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Récits

Menus souvenirs, José Saramago

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 16 Septembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Seuil, La rentrée littéraire

Menus souvenirs, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, septembre 2014, 176 pages, 18 € . Ecrivain(s): José Saramago Edition: Seuil

 

« Le monde de chacun dépend des yeux que l’on a reçus en partage », in. Le Dieu manchot, 1982

 

José Saramago est né en 1922 à Azinhaga, au Portugal. Ecrivain majeur, il demeure l’un des meilleurs représentants, aux côtés d’António Lobo Antunes ou Fernando Pessoa, de la littérature et de la pensée lusitanienne à travers le monde. Son œuvre, qui comprend des romans, des essais, de la poésie, du théâtre, est traduite dans plus de 25 pays. Lauréat du prix Camðens en 1995 (la plus haute distinction des lettres portugaises), et du prestigieux Nobel de littérature en 1998, il décède à Lanzarote en 2010. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’œuvre romanesque de l’écrivain est disponible en français aux éditions du Seuil.

Dans une écriture simple, poétique et autobiographique, José Saramago nous dévoile donc ses Menus souvenirs : « Le livre des tentations, titre incertain ? « Oui, les menus souvenirs du temps où j’étais petit, tout simplement ». Il s’agit pour l’auteur de revenir sur son enfance, le paysage de ses racines pauvres, mais qui, comme un peintre, lui a procuré les couleurs de son écriture, la toile de ses récritures :

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, Lise Benincà

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, août 2014, 212 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Lise Benincà Edition: Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, récit de neuf mois de résidence d’écriture de Lise Benincà « au milieu des choses », est d’abord l’histoire d’une improbable rencontre entre une démarche d’insertion sociale et la démarche artistique d’un écrivain.

Emmaüs Défi tente de sortir de la rue des hommes et des femmes en grave difficulté en leur procurant, au travers de la collecte, du tri et de la vente d’objets de récupération, un travail qui leur permette de survivre et de retrouver l’estime de soi. Une estime perdue au cours de nombreuses années de galère où ils furent exposés à l’indifférence ou au mépris de l’autre. Quant à Lise Benincà, elle s’est lancée dans une aventure à première vue bien différente mais comportant aussi sa part de rêve et de défi. Désirant « porter la littérature dans un lieu où on ne s’attend pas à la trouver », elle avait pour projet de faire parler ces objets dépareillés, patinés, récupérés par Emmaüs, mais aussi toutes ces personnes en réinsertion professionnelle, ces bénévoles ou ces encadrants salariés qui œuvrent ensemble dans le vaste entrepôt parisien de la rue Riquet. « Un lieu riche en histoires, … riche en humains » qui, chaque samedi, se transforme en hall d’exposition et de vente pour accueillir les clients démunis du quartier comme les bobos parisiens. « Un lieu de brassage, de passage et d’échanges, avec un mélange des genres à tous les niveaux ».

Seul à travers l’Atlantique et autres récits, Alain Gerbault

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 22 Août 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset, Aventures

Seul à travers l’Atlantique et autres récits, préface Isabelle Autissier, postface Ella Maillart, nouvelle édition, mai 2014, 416 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Alain Gerbault Edition: Grasset

 

« … les traits sur mon esprit sont comme des ombres sur le vent qui fuit »

Edgar Allan Poe, Préface O.Z.Y.U., dernier journal

 

Alain Gerbault est né en novembre 1893 à Laval et mort en décembre 1941 à Dili, au Timor. Il est enrôlé comme pilote pendant la Première Guerre mondiale. Un jeune américain d’escadrille lui prêta un jour un livre de Jack London, La croisière du Snark. Ce dernier fut déterminant dans son désir de « prendre la mer ». A la fin du conflit, il se lance sans succès dans les affaires et participe à de nombreux tournois de tennis. En 1921, il décide de changer de vie et de partir seul en mer. Il achète un vieux voilier, le Firecrest, dans un port anglais. Après un entraînement de plusieurs mois en Méditerranée, il réalise en 1923 la première traversée de l’Atlantique en solitaire d’est en ouest, ralliant en 101 jours Gibraltar à New York – exploit alors inégalé.

Années lentes, Fernando Aramburu

Ecrit par Frédéric Aribit , le Jeudi, 21 Août 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Jean-Claude Lattès

Années lentes, traduction de l’espagnol par Serge Mestre, avril 2014, 260 pages, 18 € . Ecrivain(s): Fernando Aramburu Edition: Jean-Claude Lattès

 

Peu de littératures sans doute sont aussi inventives que la littérature ibérique pour faire coïncider l’originalité d’une forme et la singularité d’un récit. Et ce n’est pas l’œuvre de Bernardo Atxaga, l’autre grand basque des lettres espagnoles, qui pourrait servir de contre-exemple. Naître en 1959, du côté de Saint-Sébastien, alors que l’Espagne franquiste vient d’être adoubée par l’ONU, n’arrange probablement rien lorsqu’on ne veut pas marcher sur les sentiers battus. 1959, année éloquente : c’est aussi celle de la création d’ETA.

On comprend que les années de jeunesse de Fernando Aramburu soient profondément travaillées par les questions identitaires, la répression franquiste, la lutte armée, les actions clandestines. Comment être ou redevenir basque, quand langue et drapeaux sont interdits ? Mais de cette matière à récit, si proche de nous et déjà d’une autre époque à la fois, il a su tirer un roman audacieux qui alterne et télescope le témoignage historique, subtilement grevé de biographèmes, et le scrupule romanesque : « La littérature d’abord ; et puis, s’il reste un peu de place, la vérité ensuite ». La vérité ? oh, le vilain gros mot.

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, Chantal Thomas

Ecrit par Guy Donikian , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Payot Rivages, Histoire

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, mars 2014, 304 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Chantal Thomas Edition: Payot Rivages

 

Nous aurions tort de considérer notre 20ème siècle comme celui d’un individualisme lié à une solitude de tous les instants. Nous ne sommes en aucun cas les créateurs de cet état d’esprit qui voulant absolument se dégager de toute contrainte nous conduit inévitablement à nous comporter en « esprit rebelle et vagabond ». Quant à considérer que le 18ème siècle n’est que celui d’une liberté chèrement acquise, ce sont là deux écueils que Chantal Thomas nous permet d’éviter avec cet essai particulièrement roboratif.

Il ne s’agit donc pas ici de refaire l’apologie des idéaux qui ont conduit à la Révolution, mais plutôt de repérer les traces d’un esprit de liberté singulière, d’une liberté qui ne s’enracine dans aucun dogme, qui tend seulement à affirmer la primauté de chacun, fût-ce au détriment de ces fameux idéaux de liberté. Parce qu’il ne s’agit plus d’un esprit de liberté, non plus d’un esprit révolutionnaire, mais d’un esprit libertin et/ou libertaire.