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Les éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).


L’amant, Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 27 Novembre 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’amant, 142 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Les éditions de Minuit

 

Une rencontre. À jamais une rencontre :

Elle est là où il faut qu’elle soit, déplacée là. Elle éprouve une légère peur. Il semblerait en effet que cela doive correspondre non seulement à ce qu’elle attend, mais à ce qui devrait arriver précisément dans son cas à elle. Elle est très attentive à l’extérieur des choses, à la lumière, au vacarme de la ville dans laquelle la chambre est immergée. Lui, il tremble. Il la regarde tout d’abord comme s’il attendait qu’elle parle, mais elle ne parle pas. Alors il ne bouge pas non plus, il ne la déshabille pas, il dit qu’il l’aime comme un fou, il le dit tout bas. Puis il se tait.

Dans l’amour, toujours, c’est ce que dit Jankélévitch dans son très beau Traité des vertus (tome II, Les Vertus et l’Amour), « [l]e commencement s’abandonne à la continuation […] ». On peut même aller jusqu’à dire qu’« [a]imer et continuer d’aimer ne sont qu’une seule et même chose ».

Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l’aimais à ce point-là de vouloir mourir de sa mort. […] Je l’aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J’avais oublié la mort.

Histoire, Claude Simon

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mardi, 10 Septembre 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Histoire, février 2013, 424 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Claude Simon Edition: Les éditions de Minuit

 

Publié en 1967 et aussitôt couronné par le Prix Médicis, Histoire de Claude Simon vient d’être réédité par les éditions de Minuit dans leur collection Double. Histoire ? Majuscule ? Minuscule ? Singulière ou plurielles ? Le titre, qui pourrait passer pour un pléonasme dans la grande catégorie littéraire du roman, a au contraire chez Claude Simon tout d’une antiphrase.

Quelle « histoire », donc ? Le livre entrecroise, télescope en effet plusieurs époques, plusieurs lieux, plusieurs micro-récits qui s’interpénètrent, se parasitent les uns les autres. Ce sont autant de scènes fondatrices, traumatiques ou symboliques, que l’écriture mêle ou démêle, prend, perd puis retrouve, en une logorrhée magistrale, un étourdissant continuum de mots que vient à peine interrompre parfois, de loin en loin, une ponctuation minimale. On y repère, disséminés dans cette pâte verbale qui entend coller au plus près du flux de conscience, des moments de la guerre d’Espagne ou de la Seconde guerre, les cartes postales d’un père parti aux colonies, fragile vestige d’une ascendance décimée, une troublante cueillette de cerises, ou encore d’innombrables ekphrasis qui se renvoient, en un kaléidoscope capiteux, leurs miroirs d’images, tout cela alors que le narrateur, visitant une vieille maison de famille que frôle un acacia immémorial, est envahi par le magma des souvenirs.

Le vent, Claude Simon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 08 Mai 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le vent, 1957/2013, 315 p., 9 € . Ecrivain(s): Claude Simon Edition: Les éditions de Minuit

 

Les éditions de Minuit viennent de rééditer en collection de poche Le vent de Claude Simon, écrivain se rattachant à la mouvance du nouveau roman qui fit éclater les codes de l’écriture romanesque en reléguant au second plan l’intrigue et les personnages au profit de l’expérimentation formelle. Publié en 1957, on peut le considérer comme un ouvrage charnière dans une œuvre d’importance qui fut couronnée en 1985 par le prix Nobel, l’auteur l’ayant lui-même situé à la fin d’une période à ses yeux « probatoire ».

L’intrigue est très mince. Antoine Montès, un jeune homme conçu dans une ville méridionale ventée et contrastée par une femme ayant quitté son mari avant sa naissance pour vivre dans une région du Nord ordonnée et paisible, vient y recueillir l’héritage de son père qu’il n’a jamais connu. Considéré comme un étranger par les notables du lieu qui cherchent à le convaincre de vendre ses terres – des vignes laissées à l’abandon qui n’ont de richesse que potentielle –, il s’y refuse avec une tranquille obstination. Ayant renvoyé le régisseur du domaine qui lui intente un coûteux procès, il se voit contraint de loger dans un hôtel sordide où, voulant sauver la serveuse et protéger ses deux petites filles, il se voit mêlé à une sombre histoire de vol qui finira dans la violence. Et c’est bien sûr, avant tout, la manière dont cette histoire est racontée qui importe dans ce livre.

Aurais-je été résistant ou bourreau ? Pierre Bayard

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 24 Avril 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Aurais-je été résistant ou bourreau ?, 2013, 158 pages, 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Le champ des possibles


Pendant longtemps, on a fait des bourreaux de véritables monstres, c’est-à-dire des personnes « hors-normes » n’ayant aucun rapport avec les hommes et femmes « normaux » que nous prétendons être. On a dit d’eux qu’ils étaient des « malades », des « fous »… Il y avait dans cette attitude une commodité hypocrite qui permettait à chacun d’entre nous de se distancier, de se rassurer et par là de ne pas interroger la réelle nature du mal.

Robert Merle, dans La Mort est mon métier (1972), et plus récemment Jonathan Littell dans Les Bienveillantes (2006), ont révélé par l’écriture romanesque ce qui amenait un homme – et non pas un monstre, ou alors un monstre a posteriori – à commettre des actes monstrueux. Dans le présent essai, Pierre Bayard va encore plus loin. Il ne s’agit plus de tenter de mettre à jour, par le roman, ce qui conduit à l’innommable mais de se projeter soi-même par l’intermédiaire d’une fiction théorique durant la Seconde Guerre mondiale afin de savoir de quel côté l’auteur se serait trouvé en de pareilles circonstances : résistant ou bourreau ? Héros ou criminel ? Et s’interrogeant, il nous interroge…

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

, le Jeudi, 04 Avril 2013. , dans Les éditions de Minuit, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Un notaire peu ordinaire, 2013, 112 pages, 12 € . Ecrivain(s): Yves Ravey Edition: Les éditions de Minuit

 

S’il y a des quatrièmes de couverture édifiantes, c’est bien celles des éditions de Minuit. « Madame Rebernak ne veut pas revoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu’il ne s’en prenne à sa fille Clémence. C’est pourquoi elle décide d’en parler à maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services ». Ici, inutile de manier les mots mystère, inquiétude, énigme, ce serait aussitôt les saborder.

Comme l’absurde de l’excès s’était insidieusement et progressivement invité dans les pages de Monparnasse reçoit – un précédent livre d’Yves Ravey dont les scènes restent des années en mémoire – c’est le cousin de Madame Rebernak, Freddy, donc, qui s’invite chez cette dernière à sa sortie de prison. Inutile de dire que cette visite ne fait pas plaisir à Madame Rebernak, qui voit en ce cousin plutôt le gros moustique que le sang commun.

Pourtant, Freddy a purgé ses quinze ans de prison pour le viol de la petite Sonia ; pourtant, il suscite la sympathie des gendarmes ; pourtant, il semble passer ses journées à pêcher tranquillement au bord de la rivière. Rien à faire : Madame Rebernak, qui est sa seule famille, refusera de l’héberger. Elle craint, à bon droit, pour sa fille Clémence.