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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Le soleil sur ma tête, Geovani Martins (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 15 Janvier 2020. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Le soleil sur ma tête, Geovani Martins, octobre 2019, trad. portugais (Brésil) Matthieu Dosse, 135 p. 15 € Edition: Gallimard

« – C’est parce-que le monde entier est foncedé, frère. Comme si tu ne savais pas ça. Je te le répète : une semaine sans came et tout Rio de Janeiro s’arrête. Plus de médecins, plus de chauffeurs de bus, plus d’avocats, plus de policiers, plus d’éboueurs, plus rien. Tout le monde va devenir ouf à cause de l’abstinence. Cocaïne, Rivotril, LSD, ecstasy, crack, cannabis, antidouleurs, peu importe, frère. La came c’est le combustible de la ville.

– La came et la peur, j’ai ajouté ».

Ceci n’est pas un livre qui parle des favelas de Rio, ce sont les favelas qui y prennent la parole et donnent à voir une autre image, bien plus réelle, de cette ville qui fait rêver avec sa façade de carte postale, ses plages faussement paradisiaques, son carnaval à paillettes, sa samba perpétuelle. Rio de Janeiro a un autre visage, un visage balafré par la violence, fille bâtarde de l’exclusion sociale, un visage recouvert de la poussière humaine déposée par les exodes ruraux, populations nordestines et d’ailleurs, fuyant l’aridité extrême de leur existence et dont les espoirs s’échouent dans les quartiers nord et les bidonvilles nommés ici favelas, en mémoire d’une fleur qui pousse – poussait ? – sur les mornes abrupts qui dominent la ville.

L’œil du paon, Lilia Hassaine (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 13 Janvier 2020. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’œil du paon, Lilia Hassaine, octobre 2019, 240 pages, 18,50 € Edition: Gallimard

 

Hommage aux orgueilleux

La jeune fille Héra habitait avec son père dans une île quelque part en Croatie, dite l’île des paons. Puisqu’elle était maudite autrefois par les moines, l’île attire souvent la mort sur les créatures qui la peuplent, humains et animaux. Une île maudite.

Héra a déjà perdu sur l’île sa mère française, ensuite son cher paon Titus. Pour la sauver de la malédiction, son père Adonis l’envoie à Paris chez sa tante Agathe. Passionnée de photographie, elle prend en photo son paon mort, le dernier souvenir qu’elle garde de l’île. À Paris, elle vit parmi sa tante cynique, son oncle souvent absent, Laurent, et son petit cousin Hugo. Négligé par ses parents, celui-ci s’attache rapidement et fortement à elle. Très vite Héra s’adapte à la vie parisienne et se fait des amis dont Gabriel, le professeur d’Hugo. De temps en temps, elle sort prendre des photos pour développer sa passion artistique.

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard, octobre 2019, 128 pages, 12,50 euros Edition: Gallimard

Sublimation : passage d’un corps de l’état solide à l’état gazeux. En psychanalyse, cette notion conceptualisée par Freud désigne la dérivation de l’énergie sexuelle vers un but artistique, ou plus largement vers un objet socio-culturel valorisé par le Surmoi. En somme, l’œuvre prend le relais de la libido, le plaisir sexuel cède la place au plaisir représentatif, ce plaisir si particulier, si complexe, si résiduel, tourné vers un idéal de beauté formelle. Et Lacan de badiner sérieusement : « L’œuvre, ça les apaise, les gens, ça les réconforte. Ça leur élève l’âme, comme on dit, c’est-à-dire ça les incite, eux, au renoncement. En d’autres termes, pour l’instant je ne baise pas, eh bien ! Je peux avoir la même satisfaction que si je baisais ».

Dans le sillage des écrits freudiens sur le sujet, Mathilde Girard explore les efflorescences de la sublimation, à sa façon, tournicotante, à son rythme, adagio. Elle convoque notamment Monsieur Teste (Paul Valéry), Léonard de Vinci, Lou Andréas-Salomé et Rilke, Virginia Woolf… en vue d’analyser les modalités de la transformation de cette énergie intérieure et invisible en une matière subtile et concrète, texte, récit ou poème, idée, concept ou système, dessin, toile, sculpture, partition… Cela étant, un simple geste comme une main effleurant une chevelure révèle d’ores et déjà la rosée sublimatoire.

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier, Gallimard, novembre 2018, 64 pages, 12 € Edition: Gallimard

 

« Le printemps des fous et celui des fleurs / Sont-ils même feu d’un même soleil », s’interroge Georges-Emmanuel Clancier, avant d’ajouter : « Mais je suis sourd / Je devine / Je sens bouger les lèvres du silence / Et livrer passage ».

Tim Mead (contre-ténor), Sean Clayton (ténor), Lisandro Abadie (baryton-basse) sont là. C’est l’heure des canapés (en écoutant, pour que le système nerveux vive sa vie à plein, le « conducteur » William Christie : The King shall rejoice, Coronation Anthem, HWV 260, 1727 ; Te Deum in D major, « Queen Caroline », HWV 280, 1714 ; The ways of Zion do mourn – Funeral Anthem for Queen Caroline, HWV 264, 1737). Lisant, l’on aimerait s’arrêter, pour aller à la fenêtre, puis revenir. Revenir pour, bientôt, se lever de nouveau, et s’apercevoir que le paysage que découpe la fenêtre est nouveau, toujours. Lisant, l’on songe à un petit olivier aimé. Lisant, l’on aimerait se servir, pour rejoindre plus vite une page choisie, d’une feuille d’un petit citron des Carmes, lui aussi aimé, aimé. L’on songe à un « terrestre enfant de la mer ».

Cavalerie rouge, Isaac Babel (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Décembre 2019. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman

Cavalerie rouge, Isaac Babel, février 2019, trad. russe Maurice Parijanine, 224 pages, 9,50 € Edition: Gallimard

 

La prose incandescente de Babel introduit sa braise jusqu’au fond de l’âme. Nouvelliste fabuleux – on connaît ses contes d’Odessa – Babel reste nouvelliste dans ce qui ici se présente comme un roman. Le narrateur en effet est toujours le même personnage (largement autobiographique) et le « roman » raconte des épisodes de la guerre révolutionnaire qui conduisit les régiments de partisans au front, pour la défense de la jeune patrie socialiste, sous le commandement de Boudienny, contre les assauts des Blancs, les contre-révolutionnaires.

C’est donc du cœur de l’Armée Rouge que le soldat Babel nous raconte ces récits de guerre. Ce sont de véritables nouvelles, comportant chacune un thème, une histoire, une fin. Le narrateur se fait l’écho d’une Russie en pleine révolution. Pas seulement la révolution que l’Histoire nous rapporte, celle d’Octobre 1917, mais la révolution qui bouleverse les hommes et les femmes de Russie, change leur vision du monde, efface radicalement la faiblesse et l’asservissement pour laisser place à un homme nouveau, avec ce que ça induit de bien et de mal, de progrès et de régression, de Diable et de Bon Dieu.