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Récits

Un si beau diplôme !, Scholastique Mukasonga (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Biographie, Gallimard

Un si beau diplôme !, mars 2018, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

 

Retrouver le père par l’autobiographie

Après des œuvres de fiction, romans et nouvelles, qui lui ont valu un ample succès et le prix Renaudot en 2012, Scholastique Mukasonga publie un récit autobiographique : Un si beau diplôme !

Comme l’illustre clairement le titre, le récit est primordialement centré sur le diplôme. Pour Scholastique, un diplôme au Rwanda, son pays natal, n’est pas un simple bout de papier : c’est un moyen pour affirmer son existence.

« Ce serait ma sauvegarde, mon sauf-conduit dans les périls de cette vie, mon véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans la monde, j’existais » (p.47).

L’auteure a passé la moitié de sa vie à courir après ce fameux diplôme d’assistance sociale. Ainsi, elle découvre l’exil et ses conséquences en passant d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre : Rwanda, Burundi, Djibouti, France… Scholastique a eu son diplôme, fonde sa famille, et s’installe enfin au nord de la France.

Journal d’un étranger à Paris, Curzio Malaparte (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 09 Octobre 2018. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Italie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Journal d’un étranger à Paris, juin 2018, trad. italien Gabrielle Cabrini, 368 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Curzio Malaparte Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Trois parties (« 1947 », « 1948 », « Non daté ») constituent ce journal tenu par l’Etranger à l’étranger, dans cette ville que l’auteur a eu l’occasion de connaître dès les années 20, et mieux, dans les années 30, son dernier séjour. Il revient en 1947, 1948, et tient registre de ses rencontres, de ses dîners, de tout le climat intellectuel de l’époque, en pleine vague existentialiste. L’esprit indépendant du romancier de La peau et de Kaputt ne cache pas ses détestations, ses partis-pris (nombreux), sa « vision » des choses écornée par un rejet de tout ce qui n’est pas dans son esprit. Il s’en donne à cœur joie – l’intelligence n’est pas toujours au rendez-vous – pour égratigner même les plus gentils (ainsi son portrait de Camus), pour répéter à l’envi que la France, c’est la grâce, que Cocteau, c’est la grâce et l’esprit français. Bon, on a compris : il n’aime pas les gens des pays balkaniques, il n’aime pas l’esprit cartésien ; on le comprend : il multiplie les sophismes, les postulats délirants et il suffit de se reporter à la partie « Non daté » pour s’en convaincre :

Ma vie dans les monts, Antoine Marcel (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Récits, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arléa

Ma vie dans les monts, avril 2018, 226 pages, 17 € . Ecrivain(s): Antoine Marcel Edition: Arléa

 

Après avoir, comme on dit familièrement, roulé sa bosse et exercé des professions aussi diverses que, parfois, surprenantes, dont celle de scaphandrier sur (ou plutôt sous) une plate-forme pétrolière au large de l’Afrique, Antoine Marcel, auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux spiritualités orientales, s’est retiré dans un coin de France qui s’appelait jadis la Xaintrie, entre la Corrèze et le Lot, plus précisément dans la commune d’Altillac, où réside déjà une autre personnalité, Marcel Conche, dont c’est le village natal. Le philosophe d’Épicure en Corrèze est également (ce n’est pas l’aspect le mieux connu de son œuvre) traducteur de Lao-Tseu.

Ma Vie dans les monts revêt la forme d’une suite de notations non datées, alternant considérations sur le zen et remarques sur l’existence quotidienne dans une campagne reculée. Pour un lecteur qui réside dans une grande ville et passe plusieurs heures chaque jour dans des métros ou des trains de banlieue, les remarques sur le bois qu’il faut couper et empiler, le terrain environnant à entretenir, les arbustes à planter, seront d’un exotisme roboratif. Pour quelqu’un qui se trouve dans la même situation qu’Antoine Marcel et qui accomplit les mêmes besognes, de telles observations seront banales.

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, Pierre Patrolin (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 05 Octobre 2018. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, P.O.L

J’ai décidé d’arrêter d’écrire, octobre 2018, 172 pages, 17 € . Ecrivain(s): Pierre Patrolin Edition: P.O.L

 

La rivière sans retour

L’écriture est une maladie dont on ne guérit pas : Duras l’avait dit, Patrolin le confirme. Il prouve que celui qui s’y engage est ravi, capturé et que rien n’y fait. Son livre devient en conséquence l’histoire d’une fiction qui s’écrit et le roman de l’impossible arrêt de l’écriture.

Ces deux « fils » se tissent, s’entremêlent en ce qui tient d’un échec et d’un désastre. Et d’une réussite. On croit d’abord que la décision d’arrêter d’écrire est au centre de l’histoire, des histoires. Mais c’est l’inverse qui se passe. Entre bordure et absence il existe bien plus que des didascalies du silence mais son perpétuel débordement. Le « comment-taire » est impossible : ne demeure que son commentaire.

Rien ne se passe – du moins en ce qui concerne le désir d’arrêter le cours de la rivière sans retour où tout baigne (héroïne et feuilles de papier). L’écriture se voudrait barrage, elle n’est que typhon au sein de ce qui tient d’une mise en abyme, d’un éblouissement, de la nécessité fatale de l’écriture et de son travail de résistance.

Si, Lise Marzouk (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Si, mars 2018, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Lise Marzouk Edition: Gallimard

 

Lise Marzouk est la cervoliste – les phrases sont, dans la façon qu’elles ont de se tenir ensemble, le cerf-volant – creusant, autant que parcourant en tous sens le ciel si bleu de sa douleur.

Page après page, il s’agit pour elle de trouver, dans l’écriture, – non péniblement mais par la grâce, funambulesque, donnée par l’amour –, la bonne distance, face à l’essentiel : « Il s’agit de l’essentiel après tout, il s’agit de mon fils ». Dans la lignée de Mallarmé et de son si délicat Pour un tombeau d’Anatole (introduction et notes de Jean-Pierre Richard, Points, collection Poésie, 2006).

Si est ainsi, d’abord, le « témoignage » bouleversant de l’expérience d’une mère, devant l’inexorable et l’assourdissant d’un péril, d’une détresse. Face à laquelle le langage demeure impuissant. Et les rêves eux-mêmes et les espoirs les plus fous : tous perdants, faibles, malhabiles devant l’inflexibilité du réel… Une détresse face à laquelle seul, demeure le pouvoir – infini – de l’amour : « Mes bras te seront un rempart supplémentaire pour que tu puisses rentrer au plus profond de toi-même et t’y tapir en secret. J’embrasserai ton pourtour ».