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Recensions

La reine de l'oubli, Lamia Berrada-Berca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

La reine de l’oubli, éditions La Cheminante, mars 2013, 120 p., 7 € . Ecrivain(s): Lamia Berrada-Berca

 

La reine de l’oubli, dernier livre de Lamia Berrada-Berca, jeune écrivain franco-marocain aux identités plurielles, est un court récit d’une densité et d’une profondeur mystérieuses dont le titre désigne l’héroïne – la mère de la narratrice – atteinte par la maladie d’Alzheimer. Une maladie à laquelle sont de plus en plus confrontées nos sociétés actuelles en raison de l’allongement de la vie mais dont habilement le nom n’est jamais prononcé, ce qui en renforce la puissance métaphorique.

Cette mère française, exilée par amour (mais l’amour n’est-il pas déjà « une forme d’exil » ?), s’arracha « au passé de ses racines » pour suivre son époux en « territoire inconnu » dans un « pays exotique » où ils construiront le « fondement de leur histoire » : une grande maison à flanc de colline – où naîtront et grandiront leurs enfants – « qui regarde la mer avec insistance ». Une maison désormais vide dont les pièces et les objets témoignent d’une mémoire oubliée.

Dans cette « Thébaïde » où le désordre de sa parole l’enferme peu à peu dans un silence la coupant du monde, elle vit dans un présent en pointillé tandis que les souvenirs les plus anciens liés à l’enfance resurgissent. Ses repères spatio-temporels brouillés, elle règne « sur une mémoire pourchassée par l’oubli » qui sans cesse reflue, s’abandonnant à ce « ressac », « s’arrach[ant] inconsciemment de soi » pour s’exiler vers des espaces infinis…

La lutte pour la reconnaissance, Axel Honneth

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Folio (Gallimard)

La lutte pour la reconnaissance, traduit de l’Allemand par Pierre Rusch, Folio, Essai n°576, février 2013, 352 pages, 9,10 € . Ecrivain(s): Axel Honneth Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Redécouvrir Hegel

 

Il est indéniable que La lutte pour la reconnaissance est un ouvrage majeur pour qui désire renouer avec les cours de philosophie politique. En effet, il s’agit ici du résultat d’une thèse d’habilitation pour une chaire universitaire de philosophie. Axel Honneth se rattache à l’école de pensée qu’on appelle l’école de Francfort. Il suit une lignée directe qui remonte à Hegel, l’un de ses membres les plus prolifiques et les plus prestigieux en terme de production et de réactualisation d’un mode de pensée philosophique hérité des maîtres antiques et de la Renaissance.

Le sang des fleurs, Johanna Sinisalo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Actes Sud

Le sang des fleurs, traduit du finnois par Anne Colin Du Terrail, mai 2013, 285 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Johanna Sinisalo Edition: Actes Sud

 

 

Jamais avant le coucher du soleil et le magique Oiseau de malheur, qu’on avait adorés, font qu’on sait dans quel rayon on va se trouver, avec Sinisalo – une des plus belles plumes du Nord. On s’y précipite, comme un enfant dans le magasin de jouets : on piaffe un peu ; on veut « le même » en tout neuf, avec quelques fonctions en plus. Du fantastique, du rêve – dangereusement pastel, un réel qui fait peur : l’avenir écologique du monde… Un roman de Sinisalo, c’est toutes ces saveurs, à lire au coin du feu, ou en parcourant de grandes landes désertes. C’est souvent, ne pas lâcher le livre, tant l’émotion est prenante, l’atmosphère unique. Bref, la lire, la grande dame Finlandaise, c’est un sacré menu.

Alors, d’où vient que son Sang des fleurs donne par moments l’impression de marcher à côté ? Peut-être par son sujet trop ciblé, trop connu, trop – hélas – réel : le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, appelé par les Américains, terriblement touchés depuis quelques décennies, le CCD (colony colapse disorder).

Délivrance, James Dickey

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Délivrance (Deliverance, 1970), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos, Juin 2013, 336 pages, 23,60 € . Ecrivain(s): James Dickey Edition: Gallmeister

 

 

Pour beaucoup, Délivrance est avant tout un film de John Boorman (1972). Pourtant, avant cela, ce fut un livre que Gallmeister a la bonne idée de rééditer avec une nouvelle traduction de Jacques Mailhos.

Paru en 1970, Délivrance raconte l’expédition dramatique de quatre citadins partis descendre en canoë la rivière traversant une vallée reculée de Géorgie avant qu’un barrage ne vienne l’immerger. Car, en effet, ce retour à la nature sauvage est aussi l’occasion pour eux de se confronter à des hommes tout aussi sauvages.

Dans l’imaginaire collectif, Délivrance c’est avant tout la scène du banjo et celle de « fais le cochon », mais, au-delà de ces scènes marquantes aussi bien dans le livre que dans le film, il s’agit surtout d’une réflexion sur l’insatisfaction, la frustration créée par la société contemporaine, et la dure confrontation à la nature, espace d’aventure fantasmé avec lequel le contact peut s’avérer particulièrement rude.

Infid'elles, Catherine Van Zeeland

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Infid’elles, Editions Avant-propos, mai 2013, 144 pages, 16,95 € . Ecrivain(s): Catherine Van Zeeland

 

COSI FAN TUTTE


Rien de plus banal : marié à Sophie, André est tombé amoureux de Julie. Infid’elles raconte cette histoire universelle, commune et déchirante. L’auteur, Catherine van Zeeland, qui se cache derrière ses trois personnages tenant la plume à tour de rôle, prévient d’ailleurs : « Tout a été dit et écrit mille fois. Mais pas par moi ».

Sophie n’a plus d’illusions « l’amour c’est l’art de s’exposer à la trahison et le mariage l’art de le faire constamment ». D’ailleurs « les histoires d’amour commencent dans le manoir du Grand Meaulnes et se terminent dans l’impossibilité même de choisir à deux une lampe dans un catalogue Ikea ». On pourrait discuter ce dernier point de vue : quand on s’aime est-ce qu’on achète une lampe Ikea avec une ampoule blafarde qui a des relents de poisson fumé ? Mais c’est assez bien vu.