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Récits

Petit éloge de l’héroïsme, Ariane Charton

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Petit éloge de l’héroïsme, février 2014, 122 pages, 2 € . Ecrivain(s): Ariane Charton Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce « petit éloge » est un grand livre très littéraire. C’est une double évocation : celle du choix des grands écrivains de langue française qui ont décidé de partir pour le front en 1914, et cette autre, l’expérience de ce conflit à travers la correspondance et les œuvres de fiction de ces écrivains. C’est aussi le portrait d’une génération qui est allée au bout de son désir d’héroïsme, contrairement à la génération romantique du siècle précédent. Alain Fournier, Jean de la Ville de Mirmont – coup de foudre littéraire de l’auteur – (pour sa mélancolie et parce qu’il est né la même année que Fournier), Apollinaire, Dorgelès, Cendrars, Aragon, Drieu la Rochelle, Céline, Barbusse, le médecin Duhamel, Giono, Genevoix, Péguy : Ariane Charton n’élude rien : ni les motivations des uns et des autres, leur état d’esprit à chaque moment du combat, ni les correspondances, ni les œuvres, ni les citations. Pourquoi se sont-ils engagés, car certains étaient pourtant réformés ?! Quelle signification puissante – Ö combien ! – recouvrait les termes héroïsme, patriotisme ? Est-ce seulement une idée d’une grandeur de la France, d’une mission civilisatrice ? Quelles répercussions cette expérience a-t-elle eu sur leur vie, pour les survivants, par la suite ?

Folie, aller simple. Journée ordinaire d’une infirmière, Gisèle Pineau

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 03 Avril 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Philippe Rey

Folie, aller simple. Journée ordinaire d’une infirmière, avril 2014, 208 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Gisèle Pineau Edition: Editions Philippe Rey

 

Gisèle Pineau, infirmière dans un service de psychiatrie depuis l’âge de vingt ans, se raconte avec distance, décrit l’ordinaire, les rituels, les délires de ces hommes et femmes qui semble-t-il « ne sortent pas de l’hôpital par hasard » : DCD (décédé) / TS (tentative de suicide) / IMV (ingestion médicamenteuse volontaire)…

Ce livre profondément humain est un parcours introspectif, comme le dit un vieil infirmier à Gisèle Pineau : « Quand on soigne les fous, c’est nous-mêmes qu’on soigne, qu’on aide, qu’on réconforte. Tous ces grands malades sont des reflets de nous-mêmes dans le miroir ».

Itinéraire croisé entre un quotidien où la douleur, la folie s’exposent sans fard et où l’auteur nous interroge sur nos propres dépressions, paranoïas, résiliences… La ponctuation n’est pas utilisée par hasard, l’auteur semble focaliser l’attention du temps avec des signes répétitifs : « ? » et « … » ; comme un dialogue entre les vies errantes sans réponses, le corps médical, celle de l’auteur « Suis-je arrivée là par hasard ? ». Et vous même lecteur ?

Marguerite Duras, une jouissance à en mourir, Olympia Alberti

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 02 Avril 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Marguerite Duras, une jouissance à en mourir, Le Passeur Editeur, février 2014, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Olympia Alberti

 

« Tout est devenu BLEU. C’est bleu. C’est à crier tellement c’est bleu. C’est du bleu venu des origines de la Terre, d’un cobalt inconnu. On ne peut pas arrêter ce bleu, cette traînée de poussière bleue des cimetières des enfants. On souffre. On pleure. Tout le monde pleure. Mais le bleu reste là. Acharné. Le bleu des enfants comme celui d’un ciel » (Marguerite Duras).

Ecrire. Marguerite Duras savait qu’elle écrirait. A douze ans déjà. Ecrire, c’était tout. Elle écrivait l’amour, l’indicible, car « seul l’amour pouvait combler l’âme », et « seule la souffrance d’aimer pouvait ouvrir l’être ». Elle devait sans doute avoir le regret du paradis qui ne pouvait se faire ici-bas. Elle n’avait de cesse de « creuser pour trouver le mot nu, le mot entier, le souffle de lumière qui enfanterait la vie sublime, et rien d’autre, la création, la joie, et rien d’autre ». Ecrire avec la pluie qui ruisselle sur la vitre. Ecrire avec Chopin. Ecrire dans une « solitude universelle » pour tout donner. Elle qui disait : « Un jour, j’aurai l’écriture. Son infini ». Elle qui faisait corps avec l’écriture.

L’étendue musicale, Marcelin Pleynet

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 02 Avril 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

L’étendue musicale, Gallimard, L’Infini, février 2014, 120 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Marcelin Pleynet Edition: Gallimard

 

« A Venise la circonférence est partout et le centre nulle part…

Ma vie comme un roman dont la circonférence est partout et le centre nulle part… »

Marcelin Pleynet écrit comme Cézanne peignait, sur le motif. Ici, comme depuis longtemps, c’est Venise. Une île musicale pour une idée de roman musical. Loin, si loin, de toute imagerie bavarde, chichiteuse et larmoyante, loin de l’imaginaire de sa disparition annoncée dans les eaux de la lagune, loin de ses masques et de ses poses, de ses écrivains dépressifs et de ses cinéastes laborieux et poudrés. On est à mille années lumières de Mort à Venise et ses fantômes souffreteux, littéralement au cœur du mouvement de la ville, d’un mouvement poétique et musical, où s’invitent écrivains, musiciens, peintres et architectes. C’est Vie à Venise ou plus harmonieusement Vies à Venise, le pluriel est ici capital. Dans son Dictionnaire amoureux de Venise, Philippe Sollers met en avant l’éloge prononcé pour la consécration du Doge sérénissime de Venise, Luigi Mocenigo, le 23 août 1570, autrement dit aujourd’hui, par Luigi Grotto Cieco d’Hadria : « … qui ne la contemple est indigne de la lumière, qui ne l’admire est indigne de l’esprit, qui ne l’honore est indigne de l’honneur… », on ne saurait mieux dire !

Tu ne mourras pas, Bénédicte Heim, Edmond Baudoin

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Les Contrebandiers

Tu ne mourras pas, 128 pages, 25 € . Ecrivain(s): Bénédicte Heim, Edmond Baudoin Edition: Les Contrebandiers

 

La rencontre. Le choc. La stupeur. L’éblouissement. Le lâcher-prise, jamais entièrement quitté par les difficultés. L’amour.

Livre après livre, Bénédicte Heim relate, avec une infinie délicatesse et une infinie précision, et une ferveur ardente devenue phrases, ce moment où les âmes, entrant en contact, au mépris de toutes les convenances, de l’attendu, font advenir ce feu qui les embrase, et les fait fondre suffisamment, pour que naisse de ce contact une seule âme, sans que jamais les deux morceaux qui la composent se voient voler une part de leur identité, de leur singularité.

Et cette façon qu’ont les deux âmes de s’embrasser au point de ne pouvoir décoller, l’une de l’autre, leurs lèvres, est toujours liée à une déflagration de la douceur et de la découverte. Et de l’envolée sur place. Au plus profond de l’autre.