Identification

Les éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).


Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, Pierre Bayard

Ecrit par Ahmed Slama , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, 198 p. 15,20 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

 

Les livres de Pierre Bayard ne sont pas de simples livres théoriques, ce sont des hybrides, semblables au « Si par une nuit d’hiver voyageur » d’un certain Italo, des « fictions-théoriques », dira Pierre Bayard lors d’une interview (1), qui disposent chacune d’un narrateur spécifique, celui du livre qui nous occupe. Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? écorne un tabou : la non-lecture et pour celui-ci la lecture même n’est qu’une non-lecture (pourquoi ?). Dans le même temps que nous ouvrons un livre, ne refermons-nous pas le reste des livres existants ? La lecture n’annule-t-elle pas l’ensemble des œuvres restantes, à l’image de cette flaque de lumière, au théâtre, qui met en exergue un comédien mais plonge le reste de la scène dans le néant.

Emily L., Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 10 Mars 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Emily L., (première publication : 1987), collection Double, 153 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Les éditions de Minuit

 

Vous me demandez :

– Pourquoi écrire cette histoire ?

– Je n’ai rien à écrire, autrement. Je crois que c’est notre histoire qui m’empêche d’écrire autre chose. Mais c’est faux. Notre histoire, elle ne sera nulle part, elle ne sera jamais tout à fait écrite.

 

M.D., tu écris, tu viens avec ton souffle et tes mots le fragmentent, et le font être ce silence parlé qui fait le lien sonore entre nous et le vent (c’est le « devenir du vent », tu le dis autre part), tu écris, les histoires viennent de toi, ou plutôt elles viennent avec toi. Tu écris, les mots te fragmentent. Mais tu n’y peux rien. C’est la seule possibilité, écrire. Tu aimerais pouvoir ne pas le faire, écrire. Mais tu ne peux pas. Tu écris.

La maladie de la mort, Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 31 Janvier 2014. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Marguerite La Maladie de la mort, Les Éditions de Minuit, 61 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Les éditions de Minuit

Un homme paie une femme pour vivre dans son orbe, et tenter, par son regard principalement, de mettre son mystère à jour, dans la nuit du monde, du ressenti et des corps.

C’est ainsi que tout commence. C’est ainsi que tout commence, toujours, pour Duras :

Vous devriez ne pas la connaître, l’avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-même, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent. Vous pourriez l’avoir payée. Vous auriez dit : Il faudrait venir chaque nuit pendant plusieurs jours. Elle vous aurait regardé longtemps, et puis elle vous aurait dit que dans ce cas c’était cher. Et puis elle demande : Vous voulez quoi ? Vous dites que vous voulez essayer, tenter la chose, tenter connaître ça, vous habituer à ça, à ce corps, à ces seins, à ce parfum, à la beauté, à ce danger de mise au monde d’enfants que représente ce corps, à cette forme imberbe sans accidents musculaires ni de force, à ce visage, à cette peau nue, à cette coïncidence entre cette peau et la vie qu’elle recouvre. Vous lui dites que vous voulez essayer, essayer plusieurs jours peut-être. Peut-être plusieurs semaines. Peut-être même pendant toute votre vie. Elle demande : Essayer quoi ? Vous dites : D’aimer.

Paris-Brest, Tanguy Viel

Ecrit par David Campisi , le Mercredi, 11 Décembre 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Paris-Brest, janvier 2009, 174 pages, 7 € . Ecrivain(s): Tanguy Viel Edition: Les éditions de Minuit

 

Abandonnez les côtes bretonnes aux falaises acérées, aux plages couvertes d’algues, aux mouettes hurlant dans un vent venu de l’océan. Tanguy Viel, dans Paris-Brest, nous raconte une Bretagne grise et froide, où les regards sont chargés, où les histoires de famille explosent dans une pluie au cœur de l’hiver.

C’est un roman que l’on aime à imaginer autobiographique. D’abord le récit d’un jeune homme, tout juste sorti de l’enfance, qui, avec son ami de toujours, le fils Kermeur, fera les quatre cents coups jusqu’à trahir sa propre famille. Cette même famille que le jeune homme décrira dans un roman mettant en scène les personnages qui l’entourent : un père haï de tous, une mère acariâtre, un frère dont on ne sait rien et puis, surtout, une grand-mère héritière qui fera crouler la famille sous l’or. Veuve et riche, elle est le cœur de Paris-Brest. Jeune, le narrateur regardait la rade depuis le salon de son aïeule. Et puis, avec le fils Kermeur, il y fumait des cigarettes en pleine nuit.

L’amant, Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 27 Novembre 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’amant, 142 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Les éditions de Minuit

 

Une rencontre. À jamais une rencontre :

Elle est là où il faut qu’elle soit, déplacée là. Elle éprouve une légère peur. Il semblerait en effet que cela doive correspondre non seulement à ce qu’elle attend, mais à ce qui devrait arriver précisément dans son cas à elle. Elle est très attentive à l’extérieur des choses, à la lumière, au vacarme de la ville dans laquelle la chambre est immergée. Lui, il tremble. Il la regarde tout d’abord comme s’il attendait qu’elle parle, mais elle ne parle pas. Alors il ne bouge pas non plus, il ne la déshabille pas, il dit qu’il l’aime comme un fou, il le dit tout bas. Puis il se tait.

Dans l’amour, toujours, c’est ce que dit Jankélévitch dans son très beau Traité des vertus (tome II, Les Vertus et l’Amour), « [l]e commencement s’abandonne à la continuation […] ». On peut même aller jusqu’à dire qu’« [a]imer et continuer d’aimer ne sont qu’une seule et même chose ».

Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l’aimais à ce point-là de vouloir mourir de sa mort. […] Je l’aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J’avais oublié la mort.