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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Noir parfait, Valentin Retz

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 30 Mars 2015. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Noir parfait, janvier 2015, 168 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

 

« Durant deux longues années, le pourtour de mes yeux, mes pommettes, mes tempes, mais également, et curieusement, le bas de mes chevilles, ont grillé nuit et jour sur l’autel de mes nerfs. Je me suis consommé en un lent sacrifice ».

C’est ainsi que s’ouvre Noir parfait, à la manière d’un opéra. Les nerfs du roman se consument comme ceux de Don Giovanni. Le corps du narrateur est en feu, il grille en silence comme touché par quelque maléfice. Alors, il s’agit de guérir, mais aussi de comprendre d’où vient cette malédiction. Et si tout s’était joué en Grèce, lors d’un séjour avec son épouse et son fils, Daphné et Hermès. On ne visite pas les dieux et les hommes sans quelque risque, on ne rencontre pas un Bohémien handicapé, on ne se glisse pas dans le temple d’Apollon Épikourios sans quelque dommage – souffrir sans raison peut réellement rendre fou et (que) la folie démultiplie en général les circonstances fatidiques. Le narrateur saisi au vif par ce feu – cet Enfer ? – ne sait plus à quel miracle se vouer, à quel saint se confier et à quel dieu s’offrir pour ne plus souffrir – le Paradis ? – (que) je brûlerais mes brûlures en brûlant six cent cierges, avant que sa résurrection ne surgisse d’un changement de regard.

Pressentiment, Andrea Canobbio

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Italie

Pressentiment, janvier 2015, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, 88 pages, 11 € . Ecrivain(s): Andrea Canobbio Edition: Gallimard

 

« Le matin du 24 mars 2001, un samedi, j’ai pris un avion de Turin à Londres. Au sol il faisait beau… Quand je suis monté, j’étais nerveux. L’avion était à moitié vide, presque entièrement vide. S’il s’écrasait, il y aurait moins de victimes. Moins de tapage, moins d’attention ».

Pressentiment est le récit nerveux des crises de panique qui touchent l’écrivain italien lorsqu’il prend l’avion, comme si une catastrophe imminente s’annonçait. Pressentiment en ce début d’année 2001, qui sera celle de la chute, de la déflagration, de l’homme qui tombe, des fenêtres ouvertes sur le monde en feu. Rien de divinatoire dans tout cela, mais le sentiment permanent qu’il y une catastrophe dans l’air.

L’écrivain – éditeur aux aguets – se doute inconsciemment de quelque chose. Il va accumuler les indices pour ce court récit en forme d’enquête sur ses constats, ses ressentis et ses terreurs. A l’origine de tout, sa présence à New-York le 11 septembre et le court texte paru deux mois plus tard dans la revue L’Indicel’air conditionné, les ascenseurs, même le ventilateur d’un ordinateur me fait sursauter… la journée n’en finit pas, elle n’en finit plus.

La vie de jardin, Alexis Brocas

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 10 Mars 2015. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La vie de jardin, décembre 2014, 369 pages, 20 € . Ecrivain(s): Alexis Brocas Edition: Gallimard

« Ils viennent pour les trottoirs rouges, les créneaux en marche avant, les jardins, les maisons en meulière et les résidences avec tennis, pour la pension, l’église… l’absence quasi totale de population nord-africaine ». Bourgeois de « Saint-Clone », en leur aquarium de haut standing, habillés de « motifs et sigles de l’héraldique bourgeoise »… Clone… c’est bien ça, tous, parfaits clones les uns des autres, des Aymeric aux Anne-Perrine, ou Solenne (pas la moins intéressante). On est en pays des Dessaint-Tracou, ou autres, « tourbillon de familles Lacoste – en blanc, bleu ciel et rose pâle pour les plus audacieux », hantant de page en page les tournois – souvent juniors – de tennis entre gens d’ici.

Décor posé tel que sous microscope, avec s’il vous plaît, l’ensemble des détails pour vous faire, au bout, une idée juste. Les « Bourges » de Droite assise, en bordure Ouest de Paris, vous pensiez connaître ; vous vous trompiez. Jusqu’à ce livre-là, éminemment politique, au sens premier du mot. Pas un bouton de veston ne manque, pas un reflet de coiffure de dame à serre-tête, rien de ce chemin complet et souvent éprouvant pour les nerfs, qui nous mène sur pas loin de trente ans dans ce zoo étrange, cruel, parfois pitoyable. Et, pour cause ! Alexis Brocas est – sûr – de ce pays, de ces rues, de cette pension religieuse ! Et ces mères et ces sœurs, il les connaît mieux encore que le fond des poches de ses sapes d’un luxe-class et un rien austère.

Voyages, Philippe Djian

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 06 Mars 2015. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

Voyages, Coédition Gallimard/Musée du Louvre éditions, 200 pages, 70 ill., couverture illustrée, novembre 2014, 29 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

 

« Quand tu aimes il faut partir

Ne larmoie pas en souriant

Ne te niche pas entre deux seins

Respire marche pars va-t’en… »

Tu es plus belle que le ciel et la mer, Blaise Cendrars, in. Feuilles de route, 1924

 

Cet ouvrage accompagne l’exposition éponyme Voyages, que Philippe Djian a réalisée dans le cadre de l’invitation du musée du Louvre, avec le soutien de Louis Vuitton et organisée par Pascal Torres, commissaire d’exposition et Conservateur en chef du musée. Un voyage, entre un ailleurs des mots, pas seulement, un dessein de l’âme humaine, plus encore.

Un jour, Michel Crépu

Ecrit par Jeanne de Bascher , le Mardi, 24 Février 2015. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Un jour, janvier 2015, 160 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Michel Crépu Edition: Gallimard

 

Un jour est une œuvre à l’allure camusienne. Ce récit de deuil, au style sec et précis, modestement efficace, fait écho dès sa première phrase « mon père est mort la semaine dernière » au célèbre « aujourd’hui maman est morte » de L’Etranger. Peut s’y fier sans s’y tromper, Michel, auteur, narrateur et personnage de l’histoire, n’a rien d’un Meursault. Ce joyeux et doux portrait du père défunt est un hymne à la modeste famille d’une France d’après-guerre. Considérons-le comme un récit d’expédition, qui fouille dans les mémoires d’une époque révolue. Celle où l’on écoutait Charles Trenet dans l’auto pour partir en vacances en Suisse.

A l’heure où les schémas familiaux sont éclatés, où la littérature pointe les failles individuelles plus qu’elle ne les célèbre, décrire une vie de famille heureuse est un pari (une ambition ?) curieusement osé et original ! Quel plaisir de retrouver des souvenirs – qu’on n’a pas vécus, certes, mais – qu’on retrouve néanmoins avec tendresse. Crépu offre son intimité au lecteur sans jamais tomber dans le voyeurisme. Un délice.