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Les éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).


Envoyée Spéciale, Jean Echenoz

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Février 2016. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

Envoyée Spéciale, janvier 2016, 320 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

En trente-sept ans, Jean Echenoz (1947) a publié seize romans et un recueil de nouvelles, autant de plus ou moins brèves fêtes lexicales et stylistiques, où la légèreté apparente le dispute à l’appropriation des genres, en particulier le policier et sa variante plus politisée, le thriller. Le dix-septième de ces romans vient de paraître, et si Envoyée Spéciale n’a pas l’envergure de L’Equipée Malaise ou des Grandes Blondes, par lesquels on conviera tout néophyte à découvrir Echenoz, ce n’en est pas moins un excellent cru – pour qui est inconditionnel du style de l’auteur, du moins.

Comme nombre de récits signés Echenoz, Envoyée Spéciale raconte une histoire hautement improbable mais présentée sous les dehors de la banalité même : Solange, une bourgeoise parisienne bien sous tous rapports, est enlevée par trois hommes qui la séquestrent dans une ferme isolée de la Creuse. Rançon est demandée à son mari, Louis-Charles Coste, mieux connu sous le nom d’artiste Lou Tausk, qui, sur conseil de son demi-frère Hubert, avocat de son état, ne réagira pas à cette demande, même après l’arrivée par la poste d’un bout d’auriculaire…

Sortir du noir, Georges Didi-Huberman

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Samedi, 21 Novembre 2015. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Sortir du noir, novembre 2015, 64 pages, 6 € . Ecrivain(s): Georges Didi-Huberman Edition: Les éditions de Minuit

Georges Didi-Huberman prouve comment dans Le Fils de Saul l’univers est une obscurité qui se meut en tous sens, suspendue à une chambre de mort dans le regard du héros (ou de la victime) qui la réfléchit. Ce corps miroir est réfléchi par le corps du récit où est réfléchi le fond d’un abîme, d’un chaos. Mais c’est parce qu’il y a de l’image que le corps se pense ici. Elle « concentre » et oriente l’effet miroir du corps vivant dans le corps mort d’un enfant qui augmente intensément son pouvoir réfléchissant.

Dans le camp de la mort, tel que le film Nemes le montre, le corps change de portée, il est la nasse noire qui parle le chagrin irrépressible au-delà des larmes. Le monde entier se referme, enseveli avec les corps. Et Didi-Huberman explique comment la robe du récit n’est plus un enrobement, il dévoile s’écartant autant du documentaire que de la fiction.

A partir de récits de « zimmercommandos » promis à la mort car ils portent sur leur dos leurs frères et leurs secrets, la Shoah n’est que plus prégnante. Le réalisateur contourne l’obstacle de la représentation par le rôle prépondérant de la bande son (qui utilise toutes les avancées technologiques) et l’espace off qui sollicitent l’imaginaire du regardeur. La diégèse si elle est respectée n’a rien de naturalisme. Pour autant elle n’est pas simplifiée par les codes dramatiques identifiables induits par les autres récits sur l’Holocauste.

Retour à Berratham, Laurent Mauvignier

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 29 Août 2015. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Théâtre

Retour à Berratham, juin 2015, 80 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Laurent Mauvignier Edition: Les éditions de Minuit

 

« – Ils lui ont dit qu’avant d’arriver sur la place, il pourrait faire le tour du cimetière, mais que le contourner lui prendrait un temps trop long et qu’il ferait mieux de le traverser. C’est ce qu’il fait maintenant, et il s’étonne de ce que le cimetière ne ressemble pas à celui qu’il venait visiter autrefois en famille. Il se souvient de l’ordre et de ce calme, de la tranquillité et du respect qu’on avait en ce temps-là pour les morts ».

Retour à Berratham s’installe dans un paysage après la bataille, le terrain romanesque de la dévastation. Les maisons et les chemins, le cimetière, les corps et les âmes, où passe le jeune homme. Il revient sur les lieux du crime et de l’abandon, sur le terrain de la douleur et de la souffrance. Les visages, les mots, les souvenirs, les odeurs enflent à mesure qu’il parle et qu’on lui parle. Au théâtre, le lieu où naît la parole est toujours une énigme. D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle là sur le plateau face à nous ? Comment se glisse-t-elle des pages à nos yeux ? Dans ce petit livre, la parole des narrateurs (les chœurs) est tout aussi romanesque que les dialogues échangés entre le jeune homme, Katja, Karl, l’homme au chapeau. Elle est la raison du roman, son équilibre, ses piliers, mais aussi son écho qui ne cesse de rebondir.

La Sorcière, Marie Ndiaye

Ecrit par AMT , le Vendredi, 05 Décembre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Sorcière, Collection de Poche « double » n°21, 176 pages, 6€50 . Ecrivain(s): Marie Ndiaye Edition: Les éditions de Minuit

 

Lucie ne se voile pas la face : elle fait une bien piètre sorcière et en est parfaitement consciente. Dans cette famille où le don se transmet de mère en fille, il semble que le destin s’est un peu moqué de Lucie. Sa mère, sorcière de génie, préfère dissimuler ce don qu’elle n’assume pas. Ses deux filles, les jumelles Maud et Lise, font d’extraordinaires sorcières dès leur initiation. Les larmes de sang qui s’échappent de leurs yeux, lorsqu’elles utilisent leurs pouvoirs, sont bien plus opaques que celles de leur mère.

Lucie vit dans un pavillon de banlieue avec son mari Pierrot et leurs deux filles. La vie quotidienne est scandée par les visites impromptues d’Isabelle, voisine envahissante, et de son pauvre fils Steve qu’elle trimballe partout et maltraite. La famille tente d’imiter le train de vie des clients du Garden-Club où travaille Pierrot. Mais la réalité est tout autre et Pierrot le sait. Cette atmosphère lui pèse ; il quitte le foyer familial. Lucie, sans emploi, s’aperçoit dépitée que son mari a emporté les cent-vingt mille euros offerts par son père, qu’elle avait placés sur leur compte commun.

Berceau, Eric Laurrent

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 21 Novembre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Berceau, octobre 2014, 96 pages, 11,50 euros . Ecrivain(s): Eric Laurrent Edition: Les éditions de Minuit

« (C’est pourquoi) il me semble que j’étais destiné, dans le fond, à l’adoption plutôt qu’à la génération. Il était dit que je n’allais pas donner la vie, mais que j’en sauverais une.

Je ne ferai donc pas souche, mais greffe ».

Berceau est le récit de cette greffe. L’adoption de Ziad ne sera pas simple, elle passera non sans mal à travers le filet du grand projet de réislamisation des sociétés arabes, par rejet des idéaux séculiers du monde occidental, lancé par les Frères musulmans, le « Printemps arabe » est aussi passé par le Maroc. Durant plus d’un an, l’auteur et sa compagne vont quotidiennement voir et accompagner à la vie leur enfant en devenir. Berceau est ce récit à prendre à la lettre, comme l’on prend à la lettre les romans de l’écrivain.

« Ayant donc compris que j’étais un homme de lettres, autrement dit que les mots exerçaient sur moi une puissance de séduction, Ziad s’est toujours fait fort de me parler, et cela très tôt. Les premiers temps, il n’était pas rare que, ce faisant, des bulles lui vinssent aux lèvres. Enfermeraient-elles des mots ? me demandais-je alors, penché au-dessus de son visage, la main placée en cornet autour du pavillon de l’oreille ».