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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Je reste roi de mes chagrins, août 2019, 288 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Philippe Forest Edition: Gallimard

 

 

On a le souvenir de romans dont la structure narrative et/ou typographique mêle plusieurs histoires clairement distinctes et différents genres littéraires. Le phénomène reste rare mais pas inédit. C’est le cas notamment de W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec, et de Mon frère, de Daniel Pennac. On connaît par ailleurs quelques romans dont la principale motivation est la mise en abyme et la métaphore de leur propre création. Citons comme exemple Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, ou encore Les Faux Monnayeurs d’André Gide. Avec Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest a eu cette incroyable ambition d’associer l’enchevêtrement des genres narratif et théâtral à un jeu très subtil de réflexivité et de rapport d’inclusion, par lequel l’enchâssement de l’œuvre dans l’œuvre devient à la fois enjeu et objet de la narration.

La science sociale comme vision du monde, Wiktor Stoczkowski (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La science sociale comme vision du monde, septembre 2019, 640 pages, 26 € . Ecrivain(s): Wiktor Stoczkowski Edition: Gallimard

 

L’anthropologue Wiktor Stoczkowski prouve dans un essai déstabilisant combien Durkheim est le symptôme d’une pensée qui – sous couvert de rationalisme – en devient le contraire. Pour autant, l’auteur de ce brillant essai ne met pas en pièce la pensée de cet « Emile » (très peu rousseauiste) mais uniquement sa manière de forger une idéologie particulière. Elle se fonde contre William James. Leurs deux systèmes ont fondé deux visions opposées de la société. Chez Durkheim, elle devient « neurasthénique proposée par un neurasthénique » Wiktor Stoczkowski, qui par delà le cas précis de l’inventeur de la sociologie offre un point précis sur les sciences sociales naissantes et leurs explications. Elles créent des sortes de théories laïques de salut qui prendront – hélas – toutes leurs forces au XXème siècle en remplaçant Dieu par l’homme rouge ou brun…

Le souci de la terre, Virgile (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Le souci de la terre, Virgile, Gallimard, mars 2019, trad. nouvelle du latin par Frédéric Boyer des Géorgiques, 264 pages, 21 €

 

Qui fut Virgile ? Qui fut réellement Virgile ? Frédéric Boyer le présente magnifiquement, dans Faire Virgile : « Passer de Mantoue à Naples. Chassé du toit paternel et des bords sinueux du Mincio, exproprié un temps de ses terres, garder toujours le souvenir de Mantoue et de ses prairies. Poète né paysan, quitter sa naissance obscure et se faire réapparaître dans un poème en berger chanteur. Avoir lu Hésiode, Théocrite, Caton, Varron. S’intéresser avec eux à la res rustica (la matière agricole) dont on parle beaucoup à présent que l’on prétend occuper aux champs les vétérans désœuvrés des guerres civiles qui ont déchiré la République. Et après que ces guerres ont probablement causé ravages, rapines, famines, destructions des récoltes et des domaines agraires. Être contemporain de Tite-Live et d’Horace. N’avoir que vingt et un ans quand éclate la guerre civile qui conduit à la fin de la République romaine. Apprendre que César est assassiné. Avoir connu ainsi les dernières convulsions de la République romaine et développé son œuvre pendant l’âge augustéen, période de paix et de création, diront les chroniqueurs.

L’affaire Benedikt Gröndal, Gudmundur Andri Thorsson (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

L’affaire Benedikt Gröndal, juin 2019, trad. islandais, Eric Boury, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gudmundur Andri Thorsson Edition: Gallimard

 

 

Ólafur Árnason, le narrateur, vieux magistrat au seuil de la retraite, revient sur sa vie passée dans une Islande rude, austère et tourmentée, qu’il a néanmoins choisi de servir. Aussi verra-t-il bon nombre de ses amis et accointances déserter la terre natale pour un ailleurs plus clément, et parmi eux, Anna, son amour de jeunesse. Cette fidélité indéfectible et irrationnelle à l’égard d’une passion platonique fait écho à son inébranlable loyauté envers l’identité islandaise et donne le ton de sa narration : grave, nostalgique et romantique, parfois caustique, voire incisive envers le microcosme universitaire. Cette voix, riche de nuances et de subtilités, est relayée par une écriture poétique et érudite dont la noblesse pourrait en intimider plus d’un. Et pourtant, quel ravissement de s’élever aux confins d’un univers si religieusement docte et extatique, au cœur d’Un tout petit monde (1) islandais :

De mémoire, Yamina Benahmed Daho (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 27 Septembre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

De mémoire, février 2019, 144 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Yamina Benahmed Daho Edition: Gallimard

 

Éloge de la mémoire

La narratrice Alya, trentenaire, fête le nouvel an 2011 chez son amie Suzanne, quelque part à Paris. Ne trouvant pas de transport pour retourner dans son propre appartement, elle revient vers Suzanne. Dans le hall d’entrée de l’immeuble, elle subit une tentative de viol. Elle s’échappe par miracle de l’agression dont elle ne garde que quelques images floues.

La narratrice sombre ensuite dans l’abîme d’une peur permanente qui lui cause des insomnies et lui touche la santé. « Je ne dors plus, ou très peu, depuis le 1er janvier. Quand je ferme les yeux, je ne peux penser à rien d’autre. Je ne cesse de revoir la scène sauf qu’elle ne m’apparaît jamais de façon continue. Certains éléments sont verrouillés, invisibles » (p.16).

Alya suspend sa formation sur la restauration du patrimoine. Elle a la phobie de l’espace public et des autres. Elle affirme : « l’extérieur me paralyse » (p.60). « C’est fatiguant d’être dans un état de vigilance permanent, d’être à l’affût des signes d’un danger hypothétique » (p.46.), ajoute-t-elle.