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Récits

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 25 Novembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Ed. Mirobole, avril 2014, traduit du russe par Raphaëlle Pache, 250 pages, 20 € . Ecrivain(s): Vladimir Lortchenkov

 

Fable satirique, Des mille et une façons de quitter la Moldavie nous entraîne en Orient mais est loin de nous faire rêver à la façon des Mille et une nuits. Vladimir Lortchenkov n’est clairement pas Schéhérazade et il dresse un portrait acerbe et froid – à peine contrebalancé par l’humour noir – de ce petit État de l’Europe, coincé entre l’Ukraine et la Roumanie. Et donc pris en étau entre le monde russophone et l’Union européenne, entre ce qui semble être d’un côté le passé et de l’autre le futur. Mais ni l’un ni l’autre ne semble glorieux, même si tous deux semblent plus prometteurs que ce présent dans lequel le pays est tout entier coincé.

Cela dit, il ne faut point se méprendre, car l’auteur moldave russophone tape sur tout et tout le monde et personne n’échappe à sa critique acérée, de ce grand-frère roumain qui n’arrête pas de rejeter et d’humilier son puîné ou encore de cette Union européenne qui parle plus qu’elle n’agit et qui aux grands maux ne sait point appliquer les bons remèdes, ne délivrant bien souvent que de grands mots.

Les vents de Vancouver, escales dans l’espace-temps du Pacifique Nord, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 24 Novembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Les vents de Vancouver, escales dans l’espace-temps du Pacifique Nord, mars 2014, traduction de Marie-Claude White, 176 pages, 17 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

Kenneth White nous a déjà emmené dans des contrées blanches et bleues, au Labrador, dans La route bleue (1983, prix Médicis). Il fait d’ailleurs un petit clin d’œil à cette route à la fin de son périple : « Mais, bon, il est temps de reprendre la route, la route sceptique, la route surnihiliste, la route bleue avec ses moments bleus, ses lumières blanches et ses lignes noires et fermes ». Cette fois c’est à l’opposé, à l’ouest du continent américain, que le voyageur et écrivain nous transporte, du côté de Vancouver, le long du Pacifique Nord et des côtes ouest du Canada et de l’Alaska.

D’abord, les lieux. White sait décrire les lieux. Ici Vancouver, avec sa litanie poétique de noms de quartiers, avec une description de la ville bruyante, en effervescence. La ville, le musée, le port et sa faune hétéroclite, le cimetière. Pour White, musarder dans un musée c’est la possibilité de « trouver une image cohérente du monde » et la lecture des inscriptions des pierres tombales lui permet de « pénétrer dans le théâtre du monde ».

Les inoubliables, Jean-Marc Parisis

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 14 Novembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Les inoubliables, septembre 2014, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Marc Parisis Edition: Flammarion

 

Le livre de la mémoire

La Bachellerie, c’est le petit village de Dordogne où Jean-Marc Parisis passa ses vacances, dans la maison de ses grands-parents, alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Il en garde un souvenir précis, heureux, lié aux éléments du paysage, à « une érotique […] purement géographique ». Une véritable image d’Epinal que vient ternir une photo trouvée un peu par hasard par l’auteur, alors qu’il cherchait des clichés pris dans « l’enceinte du Vel d’Hiv lors de la rafle de juillet 1942 ». Cette photo, c’est celle réunissant Isaac, Cécile, Jacques, Maurice et Alfred Schenkel, arrêtés avec leur mère Esther à la Bachellerie et déportés vers Auschwitz le 13 avril 1944 après l’exécution de leur père Nathan. Ils avaient fui Strasbourg comme beaucoup de familles juives pour se réfugier en Dordogne…

C’est donc à la Bachellerie que les destins de Jean-Marc Parisis et de ces enfants se croisent. Ils ont vu le même village, la même boulangerie, la même église, les mêmes collines… Ils ont eu le même âge au même endroit, même si les enfants ont été assassinés dix-huit ans avant la naissance de l’écrivain.

La Saga Maeght, Yoyo Maeght

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 14 Novembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Robert Laffont

La Saga Maeght, avec la collaboration de Pauline Guéna, juillet 2014, 336 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Yoyo Maeght Edition: Robert Laffont

 

« Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous », Victor Hugo

 

Par le prisme d’un regard d’enfant, Yoyo Maeght, la petite-fille d’Aimé et de Marguerite, galeristes et fondateurs de la Fondation éponyme à Saint-Paul-de-Vence, retrace dans un livre paru aux éditions Robert Laffont l’histoire du projet qui animait son grand-père, marchand d’art qui vécut dans l’intimité des grands artistes de l’histoire de l’art moderne. L’auteur, la confidente, nous propose un dialogue avec un siècle de création, mais aussi l’épopée d’une dynastie amoureuse des arts sur trois générations, et la vision déchirée d’une famille qui s’autodétruit sous ses yeux.

« Je grandis parmi des hommes rares et j’apprends à voir le monde comme Miró me le montre, comme Prévert me le chante, comme Calder, Malraux, Chagall, Papy me le suggèrent, dans sa beauté, ses excès, ses secrets, ses drames aussi. J’ai l’œil attentif, posé sur la vie et sur la nature. Ces grands hommes de XXe siècle forgent mon regard » in. La Saga Maeght

Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, Souvenirs, Paul Veyne

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 12 Novembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Albin Michel

Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, Souvenirs, septembre 2014, 260 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Paul Veyne Edition: Albin Michel

 

L’historien Paul Veyne adopte dans son dernier livre le ton des Souvenirs. Moins formel qu’une autobiographie, moins solennel que des mémoires, le récit sous forme chronologique – histoire oblige – ne l’empêche pas de chahuter les temps, anticipant de ci pour se remémorer de là. Les notions de passé, de présent et d’avenir rendent trop mal compte de la réalité intime pour qu’elles fassent loi ; « seul le plaisir du lecteur peut vraiment combler un auteur ».

Le temps de Paul Veyne est d’abord ce fil déroulé depuis la découverte de sa « vocation ludique » avec la lecture de l’Odyssée jusqu’à sa traduction de L’Énéide quatre-vingts ans plus tard. L’enthousiasme est intact. Les années ont simplement donné un sens nouveau à l’effort de bâtir une œuvre, « Parce qu’on n’éprouve plus, tant qu’on travaille, le sentiment, toujours tapi à l’arrière plan de la conscience, qu’on mourra tôt ou tard ; et dans mon cas, qu’on mourra bientôt ».