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Récits

Vivre avec sans, Adagio maladie, Anne Sultan (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 17 Novembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Vivre avec sans, Adagio maladie, Anne Sultan, éditions des femmes Antoinette Fouque, octobre 2023, 64 pages, 12 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Désarticulation

Le titre de ce récit-poème écrit par Anne Sultan (née en 1967, danseuse et chorégraphe durant vingt ans, aujourd’hui autrice et metteuse en scène), Vivre avec sans, sonne comme en un espace dramatique et participe d’une double injonction paradoxale : « vivre avec sens » ou « vivre avec sang ». En effet, une jeune femme tente de survivre malgré un pronostic vital engagé, retrouvant du sens à son existence, perdant beaucoup de sang et souffrant de même… Le texte de l’auteure est construit par de très courtes phrases, certaines pronominales, se réduisant parfois à un seul mot. L’Adagio maladie, c’est le tempo lent de l’affection, du traumatisme.

Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, Marie de la Tour et Taxis (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 02 Octobre 2023. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arfuyen

Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, Marie de la Tour et Taxis, Arfuyen, janvier 2023, 188 pages, 17 € Edition: Arfuyen

 

Pour la postérité, la princesse Marie de la Tour et Taxis (1855-1934) survit et survivra dans la mesure où son nom figure au début des Élégies de Duino, qui portent le nom du château en bord de mer appartenant à cette très ancienne famille, où D’Annunzio fut également reçu, ainsi que d’autres membres des aristocraties européennes – tel l’archiduc François-Ferdinand, qui rencontrera quelques semaines plus tard son funeste destin à Sarajevo.

Née à Venise, décédée en République tchèque, Marie parlait couramment plusieurs langues et ce fut directement en français qu’elle rédigea ce volume de Souvenirs (qui, étrangement, parurent en traduction allemande trois ans avant que le texte original ne fût imprimé). Connaissant par cœur L’Enfer de Dante, citant Leconte de Lisle dans le texte, la princesse ne magnifiait pas forcément « son » poète : « Physiquement, il est laid au premier abord, très petit et chétif, quoique bien pris dans sa taille, une longue tête pointue, un grand nez, une bouche grande aussi, aux fortes lèvres très sinueuses qu’accentuent le menton un peu fuyant et sa fossette profonde » (p.27-28).

Entre deux gares, Lionel Seppoloni (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 18 Septembre 2023. , dans Récits, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Entre deux gares, Lionel Seppoloni, éditions La Chambre d’échos, mars 2023, 164 pages, 16 €

 

Et si, grâce au train, on voyait mieux et plus vite, et si on assistait à des fulgurances.

Les pensées ferroviaires d’un jeune auteur, né en 1975.

A force de regarder par la vitre, l’écrivain se fait ethnographe et repère dans les vies ordinaires ou mal accordées les pulsations du réel, ainsi ces voix haineuses d’une bande de jeunes dans un train de banlieue.

Le calme des paysages est parfois ébréché par des notations plus mélancoliques ou plus amères sur ce qui a été perdu, de l’enfance, de la mère malade.

Un vrai regard donc, aigu, pointant les reliefs (au sens double du terme – saillies et déchets) du vécu.

C’est un sixième livre pour cet auteur qui publie depuis 1996. Déjà un premier livre au titre révélateur, marquant l’espace et la distance – littéraire – vécue : D’un hiver à un autre.

L’usure d’un monde, Une traversée de l’Iran, François-Henri Désérable (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 16 Juin 2023. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Voyages

L’usure d’un monde, Une traversée de l’Iran, François-Henri Désérable, Gallimard, mai 2023, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): François-Henri Désérable Edition: Gallimard

 

« La terre craquelée, les dunes de sable, les crêtes rocheuses, l’ocre et le beige, coupés quand vient le soir d’un vert cendreux… Il faudrait être au moins Lawrence d’Arabie pour décrire le désert. J’aimerais savoir le faire. Je ne sais pas. Il doit y avoir comme ça quelques paysages seulement faits pour être vus ».

« L’agrément dans ces lents voyages en pleine terre, c’est – l’exotisme une fois dissipé – qu’on devient sensible aux détails, et par les détails, au provinces. Six mois d’hivernage ont fait de nous des Tabrizi qu’un rien suffit à étonner » (1).

L’usure d’un monde doit beaucoup au récit de Nicolas Bouvier – L’Usage du monde est devenu ma Bible – notamment celui de la traversée de l’Iran, découvert par l’écrivain à l’âge de vingt-cinq-ans, et comme lui, il va se rendre en Iran pour prendre la vraie mesure du monde, en même temps que son pouls.

Les Répétitions et autres nouvelles inédites, Silvina Ocampo (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 09 Juin 2023. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Les Répétitions et autres nouvelles inédites, Silvina Ocampo, éditions Des femmes-Antoinette Fouque, avril 2023, trad. espagnol (Argentine), Anne Picard, 288 pages, 18 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

La maison de l’enfance

Silvina Ocampo (née en 1903 à Buenos Aires, id. décédée en 1993) est une poétesse et une novelliste issue d’une famille aisée de l’élite aristocratique argentine. Elle va avoir l’opportunité d’étudier le dessin et la peinture à Paris sous la direction de Giorgio De Chirico et de Fernand Léger. En fréquentant le milieu artistique, elle composera ses premiers essais littéraires. Elle épousera Adolfo Bioy Casares, autre écrivain argentin, en 1940. Les Répétitions est un recueil inédit, un volume qui rassemble, dans un ordre chronologique de 1936 à 1989, 24 nouvelles et deux romans courts.

Curieuse, presque effrayante est la maison du passé, la maison de l’enfance décrite par l’auteure, dans laquelle « les rosiers sont couverts de toiles d’araignées » et où se trouvent « dans la même serre (…) des plantes prisonnières au milieu de verre brisé » – « la haute maison orangée qui, les jours d’orage, brille au milieu des arbres en virant au rouge ». L’univers de Silvina Ocampo baigne dans l’onirisme, le fantastique et le déterminisme psychique, l’exploration de l’inconscient. Les croyances païennes, la religion catholique et le surréel catapultent les souvenirs familiaux, prosaïques ou merveilleux :