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Récits

Dans la zone d’activité, Éric Chevillard

Ecrit par Ahmed Slama , le Vendredi, 10 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, publie.net

Dans la zone d’activité, Éric Chevillard, publie.net, 65 pages, 2,99 € . Ecrivain(s): Éric Chevillard Edition: publie.net

 

Zone littérairement ludique

Chevillard ? On le connaît Éric, depuis le temps qu’il sévit, chez Minuit essentiellement, une quinzaine de romans, toujours cette langue, ce style, enroulement langagier, et puis cet imaginaire, le Chevillard est une espèce rare qu’il faudrait protéger, on sait jamais avec les braconniers littéraires qui pullulent aujourd’hui, ici ou là, qui n’ont rien su comprendre, j’en plains les tristesses lectorales, sans en évoquer la fadeur stylistique. Et quand Éric, auteur d’un excellent blog, L’Autofictif, nous gratifie d’une œuvre numérique, chez Publie.net, on s’y penche, nous chez LitteWeb, on s’y penche c’est forcé, avec ce risque, toujours chez Chevillard, celui d’une chute, un abîme.

Dans la zone d’activité, c’est une trentaine d’histoires courtes, celle d’une zone commerciale ; on les voit, dès la table des matières, les boutiques réparties, y a qu’à laisser son curseur, son index vous guider, « Mon imagination est une colle » qu’il disait Chevillard, paraphrasant Léon Bloy, dans son sublime L’Auteur et Moi, une assertion qui encore se confirme dans cette Zone d’activité, dès les premières lignes, lire, et se laisser cheviller par la langue d’Éric.

Complot à Paris, Christian Lestavel

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 09 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Complot à Paris, Editions les indés, décembre 2016, 242 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Christian Lestavel

 

« Sommes-nous tout juste bons à reproduire incessamment les mêmes erreurs, comme le font à chaque saison ces milliards de bestioles ? (l’auteur évoque les milliers de fourmis volantes qui viennent s’immoler sur l’ampoule brûlante d’un réverbère) Ou sommes-nous la seule erreur de cette même nature qui finira par regretter de nous avoir engendrés ? Monstres ? Démons ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes cette lumière, cette chaleur qui fait de chacun de nous un prédateur dénué de conscience ? A moins que nous ne soyons aussi nos propres proies ? » pose Christian Lestavel en préambule de son livre Complot à Paris, avant de nous précipiter magistralement dans la violence du massacre de septembre 2009, perpétré à Conakry par Dadis Camara et ses sbires.

Moussa Dadis Camara… La plupart d’entre nous ne sauraient mettre un visage sur ce nom. Un capitaine de l’armée guinéenne, président auto-proclamé et dictateur dézingué comme il y en a tant en Afrique et dans bien d’autres pays. Les uns, la grande majorité dite civilisée, déambulent tous frais payés, de leurs bureaux douillets en G7, 8 ou 20, et d’un trait de plume mettent sous paraphe le destin des peuples et des individus. Les autres, une minorité, s’encombrent moins de tergiversations diplomatiques et d’effets de manche. Shootés à leur propre folie, ils y vont carrément à la machette et à la mitraillette.

Bribes d’une décennie à l’ombre, Mohamed El Khotbi

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 06 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Maghreb

Bribes d’une décennie à l’ombre, Kalimate Edition (Rabat, Maroc, 2012), 141 pages, 10 € (au Maroc 50 DH) . Ecrivain(s): Mohamed El Khotbi

 

Mohamed El Khotbi, enlevé en pleine nuit en 1972 par la police, a passé en prison dix des années de plomb qu’a connues le Maroc sous le règne de Hassan II. C’est cette expérience douloureuse qui constitue l’objet de cet ouvrage. Si l’époque et les circonstances évoquent immédiatement les œuvres d’Abdellatif Laâbi, la tonalité et le mode d’expression de ces « bribes » en sont totalement différents.

Notre auteur brosse, simplement, en une douzaine de chapitres, sans linéarité artificielle, sans montage romanesque, une série de tableaux montrant des choses vécues. On n’est pas dans le roman. Le dessein est clair : il s’agit à la fois d’exprimer la monotonie, la banalité, la médiocrité des jours et des jours d’enfermement, et d’en faire émerger les pauvres faits divers qui parviennent à rompre par ci par là la déprimante régularité des rythmes carcéraux et des rituels collectifs et individuels. Certes la souffrance personnelle est perceptible, mais elle reste, pudiquement, non-dite. Pour prendre de la distance, l’auteur se dédouble. Dans la préface, son propre personnage est présenté par Jamal Bellakhdar, un de ses compagnons du militantisme étudiant des années soixante au Maroc.

Attachement féroce, Vivian Gornick

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 31 Janvier 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Rivages

Attachement féroce (Fierce Attachments), traduit de l’américain par Laetitia Devaux, Février 2017, 222 p. 20 € . Ecrivain(s): Vivian Gornick Edition: Rivages

Quelques clichés dans les premières pages, inévitables dans la période où le livre a été écrit (1985) : la mère juive, les rues juives de New York. Mais qu’on se rassure pleinement, l’intelligence et la justesse du trait de Vivian Gornick emportent très vite l’adhésion, et s’éloignent de tout pathos pour bâtir le superbe récit d’une terrible histoire de femmes.

Une mère juive prototypique (et communiste au demeurant, dans les années 50 ça se faisait beaucoup). Une fille juive qui ne l’est pas moins mais que la modernité aspire vers l’émancipation sociale, sexuelle. Toutes les deux sont soudées par un lien monstrueux, fait de passion. Passion filiale et maternelle, tissée par un authentique amour et une haine farouche non moins authentique.

Le cadre de cette liaison – on peut parler de liaison au sens amoureux du terme – c’est New York. Pas le New-York gigantesque et flamboyant dont on a l’habitude en littérature. Un New York-Village, provincial, presque rural, dans lequel les deux femmes habitent le quartier juif, entre le Bronx, Brooklyn et Manhattan. Un village que mère et fille arpentent avec conviction, rue après rue, à pied le plus souvent, parfois en bus et qui, peu à peu, se constitue en décor topographique au roman.

Adrienne Bolland ou les ailes de la liberté, Coline Béry

Ecrit par Jean Durry , le Lundi, 30 Janvier 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Le Passeur

Adrienne Bolland ou les ailes de la liberté, septembre 2016, 335 pages, 21 € . Ecrivain(s): Coline Béry Edition: Le Passeur

 

Adrienne Bolland, une belle figure de l’aviation française, dont ces pages réinventent l’existence avec chaleur et conviction.

Lorsque fin novembre 1919, Mademoiselle Bolland, qui n’a pas encore tout à fait 24 ans, prend le train à la Gare du Nord, tout est à inventer d’une vie et d’une trajectoire aérienne. Rejoignant au Crotoy l’Ecole de pilotage internationale Caudron, où elle est la seule élève féminine, elle va pourtant s’imposer, montrant d’emblée un « sens de l’air » et une volonté exceptionnels, obtenant le Brevet de pilote civil, devenant ainsi la treizième aviatrice depuis les débuts si récents du vol des plus lourds que l’air. En 7 mois à peine, non seulement elle est jugée par son constructeur René Caudron apte à s’aligner – seule encore – parmi les 40 concurrents du meeting de Buc, vers lequel convergent la foule, les vedettes du spectacle, et les têtes couronnées – Georges VI, Alphonse XIII, sans oublier le Maharadjah de Kapurthala ; mais elle y affirme un talent remarquable, et y rencontre René Duperrier qui deviendra son mécano attitré. En décembre 1920, tous deux embarquent pour l’Argentine.