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Les éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).


La Sorcière, Marie Ndiaye

Ecrit par Alexandra Madoyan Trautmann , le Vendredi, 05 Décembre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Sorcière, Collection de Poche « double » n°21, 176 pages, 6€50 . Ecrivain(s): Marie Ndiaye Edition: Les éditions de Minuit

 

Lucie ne se voile pas la face : elle fait une bien piètre sorcière et en est parfaitement consciente. Dans cette famille où le don se transmet de mère en fille, il semble que le destin s’est un peu moqué de Lucie. Sa mère, sorcière de génie, préfère dissimuler ce don qu’elle n’assume pas. Ses deux filles, les jumelles Maud et Lise, font d’extraordinaires sorcières dès leur initiation. Les larmes de sang qui s’échappent de leurs yeux, lorsqu’elles utilisent leurs pouvoirs, sont bien plus opaques que celles de leur mère.

Lucie vit dans un pavillon de banlieue avec son mari Pierrot et leurs deux filles. La vie quotidienne est scandée par les visites impromptues d’Isabelle, voisine envahissante, et de son pauvre fils Steve qu’elle trimballe partout et maltraite. La famille tente d’imiter le train de vie des clients du Garden-Club où travaille Pierrot. Mais la réalité est tout autre et Pierrot le sait. Cette atmosphère lui pèse ; il quitte le foyer familial. Lucie, sans emploi, s’aperçoit dépitée que son mari a emporté les cent-vingt mille euros offerts par son père, qu’elle avait placés sur leur compte commun.

Berceau, Eric Laurrent

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 21 Novembre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Berceau, octobre 2014, 96 pages, 11,50 euros . Ecrivain(s): Eric Laurrent Edition: Les éditions de Minuit

« (C’est pourquoi) il me semble que j’étais destiné, dans le fond, à l’adoption plutôt qu’à la génération. Il était dit que je n’allais pas donner la vie, mais que j’en sauverais une.

Je ne ferai donc pas souche, mais greffe ».

Berceau est le récit de cette greffe. L’adoption de Ziad ne sera pas simple, elle passera non sans mal à travers le filet du grand projet de réislamisation des sociétés arabes, par rejet des idéaux séculiers du monde occidental, lancé par les Frères musulmans, le « Printemps arabe » est aussi passé par le Maroc. Durant plus d’un an, l’auteur et sa compagne vont quotidiennement voir et accompagner à la vie leur enfant en devenir. Berceau est ce récit à prendre à la lettre, comme l’on prend à la lettre les romans de l’écrivain.

« Ayant donc compris que j’étais un homme de lettres, autrement dit que les mots exerçaient sur moi une puissance de séduction, Ziad s’est toujours fait fort de me parler, et cela très tôt. Les premiers temps, il n’était pas rare que, ce faisant, des bulles lui vinssent aux lèvres. Enfermeraient-elles des mots ? me demandais-je alors, penché au-dessus de son visage, la main placée en cornet autour du pavillon de l’oreille ».

Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 27 Octobre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres

Deleuze, les mouvements aberrants, 2014, 300 pages, 27 € . Ecrivain(s): David Lapoujade Edition: Les éditions de Minuit

 

Logiques de Deleuze


Exprimer les logiques irrationnelles des mouvements aberrants dans une sorte d’encyclopédie est, selon David Lapoujade, l’entreprise philosophique de Gilles Deleuze. Excellente idée. Rare et difficile.

Rare. On réduit trop souvent Deleuze à des types de philosophie : de l’événement, de la vie, de l’immanence, des machines abstraites, des rhizomes, des déterritorialisations, des multiplicités, etc. – pour les plus savantes. On fait pencher, sur un autre plan, Deleuze du côté du philosophique non-philosophique et inversement. C’est possible mais c’est insuffisant. « Evitons le savant comme le familier ».

Difficile. Difficile encyclopédie car les multiplicités précisément prolifèrent. Difficile de donner une définition : un mouvement aberrant échappant à la raison et même, à l’ordre des raisons.

Loin d’eux, Laurent Mauvignier

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Loin d’eux, suivi de Le poids des silences par Michèle Gazier, collection de poche « double » n°20, 128 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Laurent Mauvignier Edition: Les éditions de Minuit

 

Le silence qui bruit…

Un fait-divers, ç’aurait pu être un simple fait-divers, comme on en retrouve, tous les jours, dans la presse, sur internet. Un fait omnibus (1) raconté pour faire frissonner dans les chaumières. Loin d’eux est loin, oui loin de tout cela. « Il faut peindre bien le médiocre » dit Flaubert, Mauvignier s’exécute, relatant ce drame, un suicide, avec le style pour seule fin, usant du monologue intérieur, flux, ininterrompu, de pensées, qui nous plonge dans les tréfonds du suicidé et de sa famille. Des flux poignants et mélodiques ; des monologues puissants, vrais.

Ce premier roman de Mauvignier « n’est » qu’une succession de phrases, plus ou moins longues. Chaque personnage tisse la sienne, nous fait entendre une musique, un rythme qui lui est propre, chaque personnage y déroule son être et sa vie. Une polyphonie à cinq voix, chacune séparée d’un espace, comme pour marquer l’incompréhension, la distance qui sourd de ces voix. Et, à travers cette coulée de pensées, il faut percevoir le silence, les silences recouverts d’une boue logorrhéique…

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, Pierre Bayard

Ecrit par Ahmed Slama , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, 198 p. 15,20 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

 

Les livres de Pierre Bayard ne sont pas de simples livres théoriques, ce sont des hybrides, semblables au « Si par une nuit d’hiver voyageur » d’un certain Italo, des « fictions-théoriques », dira Pierre Bayard lors d’une interview (1), qui disposent chacune d’un narrateur spécifique, celui du livre qui nous occupe. Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? écorne un tabou : la non-lecture et pour celui-ci la lecture même n’est qu’une non-lecture (pourquoi ?). Dans le même temps que nous ouvrons un livre, ne refermons-nous pas le reste des livres existants ? La lecture n’annule-t-elle pas l’ensemble des œuvres restantes, à l’image de cette flaque de lumière, au théâtre, qui met en exergue un comédien mais plonge le reste de la scène dans le néant.