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Récits

Mes bifurcations, André Brink

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Biographie, Babel (Actes Sud)

Mes bifurcations, septembre 2014, traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Bernard Turle, 617 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): André Brink Edition: Babel (Actes Sud)

 

Lignes de vie

Mes bifurcations est un récit fleuve que l’on peut qualifier d’autobiographie. André Brink évoque ses années d’enfance en Afrique du Sud. Puis il relate les premiers éveils de sa conscience face à la question raciale durant sa période estudiantine. Mais son récit souligne surtout l’impact de son voyage à Paris à la fin des années 1960. C’est en terre étrangère qu’il prend réellement conscience de la gravité tant morale qu’éthique du concept de l’Apartheid. Poussé par ses amis, Paris a été une catharsis pour notre écrivain. Ainsi confesse-t-il :

« Ils me poussèrent à revenir sur des sujets avec lesquels mon séjour à Paris m’avait familiarisé mais que je n’avais pas approfondis. Mes nouvelles fréquentations me permirent, pour la première fois dans ma vie, de me lier d’amitié avec des Noirs ».

Nous sommes tous des exceptions, Ahmed Dramé

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Fayard

Nous sommes tous des exceptions, octobre 2014, coécrit avec Sophie Blandinières, 180 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ahmed Dramé Edition: Fayard

 

Nous sommes tous des exceptions, le titre est alléchant. Il donne le désir de plonger dans le livre, d’autant plus que le sujet correspond tout à fait à l’air du temps.

Vous entrerez dans ce récit-témoignage avec une grande facilité et vous le lirez avec un réel plaisir. Ahmed Dramé trouve des mots simples, qui touchent et qui frappent. Le témoignage est d’un optimisme réconfortant et sa lecture rassure.

Tout le monde, quel que soit son âge, aime les contes de fée dans lesquels le héros triomphe de toutes les épreuves, de tous ses opposants avec l’aide d’adjuvants et d’une bonne fée qui le prend par la main. C’est ce qui se passe dans ce livre. Alors, embarquons-nous dans ce conte et tentons d’en déchiffrer les ingrédients.

Présentons tout d’abord le héros : à vingt et un ans, le jeune Ahmed Dramé fait un retour dans son passé et nous conte l’aventure qu’il a vécue il y a quelques années avec sa classe de seconde en section « Histoire des arts » au lycée Léon Blum de Créteil dans le Val de Marne. Il habite dans une cité HLM à Champigny-sur-Marne. Il cumule les handicaps. C’est un jeune noir de banlieue déshéritée.

Une histoire à tenir debout, Régine Salvat

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Samedi, 28 Février 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès

Une histoire à tenir debout, 299 pages, 18,30 € . Ecrivain(s): Régine Salvat Edition: Jean-Claude Lattès

 

Une traversée des apparences

Comment parler du livre de Régine Salvat sans évoquer l’émotion violente et incompressible qui nous étreint en le lisant, sans évoquer la présence à chaque mot, de RémY, pendant notre lecture.

RémY (avec un Y !), un être doté d’une grande intelligence, sensible, magnanime et qui a su gagner tant de combats contre sa maladie, à différentes étapes, pour apprendre à lire, à écrire, quand sa maladie l’entravait, qui a refusé le plus longtemps possible le fauteuil roulant, pratiqué l’aïkido et qui a décidé tel un samouraï de suivre cette éthique exemplaire qu’il admirait : « la droiture est le pouvoir de décider une certaine ligne de conduite en accord avec la raison, sans hésiter ; mourir lorsqu’il faut mourir, combattre quand il faut combattre ; “le courage est la vertu des héros…” c’est un réel courage de vivre lorsqu’il est juste de vivre et de mourir seulement lorsqu’il est juste de mourir ». Des phrases qu’il avait soulignées dans son livre préféré. « Rémy c’était mon Gandhi, et plus encore », disait de lui son ami Loïs.

Un jour, Michel Crépu

Ecrit par Jeanne de Bascher , le Mardi, 24 Février 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Un jour, janvier 2015, 160 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Michel Crépu Edition: Gallimard

 

Un jour est une œuvre à l’allure camusienne. Ce récit de deuil, au style sec et précis, modestement efficace, fait écho dès sa première phrase « mon père est mort la semaine dernière » au célèbre « aujourd’hui maman est morte » de L’Etranger. Peut s’y fier sans s’y tromper, Michel, auteur, narrateur et personnage de l’histoire, n’a rien d’un Meursault. Ce joyeux et doux portrait du père défunt est un hymne à la modeste famille d’une France d’après-guerre. Considérons-le comme un récit d’expédition, qui fouille dans les mémoires d’une époque révolue. Celle où l’on écoutait Charles Trenet dans l’auto pour partir en vacances en Suisse.

A l’heure où les schémas familiaux sont éclatés, où la littérature pointe les failles individuelles plus qu’elle ne les célèbre, décrire une vie de famille heureuse est un pari (une ambition ?) curieusement osé et original ! Quel plaisir de retrouver des souvenirs – qu’on n’a pas vécus, certes, mais – qu’on retrouve néanmoins avec tendresse. Crépu offre son intimité au lecteur sans jamais tomber dans le voyeurisme. Un délice.

Dix-sept ans, Colombe Schneck

Ecrit par Laurence Biava , le Mercredi, 18 Février 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Dix-sept ans, janvier 2015, 90 pages, 10 € . Ecrivain(s): Colombe Schneck Edition: Grasset

 

Ce n’est pas un roman, c’est à peine un récit, plutôt un témoignage. Un témoignage touchant et engagé, qu’il ne faut pas prendre à la légère, mais qui manque pourtant de consistance.

Toutes les fioritures encadrant le propos sont dénuées d’intérêt : le milieu bobo/environnement culturel très favorisé, les parents médecins (elle le précise deux fois, ouf), la bluette énamourée d’une jolie fille de 17 ans.

Colombe Schneck raconte les circonstances d’un avortement survenu à 17 ans, alors qu’elle est amoureuse de son premier amant, un garçon de sa classe, et qu’elle s’apprête à passer le bac. C’est le seul point intéressant de l’opus.

L’auteur évoque l’avortement d’abord d’un point de vue intime. Elle l’aborde sous un aspect politique ensuite. S’appuyant systématiquement sur tout ce qui se rapporte à la célèbre loi contre l’avortement de Simone Veil et argumentant à de nombreuses reprises sur le sujet. Ce qui lui permet de donner un peu d’épaisseur à son texte, littérairement très faible (ndlr : Le 26 novembre 1974, Simone Veil tenait un discours historique pour défendre sa loi légalisant l’avortement à la tribune de l’Assemblée nationale).