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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Le dimanche des mères, Graham Swift

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 24 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Le dimanche des mères, janvier 2017, trad. anglais Marie-Odile Fortier-Masek, 142 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Graham Swift Edition: Gallimard

 

En gros, la pieuvre, c’est une tête et des bras multiples. Le dimanche des mères présente une forme (pas un aspect !) comparable à cela. Le narrateur – écriture limpide, traduction remarquable – se tient en quelque sorte fixement au mitan d’une journée de dimanche et compose un récit qui marie présent, passé et avenir avec un art de la variation focale tout simplement magistral. Le passé et l’avenir immédiats, un peu éloignés ou à plusieurs décennies de distance – d’où l’usage fréquent du futur dans le passé qui est un pur plaisir de lecture. Le corps fixe du propos, le pivot, c’est donc le dimanche ensoleillé du 30 mars 1924. Ça se passe à la campagne, dans le Berkshire, comté bucolique du sud de l’Angleterre parsemé de propriétés aristocratiques. Les employés de maison y sont à demeure ; laissant donc au loin, ailleurs, des parents, en particulier des mères auxquelles ils ne rendent visite qu’un dimanche précis dans l’année, celui donc dit des mères. L’absence pour ainsi dire générale des domestiques pendant cette fameuse journée, pour convenue ou contractuelle qu’elle soit, n’en est pas moins un « désagrément momentané » pour les maîtres. Afin de remédier à cela, les Niven et les Sheringham, voisins, se retrouvent chez les Hobday pour un « jamboree ». De plus, dans quinze jours exactement, Emma, la fille des Hobday, épouse Paul, le fils des Sheringham ; et les Niven sont invités d’honneur au mariage.

Chanson douce, Leïla Slimani

Ecrit par Isabelle Siryani , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Chanson douce, août 2016, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Leïla Slimani Edition: Gallimard

 

Chanson douce, prix Goncourt 2016, est une berceuse cruelle qui nous garde éveillés. La première ligne n’a rien d’une comptine : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes ». Leïla Slimani s’est lancée dans un exercice dangereux, sans craintes, bien au contraire : « plus le sujet est difficile, plus je fonce ». C’est ainsi qu’elle fonce, « Adam est mort. Mila va succomber ». Double infanticide dans le 10e arrondissement de Paris, la coupable gît dans son sang à leurs côtés. Mais « elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner ». Celle qui les a nourris, bercés, consolés, leur a appris à lire, à découvrir, à grandir. C’est elle. La mère ? Presque. La nounou. La confiance les a tués.

Sans pathos, sans trémolos, avec un style tantôt glaçant, tantôt poétique, tantôt journalistique, presque chirurgical, l’auteure nous fait vivre un thriller familial, psychologique et social, d’un réalisme presque surréaliste. L’impression de déjà vu happe le lecteur et très vite le confronte à ses propres difficultés. C’est limpide et efficace. Leila Slimani s’en tient aux faits, délaisse les fioritures, mais touche et enquête au cœur. Au cœur d’une femme misérable, malade, mais aussi d’une société qui souffre et fait souffrir. Les protagonistes sont tous victimes. Même elle, la coupable. Même si son crime est impossible à comprendre. D’ailleurs, l’auteure n’essaie pas, elle raconte : Chanson Douce est inspiré d’une histoire vraie.

Dieu, Allah, moi et les autres, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 20 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Récits, En Vitrine

Dieu, Allah, moi et les autres, janvier 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Salim Bachi

 

Rompant avec une œuvre essentiellement romanesque initiée en 2001 par la publication remarquée du Chien d’Ulysse, ce dernier opus de Salim Bachi, auteur d’origine algérienne installé à Paris depuis une vingtaine d’années, est un récit très personnel où il nous raconte sa vie partagée entre l’Algérie et la France, s’interrogeant avec sincérité et lucidité sur sa religion, son rapport aux femmes et son destin d’écrivain. Un récit autobiographique empreint d’ironie et d’autodérision, de colère puis d’apaisement et dont émane, au-delà de sa vitalité, une profonde mélancolie.

Mort et vie, d’emblée intimement mêlées (tant du fait de la mort fondamentale de sa petite sœur que de sa propre maladie) sont au cœur de ce livre dont le déclic fut pour Salim Bachi le décès de son ami Hocine Ammari qui emporta avec lui tout un pan de lui-même : celui de sa jeunesse étudiante au cœur des années noires, de ce « féroce appétit de vivre et d’échapper à la guerre », que retraçait déjà son premier roman dont Hocine, le narrateur principal, accompagnait Mourad, son double fictionnel. Et « ce livre est en partie une tentative de sauvetage de ce qui n’est plus ».

Œuvres, Kenzaburô Ôé

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 01 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Japon

Œuvres, coll. Quarto, septembre 2016, traduit du japonais, 1344 pages, 65 ill., 31 € . Ecrivain(s): Kenzaburô Ôé Edition: Gallimard

 

« Le style fondamental de mon écriture a été de partir de mes problèmes personnels et de les relier avec la société, l’état, et le monde ».

Pourquoi lire les écrits de Kenzaburô Ôé ? Sans doute car ils expriment le mieux la complexité, l’ambiguïté et la richesse d’une voix insolite de cette âme japonaise, traumatisée, mais réussissant malgré tout à transformer sa propre souffrance en l’expression d’une condition humaine, en cherchant à adoucir ses souffrances dans le champ de la littérature, au regard d’un monde absurde aux côtés des plus fous, ces « nettoyeurs » du réel et aux côtés de cette névrose paranoïaque de libération du Japon alors que les bourreaux ont changé de nature, mais que les forces de l’occupation des esprits sont les mêmes ! Pour en finir avec le nucléaire et l’atome, « symbole de la soumission de l’homme à la violence ». Pour que nous accompagnions peut-être l’homme jusqu’à ses racines, l’arbre de la vie, des mémoires, nature fertile, nature de tous les possibles et de toutes les beautés, comme une guérison tranquille, comme une fleuraison. Comme pour continuer à penser, panser les vivants, pour que naisse une pensée blanche face à la suie de la destruction.

William Shakespeare, Hamlet, Aki Kuroda

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 01 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Arts, Théâtre

William Shakespeare, Hamlet, octobre 2016, trad. anglais Jean-Michel Déprats, Illustrations Aki Kuroda, 200 pages, 45 € . Ecrivain(s): Aki Kuroda Edition: Gallimard

 

Il fallait Aki Kuroda pour tenir la corde face au Hamlet de Shakespeare. Le texte risquait de manger l’image. Et il n’était pas évident de trouver un bouclier face à la pièce qui dévore tout – même ses personnages.

Face à une mise à mort – puisque tout se termine dans un « Allez, donnez l’ordre aux soldats de tirer » – Kuroda a su offrir à la fois du même, du dissemblable et du disparate en tout un jeu d’inserts là où les formes se découvrent en avançant. Si bien que le livre se lit et se regarde comme un ouvrage quasiment pieux. Mais fidèles au texte, les œuvres restent néanmoins pleines de désarroi et de discorde.

Kuroda ajoute donc ses touches au texte, ce qui tient d’une véritable gageure. L’image n’illustre pas la tragédie shakespearienne : il la « présage » comme il la « dissemble ». Au pouvoir terrifiant d’Hamlet répond la sidération des images. Le format du livre leur donne toute sa puissance. D’autant que l’art de Kuroda n’étale pas, il condense en transposant le texte dans un autre champ de perception non seulement intellectuelle mais sensorielle.