel, Gilles Vincent

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 08 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Jigal

Djebel, 256 pages, 8,80 € . Ecrivain(s): Gilles Vincent Edition: Jigal

 

Djebel a pour point de départ la mechta d’Ouadhia en Kabylie. En mars 1960, un détachement de la compagnie du 7e régiment de chasseurs, commandé par le capitaine Murat, campe sous la tente. Le jeune Antoine Berthier, opérateur radio, monte la garde en murmurant des vers de Victor Hugo. Berthier a de la chance. Dans trois jours, c’est la quille, le retour en France, sain et sauf, là où tant d’autres ont laissé leur peau. Quitter l’Algérie dont il ne connaît que « la caillasse et le sang séché » devrait le remplir de joie. Et pourtant, la perspective des retrouvailles l’effraye et le couvre de honte… « Tout le monde s’en est fait un, ici »… tout le monde, sauf lui.

Pas question pour trois gradés de la compagnie de le laisser rentrer « bredouille ». Ce qui se passe ensuite relève de l’impensable, de l’ignoble, de l’inhumain. Trop, beaucoup trop, pour un jeune homme qui choisit sur le bateau qui le ramène vers sa mère et sa sœur jumelle, vers Marseille et ses collines natales de Trets, de se donner la mort plutôt que d’affronter pour le restant de son existence le remords. Pour l’armée, pas question de dire la vérité à la famille. Pendant quarante et une années, Antoine sera mort au combat.

Le faucon errant, Jamil Ahmad

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 08 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman, Actes Sud

Le Faucon errant, traduit de l’anglais (Pakistan) par Sophie Bastide-Foltz, mai 2013, 173 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Jamil Ahmad Edition: Actes Sud

 

Un livre âpre et austère, à l’image de la région à laquelle il s’attache, où le seul lien à suivre pour ne pas s’y perdre est un homme, Tor Baz, le Faucon Errant. Il sera notre guide à travers ces pages écrites d’une plume sèche, sans fioriture, qui se tient au plus près des évènements et les décrit sans entrer dans des considérations psychologiques. Tor Baz est né au cœur de ces zones tribales, semi-autonomes à l’époque – nous sommes dans les années 1950 – au carrefour montagneux du Pakistan, de l’Afghanistan et de l’Iran.

À l’âge de 5 ans, Tor Baz qui ne s’appelle pas encore ainsi, se retrouve abandonné en plein désert auprès d’un chameau mort. Ses parents qui s’aimaient d’un amour illégitime, ayant fui leurs tribus respectives avant même qu’il ne soit conçu, sont rattrapés et assassinés selon la dure loi tribale. Tor Baz sera alors recueilli par un vieux chef nomade, puis par un mollah mécréant, vagabond et rusé qui finira dément, et enfin par une famille Bhittani.

L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Fouad Laroui

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 06 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Julliard

L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Julliard, octobre 2012, 169 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Fouad Laroui Edition: Julliard

 

Le prix Goncourt de la nouvelle a fort opportunément récompensé en mai 2013 L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, un recueil de nouvelles original à la fois drôle et profond, tendre et grave et d’une grande inventivité d’écriture.

Fouad Laroui ne se contente pas en effet d’y déboulonner les codes et les clichés et d’y dénoncer le culte des apparences en mettant en scène de courtes histoires quotidiennes, illustrant l’absurdité du monde au travers de situations cocasses et de chutes inattendues. Il s’attache surtout à y mettre en scène le langage, disloquant sa cohérence de surface, ses automatismes rassurants, creusant de multiples décalages langagiers en jouant sur les sons et les graphies comme sur l’ambiguïté du sens des mots, sur la variété des langues et les anachronismes, utilisant les ressources de la ponctuation, des incises et des caractères italiques, désarticulant la syntaxe, brouillant l’identité narrative et imbriquant sans cesse dialogues et monologues…

Le coup du hasard, Lawrence Block

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 06 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Calmann-Lévy

Le coup du hasard (A Stab In The Dark, 1981), traduction de l’anglais (USA) par Alain Defossé, avril 2013, 200 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Lawrence Block Edition: Calmann-Lévy

 

Heureuse initiative de la part de Robert Pépin que d’exhumer ce volet manquant des enquêtes de Matt Scudder, le seul à n’avoir jamais été traduit en France.

Quatrième roman mettant en scène ce détective privé sans licence enquêtant autant pour rendre service aux autres que pour se rendre service à lui-même, Le coup du hasard voit Scudder partir à la recherche du véritable assassin d’une jeune femme tuée neuf ans plutôt. Si le crime avait initialement été mis sur le compte d’un tueur en série, de nouveaux éléments semblent en effet indiquer que le meurtre de Barbara Ettinger serait le fait d’une autre personne. Refusant de vivre dans l’ignorance de l’identité de l’assassin de sa fille, Charles London demande donc à Scudder de reprendre des investigations, au risque de devoir regarder la vérité en face.