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Récits

Piano ma non troppo, Philippe Entremont

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 06 Juillet 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Editions de Fallois

Piano ma non troppo, mars 2015, 140 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Entremont Edition: Editions de Fallois

 

Philippe Entremont, célèbre pianiste soliste français et chef d’orchestre, brosse ici l’autoportrait d’un amoureux inconditionnel de la musique. Élève de Marguerite Long et Jean Doyen, il retrace sa carrière en plusieurs volets, évoquant notamment son enfance et son apprentissage ; le rapport qu’il entretient avec son orchestre et ses élèves ; ses goûts musicaux. Né à Reims en 1934, dans une ville qui se remet à peine de la « Grande Guerre », son enfance est gouvernée par la musique : ses parents – un violoniste, une pianiste, parmi leurs nombreux talents – vont tout naturellement le pousser dans cette voie. L’apprentissage n’est pas chose aisée à cette époque : pendant la guerre, il fait des allers-retours entre Reims et Paris – onze heures de train ! – pour suivre des cours de piano dans la capitale, témoignant ainsi de son dévouement complet envers la musique.

Depuis son coup d’éclat à Carnegie Hall en 1953, il ne cesse de sillonner le monde, séjournant dans maintes villes de renom pour y donner des concerts et pour y enregistrer – parmi les pays évoqués figurent les États-Unis (New York en particulier est bien entendu associée à un moment charnière), Israël, l’Autriche… Il a été notamment directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de la Nouvelle Orléans et de l’Orchestre Symphonique du Colorado, et il est devenu chef lauréat à vie de l’Orchestre de Chambre de Vienne.

Trois chants funèbres pour le Kosovo, Ismaïl Kadaré

Ecrit par Roland Goeller , le Vendredi, 03 Juillet 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, En Vitrine

Trois chants funèbres pour le Kosovo, avril 1998, 122 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Ismail Kadaré Edition: Fayard

 

Pourquoi faut-il lire et relire les Trois Chants Funèbres, petit livre paru en 1998 sous la plume de l’albanais Ismaïl Kadaré ? Parce que nous avons en mains une œuvre romanesque tissée autour d’une fresque historique majeure. Parce que cette fresque prend tour à tour les apparences de l’épopée, du récit picaresque et de l’élégie. Parce qu’en invoquant des événements (tragiques) survenus il y a six siècles (en 1389), cette fresque éclaire des événements récents (deuxième guerre de l’ex-Yougoslavie, 1997-2002), tragiques eux aussi, et met peut-être en garde contre d’autres événements (funestes ?) à venir. Parce qu’en dépit de toutes les thèses de la fin de l’histoire et de la globalisation des données humaines, cette fresque suggère à l’inverse une inéluctable continuité historique où les nations revendiquent à la fois leurs identités et leurs territoires. Parce que l’auteur de cette fresque, Ismaïl Kadaré, écrivain albanais plusieurs fois pressenti pour le Nobel, juge et partie, se hisse avec clairvoyance à une hauteur où le parti pris le cède à la mise en perspective, de la pointe d’une plume qui n’a rien à envier à l’art des tailleurs de pierre des cathédrales.

Shérazade était toquée, Mona Fajal

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 03 Juillet 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, En Vitrine

Shérazade était toquée, Les Itinéraires Editions Gourmandes, avril 2015, 264 pages, 26,90 € . Ecrivain(s): Mona Fajal

 

Quelle merveilleuse idée !

Quelle belle initiative que de réunir en un même livre 10 villes, 10 histoires dont chacune se déroule dans chacune de ces villes, et 10 recettes qui sont chacune en relation avec chacune de ces villes où se passe chacune de ces histoires… Résumer ainsi la trame de l’ouvrage suffirait déjà presque à provoquer le début d’un tournis de mille et une sensations !

Alors, si on ajoute que ce kaléidoscope a pour décors naturels, pour saveurs traditionnelles, pour assaisonnement culturel toute la richesse et la magie de ce pays incomparable qu’est le Maroc, on fait forcément entrer le lecteur avant même qu’il ait soulevé, déjà tout alléché, le couvercle du livre, dans mille et un enchantements, d’où le titre du livre, qui en soi est d’emblée porteur d’un savant et savoureux tajine sémantique d’images et de références intertextuelles épicées d’un humour subtil.

La hauteur de l’horizon, Fabien Pesty

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Vendredi, 03 Juillet 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La hauteur de l’horizon, Ed. Paul & Mike, mars 2015, 200 pages, 13 € . Ecrivain(s): Fabien Pesty

 

Trois Perses en nage en quête d’hauteur

L’homme étant à mi-chemin entre le fait divers et l’animal fatigué, Fabien Pesty invente des histoires à dormir couché. Excellent calcul : de même que la vache est d’une traite, le lit est rature.

Fabien Pesty a décidé de réécrire le corbeau et la cigale parce que La Fontaine c’était pas mal mais ça a vieilli. Mais, comme ce n’est pas un type à fables, il a pondu un recueil d’histoires (18, les a comptées l’éditeur qui n’a que ça à faire et qui a oublié la préface pourtant savoureuse) mi-chèvre, mi-raison, mi-figue Michou.

Certaines sont fort divertissantes : Fabien Pesty a la plume facile et le jeu de mot laid. Sa préface à « lire attentivement (…) avant la première utilisation du livre » en est un parfait exemple : si l’homme est l’animal le plus couard, le plus dangereux et le plus alcoolique c’est aussi « le seul qui sache écrire ». Voilà de quoi clouer le bec à tous ces philosophes sur le plat qui nous bassinent à perdre Allen. Car on ne fait pas d’homme-lettres sans casser Dieu.

Romain Gary, Brève escale en Corse, Jérôme Camilly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 23 Juin 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Romain GARY, Brève escale en Corse, Colonna édition, mai 2014, 90 pages, 10 € . Ecrivain(s): Jérôme Camilly

 

Avec deux titres pour un seul ouvrage de nature disparate, Jérôme Camilly nous offre un étrange et bien séduisant petit livre. Romain GARY, Brève escale en Corse, récit lui-même hybride consacré à cet écrivain de légende, n’est en effet pas seulement « suivi de » Le quatuor insulaire, fiction personnelle de l’auteur. Les deux textes, indissociables à leur lecture, forment plutôt un ensemble s’articulant autour du passage de l’écrivain – à l’occasion de son mariage avec Jean Seberg – dans l’île natale du journaliste Jérôme Camilly, écrivain lui aussi (une escale insulaire moins anecdotique qu’il n’y paraît puisque, séparé de Jean, Gary tint à y revenir en pèlerinage peu de temps avant de se donner la mort).

A la fin des années 1970, l’auteur fut amené à collaborer à un livre de Romain Gary qui ne verra jamais le jour, collaboration qui lui permettra de démêler en plusieurs temps l’« identité brouillée » de cet « homme multiple » et « virtuose du mensonge » dont il n’avait pas su voir à l’époque le désespoir sous le « goût pour la vie ». De comprendre aussi « que la mythomanie est la réalité de l’écrivain ». Une rencontre se prolongeant post mortem longtemps après, et qui semble avoir enfanté le deuxième texte où quatre voix s’ajoutent à celle de l’auteur pour faire entendre la vérité de son île.