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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


La vie avec Lacan, Catherine Millot

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 23 Avril 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, En Vitrine

La vie avec Lacan, février 2016, 112 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Catherine Millot Edition: Gallimard

« On était au mois d’août, mais la chaleur était légère et la ville désertée des voitures était d’un calme divin. Lacan y semblait comme chez lui, il en connaissait tous les musées, toutes les églises, toutes les fontaines… La beauté des lieux m’enchantait, j’aimais le bruit des fontaines et celui des pas dans les rues désertes la nuit. J’étais tombée amoureuse de Rome et cet amour dura longtemps ».

Ce petit livre est une phantasia, une apparition, celle du psychanalyste dans la vie de celle qui à son tour va le devenir. Une fantaisie, la vie légère comme la chaleur de Rome en cet été 72, la liberté libre qui se livre en Italie, à Rome, à la Villa Médicis, sur la piazza Navona, dans la basilique Saint-Clément-du-Latran, à Venise devant les Carpaccio de l’église San Giorgio degli Schiavoni, à Paris, à Barcelone, pas à pas, la mémoire de l’écrivain dessine cette carte amoureuse et aventureuse d’un été qui n’allait jamais finir. Ce petit livre nous livre – livre à lire et à vivre – à chaque page la fantaisie d’une époque – on sourit en pensant que certains fâcheux y voient là les prémices de ce qu’ils nomment le désastre actuel –, qui allait si bien à celle du psychanalyste. Lacan sur scène, ses séminaires et conférences, qui parlait aux mursLa théâtralisation faisait partie de l’art oratoire de Lacan. La colère mimée, la rage ostentatoire en étaient les traits récurrents –, Lacan silencieux, à la concentration exceptionnelle, Lacan le bélier que rien n’arrête, et Lacan immobile. Lacan des villes et Lacan des chants.

Encore un tour autour de la vie, Chroniques napolitaines III, Jean-Noël Schifano

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 19 Avril 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Encore un tour autour de la vie, Chroniques napolitaines III, avril 2016, 192 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Noël Schifano Edition: Gallimard

 

L’auteur français (né en 1947, d’un père sicilien et d’une mère lyonnaise), devenu citoyen de la ville de Naples, dont il est l’un des meilleurs connaisseurs, où il a vécu, écrit, traduit, senti toute cette matière de ville, en restitue, une fois de plus, ici, dans ce quatorzième livre depuis 1981, la magie, le bouillonnement, le baroque, la violence comme la sensualité la plus gourmande. Du premier essai sur Naples (Seuil) en passant par des romans, des recueils de lectures et d’entretiens (Désir d’Italie, Folio essais n°61, 1996) et un volumineux et fécond Dictionnaire amoureux de Naples (Plon, 2007, Schifano ne peut décemment sortir de cette inspirante ville. L’obsédante compagne nourrit encore et encore.

Comme dans le premier Chroniques napolitaines (Gallimard, 1984), l’italianiste réputé part d’archives pour conter, à sa manière, riche, bouillonnante, haute en images fortes, colorées, une Naples qui ne soit pas seulement celle que l’histoire, la Grande, les rumeurs, les clichés moulent dans une topographie imaginaire assez réductrice, mais une ville qui bout de vie, d’érotisme, d’imagination, de délire, très loin des images toutes faites.

Dispersez-vous, ralliez-vous !, Philippe Djian

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 18 Avril 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Dispersez-vous, ralliez-vous !, février 2016, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

 

La sortie d’un roman de Philippe Djian déclenche systématiquement des articles enflammés creusant le fossé entre ceux qui regrettent l’époque de Bleu comme l’enfer et de 37°2 le matin (publiés pour mémoire il y a plus de trente ans), ceux qui le défendent becs et ongles à chaque nouvelle publication en se pâmant sur son style, et enfin ceux qui d’un ouvrage à l’autre sont saisis par le vertige des montagnes russes. Mention à part pour Yann Moix qui de toute manière déteste. Sans doute faut-il oublier non seulement tout ce que l’écrivain a déjà écrit, mais aussi tout ce que l’on a déjà écrit sur lui et son œuvre pour aborder sans idées préconçues son dernier ouvrage.

Une lecture, l’esprit vierge. Difficile, car les « histoires de famille » forment le creuset récurrent de son inspiration et l’ellipse, son empreinte stylistique. À défaut de pouvoir totalement s’abstraire, de ne pas être tenté par la comparaison, il reste possible avec un minimum de souci d’équité de se laisser surprendre et porter par le récit.

Le Sentiment de l’inachevé, Dominique Sampiero

Ecrit par Pierre Perrin , le Vendredi, 15 Avril 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Sentiment de l’inachevé, avril 2016, 180 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Dominique Sampiero Edition: Gallimard

 

Dominique Sampiero, dont l’œuvre est déjà forte d’une quarantaine de titres publiés, livre un très beau récit d’initiation. Celui-ci dévoile une sorte de secret de famille qui tend à rompre les ressorts romanesques, en même temps que la charge poétique est constante, sans peser un instant. C’est une réussite. Comment un enfant se découvre, ou du moins comment l’écrivain parvient à restituer cette découverte, tel est bien le tour de force auquel il se livre tout d’abord en donnant une conscience au fœtus qui se retourne dans le ventre maternel. Il incarne l’expulsion, l’entrée dans la lumière. « J’apprends qu’aller est un voyage, une disparition sans retour ». Il narre des expériences communes à tous, tel le plafond qui se penche et s’incurve à pénétrer les pores de la peau pour écraser l’avenir de tout son poids. Il note que « les principes c’est comme l’herbe, on ne sait pas comment ça pousse ».

C’est presque dès la page cinquante qu’il entreprend de dévoiler comment la conscience du sexe s’impose à l’enfant. Comment naît l’irrépressible envie de « toucher l’âme gourmande des filles, jouer avec leurs cheveux, la golden nue de leurs petits seins, glisser un doigt sur le trésor de leur nombril » ? Comment on passe de la vision à l’union ? Ce mot, il le revisite totalement.

Mémoire de fille, Annie Ernaux

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 09 Avril 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Mémoire de fille, avril 2016, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Annie Ernaux Edition: Gallimard

 

« Mon histoire / C’est l’histoire d’un amour… » chante Dalida en 1958. Annie Ernaux pourrait mettre cette rengaine, plusieurs fois reprise dans le corps du livre, en exergue de son dernier ouvrage, Mémoire de fille, qui vient de paraître aux éditions Gallimard. Mais ce n’est pas son choix. Elle a préféré retenir les paroles d’un groupe de rock anglais progressif, Supertramp, qui connut le succès dans les années 70 « Please, tell me who I am », et celles extraites du roman de Rosamond Lehmann publié en 1929 lorsqu’elle a 26 ans, Poussière, qui raconte la métamorphose qu’entraîne le passage à l’âge adulte d’une jeune fille de 18 ans, Judith. « Je n’ai honte de rien de ce que j’ai fait. Il n’y a pas de honte à aimer et à le dire… Tout cela c’était l’expérience… Elle pourrait écrire le livre… ».

Dans son nouveau récit, c’est une expérience fondamentale qu’Annie Ernaux, dont la mémoire s’en trouve affectée, va tenter de traduire avec « une pensée littéraire ». Souvent elle a tenté d’en tracer les contours. Souvent, elle a renoncé. Mais cette fois, presque cinquante ans plus tard, elle avance jusqu’au bout de son objectif, elle ne renoncera pas. Certes le passé ne lui ressemble plus. Alors, quel lien indéfectible rattache pourtant Annie Ernaux à cette jeune fille de 18 ans pour qu’elle ressente si fort la nécessité de rendre compte de cette étape de sa vie ?