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Récits

Les Rouilles encagées, Benjamin Péret

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 29 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les Rouilles encagées, éd. Prairial (Paris, Brumaire 224), novembre 2015, édition réalisée avec le concours de la DRAC de l’Île-de-France, 70 pages, 8 € . Ecrivain(s): Benjamin Péret

 

On connaît peu ou prou les œuvres de Benjamin Péret, poète écrivain surréaliste engagé. Leur diffusion et leur succès font de l’auteur un des plus importants de la littérature du XXe siècle.

L’ouvrage dont il est question ici fait exception dans la bibliographie abondante de Péret.

Censuré avant même sa parution en 1928, alors qu’il n’en est qu’en phase de fabrication à l’imprimerie sur commande de l’éditeur clandestin René Bonnel, il ne sera finalement publié, par Eric Losfeld, qu’en 1970, sous pseudonyme d’auteur de Satyremont, et derechef interdit à la vente l’année suivante.

Définitivement autorisé en 1975, seize ans après la mort de Benjamin Péret, il vient d’être réédité par les éditions Prairial, au mois de Brumaire 224 (soit en novembre 2015 dans le calendrier grégorien).

Cet opus de 70 pages consiste en un récit délirant dans lequel s’intercalent de courts textes de forme poétique attribués à l’un des personnages.

A la trace, Journal de Tel Aviv, Carole Zalberg

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 18 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Voyages

A la trace, Journal de Tel Aviv, Intervalles, janvier 2016, 85 pages, 12 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg

 

Invitée en 2015, dans le cadre d’une mission Stendhal, à passer un mois en Israël pour son « projet de fiction inspiré de la vie de ses trois cousins germains nés là-bas », Carole Zalberg y a tenu un journal qu’elle  publie sous le titre A la trace : une « chronique au jour le jour de ce mois d’enquêtes et de retrouvailles ». « Une balade à travers les souvenirs » et la mémoire de cette terre, « indispensable ancrage » pour faire face à un avenir incertain.

L’auteure est issue d’une famille polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, et sa tante et sa mère auxquelles ce livre est dédié furent toutes deux des « enfants cachées », épisode qu’elle a relaté dans son roman Chez eux en imaginant ce traumatisme à hauteur de la jeune enfant que fut sa mère. Et si à l’âge adulte l’aînée, Mina, fera le choix de prendre en 1948 le « premier bateau de l’indépendance » afin de trouver un abri en Israël, participant dans les conditions les plus dures à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée, la cadette restera en France où elle mènera une vie plus « confortable », offrant plus de « légèreté » à sa fille en laissant « un peu de ciel clair au-dessus de [sa] tête ».

L’amour simplement, Nane Beauregard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 14 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Joelle Losfeld

L’amour simplement, décembre 2015. 201 p. 17 € . Ecrivain(s): Nane Beauregard Edition: Joelle Losfeld

 

Parler d’amour n’est pas une sinécure. Ecrire l’amour c’est pire encore. Quant à écrire l’amour conjugal c’est carrément de l’inconscience. Comment ne pas sombrer très vite dans le sentimentalisme, la psychologie à deux sous, le gémissement, l’érotisme du dimanche, le moralisme, les états d’âme ? Sans se poser la question, Nane Beauregard le fait et évite tous les écueils susdits. Avec légèreté, vivacité, intelligence et un humour de chaque instant, la narratrice de ce livre (l’auteure ?) évoque son mari, sa vie conjugale, les choses de la vie.

Aucun état d’âme. Juste des instantanés, des toutes petites tranches de vie, dans lesquelles elle observe son compagnon et, à travers lui, elle s’observe et s’étonne elle-même. L’étonnement est d’ailleurs le maître mot de ce petit (quoi ? Roman ? Nouvelle ?) recueil, sorte de dictionnaire de la vie conjugale. Il faut dire que le mari de la narratrice est étonnant, et qu’ainsi il lui facilite grandement la tâche. Il est drôle, inattendu, philosophe, décalé, attachant. En un mot, séduisant. Evidemment, ce qui nous retient en lui est exactement se dont se nourrit l’amour de « Nane » pour lui. Il est séduisant dans ses bons moments (nombreux) aussi bien que dans ses mauvais (occasionnels). Même ses défauts contribuent à tisser le lien profond du couple. Elle est agacée, parfois furieuse, mais toujours séduite. Qu’on en juge (il est difficile de résister à l’envie de partager un petit bout de ce plaisir) :

Le roman de Renart

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 11 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le roman de Renart, Bibliothèque nationale de France, décembre 2015, 160 pages, 24,90 €

 

La Bnf (Bibliothèque nationale de France) publie ce fameux Roman de Renart, le roman populaire du Moyen Age, une des pièces maîtresses de notre patrimoine culturel. Ce fut une source d’inspiration majeure pour les enlumineurs, et cette édition laisse une large place aux « illustrations » de l’époque, avec des reproductions qui ponctuent tout aussi efficacement qu’agréablement les différents textes dont il faut rappeler qu’ils datent pour les plus anciens du 12eme siècle et pour les plus récents du 14eme siècle. Ces textes furent aussi une source d’inspiration pour La Fontaine qui puisa dans Renart et Tiecelin sa fable le corbeau et le renard.

La préface, une bande dessinée d’Alain Ayrolles et Jean-Luc Masbou, est suivie d’une présentation de Delphine Mercuzot, conservateur au département des manuscrits de la Bnf qui explicite le choix des textes puisque la profusion des aventures interdisait une publication exhaustive. On y apprend que dès le Moyen Age le Roman de Renart est traduit en flamand, en allemand, en anglais et en Italien. C’est dire le succès de ces textes qui ne constituent pas un roman au sens actuel du terme, en raison de la multiplicité des auteurs qui, chacun, ajoutait une « branche », mais plutôt des récits dont chaque auteur s’appropriait le héros, ce goupil facétieux, qui n’a de cesse de dénoncer les vices des clercs et autres moines dans sa quête de nourriture.

Le feu de Jeanne, Marta Morazzoni

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud, Italie, Histoire

Le feu de Jeanne, octobre 2015, trad. italien Marguerite Pozzoli (Il fuoco di Jeanne), 189 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

 

C’est plus à une exploration empreinte d’une certaine nostalgie que nous convie Marta Morazzoni en partant sur les traces de celle qui n’était peut-être pas que la paysanne lorraine que l’histoire a retenue et exploitée, en faisant l’étendard de causes pas toujours compatibles entre elles. On peut trouver un peu anachronique une telle quête, ou pire, la penser suspecte d’on ne sait quelle nouvelle exploitation idéologique et politique. Ce serait oublier ce qu’il peut y avoir d’étrange, d’inexpliqué, voire de fascinant dans le destin de la Pucelle – sans doute bien reconstruit par la légende, par l’histoire ou par ceux qui les écrivent. Le cinéma ne s’y est pas trompé qui a à maintes reprises tenté de donner visage, chair, regard et voix au personnage, de Renée Falconnetti (1) à Sandrine Bonnaire (2), ou d’Ingrid Bergman (3) à Jean Seberg (4). Et nous ne parlerons pas de la peinture, du théâtre, de la musique, de la chanson… Histoire et fiction se sont emparées régulièrement du personnage et ce Feu de Jeanne pourrait n’être qu’un volume de plus dans une longue série. Mais en même temps, nous ne sommes ici ni sur le territoire de fiction, ni sur celui de la rigoureuse recherche historique. Mêlant l’autrefois des neiges d’antan, et l’aujourd’hui, Marta Morazzoni nous entraîne dans une recherche/rêverie des traces du mythe, sur les lieux même où son histoire s’est déroulée, de la Lorraine au Pays de Loire, de Paris à la Normandie.